My Life Directed by Nicolas Winding Refn

réalisé par Liv Corfixen

avec Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Kristen Scott Thomas, Alejandro Jodorowsky…

Documentaire américain. 58 mn. 2014.

sortie française (dvd) : 27 avril 2016

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Liv Corfixen est femme de réalisateur. Une position qui n’est pas toujours aisée, et elle tient à nous le prouver dans un documentaire qu’elle a entièrement écrit et réalisé. En obtenant le Prix de la mise en scène à Cannes en 2011 pour son film DRIVE, le Danois Nicolas Winding Refn jouit d’un statut de cinéste culte : adulé par le public, consacré par la critique, il a désormais pour principale préoccupation de rendre ce succès pérenne. Ainsi, lorsqu’il début le tournage de son nouveau projet ONLY GOD FORGIVES en 2013, il s’inquiète : ce film, plus confidentiel, saura-t-il répondre aux attentes de ses spectateurs ? Liv s’inquiète aussi, mais surtout pour son mari, ses enfants, et pour elle-même, car si Nicolas se jette à corps perdu dans son film, il semble toutefois mettre de côté sa propre famille. Elle décide donc de prendre la caméra, et de faire de Nicolas un sujet d’observation, afin de nous offrir une vision large de la vie du réalisateur, un portrait à la fois intime et instructif, à mi-chemin entre le reportage et le making-of.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Suite au succès international de Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui avait déjà bâti une jolie petite carrière au Danemark et même en Grande-Bretagne (Bleeder, la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising – Le Guerrier Silencieux), tourne en Thaïlande Only God Forgives. Il emmène toute sa famille (son épouse Liv Corfixen, actrice qu’on a pu voir dans Bleeder) ainsi que de ses deux jeunes filles. En effet, la famille avait été séparée pendant dix mois pendant le tournage de Drive (Liv et ses filles étaient au Danemark, Nicolas à Los Angeles) et tout le monde avait trop souffert de cette situation. Liv, qui doit s’occuper des enfants, décide alors de prendre une caméra pour filmer leur quotidien, sans trop savoir où ce film va l’amener. Elle a pris conscience qu’elle était en train de filmer une sorte de thérapie de couple, captant les états d’âme de son mari et même les siens. Que signifie être épouse d’artiste ? Comment vivre quotidiennement avec quelqu’un qui ne vit que pour son art ? On sent qu’il ne s’agit que d’un premier film, qu’il y a un manque d’expérience de réalisatrice. Peut-être que c’est un film qui plaira davantage aux fans de Nicolas Winding Refn qui veulent en savoir plus sur lui (y aurait-il presque un côté people dans ce doc ?) et qui ne fera qu’énerver de nouveau ses détracteurs. Peut-être aussi que ce film aurait pu faire partie d’une édition dvd de Only God Forgives. Au fond, ce n’est pas si grave, le résultat m’a tout de même beaucoup plu. Si on est fan de Refn, je pense que ça vaut le coup de découvrir le regard de son épouse sur son homme. Malgré le côté un peu brouillon (nous dirons qu’il s’agit parfois aussi d’un aspect proche de la spontanéité), Liv Corfixen livre un documentaire intimiste, parfois proche du making-of, très intéressant, qui apporte un point de vue intéressant sur la vie de famille des artistes dont nous ne connaissons pas toujours. L’amour semble évident dans le couple Refn tout comme il est évident de voir l’amour que porte Refn à ses enfants, qu’il aime s’en occuper quand il le peut. Mais son travail et son obsession pour atteindre la perfection artistique (et je dirais même pour être encore plus reconnu) bouffe clairement sa vie de famille et de couple. La scène avec Ryan Gosling qui joue avec les petites est certes mignonne (ahhhh Ryanou !) mais elle est très révélatrice du fonctionnement de la famille. Il faut savoir qu’après le tournage de ce film, les Refn ont suivi une thérapie de couple et d’après ce qu’ils ont révélé dans des interviews, cette thérapie ainsi que ce film les auraient aidé à être encore plus soudés qu’avant.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Nicolas Winding Refn est présenté comme un artiste plein de doutes et de contradictions : il peut être très sûr de lui un jour et le lendemain dire qu’il s’agit d’une grosse daube sans aucun sens. Pour ma part, j’ai trouvé ça touchant de le voir finalement très humain. Pourtant Liv Corfixen n’hésite pas à faire des reproches à son mari, à le filmer dans ses mauvais jours qui ne le rendent pas si sympathiques que ça. L’intimité du couple est particulièrement mise en avant au point de voir carrément Refn le matin encore dans son lit. Il est alors intéressant de voir à quel point la vie privée et la vie publique peuvent se rejoindre. J’ai beaucoup parlé du réalisateur danois et c’est vrai que c’est tout de même important de le souligner étant donné qu’il est au coeur du projet, que c’est avant tout lui qu’on voit. On a envie de savoir comment il travaille dans des conditions parfois difficiles avec son esprit torturé, mais aussi comment il est en privé, que ce soit dans les moments agréables ou pénibles qui ne le mettent pas toujours à son avantage. Le titre du film met bien en avant son nom complet mais il y a aussi ce « My Life » qu’il faut prendre en compte. C’est pour ça que nous ne pouvons pas totalement le classer dans le making-of, même s’il ne s’agit pas non plus d’un autoportrait ni d’un portrait tout court. Le côté inclassable a quelque chose de bordélique mais honnêtement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Bref, il s’agit aussi d’un film sur Liv Corfixen. Ce n’est pas toujours évident d’être réalisateur et en quelque sorte acteur de son propre documentaire. Dans ce genre en question, beaucoup aiment (et le font très bien) se mettre en scène. Liv Corfixen n’est pas dans cette démarche. Elle ne devait pas être le personnage de ce film mais elle finit par le devenir. On ne la voit pas tant que ça physiquement, parfois simplement dans un reflet avec sa caméra (comme au début du film en guise d’introduction) et pourtant elle est autant présente que son mari, tous les deux sont au coeur du sujet même. Pourtant, alors qu’on a beau taxer de Refn comme le roi des ego-trip, il n’y a pas de narcissisme de la part de Corfixen même si elle comble sa frustration (on comprend qu’être mère au foyer n’était certainement pas son ambition première et aurait peut-être préféré continuer à faire partie de projets artistiques) en créant un objet filmique certes imparfait mais unique, intéressant, certainement plus complexe qu’il en a l’air même s’il n’avait pas cette prétention première au départ. Peut-être qu’il méritait de durer plus longtemps (une petite heure me semble court) pour aller encore plus loin dans la réflexion mise en place mais à mon avis ça vaut le coup d’oeil.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

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28 réflexions au sujet de « My Life Directed by Nicolas Winding Refn »

  1. Un très bon making-of d’Only God Forgives qui m’a conforté dans l’idée que j’avais du film : Refn ne savait pas trop ce qu’il faisait… Après le procédé même de filmer le couple comme « cure » du couple, toute cette intimité, ça m’a laissé un peu dubitatif. Ça reste quand même un objet assez fascinant à regarder malgré tout !

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  2. Forcément intéressant. J’adore savoir ce qui se cache derrière un acteur, un réalisateur. Pas pour le côté voyeur, vie privée, mais justement pour comprendre la démarche artistique, les doutes, les angoisses. J’avais entendu parler de ce docu. Faut que j’essaie de le voir.

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  3. Son cinéma me fait carrément ch…, alors son univers voire sa ‘life’, je m’en contrefous un poil 🙂

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  4. Pareil bien envie de découvrir le film, ne serait ce que pour son concept et surtout la présence d’Alejandro Jodorowsky

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  5. J’avoue ne pas trop savoir comment me placer par rapport à cet oeuvre (que je n’ai pas encore vu d’ailleurs).Mon côté voyeur est forcément très intéressé hahaha! Mais comme tu le dis, je pense qu’aimer le petit Nicolas favorise l’envie de voir ce documentaire. Pour ma part je l’aime bien mais sans plus, du coup j’ai envie de voir par curiosité mais sans être folle d’impatiente. D’une manière générale je crois quand même que la vie privé des artistes m’intéressent moins que leur travail, sauf peut-être quand ils sont morts hahahaha

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  6. Je suis complètement à la masse en ce qui concerne ce réalisateur: j’ai même pas vu Drive, c’est dire! Je sais qu’il faudrait, je crois qu’on m’a même filé le DVD, mais je sais pas pourquoi, j’ai toujours envie de voir autre chose. Et j’avoue que la bande-annonce de Neon Demon m’a absolument pas donné envie de le voir (en fait, ça m’a juste donné envie de revoir Suspiria). Du coup, il faudra d’abord que je rattrape mon retard avant de m’intéresser à ce docu 😉

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  7. @ Maxlamenace :
    Je comprends ce que tu veux dire en ce qui concerne l’intimité du couple. Mais après dans un sens ce film rassure. Il faudrait que je revoie Only God Forgives qui m’avait également déstabilisée même si j’ai appris à l’aimer (sans l’adorer) avec le temps.

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  8. @ Z :
    Clairement ! Si on a rien à foutre de Refn, vaut mieux éviter de regarder ce film, faut être honnête ! 😮
    Après il a un avantage pour un non-fan (même si c’est son défaut) : il est court. Je pense en tout cas qu’il se laisse regarder avec plaisir.

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  9. @ Girlie Cinéphilie :
    Oooh ! Tu devrais au moins découvrir celui-ci même si je pense que tu seras plus fan de ses « petits » films danois qu’il avait fait avant vu que tu sembles être fan d’un certain cinéma de genre. Je comprends, ça me fait cet effet parfois pour des films et finalement une fois que je les ai vus, je me dis « mais mince, pourquoi ne pas l’avoir vu avant ? ».
    Tiens, il serait temps que je regarde Suspiria, effectivement beaucoup disent que c’est inspiré de ce film !

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  10. Oh oui oui oui, Suspiria est tout simplement un chef d’œuvre où la forme épouse le fond, où on passe son temps à se dire « C’est beau mais c’est flippaaaant », « C’est flippant, mais c’est beauuuuu » 🙂 C’est tout simplement hallucinant de voir combien le cinéma actuel, et pas seulement NWR (encore une fois, c’est manifeste dans la bande-annonce) s’inspire de ce film.
    Bonus: Miguel Bose en collants

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  11. J’ai trouvé le film cette semaine, en faisant mes recherches pour ma critique de The neon demon et je dois t’avouer que ton article me pousse à sauter le pas et à le regarder. En plus de ça j’adore tous les films documentaire 🙂

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  12. Un peu échaudé par l’égocentrisme de son titre (sans pourtant ne rien connaitre de son contenu), je dois avouer que tu vends très bien ce documentaire. Je lis maintenant d’une toute autre manière ce titre, résumant l’histoire d’une épouse qui n’est que l’actrice de la vie de son mari.

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  13. J’ai aimé ce documentaire mais ce sentiment d’être un peu voyeur sur la vie des Refn m’a gêné, c’était tellement intime, mais du coup ça rend le film touchant aussi. Tu as raison en disant que l’on se rend compte de Refn en tant qu’homme et non juste comme un grand cinéaste. Ses peurs, ses doutes, le manque de confiance incroyable qu’il a en lui me pousse à aimer encore plus son œuvre et à trouver le personnage complexe et donc intéressant. Après ça amène aussi au questionnement sur la vie publique d’une personne, je pense que l’on est pas en droit de connaitre la vie intime d’une célébrité, même si on adore son travail, car c’est justement seulement son travail qui devrait nous intéresser.

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