My Life Directed by Nicolas Winding Refn

réalisé par Liv Corfixen

avec Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Kristen Scott Thomas, Alejandro Jodorowsky…

Documentaire américain. 58 mn. 2014.

sortie française (dvd) : 27 avril 2016

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Liv Corfixen est femme de réalisateur. Une position qui n’est pas toujours aisée, et elle tient à nous le prouver dans un documentaire qu’elle a entièrement écrit et réalisé. En obtenant le Prix de la mise en scène à Cannes en 2011 pour son film DRIVE, le Danois Nicolas Winding Refn jouit d’un statut de cinéste culte : adulé par le public, consacré par la critique, il a désormais pour principale préoccupation de rendre ce succès pérenne. Ainsi, lorsqu’il début le tournage de son nouveau projet ONLY GOD FORGIVES en 2013, il s’inquiète : ce film, plus confidentiel, saura-t-il répondre aux attentes de ses spectateurs ? Liv s’inquiète aussi, mais surtout pour son mari, ses enfants, et pour elle-même, car si Nicolas se jette à corps perdu dans son film, il semble toutefois mettre de côté sa propre famille. Elle décide donc de prendre la caméra, et de faire de Nicolas un sujet d’observation, afin de nous offrir une vision large de la vie du réalisateur, un portrait à la fois intime et instructif, à mi-chemin entre le reportage et le making-of.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Suite au succès international de Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui avait déjà bâti une jolie petite carrière au Danemark et même en Grande-Bretagne (Bleeder, la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising – Le Guerrier Silencieux), tourne en Thaïlande Only God Forgives. Il emmène toute sa famille (son épouse Liv Corfixen, actrice qu’on a pu voir dans Bleeder) ainsi que de ses deux jeunes filles. En effet, la famille avait été séparée pendant dix mois pendant le tournage de Drive (Liv et ses filles étaient au Danemark, Nicolas à Los Angeles) et tout le monde avait trop souffert de cette situation. Liv, qui doit s’occuper des enfants, décide alors de prendre une caméra pour filmer leur quotidien, sans trop savoir où ce film va l’amener. Elle a pris conscience qu’elle était en train de filmer une sorte de thérapie de couple, captant les états d’âme de son mari et même les siens. Que signifie être épouse d’artiste ? Comment vivre quotidiennement avec quelqu’un qui ne vit que pour son art ? On sent qu’il ne s’agit que d’un premier film, qu’il y a un manque d’expérience de réalisatrice. Peut-être que c’est un film qui plaira davantage aux fans de Nicolas Winding Refn qui veulent en savoir plus sur lui (y aurait-il presque un côté people dans ce doc ?) et qui ne fera qu’énerver de nouveau ses détracteurs. Peut-être aussi que ce film aurait pu faire partie d’une édition dvd de Only God Forgives. Au fond, ce n’est pas si grave, le résultat m’a tout de même beaucoup plu. Si on est fan de Refn, je pense que ça vaut le coup de découvrir le regard de son épouse sur son homme. Malgré le côté un peu brouillon (nous dirons qu’il s’agit parfois aussi d’un aspect proche de la spontanéité), Liv Corfixen livre un documentaire intimiste, parfois proche du making-of, très intéressant, qui apporte un point de vue intéressant sur la vie de famille des artistes dont nous ne connaissons pas toujours. L’amour semble évident dans le couple Refn tout comme il est évident de voir l’amour que porte Refn à ses enfants, qu’il aime s’en occuper quand il le peut. Mais son travail et son obsession pour atteindre la perfection artistique (et je dirais même pour être encore plus reconnu) bouffe clairement sa vie de famille et de couple. La scène avec Ryan Gosling qui joue avec les petites est certes mignonne (ahhhh Ryanou !) mais elle est très révélatrice du fonctionnement de la famille. Il faut savoir qu’après le tournage de ce film, les Refn ont suivi une thérapie de couple et d’après ce qu’ils ont révélé dans des interviews, cette thérapie ainsi que ce film les auraient aidé à être encore plus soudés qu’avant.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Nicolas Winding Refn est présenté comme un artiste plein de doutes et de contradictions : il peut être très sûr de lui un jour et le lendemain dire qu’il s’agit d’une grosse daube sans aucun sens. Pour ma part, j’ai trouvé ça touchant de le voir finalement très humain. Pourtant Liv Corfixen n’hésite pas à faire des reproches à son mari, à le filmer dans ses mauvais jours qui ne le rendent pas si sympathiques que ça. L’intimité du couple est particulièrement mise en avant au point de voir carrément Refn le matin encore dans son lit. Il est alors intéressant de voir à quel point la vie privée et la vie publique peuvent se rejoindre. J’ai beaucoup parlé du réalisateur danois et c’est vrai que c’est tout de même important de le souligner étant donné qu’il est au coeur du projet, que c’est avant tout lui qu’on voit. On a envie de savoir comment il travaille dans des conditions parfois difficiles avec son esprit torturé, mais aussi comment il est en privé, que ce soit dans les moments agréables ou pénibles qui ne le mettent pas toujours à son avantage. Le titre du film met bien en avant son nom complet mais il y a aussi ce « My Life » qu’il faut prendre en compte. C’est pour ça que nous ne pouvons pas totalement le classer dans le making-of, même s’il ne s’agit pas non plus d’un autoportrait ni d’un portrait tout court. Le côté inclassable a quelque chose de bordélique mais honnêtement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Bref, il s’agit aussi d’un film sur Liv Corfixen. Ce n’est pas toujours évident d’être réalisateur et en quelque sorte acteur de son propre documentaire. Dans ce genre en question, beaucoup aiment (et le font très bien) se mettre en scène. Liv Corfixen n’est pas dans cette démarche. Elle ne devait pas être le personnage de ce film mais elle finit par le devenir. On ne la voit pas tant que ça physiquement, parfois simplement dans un reflet avec sa caméra (comme au début du film en guise d’introduction) et pourtant elle est autant présente que son mari, tous les deux sont au coeur du sujet même. Pourtant, alors qu’on a beau taxer de Refn comme le roi des ego-trip, il n’y a pas de narcissisme de la part de Corfixen même si elle comble sa frustration (on comprend qu’être mère au foyer n’était certainement pas son ambition première et aurait peut-être préféré continuer à faire partie de projets artistiques) en créant un objet filmique certes imparfait mais unique, intéressant, certainement plus complexe qu’il en a l’air même s’il n’avait pas cette prétention première au départ. Peut-être qu’il méritait de durer plus longtemps (une petite heure me semble court) pour aller encore plus loin dans la réflexion mise en place mais à mon avis ça vaut le coup d’oeil.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

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Café Society

réalisé par Woody Allen

avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively, Parker Posey, Corey Stoll, Ken Stott, Anna Camp, Jeannie Berlin, Stephen Kunken, Paul Schneider…

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2016.

sortie française : 11 mai 2016

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New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

Tout d’abord, je souhaitais remercier Baz’art et Mars Distribution qui m’ont permis de remporter des places gratuites pour voir le dernier Woody Allen, Café Society, présenté en ouverture (hors compétition) au dernier Festival de Cannes. Les précédents films de Woody Allen, L’Homme Irrationnel, Magic in the Moonlight et Blue Jasmine m’avaient beaucoup plu, j’espérais voir ce Café Society dans la même lignée. Hélas, malgré les espoirs que j’avais à son égard face aux bonnes critiques que j’avais lues et entendues, ce nouveau Woody Allen m’a déçue. Ce qui m’avait plu dans ses précédents longs-métrages, c’est ce mélange entre une réflexion profonde et une histoire plaisante et rafraîchissante. Or, ce Café Society tente de nouveau d’allier ces deux éléments mais sans réellement parvenir à atteindre pleinement son but. Je ne me suis pas retrouvée comme un rat mort dans la salle, il y a des films qui m’ont bien plus désintéressée que celui-ci. Mais je n’ai clairement pas pris de plaisir devant. Le film a beau durer 1h30 (comme souvent chez Allen), j’avais hâte qu’il se termine. Pourquoi ? Parce qu’il présente une histoire d’amour impossible terriblement banale et pas plus intéressante en ce qui me concerne. C’est pour moi un peu trop anecdotique, ça manque de puissance. Pourtant, on retrouve les ingrédients typiques à la bonne recette habituelle de Woody Allen. Mais ça manque de charme, en tout cas il n’apparaît que superficiellement dans l’environnement et la reconstitution de l’époque (j’admets de très beaux décors et un excellent travail en ce qui concerne la photographie). Je ne dis pas que l’histoire ne permet éventuellement pas à une réflexion. On retrouve notamment l’éternelle question autour du choix que nous devons faire entre la passion et la raison. Il y a aussi une réflexion pourtant intéressante sur le papier autour de l’élévation sociale qui peut aussi jouer un rôle dans les décisions prises par les personnages. Mais ces réflexions ne sont pas parvenues à m’intéresser davantage au film en tant que narration à part entière. Quand on voit le niveau de réflexion des précédents films d’Allen, à côté, sans vouloir déconsidérer ce qu’il a voulu exprimer dans Café Society et en ayant conscience qu’on ne peut pas nécessairement comparer tous ses films même si la tentation est évidemment forte, je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue, d’attendre quelque chose de plus intense. Il y a du potentiel mais ce n’est pas pour moi plus creusé que ça. Ca m’a paru trop anecdotique pour que je puisse vraiment ressentir quelque chose de fort et intéressant.

Café Society : Photo Blake Lively, Jesse Eisenberg

Café Society manque pour de moi de punch et de fraîcheur, j’ai fini par me désintéresser de l’histoire principale (le triangle amoureux) car elle tourne en rond. Pour tout vous dire, j’ai même préféré l’histoire secondaire autour de la famille de Bobby (entre un frangin gangster qui bute absolument tout le monde, une mère juive dans tous ses clichés, un beau-frère intello etc…) qui au moins a le mérite d’offrir quelque chose de plus pimpant (avec, comme souvent chez Allen, quelques répliques bien senties) et surtout j’avais enfin l’impression que ça racontait quelque chose de plus croustillant ! Maintenant, passons au casting. Jesse Eisenberg s’en sort plutôt bien en sorte de double de Woody Allen (ce choix paraissait même évident). Il a le charisme, toujours un incroyable débit de paroles, son interprétation reste juste en suivant l’évolution de son personnage. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation du charismatique Steve Carell (de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques), qui lui aussi est un grand bavard qui manie bien la parole (point évidemment très important dans un Woody Allen, ça fait toujours son petit effet). Il réussit très bien à montrer les deux facettes de son personnages, c’est-à-dire qu’il est sensible et torturé en privé, ne sachant pas quoi choisir entre la raison et la passion, mais confiant et autoritaire en public. Corey Stoll (qu’on voit décidément de plus en plus, que ce soit dans des films ou séries) dans le rôle du frangin gangster est également une des bonnes surprises de ce casting. En revanche, je reste un peu plus sceptique en ce qui concerne les actrices dont on a tant entendu parler. Je n’ai pas trouvé Kristen Stewart mauvaise dans le sens où elle parvient aussi, grâce à son interprétation, de montrer comment son personnage évolue. Cela dit, je trouve cette actrice, que ce soit physiquement ou aussi dans son interprétation, très anachronique. Déjà que les décors, bien qu’ils sont pourtant très beaux, et même certains costumes, ne me font pas toujours penser aux années 1930 à certains moments, (ce n’est que mon ressenti), on va dire que sa présence ne m’a pas particulièrement aidée à contrebalancer cette idée que j’avais déjà en tête. Enfin, en ce qui concerne Blake Lively, on sent son potentiel mais hélas son personnage est trop secondaire pour qu’on s’y intéresse plus que ça et je trouve cela dommage.

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

The Neon Demon

réalisé par Nicolas Winding Refn

avec Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee, Karl Glusman, Desmond Harrington, Keanu Reeves, Christina Hendricks, Alessandro Nivola…

Thriller, épouvante-horreur danois, américain, français. 1h57. 2016.

sortie française : 8 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

The Neon Demon a, comme le précédent long-métrage du réalisateur danois, Nicolas Winding Refn, été hué par une partie de la presse lors de sa projection à Cannes (il était présenté en compétition). Sans dire que j’approuve un comportement aussi agressif et irrespectueux de ces journalistes en question, je comprends tout de même que certains spectateurs rejettent ce film en bloc. A mon avis, c’est soit ça passe, soit ça casse. Pour moi, ça passe totalement même si durant la séance, je ne savais pas trop en penser (j’avais d’ailleurs le même avis concernant Only God Forgives que j’ai su apprécier plus tard). Il faut « digérer » (les spectateurs comprendront la référence) tout ce qui se passe à l’écran. The Neon Demon est donc un film qui se déroule dans le milieu de la mode. On connait évidemment tous l’horrible réputation de ce monde : maigreur, superficialité, chirurgie, coups bas et j’en passe. Nicolas Winding Refn ne nous apprendra rien mais ce n’était pas son but. Situer l’intrigue dans ce milieu en question permet de poser de véritables questions autour de la beauté. Etre beau naturellement, « avoir le truc » comme le constate Ruby (Jena Malone) en parlant de Jesse (Elle Fanning) sans avoir à bouger le petit doigt, illuminer un lieu rien que par sa présence, n’est-ce pas une injustice pour les autres qui n’obtiennent pas ce privilège de naissance, comme un privilège royal ? Ce privilège en question ne rend-il pas l’individu qui le possède (on pourrait qu’il s’agit du fameux Neon Demon du titre) narcissique et même « dangereux » (pour reprendre une autre réplique) malgré son apparente pureté ? N’y a-t-il pas une hypocrisie dans notre société lorsque nous évoquons la beauté intérieure (le physique étant ce que nous remarquons en premier chez un individu) ? Il est alors intéressant de mettre en relation cette beauté suprême avec ce titre, qui évoque quelque chose qui dépasse la réalité telle qu’on la connait tellement elle est à la fois extraordinaire et dangereuse. Le film sort de plus en plus de cette réalité par ses scènes fantasmagoriques voire même horrifiques. The Neon Demon serait alors pour moi plus qu’un film qui serait de l’ordre de l’expérimental, il serait une illustration très premier degré (ne pas voir ici quelque chose de négatif, mais mon constat) du conte. Le thème de la beauté convoitée a d’ailleurs été évoquée dans de nombreux contes. Les fauves (dans tous ses sens), la figure de « princesse » évoquée juste avant (même si elle est ambiguë par l’exploitation du mythe de Narcisse), la grande cruauté inimaginable finale (impliquant les désastres du regard) semblent confirmer cette piste.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

Ce qui frappe en découvrant The Neon Demon est évidemment son esthétique. Refn et son équipe de techniciens ont fait un excellent boulot, le résultat est pour moi époustouflant. Les jeux de lumière, entre la noirceur et la lumière éclatante et les jeux les couleurs (notamment le bleu et le rouge, déjà très présents dans Only God Forgives) ainsi que la photographie sont splendides et on pourrait continuer à parler de cette esthétique pendant très longtemps. Le risque (et c’est ce que certains spectateurs lui reprochent) avec tant d’attention visuelle est de signer un film superficiel sans aucun fond. Pour ma part, j’ai vu un intérêt à tant de surcharges esthétiques. Nicolas Winding Refn a signé quelques pubs pour de grandes marques (certains diront qu’il est hypocrite alors de faire un long-métrage autour de la mode), il connaît ses codes et décide de les exploiter jusqu’au bout pour mieux pointer du doigt, s’en moquer et surtout illustrer son propos. Car c’est vraiment ça qu’il faut retenir à mon avis dans ce film et qui divise tant les critiques. Il y a quelque chose dans ce film qui est de l’ordre de l’illustration même si cette dernière demande à être décortiquée et interprétée. Je comprends que ça ne puisse pas plaire à tous mais j’ai aimé le fait d’être allé jusqu’au bout de l’idée. Certains ont parlé de « grande pub de deux heures ». Certes, comme je le disais, on pensera forcément aux codes de la publicité bien utilisés pour pouvoir mieux se retourner contre elle et ce qu’elle défend mais pour moi ça reste bien du cinéma avant tout. Le scénario n’est pas nécessairement ce qui saute aux yeux dans un premier temps (il a l’air assez simple) mais pourtant je ne trouve pas qu’il soit négligé. Chaque détail narratif et esthétique compte : il y a comme une boucle créée (j’ai envie de dire : à l’image de l’oeil dans l’une des scènes finales et marquantes) et même les choses qui peuvent sembler gratuites, grotesques ou autres sont remises à leur place, on comprend où ça veut en venir malgré la difficulté de tout interpréter au premier abord. Ainsi, le scénario, l’esthétique et la mise en scène (extrêmement bien foutue et d’une grande précision – même si certains lui reprocheront son côté très contrôlé – mais encore une fois, pour moi, c’est très cohérent) fonctionnent ensemble. C’est pour ça que je ne trouve pas cette fameuse esthétique parfois décriée gratuite car elle est pour moi logique avec le propos défendu par Refn (qui a bien aimé mettre ses initiales dans le générique comme un certain YSL – ça ne va pas faire calmer les haters) ainsi que tout ce qu’il a pu mettre en place.

The Neon Demon : Photo

La musique de Cliff Martinez (qui avait signé les bandes-originales de Drive et Only God Forgives) accompagne également très bien ce long-métrage. Contrairement à ce que j’ai également pu entendre de certains détracteurs, je trouve Refn très respectueux envers les femmes. Certes, les personnages féminins sont destructeurs mais elles ont toutes un but : être désirée. Et ce désir en question passe par la domination que les personnages féminins mettent en place (qui passent notamment par les scènes de cannibalisme et de nécrophilie qui ont également secoué certains spectateurs) ou qui apparaît naturellement (je reviens toujours au fameux Neon Demon). Les quelques personnages masculins incarnent des figures encore plus ingrates. De plus (et c’est que je constate depuis très longtemps chez Refn), on ne retrouve pas des scènes vulgaires (contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre avec un tel sujet) dans le sens où ça ne m’a pas mis mal à l’aise en tant que femme et où je n’ai pas senti un regard malveillant sur les femmes de la part du réalisateur. On sent même Refn étonnamment pudique. En tout cas, pour moi, pas de misogynie de sa part. Enfin, le casting est selon moi convaincant. Dans le rôle principal, la jeune Elle Fanning est un excellent choix. Il faut dire que j’apprécie cette actrice depuis un certain temps et je suis persuadée qu’elle va aller encore plus loin dans sa carrière. Non seulement j’ai aimé son interprétation mais l’avoir choisi était pertinent : dès que je la voie, que ce soit dans un film, une pub, un magazine etc…, je ne peux pas m’empêcher de me dire « cette fille a un truc ». Et ça fait directement écho à ce que représente son personnage. Jena Malone est également la bonne surprise de ce film. On ne s’attend pas à voir son personnage évoluer d’une certaine manière, cacher autant son jeu et l’actrice parvient bien à retranscrire sa personnalité ambiguë. Concernant Bella Heathcote et Abbey Lee dans les rôles des rivales de Jesse, sans crier à la grande interprétation, je les ai trouvées très convaincantes. Je suis souvent sceptique face aux mannequins qui deviennent actrices (il y en a tellement qui sont mauvaises et qui n’ont absolument rien à faire dans des films) mais là on croit aux personnages qu’elles interprètent (étant donné qu’elles connaissent ce milieu – même si on est bien d’accord que ça ne garantissait rien à l’origine) et je trouve qu’elles arrivent tout de même bien à incarner la méchanceté, la jalousie et même une forme de souffrance sans forcément en faire des caisses alors que le film très « premier degré » aurait pu nuire à leurs interprétations.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

RIP Anton Yelchin

Nous avons appris le décès d’Anton Yelchin dimanche soir. Il a été retrouvé écrasé entre sa propre voiture (le moteur tournait encore – le frein à main ne semble pas avoir été mis) et la boîte aux lettres devant son domicile. Il n’avait que 27 ans. J’ai encore du mal à croire que tout ça soit vrai.

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2016 est décidément une année très noire. Nous avons perdu trop de grands noms en si peu de temps. Pourquoi ai-je particulièrement envie de parler de cet acteur en particulier ? Après tout, des milliers d’anonymes meurent tous les jours d’accidents. Surtout, ce n’était justement pas un grand nom comme un David Bowie ou Alan Rickman, qui nous ont également quittés cette année (là aussi, quelle tristesse…).

J’ai tenu à écrire ce modeste hommage pour plusieurs raisons. Tout d’abord, on ne va pas se mentir : l’âge de sa mort me touche certainement plus. Puis, je suivais depuis quelques années (de tête, je dirais bien 7 ou 8 ans, ce qui est énorme si on remet ça dans son contexte) d’assez près la carrière de ce jeune russe, naturalisé américain. Pourtant, quand je l’ai découvert dans Coeurs perdus en Atlantide de Scott Hicks (il était tout jeune dedans), une adaptation de deux nouvelles de Stephen King, ce n’était pas gagné. Mais en même temps, je déteste ce film tout court. Même Anthony Hopkins n’est pas terrible dedans. Mais le hasard et ma curiosité m’ont permis de recroiser son chemin. J’ai fini par m’intéresser à certains de ses choix. Finalement, je lui ai très vite trouvé du talent et du charisme. Une sorte de pureté et d’honnêteté me plaisait et j’appréciais sa discrétion. Pour moi, il était différent des acteurs de sa génération. Sa carrière était évidemment imparfaite mais il faisait des choix intéressants et de plus en plus judicieux. Il savait jongler entre des grandes productions comme Star Trek et le cinéma indépendant. Je dois donc l’avouer : j’ai vu certains films uniquement parce qu’il y jouait dedans.

Alpha Dog : Photo Anton Yelchin, Justin Timberlake

Je suivais de près la carrière d’Anton Yelchin car j’étais persuadée que sa carrière allait exploser. J’avais une sorte de pressentiment en le voyant dans chaque film. J’avais le même pressentiment en découvrant Jennifer Lawrence dans Winter’s Bone ou Shailene Woodley dans la série The Secret Life of the American Teenager par exemple.  Pour moi ce n’était qu’une question de temps. Surtout j’en ai un peu marre de ces pseudo-articles qui résument la (courte) carrière de Yelchin à Star Trek. Non, pour moi, c’était plus que ça. C’était le petit garçon étrange de l’excellente mini-série Disparition (Missing) produite par Steven Spielberg. La victime consentante de l’intéressant Alpha Dog de Nick Cassavetes (avec également Justin Timberlake et Ben Foster au casting). L’ado brillant de Charlie Bartlett de Jon Poll (avec également Robert Downey jr. à l’époque où il se contentait pas de toucher des millions pour Iron Man). L’amoureux de la belle Felicity Jones dans le triomphe de Sundance Like Crazy de Drake Doremus (certainement son plus beau rôle). Le fils du perturbé Mel Gibson dans l’intelligent Complexe du Castor (The Beaver) de Jodie Foster. Le gars du sketch le plus intéressant et même le plus marquant de New York I Love You (il était dans celui de Brett Ratner). Je l’avais trouvé sympa dans Fright Night de Craig Gillepsie. Et même si j’ai détesté le film (je ne vais pas dire le contraire), il avait tourné avec Jim Jarmusch dans Only Lovers Left Alive. Tourner avec Jarmusch, c’est pas rien, malgré tout le mal que j’ai pu dire (et que je peux encore dire) de ce film. En tout cas, tous ces rôles promettaient une belle carrière. Ca ne devait être que le début d’une meilleure aventure.

À la folie : Photo Anton Yelchin, Felicity Jones

Certains films sortiront à titre posthume. Pour moi, son dernier film marquant restera Green Room de Jeremy Saulnier dont j’ai dit beaucoup de bien récemment. Et justement, en regardant ce film en question, puis récemment le sympathique Burying the Ex, j’avais encore envie de découvrir les petits films indé dans lesquels il avait joué. Retenir le film de Saulnier a pour moi un sens : sans cet accident, Yelchin aurait tout simplement assisté à la répétition de son groupe de punk The Hammersheads. Pour cette Fête de la Musique, je vais alors écouter en boucle la BO de Green Room en me souvenant de la fabuleuse scène dans lequel le groupe fictif The Ain’t Rights interprète Nazi Punks Fuck Off (la chanson culte des Dead Kennedy).

Green Room : Photo Anton Yelchin

 

Ma Meilleure Amie

réalisé par Catherine Hardwicke

avec Toni Collette, Drew Barrymore, Paddy Considine, Dominic Cooper, Jacqueline Bisset, Frances de la Tour, Tyson Ritter…

titre original : Miss You Already

Comédie dramatique britannique. 1h52. 2015.

sortie française : 15 juin 2016

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Milly et Jess sont deux meilleures amies inséparables depuis l’enfance. Alors que Milly se voit diagnostiquer une grave maladie, Jess tombe enceinte de son premier enfant…

Ma Meilleure Amie : Photo Dominic Cooper, Drew Barrymore, Toni Collette

Catherine Hardwicke est la réalisatrice du premier chapitre de Twilight (finalement, relativisons, c’est un des moins mauvais de la saga !) et de Thirteen (je sais que beaucoup aiment ce film, je n’en garde pas particulièrement un bon souvenir). Qu’est-ce qui m’a alors motivée à aller découvrir Ma Meilleure Amie (encore un titre français niais même si au moins il a du sens par rapport au sujet du film – préférons tout de même son titre original encore une fois) ? Dans un premier temps, son sujet, c’est-à-dire le cancer (ouais, dit comme ça, c’est un peu chelou), est ce qui m’a attirée. Cela dit, je n’étais pas totalement rassurée vu que le film avait l’air vendu comme Nos étoiles contraires et tout ce qui va avec (même l’affiche, surtout la version originale avec la police du titre, était assez proche), vous savez, ces fameux films qui doivent vous faire chialer pare que ça parle de cancer justement mais attention ça se veut léger et même drôle. Puis, c’est surtout son casting qui m’a permis de découvrir ce film. J’avais donc quelques a priori, je ne m’en cache pas. Hélas, j’avais quand même bien pressenti certaines choses (je ne pense pas être médium, je tiens à rassurer tout le monde). Hardwicke n’a jamais été une réalisatrice très fine et subtile et à ce stade-là les choses ne vont pas s’arranger. On ne va pas se mentir : ce film est fait pour faire pleurer. On est parfois dans le chantage affectif. « Pleuuuure sinon t’as pas de coeuuur » (et en plus, ça rime, c’est génial). Bref, il y a quelques clichés et de grosses ficelles. Cela dit, parce que je ne suis pas totalement une garce et que je trouve ce film un chouïa mieux que Nos étoiles contraires et compagnie, j’admets avoir trouvé la fin émouvante. C’est déjà ça. Et oui, le film possède bien une certaine fraîcheur et légèreté par son ton et des répliques bien senties. Là encore, c’est pas si mal que ça. C’est dommage que ce film ne soit pas si bien réalisé – même si Catherine Hardwicke pourra se vanter d’avoir filmé deux scènes avec un IPhone soi-disant pour donner une plus grande impression d’intimité à ses personnages (euuuh franchement pas plus que ça), qu’il souffre d’un manque de subtilité. Mine de rien, il reste courageux dans sa démarche.

Ma Meilleure Amie : Photo Drew Barrymore, Paddy Considine

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit plutôt d’une grosse production. Et malgré des moments mielleux pour satisfaire un certain public, je trouve que Ma meilleure amie parvient à montrer les désastres du cancer de manière assez crue mine de rien. Certes, on voit l’éternel rasage de cheveux (logique), les vomissements et tout ce que nous connaissons malheureusement déjà sur les ravages de cette maladie. Je ne m’attendais pas à voir une ablation des seins de manière assez réaliste, sans filtre par exemple. Le film nous expose donc les conséquences physiques assez évidentes à cause de la maladie mais aussi la difficulté de vivre son quotidien avec ses proches, difficulté qui semble être renforcée lorsqu’on est une femme (et aussi une épouse et une mère). Malgré ses grosses ficelles, on sent malgré tout derrière une véritable sincérité et aussi de la documentation. La réalisatrice s’est également inspirée de sa propre histoire (son père a eu un cancer) tout comme la scénariste Morwenna Banks qui a aussi travaillé à partir de la pièce de théâtre radiophonique Goodbye (avec notamment Olivia Coleman et Natascha McElhone) De plus, Ma meilleure amie a beau être vendu comme un film frais et tout ça (certains parlent même de feel-good movie même si je trouve ça chelou d’employer un tel terme par rapport au sujet même du film), il n’est pas toujours tendre avec le personnage de Milly, pourtant atteinte d’un cancer, qui agit parfois de manière peu sympathique envers ses proches (sans vouloir trop en dire). Ma Meilleure Amie est porté par un excellent casting, à commencer par le duo d’amies (aussi dans la vraie vie) interprété par Toni Collette et Drew Barrymore. Leur complicité paraît si évidente, on a l’impression qu’elles se sont toujours connues et qu’elles ont tout vécu ensemble. Le duo fonctionne et les interprétations plus « individuelles » suivent également. Les rôles secondaires sont également à la hauteur, que ce soit Paddy Considine et Dominic Cooper en maris, Frances de la Tour convaincante en perruquière ou encore Jacqueline Bisset dans le rôle de la mère de Milly.

Ma Meilleure Amie : Photo Drew Barrymore, Toni Collette

45 ans

réalisé par Andrew Haigh

avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James, Dolly Wells…

titre original : 45 Years

Drame britannique. 1h35. 2015.

sortie française : 27 janvier 2016

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Kate et Geoff Mercer sont sur le point d’organiser une grande fête pour leur 45e anniversaire de mariage. Pendant ces préparatifs, Geoff reçoit une nouvelle : le corps de Katya, son premier grand amour, disparu 50 ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé. Cette nouvelle va alors bouleverser le couple et modifier doucement le regard que Kate porte sur son mari…

45 ans : Photo Charlotte Rampling, Tom Courtenay

45 ans est l’adaptation de la nouvelle de David Constantine, In Another Country. Il a permis à Charlotte Rampling et Tom Courtenay de remporter l’Ours d’argent d’interprétation à la Berlinale. Rampling a également réussi à décrocher, grâce à ce film, sa première nomination de toute sa carrière aux Oscars dans la catégorie « Meilleure actrice » (et battue par Brie Larson pour Room). Malgré toutes ces belles récompenses, ce film est finalement passé inaperçu en France. Cela est regrettable car ce long-métrage d’Andrew Haigh (dont son précédent, Week-end, avait déjà reçu de très bons échos malgré une polémique en Italie) vaut pour moi le coup d’oeil même si la forme pourra certainement déranger certains spectateurs. De quoi est-ce que je parle quand j’évoque la forme ? Une chronique. En effet, malgré son titre qui présente une longue durée, 45 ans se concentre sur six jours dans la vie d’un couple (donc marié depuis le temps indiqué par le titre) qui prépare en grande pompe (mais sans réel enthousiasme) leur anniversaire de mariage. Ce quotidien est bouleversé par une simple lettre : on apprend que le cadavre d’une certaine Katya, morte depuis 50 ans dans un accident de randonnée dans les Alpes, a été retrouvée dans un congélateur. Qui est cette Katya ? On apprend petit à petit les liens qui unissaient cette femme et Geoff, rendant ainsi Kate jalouse d’une morte (ce qui paraît dingue quand on y pense). Ainsi, le rôle de la chronique fonctionne totalement dans ce film. Il y a une volonté d’être au plus près de la réalité voire même de l’intimité d’un couple. Cela peut paraître fou de remettre en question tout son couple en quelques jours seulement. Ce choix est alors intéressant pour montrer finalement qu’on ne connait jamais bien une personne, même s’il s’agit de son mari avec lequel on partage sa vie depuis tant d’années. Rien n’est jamais acquis finalement. Mais au-delà de cette réflexion qui pourrait paraître un peu trop simple, ce long-métrage est intéressant pour plusieurs raisons. Tout d’abord, s’il s’agit d’une chronique pour pouvoir mieux dépeindre une réalité banale détruite par un événement qui chamboule tout, ce n’est pas pour ça que la mise en scène est délaissée. Sous ses airs de chronique, 45 ans bénéficie d’une mise en scène et d’une écriture très précise. Beaucoup d’éléments sont suggérés et en même temps, beaucoup de détails comptent pour pouvoir appréhender les sentiments des personnages et mieux comprendre le passé. J’ai d’ailleurs beaucoup pensé à Mrs Dalloway de Virginia Woolf dans lequel on suit durant une journée la journée et les tourments d’une femme, par petites touches.

45 ans : Photo Charlotte Rampling, Tom Courtenay

Est-ce que ce mariage n’a été qu’illusion ? Kate n’a-t-elle été qu’une épouse de second choix et même la femme qui a remplacé Katya (les prénoms sont d’ailleurs très proches) ? Est-ce l’ombre de Kate a pu planer durant toutes ces années et guider les choix du couple (notamment en ce qui concerne l’absence d’enfants) ? Ces interrogations, qui permettent de comprendre (logiquement) la jalousie de Kate, sont en tout cas très bien abordées. Cela dit, même si on comprend aisément certaines réponses et même si on admet que le film adopte le point de vue de Kate, je pense qu’il ne faut pas exclure deux autres possibilités. La première est sur le deuil du couple. Si ici la mort de Katya est bien réelle et qu’il y a bien une réflexion autour de deuil concret, peut-être faudrait-il admettre une possible métaphore sur la « mort » d’un ancien couple plus généralement. Comment avancer, notamment avec son ou sa partenaire quand on n’a pas encore fait le deuil de son couple ? Puis (et ce point est logiquement lié au précédent), je crois aussi que ce film veut montrer qu’il peut bien y avoir de l’amour dans un couple même si sa construction a pu exister sur des bases douteuses. Il faut alors prendre en compte les ressentis de chaque individu. Chacun a avancé au sein de ce couple différemment. C’est pour cette raison que j’ai trouvé qu’adopter un seul point de vue était intéressant, tout comme le fait de filmer régulièrement les personnages séparément même lorsqu’ils sont dans une même pièce : l’isolement des ressentis est au coeur de ce long-métrage. Au-delà de réflexions pertinentes sur l’amour et le couple, 45 ans est servi par un duo d’acteurs époustouflants. On retiendra évidemment plus la performance de Charlotte Rampling, étant donné que son personnage est davantage mis en avant puisqu’on aborde principalement son point de vue. A l’image de la sobriété de ce long-métrage, elle n’a pas besoin de gesticuler dans tous les sens, elle n’est pas dans la surenchère. Elle est justement émouvante et très juste parce qu’elle exprime beaucoup de sentiments par ses traits ou son regard. Quant à Tom Courtenay, même s’il est plus en retrait, il est également très convaincant. J’ai lu beaucoup de critiques qui disaient qu’il incarnait un personnage ingrat. Même si ce dernier déclenche la jalousie de son épouse, je ne l’ai jamais perçu comme un méchant. Je ne vais évidemment pas répéter ce que j’ai déjà dit autour de son personnage, l’écriture du scénario du personnage est déjà très habile. Mais je peux tout de même souligner la justesse de son interprétation qui parvient à donner également de l’humanité à son personnage et ne se fait pas écraser par sa partenaire.

45 ans : Photo Charlotte Rampling

Les Gardiens de la Galaxie

réalisé par James Gunn

avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Vin Diesel, Bradley Cooper, Josh Brolin, Lee Pace, Benicio Del Toro, Glenn Close, Karen Gillan, John C. Reilly, Michael Rooker, Dijmon Hounsou, Peter Serafinowicz, Rob Zombie…

titre original : Guardians of the Galaxy

Film de science-fiction, action américain, britannique. 2h. 2014.

sortie française : 13 août 2014

Movie Challenge 2016 : Film adapté d’un comics ou d’un roman graphique

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Peter Quill est un aventurier traqué par tous les chasseurs de primes pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique et mortelle Gamora, et Drax le Destructeur, qui ne rêve que de vengeance. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être …

Les Gardiens de la Galaxie : Photo Chris Pratt, Dave Bautista, Zoe Saldana

Je ne m’en suis jamais cachée : sans être « contre », l’univers des comics me laisse complètement indifférente. Je ne suis pas du tout la spectatrice qui attend de pied ferme pendant des mois le prochain Captain America ou Iron Man loin de là. Cela dit, j’ai tellement entendu du bien des Gardiens de la Galaxie (tiré des comics de Marvel, phase 2), que ce soit dans la presse, au coeur de la blogosphère ou même selon mon propre entourage. Pour le Movie Challenge, j’avais besoin de regarder une adaptation de comics, cela m’a donc encouragée le à découvrir pour de bon, même si je ne savais pas trop à quoi m’attendre. En plus, derrière la caméra, on retrouve un certain James Gunn. Quelques mois auparavant, j’avais découvert un de ses films les plus connus par les cinéphiles, Super, avec les très bons Rainn Wilson et Ellen Page. Il s’agit d’un film qui évoquait déjà l’univers des super-héros (mais version cheap). Malgré les bonnes critiques à son égard, je n’avais pas plus accroché que ça à ce film. D’où ma petite appréhension avant d’aller regarder Les Gardiens de la Galaxie. Contre toute-attente, je suis tombée sous le charme de grand divertissement. Oui, on peut encore faire des films grand public de qualité ! Je suis la preuve vivante qu’on peut se sentir larguée en comics, ne pas nécessairement être attirée par les blockbusters en général et avoir énormément aimé ce film. On suit les aventures de Peter Quill et de ses amis (ou pas au début) pendant deux bonnes heures sans s’ennuyer mais sans que ce soit un film d’action complètement bourrin. En fait, il y a un bon équilibre entre les différents genres abordés (en gardant une véritable cohérence : on est bien dans un film de super-héros même si ce n’est pas que ça), c’est-à-dire l’action, la science-fiction, la comédie et le drame (oui c’est très émouvant). C’est aussi un film qui pourra séduire différents publics, c’est-à-dire les jeunes et les adultes, mais aussi à la fois un public qui recherche de la modernité tout comme il pourra satisfaire des spectateurs nostalgiques (il y a une ambiance très années 70s/80s, notamment avec la présence du walkman, utilisé par Star-Lord et surtout la très bonne bande-originale !). La grande réussite des Gardiens de la Galaxie est qu’il assure un véritable spectacle mais sans tomber nécessairement dans les facilités. Il n’a rien d’aseptisé contrairement à beaucoup de grandes productions de nos jours. On sent qu’il y a derrière un réalisateur qui possède une personnalité, par conséquent son film parvient à avoir une âme.

Les Gardiens de la Galaxie : Photo Chris Pratt

Les Gardiens de la Galaxie s’avère donc plus exigeant qu’il en a l’air mais en même temps il parvient à ne pas être prétentieux : on a toujours l’impression qu’il y a de l’autodérision chez les personnages. Il s’agit alors plus qu’un film de super-héros : on est face à un formidable space-opera. On ne pourra d’ailleurs pas s’empêcher de penser à Star Wars pour des tas de raisons différentes (un univers galactique futuriste, des extraterrestres de toutes sortes, les vaisseaux spatiaux, Star-Lord est au début dans la même situation que Han Solo et même physiquement je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre ces deux personnages etc…) même si les personnages des Gardiens… sont moins « vertueux » que ceux de la saga de George Lucas (mais restent tout aussi héroïques). Il me parait également important de souligner l’importance de l’esthétique. On ne va pas se mentir : ça pète dans tous les sens, que ce soit par les effets spéciaux, les décors et les costumes. Cela dit, contrairement à ce que je craignais, ça ne m’a pas fatiguée. Enfin, Les Gardiens de la Galaxie bénéficie d’un excellent casting et des personnages forts et intéressants. Chris Pratt, découvert dans la série Parks and Recreation, est excellent dans le rôle de Star-Lord. ll a tout pour être crédible en tant que héros d’un grand film populaire : il est drôle, charismatique, et a également un côté « cool » bienvenu. Par ailleurs, je ne suis pas étonnée qu’il ait été choisi pour interpréter le personnage principal dans Jurassic World de Colin Trevorrow. Zoe Saldana prouve aussi qu’elle est très douée pour interpréter des personnages féminins hors du commun (décidément, elle aime changer de peau depuis Avatar !) et forts. Ca fait toujours de bien de voir que les femmes ne sont pas toujours obligées d’être les potiches de service. Etant donné que je n’ai pas vu le film en V.O., je ne peux pas commenter totalement le travail de certains membres du casting (comme par exemple Bradley Cooper). En revanche, je peux rebondir sur plusieurs points. Dans un premier temps, les personnages (même ceux qui ont été travaillés en motion capture) sont tous très attachants. Je n’aurais pas cru m’intéresser et m’attacher à un raton-laveur et un arbre ! Les personnages ne se font donc pas écraser par l’univers qui aurait être trop énorme pour eux. Quelques seconds rôles sont également plaisants à découvrir même si on les voit peu comme par exemple Benicio Del Toro, Michael Rooker, John C. Reilly ou encore Glenn Close pour ne citer qu’eux.

Les Gardiens de la Galaxie : Photo

The Door (2016)

réalisé par Johannes Roberts

avec Sarah Wayne Callies, Jeremy Sisto, Suchitra Pillai-Malik…

titre original : The Other Side of the Door

Film d’horreur, épouvante-horreur britannique, indien. 1h36. 2015.

sortie française : 1 juin 2016

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Une famille américaine mène une paisible existence en Inde jusqu’à ce qu’un accident tragique prenne la vie de leur jeune fils. La mère, inconsolable, apprend qu’un rituel antique peut lui permettre de lui faire un dernier adieu. Elle voyage alors jusqu’à un ancien temple, où se trouve une porte qui sépare le monde des vivants et celui des morts. Mais quand elle désobéit à l’avertissement sacré de ne jamais ouvrir cette porte, elle bouleverse alors l’équilibre entre les deux mondes.

The Door : Photo Sofia Rosinsky

Vous avez l’habitude : j’ai très envie de raconter ma vie pour me justifier. Lâchons-nous puisqu’il n’y a pas grand-chose à dire sur ce film – au moins c’est dit. Comment ça se fait que j’ai pu aller voir ce film au cinéma alors que je suis carrément à la bourre ? Premièrement, parce que je n’ai pas pu voir le film que je devais voir grâce aux places que j’ai gagnées – je me suis aperçue au dernier moment qu’elles n’étaient pas valables le week-end (je reviendrai sur ce terrible épisode très bientôt soit ici soit sur Twitter, promis juré). Les autres films que je comptais voir avaient – vraiment – des horaires de merde. Voilà que la personne qui m’accompagne (en l’occurrence, ma propre soeur) me dit « tiens, The Door, c’est visiblement un film « d’horreur », ça te tente ? ». Je voyais vaguement l’affiche, je connaissais à peine le synopsis (j’avais vaguement compris qu’il y avait une histoire de môme mort qui décide de faire chier tout le monde en tant que fantôme ou entité diabolique, quelque chose comme ça) et comme je suis bon public, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Mais pour tout vous avouer, je ne serais jamais allée voir ce film volontairement. La promo est juste une cata. Je suis même étonnée que ce film ait réussi à trouver une sortie en salles – quand on sait qu’il y a de plus en plus de longs-métrages qui sortent directement en vod / dvd, on se pose des questions. Franchement, rien que ce titre « français » (vous savez donc qu’en France, nous avons le « don » de traduire un titre anglais par un autre anglais, because, you know, we speak English very very well of course – le tout dit avec un atroce accent) n’a rien de vendeur. Il doit y avoir trois cents films qui doivent probablement s’appeler The Door. Et surtout, ils devaient être désespérés pour mettre sur l’affiche « avec Sarah Wayne Callies (The Walking Dead). Non mais sérieusement ?? C’est le genre d’accroche qu’on met typiquement sur des direct-to-dvd ça ! Rien qu’avec ça, on sent que les gars qui bossent donc pour vendre ce film (visiblement ils ont mal fait leur boulot) n’y croient pas du tout. Et en général, c’est pas bon signe. Voilà qu’en faisant la file, je sens pas totalement le truc mais bon je reste optimiste et en plus ma place est gratuite ce jour-là (et ouais, c’est ça quand on parie en ligne sur les pronostics de Cannes sur la page Facebook de son cinéma !) alors j’e sais que je ne vais pas trop avoir les boules même s’il s’agit d’une grosse daube. Verdict : Sans dire qu’il s’agit du pire navet du siècle, c’était effectivement pas terrible !

The Door : Photo Sarah Wayne Callies

On connait tous la recette qui finit par nous épuiser : une malédiction, une mère qui chiale, des jumpscares. Encore, si le problème venait uniquement de son manque d’originalité, ça passerait s’il s’agissait d’un bon divertissement. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas ici. Je ne dirais pourtant pas que je me suis ennuyée (c’est peut-être pour cette raison que je ne lui accorde une petite étoile), c’est-à-dire qu’à la fin de la séance je ne ressemblais pas à un rat mort. Mais en dehors de quelques scènes potables (notamment celle où on découvre comment le petit Oliver s’est tué), il ne s’agit pas d’un film très rythmé ni très effrayant. De plus, The Door se veut original en présentant son intrigue en Inde. Cela aurait pu permettre de rendre ce film plus intéressant, moins banal mais finalement, une fois qu’on a dépassé le stade du voyage dans le temple pour suivre un rituel indien et l’intervention d’un certain groupe d’indiens ayant des pratiques particulières, le réalisateur ne tire pas grand-chose de l’environnement dans lequel il situe l’action. L’exotisme finit par devenir superficiel. Il y a un moment où on se dit même que l’histoire aurait pu se dérouler dans n’importe quel autre pays. C’est dommage car à plusieurs reprises, on sent tout de même le potentiel qu’aurait pu avoir l’Inde sur l’intrigue. Pour ne rien arranger, on a donc dans le premier rôle Sarah Wayne Callies. Cette actrice est déjà en soi mauvaise. Pas plus que d’autres mais elle l’est. Et surtout, elle a une tête insupportable. Je ne veux pas m’attaquer à son physique, non. Je veux dire plus à ce qu’elle exprime à l’écran. A chaque fois que je la vois, que ce soit dans un film ou une série, c’est comme s’il y avait écrit sur son front « je suis une emmerdeuse de première ». En clair, cela signifie que dès qu’elle est dans un film, un blem’ va arriver. C’est physique, je n’y peux rien. De l’autre côté, on a Jeremy Sisto, un acteur que j’apprécie en général. Dans ce film, son interprétation n’est pas si mal que ça (par rapport à tout ce que j’ai exposé avant). Le problème est qu’on ne croit pas une seule seconde au couple (et par conséquent à la famille) qu’il forme avec la désespérante Sarah Wayne Callies. Heureusement, les seconds rôles, comme Suchitra Pillai-Malik par exemple, restent bons.

The Door : Photo Jeremy Sisto, Sarah Wayne Callies, Sofia Rosinsky

Burying the Ex

réalisé par Joe Dante

avec Anton Yelchin, Ashley Greene, Alexandra Daddario, Oliver Cooper…

Comédie fantastique, épouvante-horreur américain. 1h30. 2014.

sortie française (dvd) : 2 février 2016

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Max décide de s’installer avec sa petite amie, Evelyn, même si celle-ci se révèle ultra possessive et manipulatrice. Il réalise rapidement qu’il doit la quitter, mais a bien trop peur d’elle pour passer à l’acte. Le destin s’en mêle le jour où Evelyn meurt dans un accident peu banal. Quelques mois plus tard, quand Max rencontre Olivia, la fille de ses rêves, il pense avoir droit à un nouveau départ. Malheureusement, tout se complique lorsque Evelyn revient d’entre les morts, plus folle de Max que jamais et toujours déterminée à vivre à ses côtés…

Burying the Ex : Photo Ashley Greene

Joe Dante a réalisé des films cultes qui ont traversé les générations comme, Piranhas, Gremlins ou encore Hurlements même si je pourrais en citer certainement d’autres. Mais depuis quelques années maintenant, les films de Joe Dante ne semblent plus intéresser le public, le réalisateur ayant rencontré beaucoup de difficultés financières. Ses derniers films sortent même directement en dvd. C’est le cas de Burying the Ex, pourtant projeté en hors compétition aux festivals de Venise et Gérardmer. C’est un peu dommage de voir une telle chute même si c’est vrai que ce Burying the Ex ne fait certainement pas partie des meilleurs films de Dante, soyons réalistes. Cela dit, j’ai tout de même passé un bon moment devant ce film qui mélange la comédie romantique et l’horreur (avec les zombies). On connait tous la recette qui combine ces deux genres en question. On pourra notamment penser à l’excellent Shaun of the Dead d’Edgar Wright. Visiblement (je précise étant donné que je n’ai pas vu ces films en question), Warm Bodies (de Jonathan Levine avec Nicholas Hoult et Teresa Palmer) et Life After Beth (de Jeff Baena avec Dane DeHaan et Aubrey Plaza) seraient également dans la même veine. On a beau connaître ce fonctionnement, j’aime toujours le redécouvrir en prenant le risque d’être face à quelque chose que j’ai éventuellement déjà vu. Effectivement Burying the Ex n’est pas très original ni sur le fond ni sur la forme. Je ne pense d’ailleurs pas qu’il ait cette prétention en question (et heureusement). On trouvera forcément mieux ailleurs dans la même lignée. Le film a d’ailleurs quelques défauts. On met tout de même un certain temps à entrer dans l’horreur, même une fois Evelyn revenue d’entre les morts dans le sens où ça reste très sage. Pourtant on sent que Dante a envie de rendre hommage au cinéma d’horreur des années 1980. Il y a effectivement des effets kitsch assez plaisants dans le sens où on sent que c’est un véritable choix de la part du réalisateur (peut-être que ce choix en question a été motivé par des problèmes de budget, mais ça donne tout de même une certaine énergie à l’ensemble de ce long-métrage) et le ton de l’histoire en lui-même va dans ce même sens. En effet, le personnage principal, Max, est un grand amateur d’un certain vieux cinéma d’horreur (et est tout simplement un geek) tout comme sa nouvelle petite-amie Olivia. Il travaille d’ailleurs dans une boutique qui vend des babioles en rapport cet univers cinématographique en question.

Burying the Ex : Photo Anton Yelchin

C’est dommage que Dante ne se soit pas davantage lâché et n’ait pas exploité davantage son sujet. On comprend bien qu’il s’agit d’une métaphore autour des relations amoureuses à sens unique, de la culpabilité qu’on peut éprouver quand on ne parvient pas à arrêter cette relation qui ne nous convient pas. Mais encore une fois, sans dénigrer pour autant le rôle que peuvent jouer les films d’horreur (je fais partie des gens qui défendent ce genre et qui n’y voient pas que des trucs idiots et violents), je savais très bien que je n’allais pas regarder un film super profond et philosophique non plus. Ca reste un bon petit divertissement, assez court en plus, parfois marrant dans son genre (même si je n’étais pas non pliée en quatre mais ça passe). C’est déjà pas si mal. Dans l’ensemble, Burying the Ex est servi par un bon casting de jeunes acteurs. Sans dire qu’il fait une performance spectaculaire, Anton Yelchin s’en sort plutôt bien dans le rôle principal même si je l’ai vu mieux ailleurs. Après, je savais ce que j’allais regarder et je n’en attendais pas non plus trop. Cependant, il faut admettre qu’il se fait un peu manger par ses partenaires, en particulier les actrices. Je ne pensais pas que je dirais un jour du bien d’elles mais ça va être le cas aujourd’hui pour ce film. Ashley Greene, que j’ai découvert dans les Twilight (et dans lesquels elle était super mauvaise avec un look assez ridicule (ooh je suis méchante – on va juste dire qu’elle était daaark), est la bonne surprise de ce petit long-métrage. Elle est vraiment convaincante dans le rôle de la chieuse hystérique. J’ai également bien apprécié Alexandra Daddario qui pourtant a l’habitude de m’agacer à chaque fois que je la vois dans un film (j’ai toujours l’impression qu’elle est engagée dans un film parce que Dame Nature l’a gâtée). Même si son physique ne laissera certainement pas indifférent certains spectateurs(trices), sa personnalité ressort un peu plus que d’habitude. En tout cas, j’ai compris pourquoi le héros se laissait séduire par la demoiselle et pas uniquement parce qu’elle est belle. Enfin, dans un rôle plus secondaire, Oliver Cooper est plutôt marrant dans le rôle du frangin squatteur et lourdingue.
Burying the Ex : Photo Alexandra Daddario

99 Homes

réalisé par Ramin Bahrani

avec Andrew Garfield, Michael Shannon, Laura Dern, Tim Guinee, Noah Lomax, J. D. Evermore…

Drame américain. 1h47. 2014.

sortie française (e-cinema) : 18 mars 2016

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Rick Carver, homme d’affaires à la fois impitoyable et charismatique, fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Lorsqu’il met à la porte Dennis Nash, père célibataire vivant avec sa mère et son fils, il lui propose un marché. Pour récupérer sa maison, sur les ordres de Carver, Dennis doit à son tour expulser des familles entières de chez elles.

99 Homes : Photo Andrew Garfield, Michael Shannon

99 Homes a remporté le Grand Prix au festival américain de Deauville et a permis à Michael Shannon de décrocher des nominations aux Golden Globes et Screen Actors Guild Awards (et dommage qu’il n’est pas été nommé aux Oscars au passage). Pourtant, encore une fois (parce que c’est en train de devenir une mauvaise habitude), nous ne comprenons pas comment ce film n’ait pas réussi à avoir une sortie convenable au cinéma et se retrouve avec une sortie en vod (plus précisément en e-cinema). Il ne méritait pas un tel sort. Je suis en tout cas ravie d’avoir découvert ce petit bijou issu du cinéma indépendant américain. 99 Homes est un film coup-de-poing sur une triste réalité : les désastres du marché immobilier sur la population américaine. Ca fait vraiment mal au coeur de voir toutes ces familles expulsées de chez elles pratiquement du jour au lendemain. Le réalisateur Ramin Bahrani (dont je ne connaissais pas le travail jusqu’à présent) a su saisir toute la violence d’une telle situation, qui se déroule tous les jours aux Etats-Unis. On est très loin du fameux rêve américain qui s’effondre rapidement. Ou alors ce rêve américain est bâti à partir de faits douteux et immoraux et atteint vite ses limites. Richard Carver et Dennis Nash, initialement des victimes de ce système immobilier (même si Carver peut d’emblée incarner le « méchant » de l’histoire étant donné qu’il entraîne Nash dans cette spirale), incarnent la face sombre de ce rêve américain. Richard Carver est une pourriture, et c’est bien le cas, on ne va pas se mentir, mais son portrait permet pourtant d’éviter un manichéisme qui aurait pourtant pu exister (et l’interprétation de l’excellent et charismatique Michael Shannon apporte un véritable plus dans la construction de son personnage). On s’aperçoit que, comme Nash (incarné par Andrew Garfield, qui livre également une très bonne interprétation), des choses l’ont motivé à tenter sa chance quitte à exploiter les autres et à en subir les conséquences (une vie de famille désastreuse, la peur d’être en danger au quotidien etc…). C’est d’ailleurs pour cette raison que le scénario est intéressant : Nash passe du statut de victime à celui de coupable, comme l’a certainement été Carver (même si chez lui cela a pris des proportions extrêmes et qu’il n’a pas de scrupules à faire ce travail) : tout le monde peut franchir cette barrière immorale pour subvenir aux besoins de sa famille (Nash étant père célibataire et vit avec sa mère) et même pour obtenir plus c’est-à-dire se laisser séduire par une vie beaucoup plus confortable.

99 Homes : Photo

L’opposition entre les personnages, encore une fois pas aussi manichéenne qu’elle en a l’air (pour reformuler, je dirais qu’il s’agit plutôt de deux facettes sur une idéologie), permet aussi d’interroger sur une question qui nous concerne finalement tous, même si on ne s’intéresse pas plus que ça aux problèmes immobiliers. En effet, d’un côté, Richard Carver considère les maisons ni plus ni moins comme « des boîtes », il a une image plus matérielle d’une habitation tandis qu’au début Nash et le reste de sa petite famille (la mère est incarnée par une formidable Laura Dern et le petit Noah Lomax s’en sort également bien) sont attachés à la représentation sentimentale d’un lieu. L’injustice de cette situation sociale n’est pas uniquement soulignée par l’attitude perverse de Carver ni par la représentation difficile de ces expulsions. L’injustice sociale est exposée comme un tourbillon impossible à s’en sortir, surtout si on fait partie des fameux « 99 % ». On ressent de A à Z ce cercle vicieux et le réalisateur va au bout de ses idées. 99 Homes parvient donc à montrer la face sombre d’une triste réalité sociale (la crise des subprimes) grâce à un scénario remarquablement bien écrit. Il y a en fait une sorte de mélange entre fiction et réalité qui fonctionne et qui pourrait même réconcilier certains spectateurs avec le drame social. La fiction est évidemment le moteur de ce film parce que les personnages, pourtant complexes, restent identifiables par leur statut, leurs actions et leurs différentes motivations. De plus, les rebondissements fonctionnent également comme si le film n’était pas construit comme un drame social mais presque par moments comme un thriller (même s’il ne s’agit pas d’un thriller), ce qui donne un véritable souffle et une énergie non négligeable. Mais la réalité sociale qui retombe bien sur la gueule des personnages et des spectateurs permet au film de trouver un juste équilibre dans le traitement de son sujet. Par ailleurs, la mise en scène est cohérente les intentions narratives. Elle est à la fois soignée et efficace, voire même nerveuse, se permettant des scènes techniquement moins cadrées pour pouvoir cerner l’action. S’il y a quelques petites libertés dans le cadrage dans certaines scènes, on est très loin des mauvais tics du cinéma indépendant US qui peuvent agacer habituellement. Ce sont la maîtrise de la mise en scène et le scénario inspiré qui permettent de donner en grande partie du rythme au film qui ne comporte par ailleurs aucune longueur. Ambitieux, accessible, profond et cynique à la fois, 99 Homes est pour moi un grand film marquant et bouleversant sur notre monde qu’il faut absolument découvrir.

99 Homes : Photo Michael Shannon

Bilan – mai 2016

Cinéma

Les films sortis en 2016 (cinéma/dvd/vod)

Dalton Trumbo (Jay Roach, 2016) 2/4

Money Monster (Jodie Foster, 2016) 3/4

Sisters (Jason Moore, 2016) 0/4

Julieta (Pedro Almodovar, 2016) 3/4

99 Homes (Ramin Bahrani, 2016) 4/4

Burying the ex (Joe Dante, 2016) 2/4

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Rattrapages

Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force (J. J. Abrams, 2015) 3/4

Coup de foudre à Bollywood (Gurinder Chadha, 2004) 3/4

Blue Ruin (Jeremy Saulnier, 2013) 4/4

We Are What We Are (Jim Mickle, 2013) 3/4

Les Trois Crimes de West Memphis (Atom Egoyan, 2013) 3/4

Spectre (Sam Mendes, 2015) 3/4

Blow Up (Michelangelo Antonioni, 1967) 1/4

The Call (Brad Anderson, 2013) 2/4

High Fidelity (Stephen Frears, 2000) 3/4

Un enfant pas comme les autres (Menno Meyjes, 2007) 3/4

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Télévision

American Horror Story : Asylum (saison 2, 2012) 4/4

Six Feet Under (saison 2, 2002) 3/4

30 Rock (saison 1, 2006) 4/4

Parks and Recreation (saison 4, 2011) 3/4

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Movie Challenge 2016

On en est où ?

 

– un film français : Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)

– un film adapté d’un livre : Tale of Tales de Matteo Garrone (2015).

– un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter

– un film tourné/sorti cette année : Carol de Todd Haynes (2016)

– un film tourné/sorti l’année de ma naissance (soit 1993) : La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993)

– un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans

– un film dont le titre contient un numéro : Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa (1954).

– un film ayant de mauvaises critiques : Toi, moi… et Duprée de Anthony et Joe Russo (2006).

– une comédie : Les Muppets, le retour de James Bobin (2011).

– un film réalisé par une femme : Surveillance de Jennifer Lynch (2008).

– un film dont le héros n’est pas humain

– un film qui a une suite

– un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune : Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006).

– un film se déroulant dans le futur

– un court-métrage

– un film se déroulant à l’étranger : Transsiberian de Brad Anderson (2008).

– un film qui n’est pas en anglais ni en français : Mustang de Deniz Gamze Ergüven (2015).

– un film se passant au lycée : Elle est trop bien de Robert Iscove (1999).

– un film dont le titre comporte une couleur : Blue Ruin de Jeremy Saulnier (2013).

– un film qui m’a fait pleurer

– un film que j’ai vu plus de deux fois : Walk Hard – The Dewey Cox Story de Jake Kasdan (2007).

– un film d’un réalisateur que j’adore : Kes de Ken Loach (1969).

– un film avec une actrice que j’adore : Diamants sur canapé de Blake Edwards (1961).

– un film avec un acteur que j’adore : Avanti de Billy Wilder (1972).

– un film ayant obtenu un Oscar

– un film d’horreur : The Wig de Won Shin-yeon (2005).

– un film commencé que je n’ai jamais terminé

– un dessin animé

– un biopic historique

– un film LGBT : Une journée particulière de Ettore Scola (1977).

– un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : Music Box de Costa-Gavras (1989).

– un film recommandé par quelqu’un

– un film en noir et blanc

– un film basé sur des faits réels : Bowling de Marie-Castille Mention-Schaar (2012)

– une comédie musicale

– un film qui m’a fait pleurer de rire : Les Flingueuses de Paul Feig (2013).

– un film de guerre

– un film adapté d’un roman graphique ou d’un comic : Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn (2014).

– un film avec un mariage : Bachelorette de Leslye Headland (2012).

– un film d’un réalisateur asiatique

– un film que ma mère adore