Blue Ruin

réalisé par Jeremy Saulnier

avec Macon Blair, Amy Hargreaves, Devin Ratray, Kevin Kolack, David W. Thompson, Bonnie Johnson…

Thriller, drame américain. 1h34. 2013.

sortie française : 9 juillet 2014

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2016 : Un film dont le titre comporte une couleur

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Un vagabond solitaire voit sa vie bouleversée lorsqu’il retourne à sa maison d’enfance pour accomplir une vieille vengeance. Se faisant assassin amateur, il est entraîné dans un conflit brutal pour protéger sa famille qui lui est étrangère.

Blue Ruin : Photo Macon Blair

Après avoir vu Green Room (que j’ai trouvé excellent), j’ai eu envie de découvrir le deuxième long-métrage de Jeremy Saulnier, Blue Ruin, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes en 2013. Oui, ce gars a l’air obsédé par les couleurs mais passons. Pour la petite histoire, le titre du film fait référence à la voiture (une Pontiac Bonneville) qui sert d’abri au personnage principal de ce long-métrage. De plus, selon le réalisateur dans une interview, cette couleur est le reflet du ton du film « dur et brutal » (ce qui est très juste) et c’est aussi une expression qui signifie « débâcle » (à l’image de la situation du personnage principal). Il s’agit a priori d’une simple histoire de vengeance : un SDF veut buter le type qui a supprimé la vie de ses parents, ce dernier étant sorti de prison. La vengeance prend alors forme dans les deux sens (la famille du méchant de base de l’histoire – pour caricaturer – s’en mêle) même si le film privilégie le point de vue de notre vagabond, le prénommé Dwight, qui démarre, à partir de son époque donc (dans les années 2010 donc), les hostilités. Cela dit, il s’agit d’un revenge movie surprenant à sa façon même si je ne pense pas (et c’est peut-être ce qui fait aussi le charme de ce film) que Saulnier ait la prétention de révolutionner quoi que ce soit. En effet, on ne s’attend pas nécessairement à voir un Dwight, en quête de vengeance, aussi peu doué pour manier les armes (dans ce genre d’histoire, on a généralement l’habitude de voir un ancien vétéran ou quelqu’un qui a en tout cas souvent été en contact avec les armes et non un amateur) ou encore la première scène, dans laquelle on voit une gentille et bienveillante flic, qui a une attitude maternelle, annoncer à Dwight la sortie de prison de l’assassin de ses parents. Le scénario est donc assez simple mais d’une réelle efficacité. Jeremy Saulnier va droit au but et même si on a l’impression qu’il privilégie l’action, il n’oublie pas pour autant son propos ni la psychologie des personnages. Il pose à ce moment-là une réflexion pertinente sur l’utilisation dangereuse des armes à feu, mises trop facilement entre les mains d’individus qui perdent le contrôle de la situation en ne sachant pas les utiliser et encore moins à bon escient. La réflexion autour de la vengeance, bien qu’elle ne soit pas neuve (mais bon, ça ne me dérange pas plus que ça encore une fois, du moment que le résultat suit, sinon on n’irait plus voir de films) fonctionne également (le film montrant alors son inutilité). La mise en scène est également une belle réussite, surtout venant de la part d’un réalisateur quasi-débutant. Au-delà de la précision, on ressent dans son travail une folle énergie et une certaine maturité.

Blue Ruin : Photo Amy Hargreaves

Si on a parlé de revenge movie au début, je dirais pourtant que Jeremy Saulnier parvient à mélanger différents codes pour mieux se les approprier et en faire quelque chose d’assez unique justement. Avec cette voiture qui joue un rôle essentiel, on pense au road-movie, le côté bras-cassé de Dwight rapproche également le film avec une sorte de comédie noire et l’ultra-violence dépasse le simple film de violence, on pense alors davantage à un cinéma presque horrifique. On pourra même établir un parallèle avec l’univers des Coen (notamment avec Sang pour Sang / Blood Simple). L’espace est aussi quelque chose parfaitement bien saisi. On sent que l’environnement qui entoure les personnages a son importance dans le récit en tant que contexte. D’ailleurs, dans la première partie du film, Dwight n’ouvre pratiquement pas la bouche (le film comporte par ailleurs peu de dialogues ce qui permet de ne pas tomber dans des propos trop explicatifs, encore une fois, il va à l’essentiel) mais ce n’est pas plombant pour autant car suivre ce personnage dans cet environnement particulier (une Amérique pauvre) est intense. Dès les premières minutes, on a envie de savoir jusqu’où cet homme peut aller dans sa soif de vengeance. Il y a d’ailleurs quelque chose de très intéressant dans ce film : l’apparence. En effet, la fameuse première partie privilégie alors un personnage énigmatique avec cette apparence de vagabondage, qui attire plus la pitié que la crainte. Or, une fois qu’il parvient à se débarrasser de cette longue barbe et de ses habits puants et qu’il redevient un individu de tout ce qu’il y a de plus « normal » dans notre société en ce qui concerne l’apparence, il paraît finalement encore plus flippant. Le propos sur la dangerosité des armes prend alors encore plus de dimension : n’importe quel individu peut être concerné par ce problème. Macon Blair (au passage, meilleur ami d’enfance de Jeremy Saulnier depuis leur plus tendre enfance !) est tout simplement excellent dans le rôle de Dwight. Il donne beaucoup d’humanité et de sensibilité à ce personnage attachant qui bascule pourtant dans le côté obscur. Dommage qu’il ne parvienne pas encore à avoir une filmographie plus solide alors que son talent me paraît évident. Pour conclure, Blue Ruin est pour moi une sacrée bonne surprise. Profond sans trop intellectualiser à tout prix, en apparence classique mais en réalité sait s’imposer à sa façon en jouant habilement avec différents codes cinématographiques, ce long-métrage montre (et Green Room le confirme) le renouveau possible du cinéma indépendant américain avec Jeremy Saulnier dont je suis maintenant la carrière de très près.

Blue Ruin : Photo Macon Blair

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14 réflexions au sujet de « Blue Ruin »

  1. Je l’ai en DVD et j’avais bien aimé, mais je crois que je ne l’ai pas vu entier.. ><.
    J'avais trouvé que c'était très contemplatif et un héros digne d'un loser des frères Coen.

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  2. J’ai beaucoup aimé ton article et ta manière de parler du film. On m’a demandé il y a quelques temps de parler de Green Room sur mon blog et te lire m’a plus que donner envie de regarder les films de Saulnier !

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  3. Distribution malheureusement minimale pour cet objet cinématographique singulier, simplissime & malin dans ce qu’il raconte.
    Avec rien ( à peine 40 000$ de budget ), Saulnier réalise là un fascinant little big film.
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  4. Ben moi j’avais pas aimé du tout… Je me suis barbée, cette histoire ne m’a pas intéressée et la mise en scène ne m’a pas éveillée. Quant au propos… que des lieux communs.

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  5. @ Chonchon :
    Je me rappelle effectivement de ton article peu sympathique (où tu comparais le personnage principal à José de Scènes de ménages mouahahahha !!! 😀 ).

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  6. Je l’avais complètement raté quand il était passé aux Hallucinations collectives il y a quelques années. En découvrant Green Room, je m’en suis mordu les doigts, et c’est le cas à nouveau en lisant ta chronique

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