Green Room

réalisé par Jeremy Saulnier

avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber, Macon Blair…

Thriller américain. 1h36. 2015.

sortie française : 27 avril 2016

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

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Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

Green Room : Photo Alia Shawkat, Anton Yelchin

J’avais failli aller voir Blue Ruin, le deuxième long-métrage de Jeremy Saulnier au cinéma mais ça ne s’est pas fait, à mon grand regret. J’ai donc foncé pour découvrir son troisième long-métrage (son premier étant Murder Party) qui a bénéficié de bonnes critiques mais qui ne va certainement pas rencontrer de succès au box-office, ce qui est regrettable. J’espère qu’il trouvera encore plus de spectateurs avec le temps. Qu’est-ce que la « Green Room » du titre ? Il peut y avoir plusieurs sens. En dehors du film, il s’agit d’un des salons de réception de la Maison-Blanche. Pour la petite info (je précise encore une fois : merci papi wiki), qui peut prendre du sens dans la compréhension générale de l’oeuvre (en tout cas en ce qui concerne mon interprétation) c’est dans cette pièce que le président James Madison y signa la première déclaration de guerre des Etats-Unis. Dans le monde de la musique, et c’est qui semble mis en avant dans un premier temps dans le long-métrage, la « green room » désigne les coulisses. Effectivement, il s’agit même du point de départ de l’intrigue. Je pense qu’une autre interprétation reste envisageable : la forêt, qui entoure le local dans lequel se déroule l’action, est également très présente. C’est un moyen pour renforcer le huis-clos, comme si aucune issue n’était possible même en cas de sortie de la véritable « green room » mais c’est aussi une manière de relier toutes les informations que nous avons dite autour du lieu politique qui existe ayant le même nom que le titre de ce long-métrage. La nature, c’est le lien qu’on peut établir avec la soif de survie et surtout la violence qui déferle à partir d’un premier événement. Green Room semble avoir été vendu comme une sorte de film d’horreur (je ne l’invente pas, je ne fais que répéter les commentaires que j’ai entendus dans la salle de la part de jeunes spectateurs finalement peu intéressés et qui ont commenté tout le long). Il s’agit pour moi d’un survival qui joue avec les codes du film de guerre. Le film assume totalement ce choix avec le parallèle avec l’histoire du paintball racontée par Pat et la transformation des personnages encore en vie qui deviennent des sortes de soldats (que ce soit par le look mais aussi dans la mentalité). Dit comme ça, ça peut sembler assez lourd mais à l’écran, ce parallèle avec la guerre fonctionne et ne gâche pas du tout tout ce qui a été mis en place. De plus, c’était d’autant plus intéressant si on met le thème de la guerre et plus généralement de la violence avec le milieu néo-nazi : ces personnes qui appartiennent à ce groupe ne sont simplement des gens violents.

Green Room : Photo Patrick Stewart

Ce qui est intéressant, c’est de voir l’organisation qui existe au coeur de ce groupe, comme s’il s’agissait finalement d’un camp militaire qui respecterait une hiérarchie. C’est justement ce point-là qui est effrayant, encore plus que la violence qui règne tout le long du film et qui ne fait qu’accroître au fil des scènes. Ceux qui attaquent nos braves punks ne semblent même plus penser par eux-mêmes, ils ne font qu’obéir à des ordres comme des chiens (ces animaux ayant une place importante dans le film). En parlant justement de frayeur, le film est effectivement sans cesse sous tension. Le film n’est pas « gore » contrairement à ce que j’ai pu entendre. Il y a de la violence physique mais c’est plus l’atmosphère sans cesse sous tension que j’ai retenue et qui m’a réellement effrayée. Personnellement, je n’étais pas à l’aise en regardant le film. J’avais toujours l’impression qu’un truc allait partait en brioche en un clin d’oeil. Pour continuer, le casting assure, incarnant tous des personnages crédibles. Anton Yelchin, dont je suis de près sa carrière, s’en sort très bien dans le rôle du guitariste réservé mais qui sait s’exprimer et utiliser son esprit. Alia Shawkat, en bassiste forte, est surprenante. Certes, ça fait un peu cliché de voir encore une bassiste, et non un bassiste dans un groupe de punk en l’occurrence. Mais son interprétation parvient à dépasser l’image qu’on a tous (et je précise d’ailleurs que personne ne tombe dans la caricature). Il est d’ailleurs intéressant de savoir que le rôle qu’elle interprète aurait dû à l’origine être tenu par un acteur (visiblement connu selon les propos du réalisateur). Je trouve que ça ajoute un truc en plus, une force dans son personnage. Ca change des potiches qu’on voit un peu trop souvent au cinéma. Callum Turner et Max Webber, qui incarnent respectivement le chanteur et le batteur du groupe, sont également très convaincants. En tout cas, les quatre interprètes sont tous bons et surtout parviennent à jouer ensemble : du coup, leur groupe semble soudé, on croirait même à leur existence. Imogen Poots livre également une bonne interprétation. Là encore on a droit à un personnage féminin qui a des couilles et qui possède une personnalité intéressante, dans le sens où elle se remet en question par rapport au groupe auquel elle appartient à l’origine. Patrick Stewart dans le rôle du chef des skinheads est également épatant, en étant à la fois charismatique et effrayant. Enfin, on notera également la présence énigmatique de Macon Blair (le personnage principal de Blue Ruin).

Green Room : Photo Alia Shawkat, Anton Yelchin, Callum Turner, Imogen Poots, Joe Cole

Green Room est donc pour moi un film furieux à voir qui mérite bien ses louanges. Certes, il n’est pas a priori parfait. Le début peut sembler un peu long à se mettre en place, surtout qu’on n’en apprend pas plus que ça sur les personnages. L’intrigue en elle-même autour de la « green room » n’intervient également pas rapidement si on regarde bien et peut-être que cela pourra frustrer certains spectateurs. Mais le film m’a tellement intriguée et happée tout le long qu’avec le recul je mets de côté ces petites choses qui pourraient déranger. C’est le genre de film auquel je pense même des jours après l’avoir vu et en général, pour moi c’est très bon signe. Le scénario est simple, il reste néanmoins d’une grande efficacité, à l’image d’ailleurs de la mise en scène et permet de comprendre où Jeremy Saulnier a voulu en venir. Et l’analyse que nous pouvons faire de ce film est pour moi une pure merveilleuse malgré les possibles imperfections visibles. J’aime justement qu’il y ait une apparente simplicité a priori et de voir à quel point il y a plus de profondeur et d’intelligence pour aborder son sujet mais sans intellectualiser à tout prix. Surtout, même si ça ne pète pas nécessairement dans tous les sens, il y a une véritable énergie qui ressort dans ce film. Il faut dire que le scénario étant bâti autour d’un groupe de punk aide beaucoup à insuffler cette dynamique mais je ne pense pas qu’il y ait que cet élément en question. La présence de la musique n’est pas superficielle, tout comme la violence n’est jamais gratuite dans le film. Non seulement il s’agit d’un moyen pour mieux faire ressortir des sentiments primitifs chez les personnages mais je crois qu’il permet au propos déjà mis en place d’avoir encore plus de consistance, notamment autour du rôle des apparences. Surtout, on sent l’amour qu’a Jeremy Saulnier pour le punk, lui-même ayant fait partie d’un groupe (justement, physiquement, il n’a rien d’un punk). La sincérité ne fait pas toujours de bons films, nous sommes bien d’accord, mais pourtant, ce film en déborde tellement au point que ça a fini par me toucher (le terme peut paraître très étrange en parlant de ce film, j’en ai conscience), surtout de la part d’un jeune réalisateur qui fait preuve d’une maturité plaisante à constater.

Green Room : Photo Imogen Poots

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28 réflexions au sujet de « Green Room »

  1. Joli plaidoyer, Tina, qui me fait considérer le film d’un autre oeil. Je ne pense pas que j’irai le voir au cinéma, mais je l’attraperai sans doute à l’occasion d’une diffusion télé.

    Merci pour cette chronique encourageante. D’ici là, je vais bien finir par voir « Blue ruin », que j’ai enregistré lors d’un récent passage sur les chaînes de mon opérateur Internet 😉

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  2. Même si les intentions du jeune réalisateur sont louables, il me semble que « Green room » a du mal à assumer son statut de huis-clos. Pour moi, malgré quelques bonnes séquences et la présence de Patrick Stewart, le film tourne souvent à vide et la fin n’est pas très crédible.

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  3. Oh la la… bon courage pour Blue ruin, je n’ai pas aimé du tout ! Mais je sais qu’il y en a qui apprécient. Je serai curieuse de lire ton avis ainsi que celui de Martin.
    Pour ce Green room, ça me tente bien par contre !

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  4. @ Roggy :
    Je me rappelle effectivement de ta critique mitigée sur ton blog. Même si je ne partage pas ton avis, je comprends les reproches que tu lui fais 🙂

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  5. @ Chonchon :
    Et bahhh je l’ai finalement rattrapé (j’aimerais en parler bientôt mais je ne sais pas encore quand exactement) et j’ai beaucoup aimé. Du coup, j’ai réussi (grâce à mon ami Google) à retrouver ta critique (très drôle encore une fois) et du coup certaines choses prennent depuis plus de sens depuis que j’ai enfin vu ce film 🙂

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  6. J’aimerais vraiment bien le voir, il m’a l’air vraiment bien réalisé. Même si j’ai envie de film un peu plus léger, son affiche me fait de l’oeil !

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  7. @ Yuko :
    Ouiii il parait (j’ai vu ça dans la chronique de Girlie Cinéphilie mouahaha argument de choc pour que je puisse enfin voir cette série). J’espère que ça te plaira ! T’avais-vu Blue Ruin par le même réalisateur ?

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  8. Sans Girlie et toi pour confirmer je crois que je n’en aurais jamais entendu parler. De la tension intelligente ça m’intéresse hautement et ça tombe bien je suis en période découverte punk.

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  9. « en backstage après leur set » Ça y est, la langue française est morte 😉
    Concernant le film, pas trop intéressé, même si l’idée de voir capitaine Picard revêtir le costume du néo-nazi attise un peu ma curiosité.

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  10. @ 2flicsamiami :
    J’ai juste piqué le résumé d’Allocine mais oui ça rend chèvre (et encore inconsciemment j’imagine que je parle aussi avec trop d’anglicisme 😮 ).
    Si ça peut être un argument pour te pousser à découvrir ce film un de ces jours 😉

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  11. Je pars de tellement loin que je commence par les grands classique Sex Pistols, Siouxsie Sioux et Madness. Jusqu’à présent je me suis surtout intéressée à la branche tv de la culture alternative.

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  12. Et bien ton avis me rend curieuse, parce que la bande annonce, j’avais eu beaucoup de mal, j’avais l’impression que ça allait juste être ultra violent. Alors peut être que je le regarderais un de ces jours.

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  13. @ Les Chroniques de Claire :
    La bande-annonce est un peu trompeuse ! C’est pas « physiquement » et visuellement si violent que ça, c’est plus une ambiance.

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