Musarañas

réalisé par Juanfer Andrés et Esteban Roel

avec Macarena Gomez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar, Carolina Bang…

Thriller, épouvante-horreur espagnol français. 1h30. 2014.

sortie française (dvd) : 6 avril 2016

musaranas

Deux sœurs, dans l’Espagne d’après-guerre, recueillent un homme blessé dans leur appartement. Mais la plus âgée, agoraphobe, va bientôt révéler un comportement autrement plus agressif.

Shrew's Nest : Photo Macarena Gómez

J’ai découvert l’existence de Musarañas complètement par hasard dans le dernier Mad Movies simplement à travers une publicité qui mettait en avant le nom du talentueux et déjanté Alex de la Iglesia en tant que producteur (sa femme, l’actrice Carolina Bang, a également co-produit ce film dans lequel elle apparaît le temps de quelques scènes). En fouillant sur le Net, je me suis aperçue que j’avais déjà entendu parler de ce film mais sous un autre nom : Shrew’s Nest. J’avais notamment perçu une affiche avec ce nom anglais qui me rappelait trop les daubes et films moyens d’horreur dont on voit trop souvent sur le marché. Je n’avais même pas capté que le film n’avait rien d’américain malgré le nom des acteurs dessus ! Bref, ce film a remporté aux Goya (les César espagnols) le prix des meilleurs maquillage et coiffure et a reçu également deux nominations dans les catégories « meilleure actrice » pour Macarena Gomez (qu’on a pu voir dans le surprenant Les Sorcières de Zugarramurdi) ainsi que « meilleur premier film ». Je regrette vraiment que ce film sorte en France directement en dvd. Encore une fois, c’est le genre de sortie qui est regrettable. J’ai également consulté les notes sur Allocine et Imdb assez moyennes ce qui m’a étonnée. Pour ma part, il s’agit pratiquement d’un coup de coeur. Je suis entrée directement dans le film et je ne me suis jamais ennuyée. En clair, j’étais réellement plongée dans l’histoire présentée rapidement dans un huis-clos. Le film s’ouvre rapidement alors sur l’enfance de deux soeurs, l’une (dont on ne connaît pas le prénom, à l’image du secret au coeur du film) serait à l’origine de la mort de la mère lorsque cette dernière l’a mise au monde, l’autre a donc plus que jouer les rôles de grande soeur. A l’âge adulte, on découvre la grande soeur (Montse) très pieuse, qui a l’air plus vieille qu’elle n’en a l’air (merci aux maquilleurs d’avoir accentué les traits particuliers de Macarena Gomez afin de l’enlaidir et la rendre plus effrayante) et surtout est très malade : elle ne peut pas sortir de chez elle. Elle a aussi tendance à voir son père dans son imagination, disparu durant la guerre. Le huis-clos s’installe rapidement, on comprend rapidement que l’intrigue va se dérouler dans ce lieu austère en présence de cette femme qui n’a pas l’air saine d’esprit et qui n’hésite pas à lever la main sur sa petite soeur, qui vient d’avoir 18 ans, si elle fait quelque chose qui ne plairait pas à Dieu. S’ajoute alors la présence du voisin du haut, qui garde aussi un secret expliquant la fuite qu’il comptait prendre, tombé méchamment dans les escaliers et qui trouve donc refuge au domicile des deux soeurs.

Shrew's Nest : Photo

Peu de personnages avec une connexion assez simple (soeur, voisin), un seul lieu, des éléments sombres : a priori, rien d’extraordinaire, pourtant la simplicité peut aussi être d’une grande efficacité. Personnellement, c’est d’abord ce constat qui m’a beaucoup plu dans ce film. L’idée ne marche uniquement pas sur le papier, le résultat se ressent à l’écran. On sait que le danger peut arriver à n’importe quel moment à cause de Montse, une femme perturbée dont on connait les réactions (même si on n’irait pas à la soupçonner d’actes plus affreux) et qui pourtant malgré sa folie reste attachante. Le terme est peut-être fort, peut-être pas le plus approprié mais pourtant justement lorsqu’on nous dévoile les raisons de sa folie, on finit par voir en elle une humaine qui n’est qu’une victime de la folie d’autrui, le tout mêlé au contexte de l’époque dans lequel la femme avait des droits réduits (le personnage incarné par Silva, qui peut sembler un peu plus anodin à côté, apporte selon moi, un commentaire complémentaire à la place de la femme en Espagne dans les années 50). Personnellement j’avais compris au bout d’un moment le fameux secret de Montse (l’introduction et certaines répliques étant de précieux indices), j’avais beau le savoir au fond de moi avant qu’on nous le dise officiellement, ça ne m’a pas gâchée le plaisir de voir tout simplement la folie éclater dans un unique lieu, difficile à échapper alors qu’il y a des voisins à côté qui pourraient intervenir. Après, c’est vrai qu’on pourra penser à Misery mais honnêtement la possible référence ne m’a pas gênée étant donné que j’étais captivée par le film. La qualité de la mise en scène, précise, et du scénario, crédible et cohérent, a rapidement pris le dessus dans mon appréciation. De plus, on sent aussi l’influence d’Alex de la Iglesia : le tout aurait pu être « banal », on retrouve un grain de folie (littéralement) bienvenu, présent dans des scènes sanglantes à la fois violentes et drôles, le tout apporte beaucoup à l’action. Je n’ai pas trouvé cet aspect  gratuit car les réalisateurs ont su trouver un juste équilibre (justement, le reproche qu’on peut faire à Iglesia est parfois d’en faire trop et de nous fatiguer – et je suis pourtant très cliente de son cinéma). Si on parle de huis clos, on est systématiquement obligé d’évoquer la manière de gérer l’espace et même le temps. Les deux réalisateurs (il faut rappeler qu’il s’agit de leur premier long-métrage) gèrent ces notions à la fois avec élégance, pertinence et crédibilité. L’appartement devient même pratiquement un nouveau personnage à part. Esthétiquement, l’ensemble est également réussi : c’est classique et austère mais encore une fois, le soin apporté ne fait pas tomber le film dans le too much.

Shrew's Nest : Photo Hugo Silva, Nadia de Santiago

Macarena Gomez est formidable dans le rôle de Montse. Il n’y a pas que son allure sombre qui montre la folie de son personnage : sa manière de s’exprimer et ses expressions contribuent énormément à la construction de son identité. Certains diront que sa performance est démonstrative mais je ne partage pas son avis étant donné que l’actrice, qui a une gueule unique, parvient à retranscrire une palette d’émotions à son personnage. De plus, comme je le disais plus haut, son personnage a suffisamment de consistance psychologique pour que son interprète ne tombe pas dans la gesticulation gratuite. Nadia de Santiago est également une bonne surprise, surtout quand on est face à une interprétation aussi forte que celle de Gomez. Elle a beau incarner la douceur, l’innocence et la raison, ni son personnage ni son interprétation ne se font écraser par sa partenaire. Je dirais même qu’il y a une formidable complémentarité entre les personnages des deux soeurs (malgré leur opposition), renforcée par les performances de Gomez et Santiago. Les hommes du casting sont moins mis en avant mais restent néanmoins bons, confirmant ainsi la cohérence de ce petit casting (en nombre, pas en ce qui concerne le talent). Hugo Silva (qu’on voit de plus en plus dans d’audacieux films espagnols) est convaincant dans un rôle plus ambigu qu’il en a l’air et encore une fois, l’écriture de son personnage, pourtant secondaire, est intéressante. Enfin, même si on le voit peu, à travers des apparitions fantomatiques, Luis Tosar (certainement l’acteur du casting le plus connu du film) est très bon et se sert de nouveau bien de son allure sombre et énigmatique.

Shrew's Nest : Photo

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18 réflexions au sujet de « Musarañas »

  1. Vu l’an dernier aux Hallucinations collectives. Si le scénario très téléphoné, les incohérences et le mélange de styles pas toujours bien maîtrisé m’ont peu gênée, j’ai passé plutôt un bon moment. Macarena Gomez est effectivement incroyable de justesse et porte sur sa frêle carrure tout le film. J’aime aussi beaucoup le parallèle avec la prison, le non-dit et la terreur qu’ont représenté les années sous Franco.

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  2. @ Chonchon :
    OOoooh je suis étonnée de ne pas avoir lu ton billet effectivement ! A mon avis, dans ma boite mail, le matin j’ai dû cliquer sur « supprimer » avec les autres que je voulais balancer (tu sais, mes amis les spams qui se glissent dans ma boite principale ?) sans le vouloir !
    Je me rattrape tout à l’heure ! 😀

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  3. J’avais vu le film en festival il y a un an et demi sous le nom de « Shrew’s nest ». J’en garde un bon souvenir pour ce huis-clos sanglant et viscéral. Et Macarena Gomez est parfaite en foldingue de service. Sans oublier l’excellent Luis Tosar.

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  4. Je prends bonne note également de ce film d’épouvante que je ne connaissais pas. Un vrai coup de coeur visiblement et je ne savais pas que tu lisais Mad Movies…

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