Little Miss Sunshine

réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris

avec Abigail Breslin, Greg Kinnear, Toni Collette, Steve Carell, Paul Dano, Alan Arkin, Bryan Cranston, Mary Lynn Rajskub…

Comédie américaine. 1h40. 2006.

sortie française : 6 septembre 2006

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune

Le ciné-club de Potzina : le road-trip

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L’histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son « Parcours vers le succès en 9 étapes ». La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l’hôpital après avoir été congédié par son amant.Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu’à son entrée à l’Air Force Academy.Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l’Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus…

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Jonathan Dayton, Paul Dano, Valerie Faris

Cela faisait un moment que j’avais envie de participer au ciné-club de Potzina, c’est chose faite ! Lorsqu’elle a proposé un film en rapport avec le thème du « road trip », j’ai tout de suite pensé à Little Miss Sunshine (je sais pourtant qu’il y a un paquet de films – et des bons – qui auraient pu entrer dans cette catégorie). Ce film a au fond maintenant quelque chose d’énervant (je ne dis pas ça méchamment, en tout cas, pas contre lui) même si cette chose montre bien son succès et son influence : on a vu par la suite un peu trop de films indépendants américains qui se revendiquaient d’être dans la même veine et qui prétendent reprendre la même recette à part qu’elles finissent par toutes se ressembler et n’ont surtout pas le charme, l’audace et la sincérité de Little Miss Sunshine. Au moins, il signe pour moi un tournant dans une certaine partie du cinéma américain, ce qui n’est pas rien en soi. Quand il est sorti, je me rappelle être à aller le voir le jour de sa sortie (j’étais donc jeune, d’où sa place dans le Movie Challenge). Certes, il venait de remporter le Grand Prix de Deauville (qui est un bon festival), les critiques dans la presse étaient bonnes mais il n’y avait pas tout cet engouement autour. Je me rappelle réellement à quel point le bouche-à-oreilles avait été efficace pour faire déplacer les gens dans les salles. Je suis d’ailleurs allée le voir trois fois au cinéma (alors n’imaginez pas le nombre de fois que j’ai pu le regarder chez moi). Le succès de ce film en a donc surpris plus d’un (et a notamment fini par se retrouver par deux Oscars : meilleurs scénario original et second rôle masculin) mais c’était amplement mérité. Le succès n’est pas uniquement lié parce qu’il s’agit d’un feel good movie mais parce qu’il possède de réelles qualités.

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Jonathan Dayton

Little Miss Sunshine est donc une comédie drôle, fraîche, touchante et intelligente sur une famille américaine en crise, chaque membre de la famille Hoover traverse un mauvais passage, personnellement ou/et professionnellement. C’est finalement l’entreprise organisée par la petite Olive et le grand-père (qui s’improvise en coach) qui va permettre à cette famille de se rapprocher et de se retrouver : la victoire ne se trouve donc pas dans le concours de mini-miss mais bien dans ces retrouvailles humaines. Le road-trip en Amérique, qui a une dimension solaire (il y a une domination de la couleur jaune, à l’image du van), est une métaphore ludique sans être appuyée grossièrement sur la vie de famille : il y a des obstacles à contourner, des crevaisons, mais un élan de solidarité peut aider à se reconstruire. Le road-trip en Amérique est aussi un moyen de critiquer une certaine partie de l’Amérique, qui pousse les enfants à ne plus être des enfants justement (le concours de mini-miss est effrayant dans un sens) et à être dans la compétition dans ce qu’il y a de pire. Plus généralement, c’est une Amérique superficielle et consommatrice qui est pointée du doigt, une Amérique paumée qui ne pense plus à la solidarité et qui peut, en quelque sorte, détruire les familles, qui ne communiquent plus entre elles. La famille Hoover et leur van pourri (une abomination pour une famille américaine qui se doit de rouler avec une belle et fonctionnelle voiture) livre littéralement un gros « fuck » à cette partie de l’Amérique pour pouvoir mieux se concentrer sur leurs relations. Little Miss Sunshine ne se contente pas de ses réflexions livrées avec sa justesse et sincérité. La mise en scène est très efficace et énergique, le scénario est également très habile pour aborder son sujet, sans se noyer dans les différents thèmes abordés et en prenant en compte tous les personnages, personne n’est délaissée. L’ensemble, très rythmé, trouve un très bon équilibre entre humour (il s’agit d’ailleurs pour moi d’une de mes comédies préférées !) et émotion (la fin, en particulier, en toute simplicité). Le film a d’ailleurs droit à une série de scènes marquantes (je pense que nous avons notamment tous été très marqués par la scène de strip-tease, je suis toujours écroulée de rire quand je la vois). Je me souviens aussi de la bande-originale, composée par Mychael Danna et DeVotchKa, qui parvient à retranscrire la fraîcheur, la nostalgie et le voyage, trois notions phares dans ce long-métrage !

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Alan Arkin, Greg Kinnear, Jonathan Dayton, Paul Dano

Enfin, le casting est tout simplement parfait, chacun incarne son rôle avec beaucoup de conviction et on sent une véritable complicité entre tous les acteurs, ce qui fait qu’on croit vraiment à la famille qu’ils forment : cela crée davantage d’émotions. Même si elle joue depuis qu’elle est toute petite (on l’avait vue notamment dans Signes de M. Night Shyamalan), la jeune Abigail Breslin, qui avait été nommée aux Oscars pour son interprétation (elle avait été battue par Jennifer Hudson cette année-là) est réellement LE film qui l’a révélée. A juste titre. Elle est vraiment géniale dans ce film. Elle parvient à incarner une petite fille… qui reste une petite fille, loin des candidates qu’elle va affronter durant le concours (d’où le cri d’un spectateur « douteux » dans la salle). Greg Kinnear trouve également un de ses meilleurs rôle en incarnant un père de famille qui a une image lisse de « gagnant » mais finalement a ses faiblesses, et c’est en acceptant ses failles qu’il va pouvoir réellement se surpasser. Comme souvent, Toni Collette est impeccable en mère de famille qui a du caractère et qui sait soutenir les membres de sa famille. Elle a aussi quelque chose de très solaire.  Habitué des rôles comiques, Steve Carell est bluffant en oncle dépressif spécialiste de Proust. On n’a pas l’impression qu’il joue les Tchao Pantin comme on en voit un peu trop souvent au cinéma. Il est tout simplement un très bon acteur qui mérite plus de reconnaissance. Alan Arkin, qui incarne le grand-père toxico, déjanté et sans gêne, a bien mérité son Oscar du meilleur dans un second rôle. Il est drôle mais attachant car on sent son lien fort avec la petite Olive et malgré tout sa sincérité dans des conseils pas si absurdes. Enfin, j’ai été marquée par la performance de Paul Dano (un acteur que je soutiens toujours actuellement) en ado révolté, capable de montrer toute cette colère sans prononcer un mot pendant une bonne partie du film. La scène où il va enfin parler (« Fuuuuuuuuuuckkkk », quelle réplique !) est d’ailleurs mythique ! On notera au passage une sympathique apparition de Bryan Cranston !

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48 réflexions au sujet de « Little Miss Sunshine »

  1. ‘break Volkswagen’ !!
    Volkswagen Station Wagon Type 2 / T2, rien à voir avec un break qu’on se le dise. 🙂
    Comme dirait Frank, ‘Je suis le plus grand spécialiste de Proust !’, Volkswagen plutôt pour ma part.

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  2. La scène du Fuck dont tu parles à la fin est celle qui m’a le plus marquée de tout le film (que j’ai vu aussi à sa sortie) parce qu’elle est à la fois drôle et tellement triste (parce que son monde s’écroule). D’ailleurs, en parlant de Paul Dano, il ne joue pas dans un film avec Daniel Radcliffe qui va bientôt sortir? Et il est bluffant dans Prisoners.
    Pour le reste, il faudrait que je revoie le film parce que je n’ai que des bribes de souvenirs.

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  3. J’adore ce film pour toutes les raisons exprimées dans ton billet et dans les commentaires. C’est tendre, sincère, vraiment drôle et très touchant.

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  4. Je ne l’ai vu qu’une fois mais j’avais passé un super moment ! Je ne sais pas pourquoi, je l’associe dans ma tête à deux autres films que j’aime bien (sans doute vus à peu près à la même époque), « Juno » et « Sunshine cleaning » (ce dernier est moins connu mais j’avais adoré).

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  5. Mais qu’est ce que j’adore ce film! Les scènes où ils doivent sortir le grand-père de l’hôpital sont parmi mes préférées. Mais c’est vrai que les films sortis après qui essayent de faire comme dans « Little miss… », c’est absolument insupportable…Mais bon, c’est typique de notre époque, dès qu’un genre de film marche, tous les producteurs se lancent dans le filon…pfff

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  6. Très chouette ce film! Et c’est exactement le type de film que j’aime revoir régulièrement quand je veux passer un bon moment.
    Mais dis-moi, je suis curieuse: pourquoi ce film constitue « un tournant dans une certaine partie du cinéma américain », pour toi?

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  7. Le film parfait pour moi. Feel good avec des moments de verite. Je suis d’accord sur toute la ligne avec toi, et comme dit plus haut, je l’associe aussi avec Juno.

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  8. Ah Little Miss Sunshine ! Moi je l’ai vu 2 fois au cinéma 🙂
    J’adore ce film… Et j’aime beaucoup aussi Paul Dano.
    Je confirme son « Fuuuuuuuuuuck » est totalement mythique. Comme tant de scènes dans le film !

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  9. Non seulement tu participes au ciné-club, ce qui me met en joie, mais en plus tu as choisi de chroniquer un film que j’adore 🙂 Tu as dit absolument tout le bien que j’en pense.
    Quand je l’ai vu la première fois, je ne m’attendais pas à être autant emporté par cette histoire. Je pense que ça vient du fait qu’on dirait vraiment une vraie famille. À aucun moment on se dit qu’il ne s’agit que d’acteurs, on y croit vraiment.
    Et oui, la scène du strip-tease est mythique tout comme le fameux Fuck! de Paul Dano 😀

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  10. Un bon film qui a subi un peu trop vite le délire de la presse au sujet des « films indépendants us ». Les distributeurs s’en sont donnés à coeur joie aussi avec des trucs comme « dans la lignée de Little miss sunshine ». Le film n’a rien à voir mais comme c’est une bête de festival et en plus indé us, c’est la fête. Sauf que ce film n’a pas à subir cela. C’est une fable montrant les freaks que l’Amérique ne veut pas voir, les prolos qui gènent, aux moeurs qui gènent. Le show final en est la preuve et il n’y a qu’à voir la pauvre Abigail Breslin à côté de mini poupées Barbie. On se demande bien qui est normale.

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  11. A l’occasion pourquoi pas on m’en a tellement parlé. J’espère juste que je ne serais pas trop déçu et que ce film n’aura pas l’effet du film « survendu » chez moi 😉

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  12. très bonne idée ce retour vers « Little Miss Sunshine » à la lumière de la production indé. Il y avait en effet un excellent potentiel dans cette comédie d’auteur dans cette peinture sociale qui ne manqua pas (à l’instar d’un « Juno » dans le registre du teen movie auteuriste US) d’infuser une bonne part de la production télévisuelle également : je pense à « The middle » notamment, mais aussi un petit côté « Breaking bad » dans le portrait familial qui se confirme avec la présence de Bryan Cranston au générique (j’avais oublié totalement). Belle chronique.

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  13. J’adore ce film, j’adore ces acteurs, j’adore tout! Ce commentaire n’a aucun intérêt mais lorsque l’on parle de Little Miss Sunshine le mot « j’adore » est le seul qui matérialise mes pensées (d’amour). À chaque fois que je le vois je reste littéralement ébahie, limite choquée par la perfection et le génialissime de ce film.

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  14. Un bel article pour ce film qui le méritait car, comme tu le soulignes si bien, le côté humain est vraiment mis en avant et il dénonce en même temps l’absurdité de ces concours de Miss

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  15. @ Mel :
    Cette scène est d’ailleurs assez représentative du film, qui parvient à mêler avec beaucoup de subtilité beaucoup d’émotions (malgré la réplique peu subtile ahaha).
    Si si ! C’est dans Swiss Army Man, et apparemment Radcliffe joue un cadavre qui pète… ça promet…

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  16. @ Lilylit :
    J’aime bien également ces deux films (même si je vois de plus en plus de défauts à Juno). Mais je comprends tes associations : pour moi, ils font partie de cet après Little Miss Sunshine. Eux encore font partie des bons films dans cette même veine !

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  17. @ Mithrowen :
    On est d’accord, c’est dommage, car dans un sens, Little Miss Sunshine en prend aussi un coup dans la gueule avec tous ces pseudo films qui se la jouent dans la même veine.

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  18. @ Girlie Cinéphilie :
    Je parlais surtout du cinéma indé. Je trouve qu’il y a un véritable changement, dans la manière de traiter des sujets, de vendre des films etc… différent depuis la sortie de Little Miss Sunshine.

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  19. @ Potzina :
    J’espère vraiment recommencer le ciné-club, c’était vraiment sympa et motivant ! Que dire de plus, je vois qu’on partage vraiment la même vision en ce qui concerne ce film ! 😀 😉

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  20. @ Borat :
    Comme tu dis, c’est vraiment dommage que le marketing ait tourné au n’importe quoi, en prenant n’importe quel prétexte pour vendre un film. Ca a fait du mal à Little Miss Sunshine qui reste au-dessus des autres productions indé US actuelles.

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  21. Je l’ai vu encore récemment avec la promo du Chasseur. « Par le producteur de Maléfique » Bordel, c’est la suite/préquelle de Blanche Neige et le chasseur, qu’est-ce qu’on en a à foutre de Maléfique?

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  22. @ Princecranoir :
    Je n’ai toujours pas vu Breaking Bad (boooou Tinnnnaaa, pourtant j’aime beaucoup Cranston depuis Malcolm…) mais c’est vrai que maintenant tu le dis, on peut aussi faire le parallèle avec The Middle !

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  23. Franchement les gars du marketing sont souvent d’une connerie, c’est incroyable. Encore pire quand je vois les affiches de Marvel. J’ai vu encore l’affiche IMAX hier. D’habitude c’est celle qui sauve l’honneur et finalement elle est aussi pitoyable que les précédentes.

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  24. Je garde un excellent souvenir de Little Miss Sunshine qui est aussi une « photographie » grinçante d’une certaine Amérique. Ton article me donne envie de le revoir. Merci Tina

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  25. Une des mes premières critiques de films, un excellent « petit » film. Par contre, je ne me souviens pas de l’apparition de Bryan Cranston. C’était avant Breaking Bad, c’est peut-être pour ça…

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  26. On ne s’en lasse pas ! Sincère oui c’est le pivot de ce film. Carrell a déjà prouvé qu’il était un grand comédien dans The Office. Le cast est dans son ensemble d’une justesse bienvenue, excellent paragraphe à ce sujet. L’Amérique a besoin de ces regards féroces, fins et intelligents.Les personnages peuvent être aussi touchants qu’agaçants. Et le strip-tease est aussi émouvant que jouissif.

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  27. Une comédie dramatique qui a connu un certain succès populaire. J’aime beaucoup son cynisme ainsi que sa critique d’une cellule familiale en plein marasme

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  28. Ping : Les chariots de feu pour le ciné-club de Potzina - SPECIAL MODESPECIAL MODE

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