Musarañas

réalisé par Juanfer Andrés et Esteban Roel

avec Macarena Gomez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar, Carolina Bang…

Thriller, épouvante-horreur espagnol français. 1h30. 2014.

sortie française (dvd) : 6 avril 2016

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Deux sœurs, dans l’Espagne d’après-guerre, recueillent un homme blessé dans leur appartement. Mais la plus âgée, agoraphobe, va bientôt révéler un comportement autrement plus agressif.

Shrew's Nest : Photo Macarena Gómez

J’ai découvert l’existence de Musarañas complètement par hasard dans le dernier Mad Movies simplement à travers une publicité qui mettait en avant le nom du talentueux et déjanté Alex de la Iglesia en tant que producteur (sa femme, l’actrice Carolina Bang, a également co-produit ce film dans lequel elle apparaît le temps de quelques scènes). En fouillant sur le Net, je me suis aperçue que j’avais déjà entendu parler de ce film mais sous un autre nom : Shrew’s Nest. J’avais notamment perçu une affiche avec ce nom anglais qui me rappelait trop les daubes et films moyens d’horreur dont on voit trop souvent sur le marché. Je n’avais même pas capté que le film n’avait rien d’américain malgré le nom des acteurs dessus ! Bref, ce film a remporté aux Goya (les César espagnols) le prix des meilleurs maquillage et coiffure et a reçu également deux nominations dans les catégories « meilleure actrice » pour Macarena Gomez (qu’on a pu voir dans le surprenant Les Sorcières de Zugarramurdi) ainsi que « meilleur premier film ». Je regrette vraiment que ce film sorte en France directement en dvd. Encore une fois, c’est le genre de sortie qui est regrettable. J’ai également consulté les notes sur Allocine et Imdb assez moyennes ce qui m’a étonnée. Pour ma part, il s’agit pratiquement d’un coup de coeur. Je suis entrée directement dans le film et je ne me suis jamais ennuyée. En clair, j’étais réellement plongée dans l’histoire présentée rapidement dans un huis-clos. Le film s’ouvre rapidement alors sur l’enfance de deux soeurs, l’une (dont on ne connaît pas le prénom, à l’image du secret au coeur du film) serait à l’origine de la mort de la mère lorsque cette dernière l’a mise au monde, l’autre a donc plus que jouer les rôles de grande soeur. A l’âge adulte, on découvre la grande soeur (Montse) très pieuse, qui a l’air plus vieille qu’elle n’en a l’air (merci aux maquilleurs d’avoir accentué les traits particuliers de Macarena Gomez afin de l’enlaidir et la rendre plus effrayante) et surtout est très malade : elle ne peut pas sortir de chez elle. Elle a aussi tendance à voir son père dans son imagination, disparu durant la guerre. Le huis-clos s’installe rapidement, on comprend rapidement que l’intrigue va se dérouler dans ce lieu austère en présence de cette femme qui n’a pas l’air saine d’esprit et qui n’hésite pas à lever la main sur sa petite soeur, qui vient d’avoir 18 ans, si elle fait quelque chose qui ne plairait pas à Dieu. S’ajoute alors la présence du voisin du haut, qui garde aussi un secret expliquant la fuite qu’il comptait prendre, tombé méchamment dans les escaliers et qui trouve donc refuge au domicile des deux soeurs.

Shrew's Nest : Photo

Peu de personnages avec une connexion assez simple (soeur, voisin), un seul lieu, des éléments sombres : a priori, rien d’extraordinaire, pourtant la simplicité peut aussi être d’une grande efficacité. Personnellement, c’est d’abord ce constat qui m’a beaucoup plu dans ce film. L’idée ne marche uniquement pas sur le papier, le résultat se ressent à l’écran. On sait que le danger peut arriver à n’importe quel moment à cause de Montse, une femme perturbée dont on connait les réactions (même si on n’irait pas à la soupçonner d’actes plus affreux) et qui pourtant malgré sa folie reste attachante. Le terme est peut-être fort, peut-être pas le plus approprié mais pourtant justement lorsqu’on nous dévoile les raisons de sa folie, on finit par voir en elle une humaine qui n’est qu’une victime de la folie d’autrui, le tout mêlé au contexte de l’époque dans lequel la femme avait des droits réduits (le personnage incarné par Silva, qui peut sembler un peu plus anodin à côté, apporte selon moi, un commentaire complémentaire à la place de la femme en Espagne dans les années 50). Personnellement j’avais compris au bout d’un moment le fameux secret de Montse (l’introduction et certaines répliques étant de précieux indices), j’avais beau le savoir au fond de moi avant qu’on nous le dise officiellement, ça ne m’a pas gâchée le plaisir de voir tout simplement la folie éclater dans un unique lieu, difficile à échapper alors qu’il y a des voisins à côté qui pourraient intervenir. Après, c’est vrai qu’on pourra penser à Misery mais honnêtement la possible référence ne m’a pas gênée étant donné que j’étais captivée par le film. La qualité de la mise en scène, précise, et du scénario, crédible et cohérent, a rapidement pris le dessus dans mon appréciation. De plus, on sent aussi l’influence d’Alex de la Iglesia : le tout aurait pu être « banal », on retrouve un grain de folie (littéralement) bienvenu, présent dans des scènes sanglantes à la fois violentes et drôles, le tout apporte beaucoup à l’action. Je n’ai pas trouvé cet aspect  gratuit car les réalisateurs ont su trouver un juste équilibre (justement, le reproche qu’on peut faire à Iglesia est parfois d’en faire trop et de nous fatiguer – et je suis pourtant très cliente de son cinéma). Si on parle de huis clos, on est systématiquement obligé d’évoquer la manière de gérer l’espace et même le temps. Les deux réalisateurs (il faut rappeler qu’il s’agit de leur premier long-métrage) gèrent ces notions à la fois avec élégance, pertinence et crédibilité. L’appartement devient même pratiquement un nouveau personnage à part. Esthétiquement, l’ensemble est également réussi : c’est classique et austère mais encore une fois, le soin apporté ne fait pas tomber le film dans le too much.

Shrew's Nest : Photo Hugo Silva, Nadia de Santiago

Macarena Gomez est formidable dans le rôle de Montse. Il n’y a pas que son allure sombre qui montre la folie de son personnage : sa manière de s’exprimer et ses expressions contribuent énormément à la construction de son identité. Certains diront que sa performance est démonstrative mais je ne partage pas son avis étant donné que l’actrice, qui a une gueule unique, parvient à retranscrire une palette d’émotions à son personnage. De plus, comme je le disais plus haut, son personnage a suffisamment de consistance psychologique pour que son interprète ne tombe pas dans la gesticulation gratuite. Nadia de Santiago est également une bonne surprise, surtout quand on est face à une interprétation aussi forte que celle de Gomez. Elle a beau incarner la douceur, l’innocence et la raison, ni son personnage ni son interprétation ne se font écraser par sa partenaire. Je dirais même qu’il y a une formidable complémentarité entre les personnages des deux soeurs (malgré leur opposition), renforcée par les performances de Gomez et Santiago. Les hommes du casting sont moins mis en avant mais restent néanmoins bons, confirmant ainsi la cohérence de ce petit casting (en nombre, pas en ce qui concerne le talent). Hugo Silva (qu’on voit de plus en plus dans d’audacieux films espagnols) est convaincant dans un rôle plus ambigu qu’il en a l’air et encore une fois, l’écriture de son personnage, pourtant secondaire, est intéressante. Enfin, même si on le voit peu, à travers des apparitions fantomatiques, Luis Tosar (certainement l’acteur du casting le plus connu du film) est très bon et se sert de nouveau bien de son allure sombre et énigmatique.

Shrew's Nest : Photo

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Walk Hard – The Dewey Cox Story

réalisé par Jake Kasdan

avec John C. Reilly, Jenna Fischer, Kristen Wiig, Jack White, Paul Rudd, Jason Schwartzman, Paul Rudd, Jack Black, Justin Long, Harold Ramis, Craig Robinson, Ed Helms, Aaron Taylor-Johnson, David Krumholtz, Frankie Muniz, Jonah Hill…

Comédie américaine. 1h30. 2007.

sortie française (dvd) : 8 octobre 2008

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu plus de deux fois

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L’ascension vers la gloire puis la chute du chanteur (imaginaire) Dewey Cox, dont l’œuvre a bouleversé des millions de personnes. Cox collectionnait les aventures, s’est marié trois fois, et a été accro à toutes les drogues connues… et inconnues. L’histoire d’une icône dont le seul amour aura finalement été Darlène, la belle ingénue qui l’a longtemps accompagné sur scène…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, Jenna Fischer, John C. Reilly

Walk Hard fait partie de mes comédies cultes qui ne me lasse pas toujours pas. Pourtant, sur le papier, je n’étais pas sûre d’aimer. La présence de Judd Apatow, que je ne déteste pourtant (j’aime 40 ans toujours puceau ainsi que Girls qu’il produit) m’inquiétait, le bonhomme étant parfois à l’origine de films assez lourdingues. Mais quand j’ai vu le concept de ce film, je n’ai pas pu résister et j’ai bien fait de le regarder ! Je ne peux d’ailleurs que vous conseiller cette comédie, hélas encore trop méconnue, ce qui est regrettable. Le film est d’ailleurs sorti en France directement en dvd. Encore une fois, on ne donne pas la chance à de bons projets. Donc quel est le concept de Walk Hard ? Jake Kasdan et Judd Apatow ont décidé de parodier le biopic, genre qui rencontre souvent un grand succès à Hollywood. La base du scénario s’inspire de Walk the Line (d’où le Walk Hard ahaha) de James Mangold, le biopic sur Johnny Cash avec Joaquin Phoenix et l’oscarisée Reese Witherspoon. Mais il ne s’agit pas de ridiculiser le long-métrage sur Cash. Il s’agit de se moquer des procédés systématiques qu’on retrouve dans les biopics sur des personnalités du monde musical : drame durant l’enfance, le succès qui arrive jeune (alors que les acteurs qui les interprètent ont 40 balais) puis rapidement les problèmes amoureux et sexuels et surtout avec la drogue (le mal absolu). Enfin, après la chute, on a évidemment droit à la fameuse rédemption en retrouvant l’inspiration musicale et en devenant quelqu’un de bien en s’occupant bien de sa famille autrefois abandonnée pour des raisons obscures. On retrouve également systématiquement une scène de sexe pseudo sauvage ou encore l’artiste qui essaie de créer une oeuvre unique mais sans y parvenir. Dans un sens, le film est « visionnaire » : je l’ai revu donc très récemment et il y a donc une scène où on fait clairement référence à la folie de Brian Wilson (le leader des Beach Boys) en train de composer en faisant intervenir tout et n’importe quoi. Evidemment, le véritable biopic sur Wilson, Love & Mercy, évoque cet épisode de sa vie. Je précise, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas et qui auraient la flemme de cliquer sur le lien, que j’ai beaucoup aimé Love & Mercy (pour des tas de raisons) mais il faut avouer que c’est extrêmement troublant de voir les similitudes entre deux scènes, en sachant que la « parodie » a lieu dix ans avant la naissance du vrai biopic sur Wilson. On a limite droit aux mêmes répliques et aux mêmes réactions. Il faut avouer que là les scénaristes tapent très juste !

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Aaron Taylor-Johnson, Christopher Hurt, Jack Saperstein, Jake Kasdan, John C. Reilly

De la part de Judd Apatow, on aurait pu s’attendre à quelque chose de très lourd. Certes, avouons que l’humour n’est pas fin et ne plaira peut-être pas à tout le monde. Evidemment, le film joue beaucoup avec la caricature (du genre Dewey est le père d’une ribambelle de gamins et c’est un euphémisme), les différentes périodes musicales et même personnalités qui servent à construire l’identité de Cox (Brian Wilson, Bob Dylan, John Lennon, Ray Charles etc…) sont également grossies. Je ne suis également pas sûre que la parodie des Beatles par Paul Rudd, Jack Black, Justin Long et Jason Schwartzman fasse rire tout le monde même si personnellement je l’ai trouvée drôle. Mais j’ai été étonnée de voir que ce côté grossi ne tombait pas non plus dans ce que j’appelle le « lourdingue ». Je me suis vraiment marrée tout le long du film en m’amusant des références musicales mais aussi plus généralement à tous les biopics. Walk Hard doit aussi beaucoup au talent de John C. Reilly, très justement nommé aux Golden Globes pour sa performance. J’ai toujours aimé cet acteur, il ne m’a jamais déçue mais là il explose. Ce film a beau être un énorme délire, Reilly parvient à donner malgré tout une crédibilité à son personnage. C’est justement ça qui fonctionne dans ce film : tout semble exagéré, on ne peut pas s’empêcher de repérer les mécanismes utilisés régulièrement dans les biopics et de se dire à quel point les scénaristes sont observateurs, quelque part on pourrait malgré tout croire à l’existence de ce personnage. Les chansons ont beau être drôles pour des raisons différentes (paroles débiles, voix grave d’adulte attribuée à un môme qui joue comme un génie de la guitare alors qu’il n’en a jamais joué, références qui fonctionnent etc…), elles ne sont pourtant pas si éloignées de tubes issus de différentes époques. Dans un sens, et c’est quelque part la grande réussite de cette comédie (même si je la considère comme un plaisir coupable mais paradoxalement j’assume totalement ma note maximale), c’est qu’il y a, malgré tout ce joyeux délire, un travail sérieux dans le sens où la frontière entre la parodie et le biopic fictif reste floue (le terme « flou » n’étant pas ici synonyme de brouillon). Enfin, s’ajoute alors à cette « frontière » la question de l’hommage. Cela a beau être de la parodie, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à des vies de rockstar qui peuvent nous paraître improbables, c’est comme si leur existence n’était qu’une comédie étant donné qu’ils tombent eux-mêmes dans la caricature…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, John C. Reilly

The Wig

réalisé par Won Shin-yeon

avec Chae Min-seo, Sa Hyeon-jin, Seon Yu…

Film d’épouvante-horreur, fantastique coréen. 1h46. 2005.

sortie française (dvd) : 3 novembre 2009

Movie Challenge 2016 : Un film d’horreur

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Ji-hyun et Su-hyun sont soeurs et partagent une existence harmonieuse et paisible. Lorsque Su-hyun perd ses cheveux à la suite d’une chimiothérapie, sa soeur lui offre une magnifique perruque et Su-hyun retrouve beauté et confiance en elle. Cette métamorphose s’accompagne néanmoins d’une série d’événements tragiques et violents. Terrifiée, Ji-hyun assiste à la lente transformation de sa soeur, sous l’effet d’une force diabolique et inconnue…

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The Wig date de 2006 mais est sorti directement en dvd en France en… 2009 ! Encore une fois, sans dire qu’il s’agit du film du siècle, ce sort est selon moi très vache. The Wig, qui signifie alors « La Perruque » (vous imaginez si on appelait l’actrice Kristen Wiig, « Christine Perruuque » ? ok, je sors…), a un pitch hyper alléchant : une fille atteinte d’un cancer incurable (mais qui pense qu’elle va guérir, sa soeur lui cachant la vérité) se fait offrir une perruque de la part de sa soeur pour qu’elle puisse se sentir mieux psychologiquement. Sauf que la perruque rend la jeune malade mieux physiquement, plus confiante aussi au point de devenir de plus en plus cruelle. De plus, des événements étranges et dangereux se produisent. Bref, je sais que sur le papier, ça a l’air con de parler d’une méchante perruque (peut-être que c’est un film pour Nabilla ? Ok, je re-sors…). Mais je vous assure que le synopsis me donnait vraiment envie et j’avais confiance en ce film étant donné que j’aime beaucoup le cinéma coréen. Le long-métrage part d’ailleurs plutôt bien : on entre tout de suite dans le vif du sujet et en même temps on voit l’évolution de Su-hyun (donc la jeune fille avec la perruque, elle a tout de même un p’tit nom) qui est sous emprise de cette magnifique chevelure. On sent aussi se mettre en place quelques réflexions autour des relations entre soeurs, des choses que l’on peut entreprendre pour quelqu’un de sa famille, du rôle des cheveux, symbole de féminité qui peut permettre à une femme de se sentir plus belle, mieux dans son corps et par conséquent dans sa tête et comment ce sentiment à l’origine positif peut se transformer en quelque chose de profondément négatif. Cela dit, il me semble tout de même que ces réflexions auraient pu être encore plus poussées. C’est dommage car il y avait derrière un véritable potentiel pour en faire un film, pourtant pas mal, davantage plus intéressant et profond. Si l’écriture manque peut-être un peu de piquant, la mise en scène, sans être spectaculaire, reste intéressante et tente en tout cas des choses pour donner plus d’intensité au film. Certes, rien de révolutionnaire mais il y a tout de même un travail remarquable notamment dans l’utilisation des miroirs et plus généralement autour de la réversibilité. Esthétiquement, le travail reste soigné sans que ce soit tape-à-l’oeil.

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Je ne sais pas si je suis quelqu’un de très fiable pour vous dire si ce film est effrayant ou non. Une mouche est capable de m’effrayer ! Mais j’ai tout de même trouvé l’ambiance très sombre, je flippais un peu pour un rien ! Je sais que certains (je pense notamment à des spectateurs davantage habitués au cinéma d’horreur et fantastique) ne vont pas sursauter étant habitués à ce genre de films asiatiques qui mettent en scène des filles pas hyper sympathiques qui ont de loooongs cheveux raides noirs. Il faut avouer qu’on pense d’ailleurs à certains grands films fantastiques et d’horreur asiatiques comme Ring ou The Grudge, à part que The Wig n’a pas ce statut culte malgré son potentiel et des choses plaisantes à cause d’un élément : la fameuse « perruque » du titre justement. Sur le papier, je trouvais cette histoire de perruque effrayante (je me rends compte de l’absurdité du sujet en écrivant cette critique) mais sur écran, même si encore une fois, je trouve que certaines scènes parviennent à faire peur, la perruque en elle-même n’est pas réussie, j’en ai même parfois ri malgré tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au sketch de French & Saunders qui parodiaient un clip d’Alanis Morissette dans lequel on voit sa foufoune se barrer de son corps. Ca fait perdre forcément de la crédibilité à l’histoire ainsi qu’à l’atmosphère qui fonctionne pourtant. De plus, alors que j’ai trouvé l’histoire assez intéressante (dans le sens où je l’ai volontiers suivie), la fin, qui révèle alors le comment du pourquoi, m’a assez déçue. Sans la révéler, j’ai trouvé que les explications arrivaient comme un cheveu sur la soupe (oui, je n’ai pas pu m’empêcher de placer cette expression pour la vanne, mouahahaha). Il n’y a rien qui pouvait nous permettre d’arriver à une telle conclusion, du coup ça paraît un peu tiré par les cheveux (désolée pour la récidive !) et j’ai un peu de mal à voir comment les « thèmes » présents au cours de ces révélations se rattachent avec les autres thèmes que j’ai pu citer auparavant. Pour conclure, The Wig est un film qui a réussi à m’effrayer par moments et qui reste intéressant malgré quelques défauts.

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Midnight Special

réalisé par Jeff Nichols

avec Michael Shannon, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Kirsten Dunst, Sam Shepard, Sean Bridgers, Dana Gourrier…

Science-fiction, drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 16 mars 2016

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Fuyant d’abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d’une chasse à l’homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d’accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

Midnight Special : Photo Jaeden Lieberher, Michael Shannon

Jeff Nichols est un de mes réalisateurs chouchous. Suivant sa carrière de près, j’ai alors vu tous ses films et je n’ai jamais été déçue, au contraire je les trouve tous excellents. Pour moi, Take Shelter est même un chef-d’oeuvre. J’attendais donc beaucoup Midnight Special (présenté à la dernière Berlinale en compétition), qui avait l’air sur le papier différent des précédents films de Nichols grâce à cette incursion vers la science-fiction. Pour la petite info (pour ceux et celles qui ne l’auraient pas eu), le titre, comme tous les autres longs-métrages de Nichols, fait référence à une chanson folklorique traditionnelle interprétée par des prisonniers du sud-est des Etats-Unis au début du 20e siècle. Cette chanson a été reprise par Huddie William Ledbetter en 1934, puis reprise par Harry Dean Stanton en 1967 dans Luke la main froide. Mais surtout, ce qui peut expliquer davantage le choix du titre, le groupe Creedence Clearwater Revival l’avait interprété dans le film La quatrième dimension en 1983 (merci Allocine). J’avais confiance en Nichols (même si, en même temps, j’avais un peu peur qu’il se casse aussi la gueule avec la SF justement) et Midnight Special est effectivement à la hauteur de tout ce que je pouvais imaginer. On pense évidemment à certains films de Spielberg (Rencontres du Troisième Type, E.T.) ou visiblement à Starman de John Carpenter, les références et les hommages sont visibles. Cela dit, contrairement à beaucoup de films actuels (qu’ils soient bons ou non), je n’ai pas trouvé que ces fameuses références bouffaient le long-métrage. Selon moi, on retrouve vraiment la patte de Nichols là-dedans, il y a alors une véritable cohérence entre ce Midnight Special et le reste de la filmographie du réalisateur américain. Tous les thèmes qu’il aborde depuis le début de sa carrière sont bien présents : le monde de l’enfance, la peur de laisser son enfant partir (dans tous les sens du terme), la peur en général d’ailleurs, la famille fragilisée ou encore la survie dans la nature. Il y a même des images évocatrices, rappelant également son univers esthétique. Rien que ces éléments sont rassurants : on peut confier à Jeff Nichols un budget plus important tout en gardant sa personnalité. Il a d’ailleurs expliqué que les studios lui avaient laissé toute sa liberté, c’est-à-dire qu’il a pu garder le contrôle de son oeuvre et son équipe habituelle. Je pense que ça peut aussi expliquer la réussite de ce film. J’ai en tout cas été sensible (j’étais même émue) aux propos du film qui tournent principalement autour de la perte d’un enfant, même si ici, via la science-fiction, cela reste métaphorique. J’ai senti en tout cas un véritable traumatisme de la part de Jeff Nichols. Les interviews qu’il a donnés m’ont confirmé mon impression, c’est-à-dire qu’il a failli perdre son propre fils.

Midnight Special : Photo Adam Driver, Jaeden Lieberher

Selon son ressenti, on peut voir la place du deuil dans cette oeuvre mais encore une fois il y a plus généralement l’idée de voir son enfant unique et extraordinaire partir, s’émanciper, vivre sa vie dans une autre communauté pour qu’il puisse s’épanouir et être lui-même. Le propos, très beau, est alors comme je l’expliquais, mis en avant intelligemment par les codes de la science-fiction. Il y a quelque chose de classique (certainement par les hommages à certains films cités plus haut) mais en même temps on ne tombe pas dans une nostalgie dégoulinante. Esthétiquement, c’est très réussi, il y a même des scènes assez spectaculaires sans que ce soit « too much » comme on peut le voir dans certains blockbusters. Midnight Special ne se limite pas uniquement à un film de science-fiction esthétiquement réussi qui livre une jolie réflexion autour de l’enfance ou même à une critique du gouvernement américain et des sectes qui sont capables de détruire des enfants en construction personnelle en se servant d’eux dans le but de pouvoir réussir leur entreprise. Selon moi, le film fonctionne en partie très bien grâce à son montage très réfléchi : on parvient à suivre deux histoires en même temps (d’un côté, comment se déroule le « kidnapping », de l’autre, comment se débrouillent les autorités pour retrouver l’extraterrestre et sa famille) sans se perdre et en permettant à l’histoire d’avancer petit à petit. Le rythme est justement aussi un point fort pour moi même si je sais qu’il pourra déranger certains spectateurs. On ne peut pas dire que l’intrigue se déroule rapidement au contraire. Tout est concentré en quelques petits jours et pourtant le temps semble étirer. Je ne me suis pas ennuyée et j’ai trouvé ce choix audacieux. L’attente est à mon avis un des éléments centraux de ce film. Tous les parents au monde se sont certainement retrouvés dans cette situation d’attente, où le temps semble être suspendu alors que les événements se déroulent parfois en peu d’heures ou jours. C’est cette attente en question qui crée une tension dans ce film et même qui participe en quelque sorte à son ambiance. Elle permet aussi de mieux cerner les personnages, leur but aussi. Pas tout est servi sur un plateau, on doit apprendre à comprendre qui ils sont, pourquoi ils doivent agir ainsi et pourquoi justement le temps doit être géré. Ce pari était très risqué car en plus on aurait pu se sentir délaissé en prenant le temps à connaître les personnages mais encore une fois, Nichols a su gérer ce point et lui donner du sens. Enfin, Midnight Special est porté par un excellent casting, que ce soit le charismatique Michael Shannon (acteur fétiche de Jeff Nichols depuis le début de sa carrière), le surprenant Joel Edgerton, le très prometteur Jaeden Lieberher, la douce Kirsten Dunst ou encore Adam Driver qu’on voit définitivement partout (et tant mieux car il est toujours aussi doué).

Midnight Special : Photo Jaeden Lieberher, Kirsten Dunst

 

Sky

réalisé par Fabienne Berthaud

avec Diane Kruger, Norman Reedus, Gilles Lellouche, Lena Dunham, Q’Orianka Kilcher, Joshua Jackson…

Drame français, allemand. 1h43. 2015.

sortie française : 6 avril 2016

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En vacances avec son mari dans l’Ouest américain, Romy décide de mettre fin à cette relation toxique et de reprendre sa vie en main. De Las Vegas aux plaines du Nevada, la route sera jalonnée de rencontres improbables, intenses et toutes porteuses d’un nouvel espoir…

Sky : Photo Diane Kruger, Lena Dunham, Norman Reedus

Sky est le troisième long-métrage de Fabienne Berthaud, après Frankie et Pieds nus sur les limaces dans lesquels elle dirigeait déjà la plus française des actrices allemandes du moment, Diane Kruger. Sky a aussi su attirer la curiosité de certains spectateurs qui regardent un peu trop le petit écran (j’en fais partie) : en effet, nous trouvons dans le rôle principal masculin Norman Reedus alias Daryl Dixon de The Walking Dead, et dans un rôle plus secondaire on notera la présence de Lena Dunham (la créatrice et la Hannah de Girls). Sky raconte alors l’histoire d’une franco-allemande qui part en vacances avec son mari aux Etats-Unis admirer les magnifiques paysages et surtout espère sauver son mariage qui bat sérieusement de l’aile (le mari n’étant pas la personne la plus intelligente du monde et le couple a traversé beaucoup d’épreuves, madame ayant eu plusieurs fausses couches). Face aux tensions, Romy (donc notre héroïne) décide de continuer son voyage seule en quête de liberté. Elle va alors rencontrer à Las Vegas Diego, un ranger qui aime bien s’envoyer des prostituées et ne tient pas à s’attacher. Génial, les deux loulous veulent juste passer du bon temps ensemble et ne refusent l’amour. Romy va continuer son périple en allant à la rencontre d’une Amérique pauvre. A partir de ce récit, Fabienne Berthaud a su poser des questions intéressantes en les mêlant à des paradoxes : qu’est-ce que la liberté ? La liberté, est-ce réellement synonyme de solitude ? Peut-on être libre tout en gardant des désirs très terre-à-terre et communs à beaucoup de mortels (être amoureux, fonder une famille) ? Je sais que certains spectateurs prendront ces interrogations plus comme des contradictions que des paradoxes (même si la frontière entre ces deux termes restent floues). Les interrogations en elles-mêmes me paraissent pourtant pertinentes parce que l’être humain est paradoxal et doit affronter ces interrogations. Le film est construit aussi sur d’autres paradoxes : il y a d’un côté l’Européenne Romy qui semble vivre son rêve américain en étant dépaysée et en voyant certains désirs se concrétiser. De l’autre, les figures typiques américaines (notamment des Indiens) vivent dans une réalité effrayante, c’est-à-dire dans la pauvreté, en vivant dans des mobile home avec parfois une ribambelle d’enfants à élever et nourrir, et malades, en étant des victimes de guerre et plus généralement de la politique américaine.

Sky : Photo Diane Kruger

Hélas, si le propos derrière est intéressant à défendre, j’ai tout de même trouvé à ce Sky quelques défauts. En effet, si je trouve les espaces américains bien mis en avant – même si dans un exercice similaire, Guillaume Nicloux s’en sortait largement mieux avec son Valley of Love – en revanche, Fabienne Berthaud maîtrise moins les notions de temps et ça gâche vraiment toutes les bonnes choses qu’elle a mis en place, qui passent notamment par la mise en scène et le scénario. C’est dommage car du coup on ne croit pas totalement à l’histoire de cette femme qui refait sa vie ailleurs. On a l’impression que tout a l’air trop facile pour Romy, que ce soit pour l’amour, les rencontres en général, le travail (alors qu’elle est censée être une touriste et qu’il y a très peu d’offres d’emploi !) etc… Je comprends encore une fois la signification, j’aurais juste aimé plus de crédibilité. J’ai même trouvé que ça manquait même un peu de subtilité par moments. Je pense par exemple à cette opposition un poil lourde entre Billie qui, elle, a des gosses alors qu’elle vit dans la pauvreté tandis que Romy vient probablement d’un bon milieu social, a l’air responsable mais n’arrive pas à avoir d’enfants. Sky bénéficie heureusement d’un très bon casting. Diane Kruger (même si je n’ai rien contre elle à la base, loin de là) m’a agréablement surprise. Je l’ai trouvée très l’aise dans ce rôle assez complexe et réussit à montrer une gamme d’émotions tout en restant juste. Son partenaire Norman Reedus s’en sort également bien. Certes, on ne peut pas s’empêcher de faire le lien avec Daryl dans The Walking Dead (dans le genre « j’ai des cheveux improbables et je suis peu causant ») mais il parvient tout de même à sortir de ce qu’on connait déjà en livrant une interprétation sensible. Lena Dunham apparaît peu mais elle est très différente de ce qu’elle fait dans Girls et ça fait du bien ! Je sens vraiment qu’elle a un énorme potentiel et j’espère qu’elle va vraiment l’exploiter. J’étais aussi contente de retrouver la Pocahontas de Malick, Q’Orianka Kilcher et l’apparition de Joshua Jackson (le compagnon de Kruger depuis des années maintenant) m’a évidemment fait sourire. Je suis par contre plus réservée sur Gilles Lellouche qu’on ne voit que dix minutes pourtant. Il ne joue pas mal mais je trouve qu’il partage de plus en plus les mimiques de son ami Dujardin, c’est très perturbant !

Sky : Photo Diane Kruger, Norman Reedus

Toi et moi… et Duprée

réalisé par Anthony et Joe Russo

avec Owen Wilson, Matt Dillon, Kate Hudson, Michael Douglas, Seth Rogen, Amanda Detmer…

titre original : You, Me and Dupree

Comédie américaine. 1h49. 2006.

sortie française : 8 novembre 2006

Movie Challenge 2016 : film ayant de mauvaises critiques

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Jamais deux sans trois… Jeunes mariés, Carl et Molly Peterson sont à peine rentrés d’une brève lune de miel à Hawaii que débarque chez eux l’ineffable Randolph Dupree, célibataire endurci, glandeur incurable… et meilleur ami de Carl. Licencié pour s’être octroyé une semaine de congés et plaqué par sa petite amie, Duprée se retrouve sans travail, sans ressources, sans voiture et sans domicile. Comment les Peterson lui refuseraient-ils l’hospitalité ? Combien de temps pense-t-il rester ? Deux, trois jours au maximum, éventuellement un mois, mais peut-être un peu plus…

Toi et moi... et Duprée : Photo Anthony Russo, Joe Russo, Owen Wilson

Les critiques sur Allocine, que ce soit de la part de la presse ou des spectateurs, ne sont pas tendres avec Toi, moi et… Duprée (dont le sujet rappellera celui de Viens chez moi, j’habite chez une copine de Patrice Leconte). Il s’agit d’une petite comédie américaine sortie il y a maintenant quelques années (plutôt discrètement en France) réalisée par les frères Russo (qui s’occupent actuellement de la franchise Captain America). Le film ne parvient pas à obtenir la moyenne. C’est pour cette raison qu’il a atterri un peu par hasard dans une des catégories de ce Movie Challenge, c’est-à-dire dans la catégorie « film ayant de mauvaises critiques ». Je suis bien d’accord qu’il ne s’agit pas de la comédie du siècle, loin de là. On ne sera pas non plus bluffé par la mise en scène (en même temps, ce n’était pas ce que je recherchais) ni par le scénario assez prévisible : on sait très bien que l’arrivée de Duprée serait signe de bouleversements au sein du couple très bien rangé formé par Kate Hudson et Matt Dillon. Au début Dupree jouera les boulets de service qui finiront par gonfler ses amis, l’épouse du couple pétant son câble mais finalement cette dernière (tout comme les spectateurs) va percevoir les qualités du blondinet qui s’incruste chez eux et va l’accepter. Evidemment, la présence de Dupree va rendre le mari jaloux qui a assez d’emmerdes comme ça : le beau-père, qui est aussi son patron, est incarné par Michael Douglas. Douglas a beau être bien roulé pour son âge, c’est écrit sur sa gueule qu’il est méchant et on ne comprend pas comment Dillon peut être aussi aveugle. Mais en même temps, j’ai envie de dire que je n’ai pas été trahie par la marchandise. Je savais pertinemment ce que j’allais regarder. A l’origine, je voulais regarder quoi ? Juste une comédie pour me détendre. Sans crier au chef-d’oeuvre et sans révolutionner la comédie américaine, j’estime que ce Toi, moi et… Duprée remplit pas si mal que ça ses objectifs.

Toi et moi... et Duprée : Photo Anthony Russo, Joe Russo, Kate Hudson, Matt Dillon

Toi, Moi et… Duprée aurait pu soutenir un peu mieux les thèmes qu’il aborde, c’est-à-dire l’amitié (jusqu’où faut-il aller pour ses amis ?), les difficultés rencontrées durant le mariage, ou encore la critique de la famille bobo américaine toute propre et coincée, qui vit dans le paraître mais qui ne présente pas réellement de sa vie et ne font pas leurs propres choix. Mais encore une fois, je n’ai pas regardé ce film pour voir un truc très intelligent à l’origine. Après, je ne veux pas prononcer un discours du genre « comédie / divertissement = zéro réflexion », loin de là, mais je ne pense pas que le film ait la prétention d’apporter réellement de la profondeur (même si encore une fois le propos aurait pu être plus valorisé). Encore une fois, je savais pertinemment ce que j’allais voir et je n’en attendais pas tant, c’est pour ça que je reste indulgente. Owen Wilson joue souvent les mecs cool, un peu dépassés par notre vraie monde et c’est ce qu’il fait de nouveau dans ce film. Si on ne peut pas le blairer, c’est même pas la peine d’essayer de regarder ce film. Son interprétation a beau de ne pas être neuve, Wilson fait ce qu’il sait faire, mais il le fait au moins bien. Il arrive à communiquer à la fois son énergie, sa nonchalance, sa sincérité et sa naïveté. On croit totalement au personnage, très attachant, qu’il incarne. Le reste du casting est également plutôt bon même si encore une fois les interprétations ne sont pas exceptionnelles, mais en même temps, on ne leur en demandait pas non plus d’avoir un Oscar. J’ai d’habitude un peu de mal avec Kate Hudson (je me suis toujours demandée ce qu’on lui trouvait, en dehors de son physique) mais là elle passe pas trop mal, je l’ai trouvée assez sympathique. J’aime aussi Matt Dillon en général et là sans dire qu’il est extraordinaire, s’en sort assez bien, Michael Douglas est un peu caricatural mais là aussi son interprétation passe bien dans ce film, Seth Rogen joue également encore les gros lourds de service mais il le fait ici plutôt bien.

Toi et moi... et Duprée : Photo Anthony Russo, Joe Russo, Owen Wilson

Little Miss Sunshine

réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris

avec Abigail Breslin, Greg Kinnear, Toni Collette, Steve Carell, Paul Dano, Alan Arkin, Bryan Cranston, Mary Lynn Rajskub…

Comédie américaine. 1h40. 2006.

sortie française : 6 septembre 2006

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune

Le ciné-club de Potzina : le road-trip

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L’histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son « Parcours vers le succès en 9 étapes ». La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l’hôpital après avoir été congédié par son amant.Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu’à son entrée à l’Air Force Academy.Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l’Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus…

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Jonathan Dayton, Paul Dano, Valerie Faris

Cela faisait un moment que j’avais envie de participer au ciné-club de Potzina, c’est chose faite ! Lorsqu’elle a proposé un film en rapport avec le thème du « road trip », j’ai tout de suite pensé à Little Miss Sunshine (je sais pourtant qu’il y a un paquet de films – et des bons – qui auraient pu entrer dans cette catégorie). Ce film a au fond maintenant quelque chose d’énervant (je ne dis pas ça méchamment, en tout cas, pas contre lui) même si cette chose montre bien son succès et son influence : on a vu par la suite un peu trop de films indépendants américains qui se revendiquaient d’être dans la même veine et qui prétendent reprendre la même recette à part qu’elles finissent par toutes se ressembler et n’ont surtout pas le charme, l’audace et la sincérité de Little Miss Sunshine. Au moins, il signe pour moi un tournant dans une certaine partie du cinéma américain, ce qui n’est pas rien en soi. Quand il est sorti, je me rappelle être à aller le voir le jour de sa sortie (j’étais donc jeune, d’où sa place dans le Movie Challenge). Certes, il venait de remporter le Grand Prix de Deauville (qui est un bon festival), les critiques dans la presse étaient bonnes mais il n’y avait pas tout cet engouement autour. Je me rappelle réellement à quel point le bouche-à-oreilles avait été efficace pour faire déplacer les gens dans les salles. Je suis d’ailleurs allée le voir trois fois au cinéma (alors n’imaginez pas le nombre de fois que j’ai pu le regarder chez moi). Le succès de ce film en a donc surpris plus d’un (et a notamment fini par se retrouver par deux Oscars : meilleurs scénario original et second rôle masculin) mais c’était amplement mérité. Le succès n’est pas uniquement lié parce qu’il s’agit d’un feel good movie mais parce qu’il possède de réelles qualités.

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Jonathan Dayton

Little Miss Sunshine est donc une comédie drôle, fraîche, touchante et intelligente sur une famille américaine en crise, chaque membre de la famille Hoover traverse un mauvais passage, personnellement ou/et professionnellement. C’est finalement l’entreprise organisée par la petite Olive et le grand-père (qui s’improvise en coach) qui va permettre à cette famille de se rapprocher et de se retrouver : la victoire ne se trouve donc pas dans le concours de mini-miss mais bien dans ces retrouvailles humaines. Le road-trip en Amérique, qui a une dimension solaire (il y a une domination de la couleur jaune, à l’image du van), est une métaphore ludique sans être appuyée grossièrement sur la vie de famille : il y a des obstacles à contourner, des crevaisons, mais un élan de solidarité peut aider à se reconstruire. Le road-trip en Amérique est aussi un moyen de critiquer une certaine partie de l’Amérique, qui pousse les enfants à ne plus être des enfants justement (le concours de mini-miss est effrayant dans un sens) et à être dans la compétition dans ce qu’il y a de pire. Plus généralement, c’est une Amérique superficielle et consommatrice qui est pointée du doigt, une Amérique paumée qui ne pense plus à la solidarité et qui peut, en quelque sorte, détruire les familles, qui ne communiquent plus entre elles. La famille Hoover et leur van pourri (une abomination pour une famille américaine qui se doit de rouler avec une belle et fonctionnelle voiture) livre littéralement un gros « fuck » à cette partie de l’Amérique pour pouvoir mieux se concentrer sur leurs relations. Little Miss Sunshine ne se contente pas de ses réflexions livrées avec sa justesse et sincérité. La mise en scène est très efficace et énergique, le scénario est également très habile pour aborder son sujet, sans se noyer dans les différents thèmes abordés et en prenant en compte tous les personnages, personne n’est délaissée. L’ensemble, très rythmé, trouve un très bon équilibre entre humour (il s’agit d’ailleurs pour moi d’une de mes comédies préférées !) et émotion (la fin, en particulier, en toute simplicité). Le film a d’ailleurs droit à une série de scènes marquantes (je pense que nous avons notamment tous été très marqués par la scène de strip-tease, je suis toujours écroulée de rire quand je la vois). Je me souviens aussi de la bande-originale, composée par Mychael Danna et DeVotchKa, qui parvient à retranscrire la fraîcheur, la nostalgie et le voyage, trois notions phares dans ce long-métrage !

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Alan Arkin, Greg Kinnear, Jonathan Dayton, Paul Dano

Enfin, le casting est tout simplement parfait, chacun incarne son rôle avec beaucoup de conviction et on sent une véritable complicité entre tous les acteurs, ce qui fait qu’on croit vraiment à la famille qu’ils forment : cela crée davantage d’émotions. Même si elle joue depuis qu’elle est toute petite (on l’avait vue notamment dans Signes de M. Night Shyamalan), la jeune Abigail Breslin, qui avait été nommée aux Oscars pour son interprétation (elle avait été battue par Jennifer Hudson cette année-là) est réellement LE film qui l’a révélée. A juste titre. Elle est vraiment géniale dans ce film. Elle parvient à incarner une petite fille… qui reste une petite fille, loin des candidates qu’elle va affronter durant le concours (d’où le cri d’un spectateur « douteux » dans la salle). Greg Kinnear trouve également un de ses meilleurs rôle en incarnant un père de famille qui a une image lisse de « gagnant » mais finalement a ses faiblesses, et c’est en acceptant ses failles qu’il va pouvoir réellement se surpasser. Comme souvent, Toni Collette est impeccable en mère de famille qui a du caractère et qui sait soutenir les membres de sa famille. Elle a aussi quelque chose de très solaire.  Habitué des rôles comiques, Steve Carell est bluffant en oncle dépressif spécialiste de Proust. On n’a pas l’impression qu’il joue les Tchao Pantin comme on en voit un peu trop souvent au cinéma. Il est tout simplement un très bon acteur qui mérite plus de reconnaissance. Alan Arkin, qui incarne le grand-père toxico, déjanté et sans gêne, a bien mérité son Oscar du meilleur dans un second rôle. Il est drôle mais attachant car on sent son lien fort avec la petite Olive et malgré tout sa sincérité dans des conseils pas si absurdes. Enfin, j’ai été marquée par la performance de Paul Dano (un acteur que je soutiens toujours actuellement) en ado révolté, capable de montrer toute cette colère sans prononcer un mot pendant une bonne partie du film. La scène où il va enfin parler (« Fuuuuuuuuuuckkkk », quelle réplique !) est d’ailleurs mythique ! On notera au passage une sympathique apparition de Bryan Cranston !

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The Wrong Mans

Créée par James Corden et Mathew Baynton

avec Mathew Baynton, James Corden, Sarah Solemani, Tom Basden, Dawn French, Nick Moran, Emilia Fox, Benedict Wong, Dougray Scott…

Série comique britannique. 2 saisons. 2013-2014.

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Après avoir décroché un téléphone se trouvant sur les lieux d’un accident de voiture, deux employés de bureau trop gentils se retrouvent pris dans un dangereux complot criminel.

Photo Mathew Baynton

The Wrong Mans est une série encore assez méconnue en France, malgré la diffusion de la saison 1 il y a quelques mois sur Arte (qu’est-ce que j’aime cette chaîne !). Elle ne comporte que deux saisons : la première est constituée de six épisodes, la seconde en quatre, en sachant que chaque épisode dure pratiquement trente minutes. Je ne me suis jamais cachée que j’aimais les séries courtes car je suis persuadée qu’on peut privilégier plus facilement la qualité. Cette série m’a confirmé cette théorie. Le pari était pourtant difficile : je ne veux pas trop ne dire sur l’histoire étant donné que c’est très difficile d’en parler sans faire des spoilers. Ce que je peux dire, c’est que c’est une histoire qui aurait pu partir facilement dans tous les sens. Or, on est surpris de voir à quel point au contraire le scénario tient la route du début jusqu’à la fin en restant d’une rare cohérence. De plus, à la fin de la première saison, qui m’avait pourtant énormément plu, je me suis demandée comment les scénaristes pourraient rebondir et faire une deuxième saison à la hauteur. Pourtant cette saison 2 ne déçoit pas du tout : elle est dans le même esprit que la première saison tout en ayant su faire évoluer les personnages et l’histoire de manière crédible. The Wrong Mans, qui a été traduit en français par Mauvaise Pioche (qu’est-ce que c’est moche…), comporte une erreur volontaire dans le titre. Pourquoi ? Tout d’abord, pour relativiser : il s’agit avant tout d’une comédie. On comprend ce besoin de poser les points sur les « i » de cette façon : quand on lit le pitch de cette série et qu’on commence à regarder les dix premières minutes du premier épisode, on se demande si on n’a pas atterri dans une série d’espionnage ou d’action. C’est d’ailleurs très difficile à raconter l’histoire sans révéler une intrigue car une action en entraîne systématiquement une autre. Puis, quand on fait connaissance du duo Sam Pinkett / Phil Bourne (Mathew Baynton / James Corden), on comprend tout de suite qu’il s’agit d’un duo de boulets ordinaires qui vont se retrouver dans une situation littéralement extraordinaire et qui va les dépasser. Certes, encore une fois, grâce à ce duo, la série reprend les codes du buddy movies mais en accentuant et en assumant encore plus la dimension comique de l’histoire.

Photo James Corden, Mathew Baynton

Cette erreur volontaire met alors aussi en avant la loose constante de ces deux collègues de travail opposés (forcément, sinon c’est pas marrant). Ils ont beau commettre beaucoup d’erreurs (surtout Phil, il faut avouer qu’il est pas mal dans le genre), ils sont aussi attachants parce qu’ils arrivent malgré tout à réfléchir dans des conditions extrêmes et surtout agissent souvent pour les autres : sauver un inconnu à cause d’un hasardeux coup de fil ou encore se rapprocher d’une fiancée (pour Sam) ou d’une mère (pour Phil). On s’identifie à ces deux personnages par leur banalité : tout le monde aurait pu se retrouver dans la même situation qu’eux. Pourquoi se sont-ils retrouvés dans cette merde internationale ? Au départ, c’est finalement par gentillesse et bon sens, plus que par ego et envie de se faire bien voir et de passer pour des héros. Est-ce qu’il y aurait alors une observation sur notre société qui n’accepte plus ces qualités chez quelqu’un et que ces qualités en question se retourneraient contre eux ? Je pense effectivement que les créateurs de cette série ont observé ce fait et ont décidé de pousser cette idée jusqu’au bout, tout en ayant le mérite de ne pas signer une histoire poussive. On joue sans cesse avec l’absurde, l’exagération des faits tout en trouvant un réel équilibre dans le réalisme même des situations. Même les scènes d’action trouvent un ton très juste : on reprend vraiment tous les codes de ce genre, les scènes sont même spectaculaires mais juste ce qu’il en faut et surtout ça reste fun. Surtout, je me suis vraiment marrée et c’est vraiment le point fort de cette série (il faut dire que je suis une fan d’humour british). Les quiproquos nourrissent l’intrigue, les dialogues sont savoureux, Phil et Sam rappellent les meilleurs duos comiques que la télé et le cinéma ont connu. Beaucoup de scènes sont tout simplement hilarantes, exploitant bien l’absurdité des situations (on a vraiment l’impression que les personnages n’en sortiront jamais) et la réaction parfois culottée des personnages pour pouvoir s’en tirer.

Photo Dawn French, Emilia Fox, James Corden

Enfin, The Wrong Mans bénéficie d’une interprétation solide à commencer par Mathew Baynton et James Corden, qui sont également les créateurs de cette série délirante et à part. J’ai découvert Mathew Baynton dans cette série qui reste un inconnu chez nous. J’ai beaucoup aimé son interprétation. Son sérieux est ce qui m’a fait rire chez ce personnage et parvient à être expressif, mais sans en faire des tonnes, quand il est dépassé par les événements. Je ne sais pas vous, mais personnellement, je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer à Ben Whishaw (c’est un compliment). Son partenaire, James Corden, commence à être de plus en plus connu chez nous. On a pu le voir dans Lesbian Vampire Killers (Phil Claydon), Les Trois Mousquetaires de Paul W. S. Anderson, New York Melody de John Carney ou encore plus récemment The Lady in the Van de Nicholas Hytner. Bref, c’est quelqu’un que nous voyons de plus en plus au cinéma (même si, comme vous le constatez, il n’a pas joué que dans des chefs-d’oeuvre…) à juste titre : ce gars a beaucoup de talent. Si vous ne l’avez pas encore vu dans des films ou des séries, peut-être que vous avez entendu parler de son Late Late Show dans lequel Adele, Justin Bieber, One Direction, Stevie Wonder, Mariah Carey ou plus récemment Jennifer Lopez chantent avec Corden dans sa voiture ! James Corden incarne alors le fameux ami lourdingue, le boulet de service, pas avantagé physiquement en plus selon les critères de notre société mais il est sincère, courageux et serviable. Ce personnage a beau avoir les critères du « lourd » mais ils ne gâchent pourtant ni la sympathie que nous avons assez rapidement pour ce personnage ni l’histoire en elle-même. Les acteurs secondaires sont également très bons. Pour ne citer que cette partie du casting, j’étais notamment contente de retrouver Dawn French dans le rôle de la mère de Phil ou encore Sarah Solemani s’en sort bien dans le rôle de la petite amie, elle n’a rien de la cruche de service.

Photo James Corden, Mathew Baynton

Bilan – mars 2016

Cinéma

 

Les films sortis en 2016

Zoolander 2 (Ben Stiller, 2016) 3/4

Room (Lenny Abrahamson, 2016) 4/4

Brooklyn (John Crowley, 2016) 4/4

Au nom de ma fille (Vincent Garenq, 2016) 2/4

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Rattrapages

Elle est trop bien (Robert Iscove, 1999) 1/4

L’Amour, six pieds sous terre (Nick Hurran, 2002) 3/4

Les Amants Passagers (Pedro Almodovar, 2013) 2/4

Les Enfants du paradis (Marcel Carné, 1945) 3/4

Les Sept Samouraïs (Akira Kurosawa, 1954) 3/4

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Télévision

The Wrong Mans (saison 2, 2014) 3/4

Justified (saison 2, 2011) 3/4

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Lectures

Seul dans le noir (Paul Auster, 2008) 3/4

Big Brother (Lionel Shriver, 2013) 3/4


 

Pour le Movie Challenge (petite précision : une page consacrée à ce challenge est disponible sous la bannière, dans « En 2016 »).

– un film français : Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)

– un film adapté d’un livre : Tale of Tales de Matteo Garrone (2015).

– un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter

– un film tourné/sorti cette année : Carol de Todd Haynes (2016)

– un film tourné/sorti l’année de ma naissance (soit 1993)

– un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans

– un film dont le titre contient un numéro : Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa (1954).

– un film ayant de mauvaises critiques

une comédie : Les Muppets, le retour de James Bobin (2011)

– un film réalisé par une femme : Surveillance de Jennifer Lynch (2008).

– un film dont le héros n’est pas humain

– un film qui a une suite

– un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune

– un film se déroulant dans le futur

– un court-métrage

– un film se déroulant à l’étranger

– un film qui n’est pas en anglais ni en français : Mustang de Deniz Gamze Ergüven (2015).

– un film se passant au lycée : Elle est trop bien de Robert Iscove (1999).

– un film dont le titre comporte une couleur

– un film qui m’a fait pleurer

– un film que j’ai vu plus de deux fois

– un film d’un réalisateur que j’adore

– un film avec une actrice que j’adore : Diamants sur canapé de Blake Edwards (1961)

– un film avec un acteur que j’adore

– un film ayant obtenu un Oscar

– un film d’horreur

– un film commencé que je n’ai jamais terminé

– un dessin animé

– un biopic historique

– un film LGBT : Une journée particulière d’Ettore Scola (1977).

– un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion : Music Box de Costa-Gavras (1989).

– un film recommandé par quelqu’un

– un film en noir et blanc

– un film basé sur des faits réels : Bowling de Marie-Castille Mention-Schaar (2012).

– une comédie musicale

– un film qui m’a fait pleurer de rire

– un film de guerre

– un film adapté d’un roman graphique ou d’un comic

– un film avec un mariage : Bachelorette de Leslye Headland (2012).

– un film d’un réalisateur asiatique

– un film que ma mère adore