Une journée particulière

réalisé par Ettore Scola

avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, John Vernon, Françoise Berd…

titre original : Una Giornata Particolare

Drame italien. 1h45. 1977.

sortie française : 7 septembre 1977

Movie Challenge 2016 : Un film LGBT

 

affiche

A Rome le 6 mai 1938. Alors que tous les habitants de l’immeuble assistent au défilé du Duce Mussolini et d’Hitler, une mère de famille nombreuse et un homosexuel se rencontrent.

journee

Au risque de choquer certains d’entre vous, je n’avais pas encore eu l’occasion de regarder des films d’Ettore Scola (j’en avais pourtant très envie). Suite à son décès en janvier dernier, Arte (chaîne que je vénère tant chaque jour) a décidé de programmer certains de ses longs-métrages, dont Une journée particulière. Ce film avait été présenté au festival de Cannes en compétition et avait remporté le César du meilleur film étranger. Marcello Mastroianni avait été nommé aux Oscars et aux Golden Globes pour son interprétation. L’histoire se situe le 8 mai 1938, c’est-à-dire le jour durant lequel Hitler (invité par Mussolini) a défilé dans les rangs des jeunesses mussoliniennes. Toute l’Italie est alors invitée à y assister. Cela dit, deux personnages ne vont pas y aller : d’un côté, Antonietta (incarnée par une excellente Sophia Loren, incarnant d’habite des femmes fatales), une mère au foyer à la tête d’une famille nombreuse et mariée à un macho qui ne se préoccupe pas d’elle, ce dernier pense que le rôle de la femme doit être à la maison et de s’occuper de sa famille. De l’autre, Gabriele (interprété par un magnifique Marcello Mastroianni, lui aussi dans un rôle à contre-emploi) est un présentateur radio homosexuel, consigné par la police dans son appartement. La caméra ne va alors jamais lâcher ces deux personnages qui apprennent à se connaître, dans un sens même à s’aimer et surtout à s’exprimer librement. Deux personnages, peu de lieux (pour ne pas dire pratiquement au même endroit), un récit qui se déroule (comme l’indique le titre ahahah) en une journée : on pense forcément aux codes du théâtre. Ce film a d’ailleurs été adapté à plusieurs reprises sur scène, ce qui n’est pas un hasard. Cela dit, Une Journée Particulière dépasse ce schéma. Certes, il a un aspect assez simple, ce qui n’a rien d’un reproche, au contraire, c’est même assez plaisant, mais je n’ai jamais eu l’impression d’assister à une pièce (beaucoup de films tombant parfois dans ce piège).

journeee

La mise en scène est précise tout en restant très fluide à l’image de certains mouvements de caméra, je pense notamment à un joli plan-séquence suivi après d’une succession de petits plans qui donnent l’impression d’assister à un nouveau plan-séquence. Le scénario est habilement bien écrit dans le sens où il parvient à mêler habilement Histoire (le film étant en plus introduit par des images d’archive pour situer encore plus le contexte) et histoires individuelles et intimes, en dressant des portraits saisissants. Ainsi, cette rencontre va faire réaliser à Antonietta à quel point en réalité elle ne partage pas du tout l’opinion du foyer sur le Duce. Antonietta et Gabriele sont deux personnages qui a priori sont différents, surtout à cause de leur mode de vie, pourtant les deux se retrouvent dans une situation : leur vie les emprisonne. Le côté presque « huis clos » confirme la triste situation dans laquelle ils se trouvent sans pouvoir en échapper. Leur relation est intéressante : comme je le disais, quelque part, ils s’aiment, mais il ne s’agit évidemment pas d’un amour traditionnel comme l’entendent habituellement les spectateurs. Et je ne dis pas ça qu’à cause de l’homosexualité de Gabriele. En effet, à travers toutes les discussions (qui ne fatiguent jamais le spectateur), qui montrent déjà un désir de liberté, Antonietta et Gabriele se livrent à un étrange jeu de séduction. Certes, encore une fois, je ne remets pas la part humaine et sentimentale présente mais cette séduction en question apparaît ici comme un moyen de chercher une liberté que les personnages ne sont pas encore parvenus à acquérir. Finalement, même si ce film possède effectivement une part importante historique, il reste un film très universel, dont les thèmes peuvent parler à tout le monde et finalement le propos n’a pas vieilli. Une journée particulière est un film sobre mais pourtant aux qualités nombreuses et remarquables et surtout à la fois puissant et émouvant, porté par deux acteurs époustouflants.

journeeee

Publicités

16 réflexions au sujet de « Une journée particulière »

  1. Ce film, est, pour ma part un véritable chef d’œuvre. La mise en scène d’une incroyable précision, deux immenses acteurs au sommet de leur art. Merci pour cet article.

    J'aime

  2. Bonjour,

    Et bien pour découvrir Ettore Scola, tu as bien choisi. Une Journée Particulière est son chef-d’oeuvre.

    Si tu souhaites voir d’autres Scola, je te conseille pour la suite Nous nous sommes tant aimés, beau film nostalgique sur l’Histoire de l’Italie après la deuxième guerre mondiale et les désillusions de la vie (thème majeur pour Scola qui était communiste). Si tu aimes les comédie italiennes, et que tu n’es pas rétive à leur esprit parfois très caustique, tu pourrais aussi voir Drame de la Jalousie et Affreux, sales et méchants, qui sont formellement et narrativement beaucoup plus loufoques.

    Strum

    J'aime

  3. Un film absolument sublime, qui dit tant de choses, autant historiques qu’humaines, un film sur la tolérance, sur l’acceptation de soi. Une merveille avec des acteurs extraordinaires.

    J'aime

  4. Je suis bien d’accord avec ce que tu as écrit, je n’aurais pas fait mieux 🙂 Ce film est un chef-d’œuvre et les deux interprètes principaux sont formidables. Un vrai petit bijou !

    J'aime

  5. Je me joins volontiers au concert des louanges sur ce grand film, d’apparence si simple et pourtant si fort, si beau. Je n’ai pas vu beaucoup de Scola, mais celui-là est effectivement top !

    Je me permets juste de signaler une minuscule coquille dans ton texte: Gabriele devient Gabriela, ce qui est fâcheux 😉 Petite faute d’inattention aussi: tu parles du défilé de Mussollini alors que, ce jour-là, c’est Hitler qui était invité à défiler par son copain le Duce.

    J'aime

  6. @ Martin :
    Ouhhhhlalala ça se voit, la fatigue, par moments ! (avouons que le Gabriela était cocasse 😮 😀 )
    Merci beaucoup de m’avoir signalé tout ça, c’est corrigé ! 😀 (au moins, tu lis bien ce que j’écris ! 😉 ).

    J'aime

  7. Bonsoir Tina, quel film magnifique que j’ai vu à sa sortie (j’avais 15 ans) et j’avais été bouleversée. J’en ai revu un peu lors de l’hommage à Ettore Scola: ça reste toujours bien. Il faut dire que La Loren et Mastroianni sont magnifiques.

    J'aime

  8. Un sacré Scola, et étonnement un des moins connus de sa filmo. Les plans-séquences sont effectivement remarquables, et l’alchimie entre les deux comédiens renvoient bon nombre de jeunots d’aujourd’hui au placard 😀

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s