Steve Jobs

réalisé par Danny Boyle

avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels, Michael Stuhlbarg, Katherine Waterston, Perla Haney-Jardine, Ripley Sobo, Makenzie Moss, Sarah Snook, John Ortiz…

Drame, biopic américain. 2h. 2015.

sortie française : 3 février 2016

jobs

Dans les coulisses, quelques instants avant le lancement de trois produits emblématiques ayant ponctué la carrière de Steve Jobs, du Macintosh en 1984 à l’iMac en 1998, le film nous entraîne dans les rouages de la révolution numérique pour dresser un portrait intime de l’homme de génie qui y a tenu une place centrale.

Steve Jobs : Photo Michael Fassbender

Depuis son décès en octobre 2011, Steve Jobs est devenu le personnage de deux biopics : un premier intitulé Jobs réalisé par Joshua Michael Stern avec Ashton Kutcher dans le rôle-titre (je ne l’ai pas vu mais je n’entends que du mal) et le second (donc abordé dans cette chronique) avec Steve Jobs réalisé par Danny Boyle, scénarisé par Aaron Sorkin (scénariste de The Social Network, Le Stratège ou encore la série A la maison-Blanche) avec l’excellent Michael Fassbender dans le rôle tant convoité (et nommé pour aux Oscars pour sa performance). J’aime beaucoup les films de Danny Boyle, The Social Network de David Fincher m’avait également énormément plu, je suis une fan de Fassbender et sans être une accro à la technologie, Steve Jobs est un personnage public intéressant : quatre arguments qui m’ont permis d’aller voir ce deuxième biopic. Hélas, malgré ma bonne volonté, je n’ai pas tout accroché. Cela est vraiment regrettable car pourtant, sur le papier, il y a beaucoup de bonnes choses. En effet, Steve Jobs a le mérite de ne pas tomber dans la construction banale présente dans la majorité des biopics, c’est-à-dire (pour caricaturer) : naissance, découverte du « don », gloire, chute, problèmes familiaux/existentiels, rédemption, mort. Il est construit en trois parties qui représentent en réalité trois périodes phares de Jobs : le lancement du Macintosh en 1984, celui de NeXT Cube en 1988 et celui de l’iMac en 1998. Il reprend alors clairement la structure d’une pièce de théâtre voire même d’un opéra. Le choix est logique : chaque lancement est un show, le personnage de Jobs a quelque chose de tragique et en même temps le scénario, qui se base sur la biographie écrite par Walter Isaacson, ne montre que la préparation de ces shows, les coulisses pour être exacte. Hélas, si je souligne les bonnes intentions et de l’audace, je suis restée totalement en dehors de ce film qui m’a plus ennuyée et fatiguée qu’autre chose. Dès les dix premières minutes, j’ai senti que je n’allais pas du tout accrocher et je ne me suis pas trompée. Je n’ai rien contre les longs dialogues mais là je ne comprenais rien ce que les personnages racontaient. C’était comme si je m’étais incrustée au coeur d’une conversation qui ne me concerne pas du tout ou comme si j’étais face à un gros bug informatique !

Steve Jobs : Photo Kate Winslet

Il faut dire qu’on rentre dans l’histoire in medias res, ce qui m’a gênée dans ce cas. En effet, comme tout le monde, je connais Jobs et certains de ses collaborateurs, et certains produits mais pas non plus à fond ! Personnellement, je me suis sentie écartée de ce projet, je ne parvenais pas à tout comprendre, ni les enjeux ou ni les brouilles entre les personnages, il y a des moments qui ne m’ont pas semblé si clairs que ça. Je ne sais pas si c’est lié à ce flot de paroles, mais j’ai en tout cas trouvé du coup l’écrite, pourtant à l’origine ambitieuse, très surfaite. En réalité, j’ai finalement trouvé tout le film très surfait. La mise en scène est pourtant bonne, les plans soignés (même si, comme souvent chez Boyle, ça devient clippesque), le montage bien exécuté (même si ce dernier m’a encore plus saoulée et perdue) pourtant mais j’ai trouvé l’ensemble pourtant superficiel, ne mettant pas en valeur ni les personnages ni (et surtout) le propos. Steve Jobs veut reprendre les codes du théâtre et de l’opéra mais n’a ni la grâce ni la puissance de ces disciplines artistiques. De plus, je dois avouer que je ne comprends pas bien cette sorte d’acharnement envers Jobs. Attention, je précise ma remarque : les biopics ne sont pas là pour dire que du bien d’un personnage public. Bien sûr qu’ils peuvent et même doivent montrer leurs zones d’ombre. Et bien sûr que Steve Jobs en avait beaucoup : il refusait de reconnaître sa fille, était très arrogant, prétentieux, refusait d’admettre ses torts, a des rapports durs avec ses collaborateurs. Encore une fois, je ne suis pas une pro-Steve Jobs, je ne fais pas cette remarque pour défendre à ce type cet homme, loin de là, puisque je n’étais pas une de ses fans. Mais là, le portrait de cet homme n’est plus uniquement sombre et même antipathique. Je n’ai finalement pas compris pourquoi le réalisateur et/ou le scénariste pourquoi ils ont choisi ce personnage public en particulier pour raconter leur histoire, on a presque l’impression de voir un règlement de compte au bout d’un moment. Cependant, j’ai tout de même aimé les interprétations, toutes justes, de Michael Fassbender en Steve Jobs, Kate Winslet dans le rôle de Joanna Hoffman (partenaire de travail et confidente de Jobs), Seth Rogen en Steve Wozniak (une interprétation qui pourra surprendre pour un acteur habitué à un registre comique), Michael Stuhlbarg en Andy Hertzfeld ou encore Jeff Daniels en John Sculley. Le casting est très cohérent et je comprends les nominations aux Oscars (ou autres cérémonies/académies) de Fassbender et Winslet qui me paraissent justifiées. Cela dit, étant donné que Winslet semble être bien partie pour remporter son deuxième Oscar (vu qu’elle a déjà gagné le Golden Globe et le BAFTA), sans remettre en question la qualité de son travail, j’avoue que son interprétation ne m’a pas non plus bluffée, pas au point d’être sacrée.

Steve Jobs : Photo Michael Fassbender, Seth Rogen

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34 réflexions au sujet de « Steve Jobs »

  1. Pas accroché non plus, totalement dispensable & sans intérêt ….
    Oscar de la bécasse, aucun doute, avec cette prestation Winslet est la favorite ……….

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  2. Merci Tina. J’hésitais encore. Pour le coup je vais aller voir un film … Colombien ! Rien à voir, je sais, mais les deux m’attiraient. Je fais l’impasse sur le film réservé à ce grand monsieur, qui n’est pour rien dans le plantage du film ! Bonne journée.

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  3. Je suis toujours curieuse de le découvrir mais mon cinéma en a décidé autrement…
    Les avis sont tellement mitigés sur ce film !

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  4. Tu connais mon avis à son sujet, il semblerait que je l’ai un peu plus apprécié que toi même si j’admets qu’avec Boyle, je ne suis pas forcément toujours objectif (quoi qu’ici, on ne reconnait pas trop sa patte ^^ )

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  5. Bonjour Tina, j’ai apprécié le rythme du film : trois actes. Unité d’action et presque de lieu. C’est bien joué mais ce n’est pas le genre de film que l’on revoit même de temps en temps. Il ne se passe pas grand-chose sauf que j’ai revu avec émotion un imac (j’en ai eu un). Bonne après-midi.

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  6. J’ai beau beaucoup aimer Danny Boyle (en plus j’adore chanter son nom sur l’air de Danny Boy), j’avoue que je n’avais pas vraiment envie de voir un biopic, encore moins sur Steeve Jobs. J’ai donc laisser tomber. Il semblerait que j’ai bien fait, au vu de ton article. A l’occas, je me rattraperai peut-être sur le petit écran…

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  7. Un des films les plus intéressants de ce début d’année. Notamment parce qu’il brosse le portrait d’une personnalité que nos médias adorent mettre sur un pied d’estale et que Sorkin ne va absolument pas dans ce sens. Il montre un homme égoïste qui chute à chaque fois à cause de son orgueil, quitte à se mettre à dos ses collaborateurs mais aussi sa propre fille. D’un point de vue scénaristique, ce film atomise la plupart des films présents aux Oscars dans les catégories des scénarios et il avait largement sa place. Mais bon on ne va pas taper sur l’ambulance hein?! 🙂 Pour le reste casting irréprochable, réalisation jouant parfaitement avec le montage et la musique.

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  8. Le point de vue est en effet extrémement iconoclaste au point de faire de Steve Jobs un brillant VRP dépourvu de clairvoyance (sauf lors du final, comme pour atténuer la charge formulé à son encontre). Ceci étant, je n’ai ni été perdu dans le flot ininterrompu de parole, ni ennuyé par ce portrait.

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  9. Quand tu vois les nominations c’est pourtant bien triste. Il n’y a qu’à voir ces scènarios originaux qui sont en fait des biopics non-adaptés de biographie. Il y a de quoi envoyer chier l’Académie des Oscars. Surtout pour nommer Straight outta Compton uniquement dans cette catégorie, alors qu’il n »a rien à faire là. Comme quoi il n’y a pas que le white washing qui pose problème à l’Académie en ce moment.

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  10. @ Borat :
    Après, concrètement il n’y a que Straight outta compton qui est dans ce cas, le reste ne me semble pas choquant sur le papier. Je pense notamment à Spotlight qui est certes inspiré d’une histoire vraie mais finalement il ne se base pas directement sur les papiers des journalistes donc sa place par exemple ne me choque pas (j’avoue que je soutiens ce film, et j’aimerais qu’il gagne dans cette catégorie). Après, c’est sûr que dans notre tête, on a une certaine définition de l’originalité (et c’est vrai que ça serait bien de mettre en avant l’audace) mais après on ne peut pas non plus nommer un film dans la catégorie « scénario adapté » s’il ne s’appuie pas officiellement d’un document.
    Après, je pense que c’est un faux débat cette histoire de white washing. Bien sûr que les minorités ne sont pas représentés mais soyons honnête : ce n’est pas juste les Oscars qu’il faut faire bouger mais plus généralement l’industrie du cinéma américain (et même ailleurs, parce qu’en France, on ne vaut pas mieux que les américains).

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  11. J’ai cité ce film en particulier car il n’est nommé QUE là dans au moins les catégories principales. Idem pour JLaw avec Joy.
    Un biopic n’est pas un scénar original. C’est basé sur des faits il y a donc recherche donc adaptation. Il faut arrêter un peu de faire et dire n’importe quoi. Et encore plus les classer selon biographie adapté ou pas. Un biopic c’est adapté il n’y a donc rien d’original. C’est le traitement qui change.

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  12. @ Borat :
    Je suis d’accord sur le fait qu’un biopic normalement doit être basé sur quelque chose, ça ne sort pas de nulle part ou de la sainte imagination d’un scénariste. Après, on ne sait pas comment ils ont bossé (je ne parle pas que de Straight Outta Compton, c’est plus une réflexion générale). Je veux dire, je pense qu’aux Oscars, ils considèrent qu’un scénario adapté se base sur un seul document en particulier. Peut-être qu’un film qui entre dans la catégorie « original » peut être un film qui se base sur des témoignages, des rencontres (surtout quand le biopic en question présente une histoire assez récente, on peut donc retrouver des proches, de la famille, des collaborateurs pour dresser le portrait et reconstituer l’histoire), et plus généralement sur plusieurs docs sans que ça en soit un seul en particulier. C’est peut-être plus « compliqué » d’affirmer qu’il y a adaptation si le travail ne se base pas sur un unique doc qui sert de fil directeur. Surtout qu’il y a des tas de films originaux qui ont tout de même besoin de recherche et de documentation pour des tas de raison. Et c’est pas pour ça que ce sont des adaptations.

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  13. Je ne considérais pas ce film comme une priorité, même si je me suis dit, pourquoi pas. Après lecture de vos remarques, j’ai un peu plus envie d’y aller 😉 Aussi bien pour ta critique pas engageante, que celle de Borat plus encourageante

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  14. Tina honnêtement il n’y a pas de « normalement » dans ce cas précis. Il y a adaptation des faits à ta propre sauce. Donc ce ne sont pas les faits exactes et donc il n’y a pas d’originalité. Quand Aaron Sorkin fait Steve Jobs il se base sur un livre, qui est en soi déjà une adaptation de faits. Idem pour The social network. Quand Tim Burton fait un biopic d’Ed Wood, il ne prend peut être pas un bouquin mais il adapte des faits à sa sauce, preuve en est le passage avec Orson Welles qui n’a jamais eu lieu. Ce qui change c’est le traitement que tu donne aux faits et là on n’est pas dans l’originalité.
    Bah c’est ce que je disais, c’est invraisemblable que tu as des biopics en scénario original sous prétexte que ceux adaptés se basent sur un bouquin biographique. C’est invraisemblable, impensable que des biopics puissent être originaux car ils se basent sur des faits réels que les scénaristes adaptent. Tous les scénaristes de biopics te diront qu’ils ont eu à faire des choix dans leur récit, d’où encore une fois un travail d’adaptation. Rien d’original à l’horizon. Et ce que tu dis est assez contradictoire car certes un film dit original aura certes un travail de recherche (comme French connection sur le milieu de la pègre marseillaise), mais ce sont des fictions pures et dures. Un biopic n’est pas de la fiction, c’est un travail d’adaptation. Et quand bien même le sujet est récent, cela ne change pas: témoignages, dossiers, documents familiaux… Tout cel

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  15. cela entre en compte dans l’adaptation et le scénariste devra faire un mix entre tout cela. Toujours de l’adaptation et rien d’original. Ce qui changera sera toujours le traitement et cela ne veut pas dire que c’est original! 😀

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  16. @ Borat :
    Je crois que tu n’as pas totalement compris ce que j’essayais de t’expliquer, donc je vais reformuler : Pour moi, aux Oscars, ils se basent sur un document officiel, celui qui est dans le générique. Or, si tu multiplies les documents, les témoignages (oraux) etc…, ce n’est pas peut-être OFFICIELLEMENT une adaptation. Donc là ils ne peuvent pas nommer le film en question dans la catégorie « adaptation ». Après, la seule question qu’il faut se poser, c’est : est-ce le cas pour Straight outta compton ? Là, si c’est non, effectivement, il y a un gros problème.
    Après je ne pense pas que je dis un truc contradictoire. Je vais sortir du cas du biopic. Ex : Birdman. Une partie du scénario est quand même très basée sur l’ouvrage de Carver, il y a presque une relecture de sa nouvelle. Pourtant, on est bien d’accord, ce n’est pas une adaptation mais bien un scénario original !
    Euuuh bien sûr que le biopic est une fiction au cinéma ! Ce n’est pas un documentaire jusqu’à preuve du contraire ou même l’équivalent d’une autobiographie en littérature (quoique… il y a des autobiographies qui relèvent aussi de la fiction). Etre inspiré de faits réels, de la vie de quelqu’un ne signifie pas qu’il n’y a pas fiction, attention !

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  17. Sauf que cela n’a tout simplement aucun sens tu ne peux pas nommé un scénar original à un film qui se base sur des faits réels. Car encore une fois adapté ou pas cela relève de l’adaptation de ces faits. Quant à Straight outta Compton certes il ne se base pas sur un bouquin mais il s’est largement aidé de ses producteurs… qui sont les membres du groupe! Donc leur vision de ce qui s’est passé! D’où les problèmes avec leur ancien producteur incarné par Paul Giamatti. Il s’agit encore et toujours d’adaptation de faits.
    Birdman n’est pas original non plus comme tu le dis! Quand je parle de fiction je parle de fiction original à l’image de Mad Max par exemple. ça c’est de la fiction pure pas un biopic.

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  18. @ Borat :
    Encore une fois, je pense que c’est vraiment une question « d’officialisation ». En fait, les Oscars, c’est juste ni plus ni moins une grosse administration quand tu y penses !
    Je comprends ce que tu veux dire en ce qui concerne la fiction mais pourtant si on veut être pointilleux et précis, un biopic entre aussi dans la fiction sur le principe (je sens que ça peut être un sujet de dissertation « oooh mais qu’est-ce que la fiction), la nuance est juste que le réel est ce qui a inspiré cette fiction 🙂

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  19. Ah c’est le cas de le dire comme mettre des nominations à un film sans le nommer dans les deux plus hautes parties catégories. Aucun sens.
    Mais ce n’est pas une création pure.

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  20. Tu ne comprends pas où je veux en venir et pourtant je pense avoir été assez clair. Un biopic n’est pas Original car c’est une Adaptation de faits. Ce n’est pas le scénario qui est original mais le Traitement. Dès lors il est impossible qu’un biopic soit une création originale à proprement parler. The hateful eight est une création originale, Gremlins est une création originale, pas Ed Wood, car Ed Wood adapte la vie d’un homme qui plus est en faisant un traitement de sa vie. Des éléments de sa vie ont été pris comme d’autres laissés de côté. D’où ce que je dis à proprement de traitement. Le traitement peut être original, sortir du lot. C’est ce que fait Steve Jobs en adaptant la vie d’un homme sur trois périodes différentes. Mais je ne le qualifierais jamais de création originale.

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  21. @ Borat :
    Si j’ai compris ! Je revenais juste sur les notions de fiction qui pour moi méritaient d’être re-précisées et je défendais juste le fait qu’un biopic pouvait malgré tout être original (par son traitement comme tu le soulignes à l’instant) ! Mais tout le reste, j’ai compris, je suis pas demeurée, heiiiin 😉

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