Music Box

réalisé par Costa-Gavras

avec Jessica Lange, Armin Mueller-Stahl, Frederic Forrest, Lukas Haas…

Drame américain. 2h05. 1989.

sortie française : 28 février 1990

Movie Challenge 2016 : Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion

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Ann Talbot, brillante avocate de Chicago, est amenée à défendre son père, poursuivi pour crimes de guerre. Michael Laszlo a fui la Hongrie à la fin de la Seconde Guerre mondiale et s’est refugié aux Etats-Unis. Après quarante-cinq ans de vie paisible et honnête, il est convoqué par le bureau des enquêtes spéciales. Des preuves accablantes ont été réunies contre lui et de nombreux témoins auraient reconnu en lui un tortionnaire nazi. Pour Ann, il s’agit de démonter un traquenard politique, mais l’enquête qu’elle entreprend va s’avérer plus complexe que prévu.

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Music Box avait reçu en 1990 l’Ours d’Or au festival de Berlin (ex-aequo avec le film tchécoslovaque Alouettes, le fil à la patte, réalisé par Jiri Menzel) et avait permis à son actrice principale, Jessica Lange, d’être nommée aux Oscars et aux Golden Globes. Le titre n’évoque pas grand-chose a priori pour ceux qui ne l’ont pas vu (en revanche, il prend sens une fois qu’on arrive à la fin du film). Non, il ne s’agit pas d’un film musical. Music Box est un film qui met en scène un immigré hongrois devenu Américain et qui est accusé de crimes de guerre. Il demande à sa fille, qui est avocate, de prendre sa défense. Pour commencer, j’ai toujours bien aimé les films de procès et celui-ci en est un très bon. Pourtant, il ne tourne pas principalement autour de l’affaire juridique mais il fonctionne parce qu’il prend le temps d’installer son intrigue. En effet, le fait qu’on connaisse la famille d’Ann Talbot avant le procès dans son quotidien apporte un vrai plus dans notre tentative de connaître la vérité : certains gestes ou répliques qu’on a vus ou entendues dans leur intimité seront des preuves pour le spectateur qui finira par avoir de moins en moins de doutes sur la véritable identité de Laszlo. Pourtant, le spectateur veut aussi être objectif en entendant les deux parties lors du procès, même lorsqu’il entend l’argumentation d’Ann Talbot qui tient debout même si elle est là pour défendre avant tout son père et non concrètement un client lambda. La confrontation entre l’objectivité et la subjectivité m’a semblé bien représentée. On a profondément de croire au discours d’Ann qui est crédible (et auquel elle croit malgré ses doutes) sauf que les faits exposés par la partie adverse nous font admettre le pire, chose qu’Ann ne veut pas accepter. On peut la comprendre étant donné le discours et le comportement adopté par son père, qui a l’air de croire dur comme fer à son innocence : même le spectateur a envie de le soutenir (et au fond soutenir Ann) et de ne pas forcément voir la vérité autour de son identité et de son passé. Plusieurs questions sont alors soulevées à travers le personnage du père : ment-il à sa propre fille (et par conséquent la manipule) et donc a-t-il caché sa nature de monstre depuis des années en construisant sa petite vie aux Etats-Unis ? Ou est-ce qu’il a fini toutes ces années par nier et même refouler ses actes durant la guerre ? On en saura évidemment plus à la toute fin du film mais les interrogations restent tout de même très pertinentes en ce qui concerne la question de la mémoire.

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En effet, Michael Laszlo se réfugie derrière sa figure de l’homme qui a réussi son rêve américain, en étant un bon citoyen qui a bien élevé ses enfants (qui ont tous « réussi » professionnellement). Pourtant, est-ce pour cela qu’on doit excuser ses actes par le passé et par conséquent oublier ce qui ne doit pas être oublié ? La réponse semble évidente, pourtant cette piqûre de rappel semble nécessaire. On peut aussi se demander si l’homme est capable de changer ou non, je pense que la fin du film apporte bien cette réponse. Enfin, la question de la mémoire et du passé permet de montrer à quel point nos actes peuvent avoir des répercussions dans le temps sur la collectivité, notamment au sein de sa propre famille. Comment accepter d’être l’enfant d’un monstre ? Ensuite, l’utilisation du tribunal en tant que décor pour l’intrigue est également très intéressante pour la représentation d’une horreur que personne n’a envie de regarder. En effet, le risque du film de procès est de privilégier le bavardage. Or, la rhétorique ne prend pas le dessus, elle permet simplement au spectateur de se créer une image sans qu’on nous montre directement l’horreur. Puis, au-delà de la question de vérité, j’ai aimé la rencontre entre histoire individuelle et la grande Histoire. Certes, il s’agit d’un lien habituel au cinéma mais qui n’est pas toujours bien appliqué, cela peut vite virer au mauvais goût et à la niaiserie. Or, la mise en scène de Costa-Gavas (petit rappel au passage : dès ce soir, Arte lui consacre une rétro) est à la fois sobre et puissante et l’écriture est assez intelligente pour présenter à la fois un portrait de femme qui est coincée entre son devoir d’avocate (et aussi dans un sens de citoyenne) et celui de fille qui ressent le besoin de défendre son père face à l’indéfendable. Le sujet a beau être dur avec une certaine responsabilité pourtant Music Box n’est jamais larmoyant et est réellement émouvant. Jessica Lange est impeccable dans le rôle de cette femme combative, sincère et digne malgré les doutes qui l’envahissent et qui la rendent encore plus humaine. Armin Mueller-Stahl est également excellent dans le rôle assez ambigu de Michael Laszlo. Enfin, la musique de Philippe Sarde est certes discrète mais elle accompagne pourtant bien le film tout le long.

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22 réflexions au sujet de « Music Box »

  1. Un bon cru de Costa Gavras, mais je te recommande encore davantage L’Aveu, probablement son meilleur film à mon sens

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  2. Une trouble affaire que tu me donnes une furieuse envie de remettre sur le dessus de la pile. Un de mes Gavras préférés mais que je n’ai pas eu l’occasion de revoir récemment (car je ne regarde plus de films à la télé).

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  3. eelsoliver m’a retiré les mots du clavier 🙂 J’ai bien aimé Music Box, l’histoire est touchante et Jessica Lange est excellente, mais ça n’est pas le film de Costa-Gavras que je préfère. L’Aveu et Z sont mes préférés.

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  4. @ Eelsoliver :
    Je vais essayer de le voir avant la fin du replay sur Arte, sinon je le regarderai effectivement sur ton lien ! merci ! 😀 Je garde du coup ta chronique de côté, je la lirai quand je l’aurai vu ! 🙂

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  5. Assurément un des meilleurs films de Costa-Gavras. Joue avec nos nerfs en permanence, questionne sans cesse ses protagonistes et leurs intentions… il m’a laissé un souvenir positif, surtout au niveau de sa conclusion 🙂

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