Mustang

réalisé par Deniz Gamze Ergüven

avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Elit İşcan, Tuğba Sunguroğlu, İlayda Akdoğan, Nihal Koldaş, Ayberk Pekcan, Bahar Kerimoğlu, Burak Yigit…

Drame turc, français, allemand. 1h33. 2015.

sortie française : 17 juin 2015

Movie Challenge 2016 : un film qui n’est pas en anglais ni en français

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C’est le début de l’été.
Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues.
La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger.
Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

Mustang a parcouru un beau chemin depuis sa présentation au dernier festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Dépassant déjà les 500 000 entrées en France (ce qui est énorme pour un film turc), il représente actuellement la France aux Oscars pour la catégorie « meilleur film étranger ». Je suis certaine qu’il devrait repartir avec quelques prix aux César. Oui, on est en train de se mélanger les pinceaux : le long-métrage est réalisé par une réalisatrice turque, avec des acteurs turcs, en langue turque, qui se déroule en Turquie. Alors pourquoi représente-t-il la France ? Parce que le long-métrage est co-produit par la France et la réalisatrice est une ancienne élève de la Fémis. J’avoue que je ne comprends pas trop ce délire, surtout quand on voit que le dernier film de Jean-Jacques qui devait représenter la Chine aux Oscars et qui finalement a été refusé car il n’était pas assez chinois (alors que, pour être honnête, sur le papier, il avait tout d’un film chinois). Cela ne changera évidemment rien à la qualité du film et tant mieux pour le film s’il parvient à remporter des récompenses. Je suis pour la présence de Mustang aux Oscars dans cette catégorie mais pour représenter un autre pays qui me semblait plus légitime. Sinon, je suis allée voir Mustang suite à l’enthousiasme général de la presse et surtout des spectateurs (notamment my friends les blogueurs) grâce au festival Télérama. Je regrette vraiment d’avoir loupé ce film en 2015 car je suis certaine qu’il aurait pu entrer dans mon top 15 des meilleurs films de l’an dernier. Beaucoup ont évoqué un lien avec Virgin Suicides de Sofia Coppola. Certes, Mustang présente bien cinq jeunes frangines et a été réalisé par une femme. En dehors de ça, j’ai du mal à voir un véritable lien entre ces deux longs-métrages (par ailleurs, la réalisatrice ne revendique pas du tout cette référence mais plutôt Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini). En tout cas, le film m’a évidemment touchée par son sujet, plus que jamais d’actualité. Il s’agit d’un beau film sur la liberté féminine qui n’est pas évidente à acquérir dans certains endroits de notre planète à l’heure actuelle qui dénonce notamment les mariages forcés, le patriarcat hypocrite et oppressant ou encore l’absurdité de certains dogmes soit disant liés à la religion.

Mustang : Photo Doga Zeynep Doguslu, Elit Iscan, Günes Nezihe Sensoy, Ilayda Akdogan, Tugba Sunguroglu

Mustang est clairement revendiqué par sa réalisatrice comme un film politique, cependant, cet aspect-là n’alourdit pas la fiction. Mais nous savons bien qu’un discours aussi juste que pertinent ne fait pas forcément un bon film. Heureusement, Deniz Gamze Ergüven a des choses intéressantes à nous proposer. Sur le papier, j’avais un peu peur de m’ennuyer car j’avais peur que de voir les différents mariages successifs des soeurs devienne vite lassant. Mais en réalité, le scénario, co-écrit par également une ancienne étudiante de la Fémis, Alice Winocour, est bien écrit. Il ne perd pas de temps en nous présentant rapidement la situation qui va faire basculer les cinq héroïnes dans un cauchemar au sein de leur propre maison. Il est également intéressant, une fois le film terminé, de voir le scénario formant une sorte de boucle narrative. De plus, le scénario, qui semble pourtant simple, fonctionne pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’il parvient à montrer les différentes étapes de cet emprisonnement. Puis, il arrive à détresser le portrait individuel de chaque soeur (chacune ayant un destin différent face à cette oppression) tout en parvenant à montrer leur union. On s’attache vraiment à chacune de ces jeunes filles, chacune a son petit truc qu’il la caractérise sans qu’on tombe pour autant dans la caricature. Ce n’était pourtant pas facile étant donné qu’il s’agit d’une famille nombreuse. L’ensemble s’avère évidemment émouvant. Je n’ai pas pleuré contrairement aux autres (nombreux) spectateurs qui chialaient autour de moi mais je dois avouer que je ne suis pas non plus restée insensible. Mais il ne s’agit pas d’une émotion facile pour autant, il n’y a rien de tire-larmes. Il faut dire que le caractère combatif des personnages (certaines plus que d’autres, comme la petite dernière Lale, qui raconte l’histoire, sans que la voix-off soit plombante) permet selon moi à trouver un certain équilibre dans le ton. De plus, le long-métrage est parfois solaire, notamment dans la manière de présenter la complicité entre les soeurs, le tout aidé par une jolie photographie. Le film ne se prive pas non plus d’humour, que ce soit dans les répliques, qui montrent de nouveau le lien fort entre les soeurs ainsi que leurs personnalités affirmées, ou dans certaines scènes qui ont pourtant derrière de nouveau une charge politique et actuelle (je pense ici au match de foot avec le public exclusivement féminin). Porté par une mise en scène efficace et énergique, un scénario bien écrit, un discours juste, Mustang bénéficie aussi d’un excellent casting, surtout les cinq jeunes filles à la crinière qui représente bien le combat des personnages qu’elles interprètent à la recherche de leur liberté.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

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35 réflexions au sujet de « Mustang »

  1. Je crois que la nationalité d’un film pour les Oscars dépend de la provenance des capitaux qui ont servi à le produire (c’est pour ça en tout cas que « The Artist » n’était pas classé dans les films étrangers en son temps). Par ailleurs, je n’ai pas vu « Mustang » mais une amie turque me disait que c’est assez délicat pour elle de voir l’engouement qu’a suscité ce film en France, parce qu’il donne une image très rétrograde de son pays. Alors qu’en Turquie, dans toutes les grandes villes, les jeunes femmes vivent comme nous en France ! Ça ne veut pas dire que le film est mauvais ou irréaliste, juste que, comme c’est l’un des rares films turcs à arriver sur nos écrans, cela risque de nous donner une vision biaisée.
    Et sinon, c’est quoi le Movie Challenge 2016 ? 🙂

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  2. Un film que j’ai hâte de voir. Mais j’ai apprécié le commentaire ci-dessus de Lilylit qui parle de son amie turque, un peu gênée par l’engouement du film. C’est vrai qu’il faut nous méfier des images que donnent les films de pays « controversés », surtout quand on voit peu ; forcément subjectif. Je me souviens d’amis iraniens, qui détestaient le livre et le livre « Jamais sans ma fille » pour l’image horrible qu’ils donnaient de leur pays et qui étaient selon eux un tissu de mensonges…

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  3. Bon, tu m’a donné envie de le voir! J’ai tendance à me méfier de ce genre de film. Bien que je ne sois pas d’origine turque, mais iranienne, c’est vrai que j’en connais un rayon sur « l’engouement » qu’un film étranger en provenance d’un pays connu surtout par l’image que les médias en donnent peu avoir dans le monde occidentale (comme ce dont parle Chonchon quant à ses amis iraniens). Mais! Si c’est un bon film alors c’est un bon film, je vais tenter l’expérience.

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  4. Très content que tu aies pu apprécier ce film, Tina ! Et c’est d’autant mieux d’avoir eu la chance de le rattraper sur grand écran. J’ai trouvé remarquable le travail de Deniz Gamze Ergüven et, comme tu l’as souligné, les filles sont extra !

    Comme toi, je pense qu’il faudra aussi saluer la Turquie si le film a l’Oscar !

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  5. @ Lilylit / Chonchon :
    Je fais une réponse deux en un car ça sera plus simple (=> les autres peuvent évidemment en profiter). Certes, je comprends l’image que ce film peut renvoyer et je ne veux pas faire de généralités sur la Turquie qu’à partir de ce film. Mais on sait tout de même qu’il y a de réels problèmes dans les campagnes (alors que dans les grandes villes, comme à Istanbul, c’est plutôt moderne comme Lily le soulignait en citant son amie), il y a eu de nombreux cas de filles brûlées à l’acide pour des raisons absurdes pour ne citer que cet exemple (et c’est aussi à cause de ces moeurs dérangeantes que la Turquie a réellement du mal à entrer dans l’UE).
    Par ailleurs, la réalisatrice a voulu montrer tout le paradoxe de ce pays : comment un pays qui a obtenu le droit des votes des femmes tôt a-t-il pu arriver à ces dérives ? Pour moi, rien que cette problématique est censé répondre à une question qu’on se pose en Turquie et qui correspond à l’identité turque (même si le film a un message universel mais on ne peut pas nier sa force politique). Si vous voyez le film, il montre d’ailleurs bien cette opposition entre ville et campagne.
    Honnêtement, si tous les films devaient à chaque fois laissaient la responsabilité de la représentation par un autre pays co-producteur, on ne va plus s’en sortir (déjà qu’il y a des cas vraiment absurdes). A ce moment-là, c’est le type de remarques qu’on peut faire pour tous les pays car chaque pays a ses mauvais côtés. Je trouve ça regrettable de laisser ce film représenter la France car finalement on ne laisse pas entendre la voix de ces turques qui se battent pour faire changer les mentalités dans les campagnes qui mérite pourtant d’être entendu. C’est comme si la France débarquait sur ses grands chevaux en guise de sauveur. Surtout, j’ai l’impression que ce genre d’arrangement est du côté de la France, et non de l’image même de la Turquie, par rapport à son cinéma français qui n’est pas très bon ou alors peu enthousiasmant.

    Lily, je te présente le Movie Challenge : https://tinalakiller.wordpress.com/2016/01/02/bilan-decembre-2015/

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  6. @ Bizard Bizard :
    Attention, comme je l’ai dit, cela n’enlève rien à ses qualités et mérite de nombreux prix. Mais c’est juste que ça me fait tiquer (j’ai donné ma réponse plus haut).

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  7. J’ai adoré ce film, il est vraiment génial.
    Le lien que j’ai fait avec Virgin Suicides personnellement, c’est l’enfermement dans lequel se retrouvent les jeunes filles, et leur détresse face à cela.
    C’est vraiment un très beau film, un de mes favoris de 2015 ^^

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  8. Je suis contente que tu l’aies enfin vu et qu’il t’ai plu.

    En ce qui concerne l’image de la Turquie qu’il montre, il ne cherche pas à montrer une généralité mais une inquiétude sur la condition féminine qui, même en ville, est de plus en plus en danger dans ce pays, ce qui est d’autant plus difficile à supporter pour de nombreuses femmes turques qui sont justement tout à fait libres. C’est comme penser que la France est intégralement ce qui est dépeint dans La Haine (qui a eu un beau succès à l’étranger). Après tout, les américains ne se demandent pas si faire des films de gangsters où tout le monde se tire dessus donnent ou pas une mauvaise image des Etats-Unis. Ce sont des problèmes qui existent, et des problèmes, ça veut dire des histoires, donc quelque chose à raconter. Si on veut voir des cartes postales, y’a les films de Woody Allen (ouh, la méchante!)

    En ce sens, le film est totalement politique. L’intervention télévisée que l’on entend à un moment où un homme dit qu’une femme qui rit dans la rue, c’est vulgaire, c’est quand même celle du vice-premier ministre. Ici, comme de nombreuses femmes et hommes turques actuellement, la réalisatrice n’hésite pas à confronter un pouvoir en place qui a multiplié les déclarations misogynes. Et le simple fait que ce film existe montre bien que les Turcs ne sont pas prêts à ce que cette histoire devienne une généralité.

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  9. @ Girlie Cinéphilie :
    Je me rappelle effectivement de ton enthousiasme ! 😀
    Je trouve que tu as bien su exprimer le côté politique (que j’évoquais déjà dans ma chronique de ce film) et ce que j’ai voulu répondre aux personnes qui se demandaient pourquoi j’avais abordé cette question au début de ma chronique. Certes, heureusement qu’il n’y a pas que ça en Turquie, comme tu le dis, ça fait partie d’interrogations face à une condition sociale qui existe bien et c’est pour ça que je trouve ça dommage que la Turquie ne représente pas officiellement ce film car c’est leur histoire, leur identité, leur mouvement politique qui est représenté.

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  10. Bonjour Tina, un film qui m’avait beaucoup plu avec cinq jeunes filles épatantes. Je suis contente que ce film représente la France aux prochains Oscars même si face au Fils de Saul, ce n’est pas gagné. Bonne après-midi.

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  11. Comme tu l’as sans doute lu, j’ai beaucoup aimé ce film. Suite à certain commentaires la réalisatrice explique bien qu’il s’agit d’une région reculé et que cette réalité existe dans les villages éloignés des grandes villes.
    J’ai préféré Mustang au Fils de Saul

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  12. @ Mignardises :
    Oui voilà on est d’accord et il faut dénoncer cette réalité malgré tout !
    Je ne peux pas comparer, étant donné que je n’ai toujours pas vu Le Fils de Saul ! 😀

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  13. c’est quand même marrant (j’hésite à dire : n’importe quoi) que ce film représente la France ! Bon, j’imagine qu’il y a des producteurs français dessus. Mais tout est turque là-dedans ! N’est-ce pas du pillage ou du néo-colonialisme… ? Sans vouloir lancer des débats ou affirmer quoi que ce soit, ça me dégoute un peu

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  14. @ Pierre Levy :
    Oui voilà, on est d’accord : je ne veux pas faire de polémiques, encore une fois, tant mieux pour ses récompenses car le film est bon, mais je commence à trouver ce genre de solutions pénible et faux-cul.

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