Carol

réalisé par Todd Haynes

avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson, Jake Lacy, Carrie Brownstein, Cory Michael Smith, John Magaro…

Drame, romance américain, britannique. 1h58. 2015.

sortie française : 13 janvier 2016

Movie Challenge 2016 : un film sorti cette année au cinéma

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Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

Carol : Photo Cate Blanchett

Carol est tiré du roman de Patricia Highsmith (publié en 1952), ce qui pourra « surprendre » étant donné que cette auteure est surtout connue pour ses romans policiers. Pourtant, à l’époque, l’homosexualité avait quelque chose de criminel. Certes, Carol n’appartient pas du tout au genre policier mais c’est pourtant peut-être ce côté tragique de l’homosexualité dans les années 1950 qui a poussé Highsmith à écrire ce texte qui n’est peut-être pas si à part du reste de son travail. Todd Haynes (qui est ouvertement gay)  a déjà prouvé qu’il aimait traiter de l’homosexualité et je dirais même de l’ambiguïté sexuelle. Les années 1950 semblent également être une période qui fascine le réalisateur. Carol entre à ce moment-là très logiquement dans la filmographie de Haynes mais sans avoir l’impression qu’il se répète. J’avais pourtant peur d’avoir une impression de déjà vu, pas uniquement en connaissant le travail du réalisateur mais aussi à cause de son sujet en lui-même qui a souvent été traité au cinéma (et même ailleurs). Mais finalement, une fois le film lancé, on finit par oublier ce qu’on a déjà vu, ce qu’on connait déjà. Personnellement, même si je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre, je me suis laissée porter par cette romance entre ces deux belles femmes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre (âge, classe sociale, physique, rapport même avec l’identité sexuelle). J’ai totalement cru à cette histoire d’amour ! Il faut dire qu’il y a une belle complicité, voire même une véritable alchimie entre Cate Blanchett et Rooney Mara. Au passage, j’avoue ne pas comprendre pourquoi Mara a remporté le prix sans Blanchett alors que les deux actrices se situent au même niveau (que ce soit en ce qui concerne la qualité des interprétations ou l’importance des rôles) tout comme c’est ridicule de voir Mara nommée aux Oscars dans la catégorie « meilleure actrice dans un second rôle » alors qu’elle méritait d’être dans la catégorie principale avec sa partenaire. Pourtant, beaucoup ont trouvé justement ce film très froid. Je peux comprendre cette réflexion étant donné que l’esthétique du film contribue à cette froideur qui permet de décrire comment était la société américaine figée dans les années 1950. Mais grâce à sa mise en scène élégante, son montage efficace, ses cadres précis, il me semble que justement la caméra parvient à capturer tous ces petits instants magiques présents au début d’une relation amoureuse en train de prendre forme et c’est selon moi ces éléments-là qui rendent le film touchant (même si je dirais qu’il n’est pas aussi bouleversant que je l’espérais mais c’est déjà pas si mal).

Carol : Photo Rooney Mara

Il est d’ailleurs intéressant de voir le rôle de la photographie, l’autre passion de Therese. Elle représente pour moi le lien passionnel avec Carol et surtout est le symbole de ces petits moments qui apparaissent à la naissance d’une relation amoureuse. La froideur, qui passe à une esthétique flamboyante et classique à la fois, est pour moi un bon moyen de montrer une réelle passion tout en restant secrète par rapport aux codes de la société qui condamne l’homosexualité. Pour ma part, la retenue est quelque chose qui m’a vraiment plu (notamment en ce qui concerne la scène de sexe). Par conséquent, j’ai trouvé que les scènes plus « relâchées » avaient plus de poids, comme si les personnages s’autorisaient enfin à être eux-mêmes. Je pense notamment au bouleversant et puissant plaidoyer de Carol durant l’audience qui doit déterminer son sort sur son divorce. De plus, j’ai trouvé les différents points de vue sur l’identité sexuelle, qui passent à travers les trois principaux personnages féminins, très intéressantes sans qu’ils paraissent plombants : Carol, malgré son apparente assurance, semble ne pas avoir pris totalement conscience de son identité sexuelle, Abby (l’amie et ancienne amante de Carol) est au contraire une lesbienne qui s’affirme et enfin Therese ne semble pas être associée à une préférence sexuelle ou être catégorisée dans une case, elle aime avant tout. Au-delà de ces interrogations sur le rapport que peut avoir un individu sur sa sexualité, je crois qu’il s’agit avant tout d’un très beau film sur la liberté de vivre sa vie comme on l’entend. Et pour pouvoir à un tel but, il faut pouvoir prendre ses propres responsabilités. Il est alors intéressant de voir qu’un autre travail sur le point de vue a été très bien accompli. En effet, il peut paraître étrange de voir ce film intitulé Carol alors que Therese est aussi le personnage principal. Pourtant, ce choix est assez cohérent dans le sens où Carol (et plus généralement l’amour) apparaît comme un cadeau de Noël : le film se déroule par ailleurs durant cette fête et en anglais on pourra penser à « Christmas Carol » (le chant de Noël). Carol est le personnage qui permet de déclencher tous les événements présents dans le film et plus généralement cette sorte de tourbillon de sentiments. Pourtant, plus le film avance, plus Therese va s’affirmer et ça sera elle qui finira par jouer un rôle important dans la relation qu’elle a avec Carol. Quelque part, sans dire qu’elle n’existe que par sa partenaire (puisqu’elle est capable de prendre seule des décisions), c’est grâce à Carol que Therese va pouvoir devenir elle-même. Au-delà d’une esthétique magnifique, de l’émotion et d’excellentes interprétations, Carol mérite alors le coup d’oeil parce qu’il va plus loin que son sujet autour de l’homosexualité en bénéficiant d’une écriture intelligente.

Carol : Photo Cate Blanchett

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32 réflexions au sujet de « Carol »

  1. Moi je comprends assez que ce soit Rooney Mara qui ait obtenu le prix, je trouve son jeu (mais c’est peut être aussi parce que son rôle est beaucoup plus nuancé et offre une plus belle marge d’évolution) plus subtil que celui de Blanchett. Pour moi, c’est vraiment elle qui ressort le plus du film, qui en est au centre.

    Comme tu le sais, ce film m’a complètement chavirée. Je trouve même que sur une histoire d’amour impossible (ce qui reste quand même un thème éternel), la manière de le traiter tout en retenue, en se basant pratiquement uniquement sur l’histoire d’amour, est assez incroyable. C’est d’une classe folle, pas racoleur pour un sou et c’est terriblement émouvant, parce que je pense que certains moments nous parlent à tous de nos propres histoires d’amour, et de ce qu’on doit accepter de perdre pour aimer (quel que soit le sexe, la condition sociale et familiale, le nom de la personne que l’on aime.

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  2. Ta critique est parfaite. J’adhère. Deux actrices au sommet. J’ai une grande faiblesse pour Cate Blanchett dans tout ce qu’elle fait, mais la jolie Rooney Mara est convaincante dans un rôle difficile. J’ai eu le tord de revoir « Loin du Paradis », chef d’œuvre en ce qui me concerne, juste avant d’aller en salles pour Caro.l La lenteur extrême m’a un peu gênée alors qu’aujourd’hui je la trouve parfaitement justifiée. Bonne journée.

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  3. Ton analyse est très juste. Malheureusement je me répète comme une vieille bique, Carol et moi ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Ce qui es très frustrant vu la perfection esthétique du film. Je le reverrai lors de sa sortie DVD, peut-être que nos routes finiront par se croiser.

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  4. un film qui a tous les éléments pour être vu, c’est intéressant qu’il aille au delà du sujet principal

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  5. @ Girlie Cinéphilie :
    Perso j’ai autant aimé Mara que Blanchett, c’est juste qu’elles sont différentes ! Et puis ça fait un peu « vilain petit canard » pour Blanchett (même si elle n’a plus besoin de ça pour prouver quoi que ce soit). Le truc en plus, c’est donner le prix ex-aequo avec une autre actrice d’un autre film, j’avoue ne pas trop comprendre le délire…
    Oui je suis d’accord, c’est pour ça qu’il parle plus que d’homosexualité, je crois qu’il a quelque chose d’universel (tu as bien ajouté ce que je n’avais pas mis dans mon billet).

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  6. @ Alain :
    Merci Alain, ça me touche beaucoup 🙂 Ah moi aussi je suis une immense fan de la grande Cate et Mara est une jeune actrice qui me plait beaucoup ! C’est sûr que revoir Loin du Paradis n’a pas été un avantage. J’ai l’impression que tu as pris du recul sur Carol par rapport à ta critique sur ton blog 🙂

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  7. Chronique très intéressante, pour ma part, je l’ai bien aimé mais comme tu le dis ça n’est pas un chef d’oeuvre. J’ai aimé l’esthétisme du film, la bande son. Après je pensais que j’allais être beaucoup plus émue, touchée et ça n’a pas trop été le cas, sauf la scène dont tu parles, lors de la scène avec les avocats pour le divorce et lorsqu’on enlève sa petite fille à Carol. Je n’ai pas été touchée par l’histoire d’amour et pourtant, à la fin, j’espérais vraiment que ça terminerai comme ça s’est fini (je voudrais pas écrire un spoiler si jamais quelqu’un lirait mon commentaire ^^). Je dois écrire mon article sur Carol ce weekend justement.

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  8. J’ai lu pas mal de critiques mitigées sur ce film. Je pense que je le verrai, mais plus tard, parce que mon gros problème avec ce film c’est Cate Blanchett, je ne supporte pas cette actrice… c’est physique lol.
    Mais comme j’avais bien aimé Loin du Paradis de Haynes, je pense que je ferai l’effort quand même

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  9. @ 2flics :
    Effectivement, le public suit un peu moins, la critique de la froideur et du manque d’émotion (voire même de la platitude) revient souvent. Je comprends mais je ne partage pas ces avis pour autant.

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  10. @ Didynimes :
    Ah c’est sûr, si t’as du mal avec Cate, ça va pas trop le faire, faut l’avouer ! Je ne sais pas du tout ce que tu vas en penser (parfois j’arrive à cerner les goûts des gens mais là non), le mieux serait vraiment que tu le regardes !

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  11. Je suis d’accord avec toi pour dire du bien de ce film, même si son extraordinaire photographie entrave parfois un tout petit peu l’émotion. Mais ça se joue à rien.

    Comme quelqu’un te l’a dit plus haut, je pense que Mara a eu toute seule le Prix d’interprétation parce que 1) Blanchett est déjà un peu mieux connue et 2) son personnage évolue davantage et Rooney montre donc plusieurs facettes de son talent.

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  12. @ Martin :
    Je comprends tes arguments en ce qui concerne le prix de Mara solo mais pour moi Carol et Therese forment un couple. Certes, je suis d’accord qu’elles n’ont pas la même évolution mais le jeu de Blanchett est pour moi autant bon que celui de Mara, même s’il est différent.

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  13. Je me suis tapée Blue Jasmine, donc ça ne peut pas être pire niveau Cate lol
    Je regarderai ça par curiosité

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  14. Comme à ton habitude, une critique très détaillé qui permet à chacun de se faire une idée
    Edit « Il est d’ailleurs intéressant de voir le rôle de la photographie » C’est plus qu’un rôle, c’est un parti prit par Todd Haynes qui c’est inspiré d’un grand nombre de photographie et de photographe, Vivian Maier entre autre, de l’époque pour son film.

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  15. C’est un film d’excellent qualité mais je n’ai pas été transcendé par celui-ci. Je n’ai pas trouvé l’interprétation de Rooney Mara bonne, je trouve que Cate Blanchett la surpasse en tout point. Je le répète, c’est un film de bonne qualité, par rapport aux autres films lesbiens qu’on nous sert !

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  16. @ Charlie Dupin :
    Je reconnais qu’il manque pour moi le petit truc pour être totalement transcendée par j’ai tout de même beaucoup aimé. Oui au moins je trouve ce film très respectueux envers les lesbiennes, sans fantasme à la con derrière !

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