Surveillance

réalisé par Jennifer Lynch

avec Julia Ormond, Bill Pullman, Pell James, Ryan Simpkins, Michael Ironside…

Thriller américain. 1h38. 2008.

sortie française : 30 juillet 2008

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2016 : Un film réalisé par une femme

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Deux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc.
Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.

Surveillance : Photo Jennifer Chambers Lynch

Jennifer Lynch, la fille de David Lynch, n’a réalisé que deux longs-métrages à ce jour. Le premier, Boxing Helena, sorti en 1993, a été un échec critique et public. Lynch avait même reçu le Razzie Award de la pire réalisatrice. Pire, elle avait dû affronter Kim Basinger en justice : en effet, Madonna était d’abord pressentie pour interpréter le rôle principal mais elle a décliné la proposition. Kim Basinger devait la remplacer mais s’est également désistée un mois avant le tournage. L’histoire a donc fini devant les tribunaux : l’actrice avait été condamnée une première fois (elle avait, par conséquent, dû se mettre en faillite) puis en faisant appel du jugement, avait gagné ce second procès. Bref, entre les critiques très sévères (je ne peux pas vous dire si elles sont justifiées ou non vu que je n’ai pas vu le film – j’avoue que je n’ai pas forcément envie de le voir) et cette histoire de procès, Jennifer Lynch a mis du temps à s’en remettre. On a donc cru qu’elle avait abandonné la réalisation mais finalement elle sortira un deuxième long-métrage quinze ans plus tard. Surveillance a été présenté au festival de Cannes en 2008 en hors compétition. De plus, David Lynch fait partie des producteurs exécutifs. Pour rester dans le monde lynchien, on retrouve des acteurs qui ont déjà joué dans des films du papa Lynch : Bill Pullman dans Lost Highway et Julia Ormond dans Inland Empire. Puis, suite à l’introduction de ce long-métrage, on pense évidemment rapidement à l’univers du père. J’avoue qu’au début je me suis inquiétée. Je me suis dit « si elle pique tout au père et qu’elle n’a pas de personnalité, on est mal barré ». Surtout quand on sait qu’elle s’est aussi inspirée de Rashomon. De plus, avant d’arriver à la scène macabre durant laquelle les trois témoins se sont rencontrés, j’ai trouvé le film un peu lent à démarrer, on ne comprend pas tout de suite où ça veut en venir (même si on sent qu’il y a quelque chose de pas très net), pour résumer j’ai trouvé la mise en scène un peu brouillon. Cela dit, après la scène en question, j’ai fini par trouver le film de plus en plus intéressant même si je lui trouve des défauts. En réalité, le souci est que certains défauts pourraient être des qualités dans le sens où certains choix adoptés par la réalisatrice peuvent aussi autant plaire que décevoir.

Surveillance : Photo Jennifer Chambers Lynch, Ryan Simpkins

A priori, le film a quelque chose de banal et reprend même certains clichés : une police dans un coin forcément paumé avec forcément une junkie, une gamine forcément innocente et très intelligente (plus que les adultes), des flics forcément débiles et il y a pour couronner le tout forcément un conflit des locaux avec le FBI (forcément un duo). Certes, cela pourra énerver de voir autant de clichés et ces choses qu’on a déjà vues auparavant. Pourtant, après avoir vu l’ensemble, on finit par se demander si Jennifer Lynch ne joue justement pas de ces clichés, comme si elle s’en moquait, comme si elle les malaxait. C’est comme s’il fallait gratter la surface pour mieux voir la vérité, puisqu’il s’agit aussi d’un film sur la manipulation, la tromperie, le mensonge. On ne sait pas qui raconte la vérité, ni ce qu’il y a de vrai dans les images ou dans les propos. Et en même temps il y a aussi des indices à savoir détecter, comme arrivera à le faire l’un des personnages. Je parle notamment ici du twist. Personnellement, quitte à me faire traiter d’idiote, je ne l’avais pas vu venir. Mais je ne pense pas que deviner trop tôt le twist soit nécessairement un mal si on considère que justement tous les traits sont grossis. Là encore, j’ai l’impression que Jennifer Lynch joue avec ce twist, s’en moque pour pouvoir mieux manipuler les spectateurs, leur faire ouvrir les yeux. Après, soyons honnête, elle prend un peu trop le risque de rendre le résultat grotesque. Par exemple, sans vouloir révéler l’intrigue, il y a des personnages surexcités sexuellement, on les voit gémir comme des débiles mais toujours habillés. Pour conclure, je trouve que Jennifer Lynch signe un film honorable et honnête malgré certains choix ou défauts (tout dépend de la manière dont on voit les choses). Il y a réellement des choses intéressantes, dans la manière de défendre le véritable sujet, de revisiter le genre. Malgré des problèmes de rythme, je suis finalement rentrée dans le film et était prise par l’histoire et plus généralement par l’atmosphère, présente grâce aux décors, les choix musicaux ou encore la manière d’alterner les témoignages via les vidéos de surveillance. Si la mise en scène reste très intéressante, on sent tout de même la réalisatrice pas suffisamment expérimentée pour amener son film encore plus loin dans sa réflexion, on a tout de même la sensation d’assister à quelque chose d’inabouti, ce qui est encore plus frustrant quand on voit justement les bonnes choses mises en place.

Surveillance : Photo Bill Pullman, Jennifer Chambers Lynch, Julia Ormond

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20 réflexions au sujet de « Surveillance »

  1. @ Girlie Cinéphilie :
    Je sais que beaucoup n’ont pas aimé le jeu de ces chers Julia et Bill, perso je les ai trouvés bons dans le sens où ils ont bien compris leurs rôles et tous les enjeux. Et tu as raison, deux acteurs un peu trop sous-estimés !

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  2. comme bernie je garde un bon souvenir de ce film que j’aurais pensé etre fait quelques années avant 2008 comme quoi parfois le temps passe moins vite que prévu… par rapport à Boxing Helena vraiment bancal- mais on peut comprendre vu les conditions de fabrication du film que tu rappelles bien- il y a une vraie maitrise dans la mise en scène et meme dans le scénario malgré un ou petit détail qui sur le coup m’avait un peu fait tiquer mais qui procurait quand meme un vrai plaisir de cinéphile…c’est bien que tu réhabilites ce film qui a quand meme été très peu défendu à sa sortie..

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  3. @ Filou :
    Effectivement, et puis il était un peu passé inaperçu ! Même si je lui ai trouvé quelques défauts, à côté il y a des choses vraiment intéressantes, je trouvais que ça méritait une critique (et puis ça me motive pour faire des critiques pour tous les films du Movie Challenge).

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  4. Je garde un bon souvenir de ce film, malgré peut-être quelques maladresses, surtout pour son ambiance très particulière, pas si éloignée de cette de son père.

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  5. Par contre, si tu ne connais pas, je sais que Jennifer Lynch a écrit le journal secret de Laura Palmer (très dur à trouver maintenant) mais plutôt sympa à lire en complément de ma série 🙂

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  6. @ Yuko :
    Oui j’ai vu ça sur sa fiche Wiki (héhé t’as vu mes sources de folie!), je serais vraiment curieuse de les lire (en attendant tranquillou bilou la 3e saison de Twin Peaks 😮 ).

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