Transsiberian

réalisé par Brad Anderson

avec Emily Mortimer, Woody Harrelson, Ben Kingsley, Eduardo Noriega, Kate Mara, Thomas Kretschmann…

Thriller britannique, espagnol, américain, allemand, lituanien. 1h50. 2008.

sortie française (dvd) : 25 octobre 2011

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant à l’étranger

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Dans le Transsibérien qui les amène de Pékin à Moscou, Roy et Jessie, un couple d’Américains, font la connaissance de Carlos et Abby. Ignorant que Carlos a dissimulé de la drogue dans les bagages de Jessie, le couple va sombrer dans un engrenage meurtrier auquel Grinko, policier de son état, va plus que contribuer.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer

Je connaissais Transsiberian de nom mais je n’avais jamais eu l’occasion de le regarder et je n’avais pas forcément entendu d’échos ou lu des critiques dessus. Ma médiathèque proposait ce film qui possède un joli casting. De plus, le réalisateur n’est autre que Brad Anderson, connu pour avoir signé l’excellent The Machinist avec un Christian Bale sombre et anorexique (selon moi, un de ses meilleurs rôles). Certes, la jaquette du dvd m’a tout de même inquiétée notamment avec cette remarque sortie de nulle part (certainement des éditeurs qui diraient tout et n’importe quoi pour vendre des dvd, en tout cas il n’y avait pas de source journalistique dessus), attention : « Alfred Hitchcock aurait apprécié ». Hum… Qu’il y ait de vagues emprunts à Hitchcock c’est une chose : après tout, le train est un élément qui apparaît à de nombreuses reprises dans sa filmographie, les personnages ne sont très nets et cachent des choses, le rôle des femmes etc… (après, honnêtement, je dois avouer que l’influence hitchcockienne ne m’a pas sauté aux yeux en regardant le film). De là à dire que Hitchcock himself  « aurait apprécié », faut pas déconner non plus ! Pire, cette jaquette (en tout cas, celle que j’avais entre les mains) est mensongère voire même misogyne (n’ayons pas peur des mots) : elle présente en tête le nom d’Eduardo Noriega (comme si c’était LE héros), puis dessous ceux de Woody Harrelson et Ben Kingsley. Or, sans vouloir révéler les grandes lignes de l’intrigue, Noriega n’a pas du tout le premier rôle. Non, en réalité le premier rôle est tenu par… Emily Mortimer ! Bref, je trouve la manière de vendre le film vraiment déplorable. Revenons donc au long-métrage, qui n’a pas eu droit à une sortie dans les salles de cinéma françaises. Sans dire que je l’ai trouvé génial, quand on voit les daubes qui sont parfois diffusées au cinéma, j’avoue que je ne comprends pas trop sa sortie directement en dvd (et encore ça aussi a pris un temps fou !). Après, quand on sait de quoi est capable Brad Anderson, Transsiberian peut décevoir même si je ne dirais pas non plus qu’il s’agit d’un mauvais film. Même s’il met du temps à se mettre en place, il se laisse tout de même regarder, sa deuxième partie étant meilleure (notamment plus rythmée) et un peu plus surprenante que la première.

Transsiberian : photo Brad Anderson, Thomas Kretschmann

Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que les éléments mis en place, comme le train ou la neige, n’ont pas été suffisamment été mis en avant alors qu’ils ont un réel potentiel cinématographique (et de nombreux films le démontrent). Je ne me suis pas sentie si dépaysée que ça, je trouve qu’il manque une atmosphère qui aurait pu exister à partir des éléments que je viens d’évoquer. Du coup, l’ensemble peut paraître un peu bateau, presque un peu déjà vu, même si ça reste à peu près efficace en terme de divertissement. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire mais elle reste tout à fait correcte. Je regrette tout de même de voir son manque de personnalité. En revanche, le scénario a des maladresses (même si pas tout est à jeter) comportant quelques facilités d’écriture voire même quelques incohérentes et alignant quelques clichés sur la Russie / l’URSS (pas tout est faux mais c’est tout de même très grossi). De plus, la fin est un peu trop manichéenne (pour ne pas dire américanisée) même si elle se révèle cohérente par rapport à des éléments mis en place plus tôt dans le récit. Cela dit, à partir des personnages (cela sera particulièrement parlant avec le personnage de Jessie), le scénario tente tout de même de livrer un propos intéressant autour du mensonge et des apparences. Ainsi, les personnages ont l’air volontairement caricaturaux (le scout américain et son épouse faussement « nunuche », le méchant séducteur évidemment espagnol sinon c’est pas marrant, sa copine qui a un côté sauvage et « daaark » avec le look qui va avec, le méchant russe) mais finalement, mais petit à petit, on s’aperçoit que certains personnages ne sont pas ce qu’ils ont l’air. Cet aspect fonctionne grâce à son casting international. Bon, j’avoue que j’ai trouvé Woody Harrelson un peu « faux » au début mais petit à petit, quelque chose fonctionne, en tout cas après son interprétation ne m’a plus dérangée. Bref, pas un film indispensable à regarder malgré ses ambitions mais on peut tout de même y trouver son compte si on ne s’attend pas à grand chose.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer, Woody Harrelson

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The Danish Girl

réalisé par Tom Hooper

avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Amber Heard, Ben Whishaw, Sebastian Koch…

Drame, biopic britannique, américain, allemand. 2h. 2015.

sortie française : 20 janvier 2016

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The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

The Danish Girl : Photo Alicia Vikander, Eddie Redmayne

The Danish Girl est tiré du roman éponyme de David Ebershoff, publié en 2000, lui-même étant inspiré de la véritable histoire de Einar Weneger, un artiste peintre danoise qui deviendra plus tard Lili Elbe. En effet, elle rentra dans l’histoire pour être devenue la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Depuis, certains spécialistes pensent que Lili Elbe était plutôt une personne intersexuée. Je viens de lire sur quelques sites la biographie de Lili Elbe qui a eu une vie très riche et son changement de sexe a apporté quelque chose d’important à la fois pour la science et la communauté transgenre. Il faut d’ailleurs savoir qu’à l’époque (et ça, cette information qui semble pourtant importante, en tout cas intéressante par rapport à la réflexion qui aurait dû se mettre en place), le roi du Danemark Charles X avait annulé le mariage de Einar Weneger et Gerda Gottllieb, ce qui a permis à Weneger de devenir Lili Elbe officiellement, au point de recevoir un passeport à son nouveau nom. Bref, une vie passionnante mais hélas pas elle n’a pas droit à un film passionnant. Déjà quand on romance à ce point certains passages qui auraient pu pourtant avoir leur place (parce que je n’ai rien contre la modification des faits si ça peut apporter quelque chose de mieux d’un point de vue artistique ou dans le propos par exemple), on ne peut que s’inquiéter. Je n’ai rien contre Tom Hooper dont j’aime parfois son travail (Le Discours d’un Roi, The Damned United) même s’il a fait aussi des films parfois pas terribles (Les Misérables, Red Dust). Beaucoup lui reprochent son académisme. Personnellement, son académisme n’est pas ce qui me dérange en réalité même si je préfère évidemment les réalisateurs audacieux. Disons que son académisme peut avoir sa place dans certains types de film. En tout cas, même pour The Danish Girl, ce n’est pas forcément ça qui m’a gênée, même si je dois avouer que la mise en scène en question n’arrange rien. Mais bon, le travail reste pas trop mal fait, je ne m’attendais pas de toute façon à autre chose, surtout face à un biopic très hollywoodien.

The Danish Girl : Photo Eddie Redmayne

Après, il serait temps que Tom Hooper comprenne que sa mise en scène académique (qui n’a vraiment pas changé d’un poil depuis Le Discours d’un Roi) ne peut pas s’adapter à tous les films. Bref, c’est académique mais encore ce n’est pas ce qu’il y a de plus dérangeant, même si ça manque clairement d’ambition de ce côté et que le résultat en prend sérieusement un coup. Peut-être que le film a été très mal vendu. Personnellement, je voulais voir un film sur la transsexualité, ce que ça fait de changer biologiquement pour pouvoir retrouver sa véritable identité, ce que ça fait même de ne pas être né dans le bon corps et également ce que ça fait de rentrer dans l’Histoire suite à une demande intime. Evidemment qu’un tel changement implique forcément des choses auprès de son entourage, évoqué ici avec l’épouse Gerda. Cela dit, on peut évoquer les relations autour tout en se concentrant sur son sujet principal. Or, The Danish Girl est en réalité une sorte de sous-Laurence Anyways. On aime ou on n’aime pas ce film mais Dolan avait au moins le mérite de traiter la question de l’impossibilité amoureuse (et de mettre en avant Fred, la compagne du Laurence du titre) tout en prenant réellement en compte la métamorphose de son personnage principal : je n’ai pas eu l’impression que Fred « bouffait » Laurence. Or, en reprenant ce type de schéma, la scénariste Lucinda Coxon a fini par oublier le personnage principal ce qui plombe totalement le film. En effet, ça devient pratiquement une sorte de Gerda show et c’est pour moi hyper gênant. Le scénario est complètement obsédé par cette femme au point qu’on se demande si ce n’est pas Gerda la Danish Girl du titre ! On a l’impression que la scénariste ainsi que le réalisateur, peu à l’aise pour s’attaquer à un tel sujet, se foutent totalement de Lili, de son sort, de ses sentiments. Le scénario tourne un peu trop autour des tourments égoïstes de Gerda (oui, parce que, contrairement à ce que j’ai pu lire, je n’ai pas trouvé qu’elle soutenait réellement Lili ni qu’il y avait un amour fort entre les deux). En tout cas, il ne faut pas s’étonner de lire certaines critiques qui vantent plus l’interprétation d’Alicia Vikander que celle d’Eddie Redmayne.

The Danish Girl : Photo Alicia Vikander

Pour ma part, je ne pense pas que l’interprétation de Vikander soit si géniale que ça. L’actrice n’est pourtant pas mauvaise même si son interprétation ne m’a pas bouleversée plus que ça. Quant à Eddie Redmayne, beaucoup ont dit qu’ils minaudaient (attention, je ne juge pas, chacun a le droit d’avoir son avis !). Certes, son interprétation n’est pas aussi forte que celle qu’il nous a livrée l’année dernière dans Une merveilleuse histoire du temps (et qui lui avait permis de remporter son Oscar), mais je trouve que Redmayne essaie tout de même de donner une humanité à son personnage qui en manque hélas encore une fois faute à un scénario qui n’a pas l’air de se préoccuper plus que ça de cette personne. Dans l’histoire, le spectateur devra attendre un trop long moment pour voir le film aborder le sujet de l’opération (et on y passe trèèès rapidement). Alors, certes, je ne voulais pas voir un film sur la chirurgie, on est bien d’accord, mais survoler ce fait m’a tout de même gênée dans le sens où je pense que ça aurait pu réellement apporter un plus par rapport au sujet et à toute la réflexion qui aurait pu se mettre en place. La mise en scène, bien qu’elle ne soit pas très inspirée, reste à peu près correcte, l’esthétique est également soignée et Alexandre Desplat fait également du bon boulot même si on ne retiendra pas nécessairement la musique en sortant de la salle. Hélas, malgré ces quelques qualités, l’ensemble parait tout de même vraiment froid, voire même carrément figé (est-ce lié à la peinture ?). Ce n’est même plus de la pudeur à ce stade-là. Ca manque cruellement d’émotion alors que les personnages subissent un réel bouleversement. On les voit pleurer toute la sainte journée mais on ne ressent rien pour eux. Pire, malgré quelques répliques calées à droite et à gauche, on ne comprend pas les réactions des personnages. On a l’impression que tout est souffrance, même quand Lili va enfin pouvoir devenir celle qu’elle a toujours voulu être. Bref, l’émotion a quelque chose de superficiel et il m’est même arrivé de m’ennuyer (le début est d’ailleurs trop long à démarrer). Bref, en dehors de ses qualités techniques et d’un bon sujet à l’origine mais hélas gâché par un scénario maladroit qui ne prend pas un bon angle selon moi, The Danish Girl passe à côté de ses objectifs et est hélas trop insipide pour convaincre.

The Danish Girl : Photo Eddie Redmayne

Mustang

réalisé par Deniz Gamze Ergüven

avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Elit İşcan, Tuğba Sunguroğlu, İlayda Akdoğan, Nihal Koldaş, Ayberk Pekcan, Bahar Kerimoğlu, Burak Yigit…

Drame turc, français, allemand. 1h33. 2015.

sortie française : 17 juin 2015

Movie Challenge 2016 : un film qui n’est pas en anglais ni en français

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C’est le début de l’été.
Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues.
La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger.
Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

Mustang a parcouru un beau chemin depuis sa présentation au dernier festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Dépassant déjà les 500 000 entrées en France (ce qui est énorme pour un film turc), il représente actuellement la France aux Oscars pour la catégorie « meilleur film étranger ». Je suis certaine qu’il devrait repartir avec quelques prix aux César. Oui, on est en train de se mélanger les pinceaux : le long-métrage est réalisé par une réalisatrice turque, avec des acteurs turcs, en langue turque, qui se déroule en Turquie. Alors pourquoi représente-t-il la France ? Parce que le long-métrage est co-produit par la France et la réalisatrice est une ancienne élève de la Fémis. J’avoue que je ne comprends pas trop ce délire, surtout quand on voit que le dernier film de Jean-Jacques qui devait représenter la Chine aux Oscars et qui finalement a été refusé car il n’était pas assez chinois (alors que, pour être honnête, sur le papier, il avait tout d’un film chinois). Cela ne changera évidemment rien à la qualité du film et tant mieux pour le film s’il parvient à remporter des récompenses. Je suis pour la présence de Mustang aux Oscars dans cette catégorie mais pour représenter un autre pays qui me semblait plus légitime. Sinon, je suis allée voir Mustang suite à l’enthousiasme général de la presse et surtout des spectateurs (notamment my friends les blogueurs) grâce au festival Télérama. Je regrette vraiment d’avoir loupé ce film en 2015 car je suis certaine qu’il aurait pu entrer dans mon top 15 des meilleurs films de l’an dernier. Beaucoup ont évoqué un lien avec Virgin Suicides de Sofia Coppola. Certes, Mustang présente bien cinq jeunes frangines et a été réalisé par une femme. En dehors de ça, j’ai du mal à voir un véritable lien entre ces deux longs-métrages (par ailleurs, la réalisatrice ne revendique pas du tout cette référence mais plutôt Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini). En tout cas, le film m’a évidemment touchée par son sujet, plus que jamais d’actualité. Il s’agit d’un beau film sur la liberté féminine qui n’est pas évidente à acquérir dans certains endroits de notre planète à l’heure actuelle qui dénonce notamment les mariages forcés, le patriarcat hypocrite et oppressant ou encore l’absurdité de certains dogmes soit disant liés à la religion.

Mustang : Photo Doga Zeynep Doguslu, Elit Iscan, Günes Nezihe Sensoy, Ilayda Akdogan, Tugba Sunguroglu

Mustang est clairement revendiqué par sa réalisatrice comme un film politique, cependant, cet aspect-là n’alourdit pas la fiction. Mais nous savons bien qu’un discours aussi juste que pertinent ne fait pas forcément un bon film. Heureusement, Deniz Gamze Ergüven a des choses intéressantes à nous proposer. Sur le papier, j’avais un peu peur de m’ennuyer car j’avais peur que de voir les différents mariages successifs des soeurs devienne vite lassant. Mais en réalité, le scénario, co-écrit par également une ancienne étudiante de la Fémis, Alice Winocour, est bien écrit. Il ne perd pas de temps en nous présentant rapidement la situation qui va faire basculer les cinq héroïnes dans un cauchemar au sein de leur propre maison. Il est également intéressant, une fois le film terminé, de voir le scénario formant une sorte de boucle narrative. De plus, le scénario, qui semble pourtant simple, fonctionne pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’il parvient à montrer les différentes étapes de cet emprisonnement. Puis, il arrive à détresser le portrait individuel de chaque soeur (chacune ayant un destin différent face à cette oppression) tout en parvenant à montrer leur union. On s’attache vraiment à chacune de ces jeunes filles, chacune a son petit truc qu’il la caractérise sans qu’on tombe pour autant dans la caricature. Ce n’était pourtant pas facile étant donné qu’il s’agit d’une famille nombreuse. L’ensemble s’avère évidemment émouvant. Je n’ai pas pleuré contrairement aux autres (nombreux) spectateurs qui chialaient autour de moi mais je dois avouer que je ne suis pas non plus restée insensible. Mais il ne s’agit pas d’une émotion facile pour autant, il n’y a rien de tire-larmes. Il faut dire que le caractère combatif des personnages (certaines plus que d’autres, comme la petite dernière Lale, qui raconte l’histoire, sans que la voix-off soit plombante) permet selon moi à trouver un certain équilibre dans le ton. De plus, le long-métrage est parfois solaire, notamment dans la manière de présenter la complicité entre les soeurs, le tout aidé par une jolie photographie. Le film ne se prive pas non plus d’humour, que ce soit dans les répliques, qui montrent de nouveau le lien fort entre les soeurs ainsi que leurs personnalités affirmées, ou dans certaines scènes qui ont pourtant derrière de nouveau une charge politique et actuelle (je pense ici au match de foot avec le public exclusivement féminin). Porté par une mise en scène efficace et énergique, un scénario bien écrit, un discours juste, Mustang bénéficie aussi d’un excellent casting, surtout les cinq jeunes filles à la crinière qui représente bien le combat des personnages qu’elles interprètent à la recherche de leur liberté.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

Je regarde… donc je suis ! [Tag Cinéma]

Ce week-end, en attendant la publication de nouvelles critiques pour la semaine prochaine (un indice : j’ai profité du pass Télérama), j’ai piqué, comme je lui avais promis, ce tag différent (même si je suis encore taguée pour un Liebster Award que je garde en réserve pour le mois prochain) sur le blog de Sentinelle. Il a l’air simple mais mine de rien c’est pas si simple que ça pour y répondre. Le but ? Répondre à un petit questionnaire à partir de titres de films que j’ai vu en 2015. Je ne tague personne mais vous pouvez évidemment répondre à ce questionnaire avec ce que vous avez l’an dernier !
Allez c’est parti (avec l’aide de mon petit carnet qui me rappelle de bons et de mauvais souvenirs cinéma !).
Comment te sens-tu ? Wild
476132
Décris où tu vis actuellement… Dans la maison 
Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Paris, Texas
284447
Ton moyen de transport préféré ? Un Tramway nommé Désir
Ton/ta meilleur(e) ami(e) est… La Fille du 14 juillet
090864
Toi et tes amis vous êtes… Les Huit Salopards
(=> bon ok nous sommes sympas et pas forcément 8 mais ça faisait bad ass)
Comment est le temps ? Une saison blanche et sèche
120966
Quel est ton moment préféré de la journée ? Au revoir les enfants
(=> c’est ma petite expérience d’animatrice périscolaire qui parle)
Qu’est la vie pour toi ? Magic Magic
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Quel est le conseil que tu as à donner ? Don’t be afraid of the dark

La pensée du jour… N’oublie jamais
Comment aimerais-tu mourir ? Comme un chef !
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Les conditions actuelles de ton âme ? Les âmes silencieuses
(=> la question la plus dure du questionnaire par rapport à ce que j’ai vu… j’ai fait avec les moyens du bord !).
Ton rêve ? Une belle fin
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Carol

réalisé par Todd Haynes

avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson, Jake Lacy, Carrie Brownstein, Cory Michael Smith, John Magaro…

Drame, romance américain, britannique. 1h58. 2015.

sortie française : 13 janvier 2016

Movie Challenge 2016 : un film sorti cette année au cinéma

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Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

Carol : Photo Cate Blanchett

Carol est tiré du roman de Patricia Highsmith (publié en 1952), ce qui pourra « surprendre » étant donné que cette auteure est surtout connue pour ses romans policiers. Pourtant, à l’époque, l’homosexualité avait quelque chose de criminel. Certes, Carol n’appartient pas du tout au genre policier mais c’est pourtant peut-être ce côté tragique de l’homosexualité dans les années 1950 qui a poussé Highsmith à écrire ce texte qui n’est peut-être pas si à part du reste de son travail. Todd Haynes (qui est ouvertement gay)  a déjà prouvé qu’il aimait traiter de l’homosexualité et je dirais même de l’ambiguïté sexuelle. Les années 1950 semblent également être une période qui fascine le réalisateur. Carol entre à ce moment-là très logiquement dans la filmographie de Haynes mais sans avoir l’impression qu’il se répète. J’avais pourtant peur d’avoir une impression de déjà vu, pas uniquement en connaissant le travail du réalisateur mais aussi à cause de son sujet en lui-même qui a souvent été traité au cinéma (et même ailleurs). Mais finalement, une fois le film lancé, on finit par oublier ce qu’on a déjà vu, ce qu’on connait déjà. Personnellement, même si je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre, je me suis laissée porter par cette romance entre ces deux belles femmes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre (âge, classe sociale, physique, rapport même avec l’identité sexuelle). J’ai totalement cru à cette histoire d’amour ! Il faut dire qu’il y a une belle complicité, voire même une véritable alchimie entre Cate Blanchett et Rooney Mara. Au passage, j’avoue ne pas comprendre pourquoi Mara a remporté le prix sans Blanchett alors que les deux actrices se situent au même niveau (que ce soit en ce qui concerne la qualité des interprétations ou l’importance des rôles) tout comme c’est ridicule de voir Mara nommée aux Oscars dans la catégorie « meilleure actrice dans un second rôle » alors qu’elle méritait d’être dans la catégorie principale avec sa partenaire. Pourtant, beaucoup ont trouvé justement ce film très froid. Je peux comprendre cette réflexion étant donné que l’esthétique du film contribue à cette froideur qui permet de décrire comment était la société américaine figée dans les années 1950. Mais grâce à sa mise en scène élégante, son montage efficace, ses cadres précis, il me semble que justement la caméra parvient à capturer tous ces petits instants magiques présents au début d’une relation amoureuse en train de prendre forme et c’est selon moi ces éléments-là qui rendent le film touchant (même si je dirais qu’il n’est pas aussi bouleversant que je l’espérais mais c’est déjà pas si mal).

Carol : Photo Rooney Mara

Il est d’ailleurs intéressant de voir le rôle de la photographie, l’autre passion de Therese. Elle représente pour moi le lien passionnel avec Carol et surtout est le symbole de ces petits moments qui apparaissent à la naissance d’une relation amoureuse. La froideur, qui passe à une esthétique flamboyante et classique à la fois, est pour moi un bon moyen de montrer une réelle passion tout en restant secrète par rapport aux codes de la société qui condamne l’homosexualité. Pour ma part, la retenue est quelque chose qui m’a vraiment plu (notamment en ce qui concerne la scène de sexe). Par conséquent, j’ai trouvé que les scènes plus « relâchées » avaient plus de poids, comme si les personnages s’autorisaient enfin à être eux-mêmes. Je pense notamment au bouleversant et puissant plaidoyer de Carol durant l’audience qui doit déterminer son sort sur son divorce. De plus, j’ai trouvé les différents points de vue sur l’identité sexuelle, qui passent à travers les trois principaux personnages féminins, très intéressantes sans qu’ils paraissent plombants : Carol, malgré son apparente assurance, semble ne pas avoir pris totalement conscience de son identité sexuelle, Abby (l’amie et ancienne amante de Carol) est au contraire une lesbienne qui s’affirme et enfin Therese ne semble pas être associée à une préférence sexuelle ou être catégorisée dans une case, elle aime avant tout. Au-delà de ces interrogations sur le rapport que peut avoir un individu sur sa sexualité, je crois qu’il s’agit avant tout d’un très beau film sur la liberté de vivre sa vie comme on l’entend. Et pour pouvoir à un tel but, il faut pouvoir prendre ses propres responsabilités. Il est alors intéressant de voir qu’un autre travail sur le point de vue a été très bien accompli. En effet, il peut paraître étrange de voir ce film intitulé Carol alors que Therese est aussi le personnage principal. Pourtant, ce choix est assez cohérent dans le sens où Carol (et plus généralement l’amour) apparaît comme un cadeau de Noël : le film se déroule par ailleurs durant cette fête et en anglais on pourra penser à « Christmas Carol » (le chant de Noël). Carol est le personnage qui permet de déclencher tous les événements présents dans le film et plus généralement cette sorte de tourbillon de sentiments. Pourtant, plus le film avance, plus Therese va s’affirmer et ça sera elle qui finira par jouer un rôle important dans la relation qu’elle a avec Carol. Quelque part, sans dire qu’elle n’existe que par sa partenaire (puisqu’elle est capable de prendre seule des décisions), c’est grâce à Carol que Therese va pouvoir devenir elle-même. Au-delà d’une esthétique magnifique, de l’émotion et d’excellentes interprétations, Carol mérite alors le coup d’oeil parce qu’il va plus loin que son sujet autour de l’homosexualité en bénéficiant d’une écriture intelligente.

Carol : Photo Cate Blanchett

Bachelorette

réalisé par Leslye Headland

avec Kristen Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher, Rebel Wilson, Adam Scott, James Marsden, Kyle Bornheimer, Hayes MacArthur, Andrew Rannells…

Comédie américaine. 1h26. 2012.

sortie française : 17 octobre 2012

Movie Challenge 2016 : Un film avec un mariage

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Regan, Gena et Katie sont inséparables depuis le lycée. Très cyniques, elles sont stupéfaites d’apprendre que leur amie Becky, adorable mais rondouillette, est la première d’entre elles à se marier !
Alors que Gena et Katie sont toujours célibataires, Regan harcèle Frank, avec qui elle sort depuis quatre ans, pour qu’il la demande en mariage. Lorsque Becky demande à Regan, particulièrement névrosée, de l’aider à préparer la cérémonie et d’être sa demoiselle d’honneur, celle-ci est furieuse.
Six mois plus tard, la veille du mariage, Regan, très remontée, tyrannise le personnel et les invités, tandis que Katie et Gena s’apprêtent à faire la fête. Mais tout va de travers. Au moment où les trois amies tentent de noyer leur chagrin au bar, elles tombent sur Clyde, petit ami de Gena à l’époque du lycée. Or, il se trouve qu’ils s’aiment encore… Plus tard, pendant la répétition générale du dîner, Gena, très éméchée, porte un toast et suscite le malaise en racontant que Becky était boulimique quand elle était ado. Et quand Katie oublie d’annuler un strip-teaseur qu’elle avait engagé pour l’enterrement de vie de jeune fille, la mariée s’emporte ! Furieuse, elle demande aux trois amies de ne venir au mariage que si elles ne boivent pas et se comportent en adultes. Ce qui n’empêche pas Regan, Gena et Katie de faire une fête d’enfer toute la nuit jusqu’au lendemain, jour de la cérémonie…

Bachelorette : photo Isla Fisher, Kirsten Dunst, Lizzy Caplan

Bachelorette est le premier long-métrage de Leslye Headland (Jamais entre amis). Il s’agit de l’adaptation de sa propre pièce de théâtre qui était à l’origine une tragédie puis s’est transformée en comédie involontairement. La pièce faisait partie d’un cycle sur les sept péchés capitaux et celle-ci portait sur la gourmandise. La réalisatrice prétend aussi qu’elle s’est inspirée de nombreux films dont l’excellent After Hours de Martin Scorsese ou encore les films de Pedro Almovodar et ceux de Quentin Tarantino (rien que ça !). Quand je lis les propos de la réalisatrice sur la fiche sur Allocine, on se dit que la meuf a un sacré melon. Quand on regarde cette petite comédie, on pense tout sauf à ces grandes références ! On pensera plus volontiers à des comédies moins fines (mais pour ma part très plaisantes) comme Very Bad Trip de Todd Phillips et Mes Meilleures Amies de Paul Feig. Bachelorette s’est fait démonter la gueule un peu partout (il n’y a qu’à voir les notes presse et spectateurs sur Allocine ou même sur Imdb où il atteint à peine la moyenne). Vous allez peut-être être étonné mais je n’ai pas trouvé ce film si lamentable et honteux que ça. Certes, je ne dis pas qu’il s’agit nécessairement d’un bon film dans le sens où le « talent » de Leslye Headland pour la mise en scène ne m’a pas du tout sauté aux yeux (pour ne pas dire qu’elle n’en a pas vraiment), le film a clairement ses défauts mais au moins il se laisse regarder et se révèle finalement plus drôle que prévu. Et honnêtement, vu l’affiche, le sujet et tout ça, je n’en attendais pas plus. En ce qui concerne l’humour, c’est clair, ce n’est pas hyper fin : ça tourne principalement autour du sexe (on peut même dire du sperme !). Cela dit, sans vouloir faire de féminisme à deux balles, je me demande si le film ne s’est pas fait cassé parce que les personnages principaux sont des femmes qui sont grossières, vulgaires, pestes (pour rester ultra polie) et aiment coucher. J’ai l’impression que ça passe toujours mieux auprès des spectateurs quand il s’agit d’hommes (dans ce type de rôles). Bon après on me dira qu’il y a toujours Mes Meilleures Amies qui est dans cette veine mais les films avec de tels personnages féminins restent rares. Peut-être que Bachelorette (qui va pourtant plus loin que le film de Paul Feig même s’il reste en dessous) arrive un peu après la bataille.

Bachelorette : photo Andrew Rannells, Isla Fisher

Je reconnais que c’est parfois un peu trop vulgaire, on sent qu’il y a des répliques de trop juste pour tenter de marquer le coup (même si elles passent grâce à ses interprètes). Je suis sûre que la comédie aurait gagner en consistance et en crédibilité en ayant moins grossière. Cela dit, malgré cette vulgarité qui m’a parfois dérangée, j’ai tout de même trouvé le film plutôt drôle grâce à de bonnes répliques bien envoyées et surtout grâce à son rythme effréné qui donne un peu plus de poids comique à certaines scènes. Après, dans un sens, ce rythme empêche certainement aux personnages d’avoir davantage de consistance. Cela dit, sans dire que c’est le film le plus cinématographique que j’ai pu voir (c’est un euphémisme), il parvient tout de même à ne pas être une sorte de pièce de théâtre filmée comme on aurait pu le craindre. Le portrait de ces trois femmes pathétiques n’est certes pas non plus ce qu’il y a de plus fin (à l’image du film tout simplement) mais étrangement j’ai tout de même accroché aux personnages comme si ça me parlait ou quelque chose dans ce genre (pourtant je ne suis pas du tout trentenaire ni trop désespérée). Même si les traits sont (très) grossis et qu’on ne fera pas toutes ces généralités sur les femmes (heureusement, sinon ça serait terrible d’être une femme !), sans dire que c’est profond non plus, Leslye Headland tente de peindre les relations complexes entre les femmes entre solidarité et rivalité. On regrettera tout de même la fin qui reste un peu trop clean par rapport à tout le reste mis en place. Le trio d’actrices reste plutôt bon. Kristen Dunst est géniale dans le rôle de cette femme jalouse, hypocrite, psychorigide, ancienne anorexique, qui mène clairement sa petite bande. Lizzy Caplan s’en tire également bien dans le rôle de cette sorte de junkie cynique et c’est toujours aussi plaisant de voir Isla Fisher interpréter les cruches de service. Rebel Wilson s’en sort pas si mal mais son personnage n’est pas suffisamment mis en avant. Pour conclure, Bachelorette n’est pas le film si déplorable dont j’ai pu lire d’ultra mauvaises critiques, ça reste pour moi suffisamment divertissant. Sans dire que c’est forcément génial, il n’est pas aussi dégueulasse que prévu et n’est pas pire que d’autres comédies américaines moyennes de cette même lignée.

Bachelorette : photo Kirsten Dunst, Rebel Wilson

American Horror Story : Freak Show

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

avec Jessica Lange, Sarah Paulson, Evan Peters, Finn Wittrock, Kathy Bates, Michael Chiklis, Angela Bassett, Frances Conroy, Denis O’Hare, Emma Roberts, John Carroll Lynch, Grace Gummer, Wes Bentley, Danny Huston, Neil Patrick Harris, Skyler Samuels, Naomi Grossman, Patti LaBelle, Jyoti Amge, Erika Ervin, Mat Fraser, Ben Woolf, Gabourey Sidibe, Lee Tergesen, Matt Bomer, Lily Rabe,  Celia Weston, Mare Winningham, Jamie Brewer…

Anthologie horrifique américaine. 4e saison. 2014-2015.

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En 1952, dans la ville de Jupiter, en Floride, s’est installée une foire aux monstres, dirigée par Elsa Mars. Parallèlement, un serial killer clown menace la ville.

Photo Evan Peters, Kathy Bates

American Horror Story s’est intéressé à différents univers : la maison hantée (saison 1), l’hôpital psychiatrique (saison 2), les sorcières (saison 3) et plus récemment l’hôtel (saison 5). Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de la quatrième, Freak Show, qui se déroule dans un cirque (avec des freaks donc) dans les années 1920. N’est-ce pas un peu étrange de commencer directement par la saison 4 de cette série ? Si ça l’est. Peut-être que j’ai pris le risque de passer à côté de certaines choses (heureusement qu’il y a cette chose magique nommé Internet) mais j’en suis arrivée directement là suite à certaines circonstances. En gros, sans trop le vouloir, en squattant chez ma frangine et son keum, j’ai découvert la fin de la saison 3 (retenez cette magnifique leçon de vie : ne vous la jouez pas à la Franck Dubosc). Bon, comme une conne, je connais du coup la fin de Coven, mais je me suis promis de la regarder en entier un de ces quatre. Du coup, voyant que j’étais mine de rien en train de kiffer la fin de la saison 3, on m’a proposé d’enchaîner directement avec cette fameuse saison 4 intitulée Freak Show. Même s’il y a quelques liens avec certaines saisons (je pense ici au personnage de Pepper dont on suivra le reste de ses aventures dans la deuxième saison), cela n’a pas été un handicap de n’avoir jamais vu les saisons précédentes étant donné qu’il s’agit d’une anthologie. L’avantage que j’ai peut-être par rapport à des fans de la première heure est que je ne peux pas comparer par rapport aux autres saisons, j’ai une sorte de regard neuf. Je ne sais pas du tout ce qu’ont pensé les fans de ce Freak Show, mais pour ma part, même si on pourrait effectivement faire quelques remarques, j’ai vraiment adoré cette saison ! La saison est composée de treize épisodes hyper riches dans lesquels les scénaristes ne perdent pas de temps : chaque épisode a son lot de rebondissement, on ne s’ennuie pas une seconde, il y a au début plusieurs intrigues (l’histoire des siamoises dont la mère vient d’être assassinée, celle avec le clown serial killer, celle avec Dandy et sa mère qui veulent acheter le cirque) qui finissent par se rejoindre avec celle du cirque, dirigée par la mystérieuse Elsa Mars.

Photo Erika Ervin, Mat Fraser

Le risque était évidemment qu’on se perde dans ces fameuses intrigues mais les scénaristes s’en sortent vraiment bien. Ainsi, on comprend bien tous les enjeux sans se mélanger. De plus, tous les personnages sont mis en avant même les plus secondaires. Le seul petit reproche que je pourrais faire est la sorte de projection faussement laborieuse sur les siamoises (on s’attend à une certaine fin par rapport à ces images et finalement je trouve ces séquences inutiles). En tout cas, je trouve que cette saison tient ses promesses en ce qui concerne l’horreur. Certes, les gens habitués à des images vraiment violentes, gores ou dans cette veine-là ne seront pas nécessairement choqués (en tout cas pas plus que ça) mais je trouve le résultat tout de même audacieux pour un objet télévisuel. Le dernier épisode essaie évidemment de donner à certains personnages une fin digne mais il est difficile de parler de happy end car les scénaristes n’ont pas fait de concession en ce qui concerne le sort des personnages. Puis, si l’opposition entre les « monstres » physiques et les monstres qui ont l’air « normaux » et « propres » n’est pas nécessairement originale, le discours sur la monstruosité fonctionne très bien. Cette saison défend bien toutes les minorités et les opprimés en mettant en scène des personnages « différents » (on pourra notamment remercier les producteurs d’avoir engagé certains acteurs qui sont comme leurs personnages). Certes, les personnages ne sont pas des saints, tous finalement deviennent des meurtriers pour des raisons différentes. C’est justement leurs pulsions meurtrières qui rendent ces freaks humains et qu’ils sont au même rang que les gens appartenant à ce qu’on pourrait appeler la « norme ». Je trouve même ce parti assez courageux. Au-delà du propos, la mise en scène est très soignée tout comme l’esthétique en général qui parvient à reconstituer l’ambiance dérangeante que peuvent avoir les cirques dans un certain imaginaire (cauchemardesque) collectif. Il y a même de chouettes séquences rendant hommage à l’expressionnisme allemand notamment.

Photo Sarah Paulson

Enfin, cette quatrième saison d’American Horror Story bénéficie d’un excellent casting. Jessica Lange, pilier de cette série depuis la première saison (hélas, elle n’est pas dans la cinquième et j’ai beau avoir pris la série en cours de route, elle nous manque beaucoup !), est époustouflante dans ce rôle de femme qui ne cherche que la gloire pour se faire aimer et mieux accepter ce qu’elle est vraiment. Elle arrive très bien à montrer son côté manipulateur, son égocentrisme et son envie de starification tout en restant fragile, ce qui rend son personnage plus attachant. De plus, il est intéressant de la présenter comme une sorte de personnage avant-gardiste (tout en restant mal aimé) à travers les références à David Bowie. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation du petit nouveau de la bande, Finn Wittrock. Son rôle était pourtant casse-gueule quand on y pense, c’est-à-dire qu’il aurait pu très vite tomber dans la caricature. Or, il trouve pour moi le ton parfait, c’est-à-dire qu’il parvient à incarner littéralement le monstrueux fils à maman en restant charismatique. Ce personnage est très intéressant dans le sens où on voit sa monstruosité prendre de plus en plus de place et l’interprétation suit cette intéressante évolution. Sarah Paulson m’a également épatée dans le rôle des siamoises, parvenant à donner une personnalité à chacune (même s’il y a évidemment des petits accessoires qui contribuent aussi à cet aspect mais l’actrice fait un formidable travail qui méritait d’être soulignée). Je ne vais pas non plus trop m’attarder sur les acteurs (que ce soit les principaux ou les guests) car ils sont tous bons pour être honnête (même si je trouve Emma Roberts un peu en dessous même si elle s’en sort tout de même pas trop mal non plus) mais je tenais vraiment à souligner mes petits coups de coeur. En tout cas, sachez que cette saison m’a tellement plu que je suis déjà en train de découvrir Hotel, la dernière saison !

Photo Finn Wittrock

Surveillance

réalisé par Jennifer Lynch

avec Julia Ormond, Bill Pullman, Pell James, Ryan Simpkins, Michael Ironside…

Thriller américain. 1h38. 2008.

sortie française : 30 juillet 2008

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2016 : Un film réalisé par une femme

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Deux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc.
Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.

Surveillance : Photo Jennifer Chambers Lynch

Jennifer Lynch, la fille de David Lynch, n’a réalisé que deux longs-métrages à ce jour. Le premier, Boxing Helena, sorti en 1993, a été un échec critique et public. Lynch avait même reçu le Razzie Award de la pire réalisatrice. Pire, elle avait dû affronter Kim Basinger en justice : en effet, Madonna était d’abord pressentie pour interpréter le rôle principal mais elle a décliné la proposition. Kim Basinger devait la remplacer mais s’est également désistée un mois avant le tournage. L’histoire a donc fini devant les tribunaux : l’actrice avait été condamnée une première fois (elle avait, par conséquent, dû se mettre en faillite) puis en faisant appel du jugement, avait gagné ce second procès. Bref, entre les critiques très sévères (je ne peux pas vous dire si elles sont justifiées ou non vu que je n’ai pas vu le film – j’avoue que je n’ai pas forcément envie de le voir) et cette histoire de procès, Jennifer Lynch a mis du temps à s’en remettre. On a donc cru qu’elle avait abandonné la réalisation mais finalement elle sortira un deuxième long-métrage quinze ans plus tard. Surveillance a été présenté au festival de Cannes en 2008 en hors compétition. De plus, David Lynch fait partie des producteurs exécutifs. Pour rester dans le monde lynchien, on retrouve des acteurs qui ont déjà joué dans des films du papa Lynch : Bill Pullman dans Lost Highway et Julia Ormond dans Inland Empire. Puis, suite à l’introduction de ce long-métrage, on pense évidemment rapidement à l’univers du père. J’avoue qu’au début je me suis inquiétée. Je me suis dit « si elle pique tout au père et qu’elle n’a pas de personnalité, on est mal barré ». Surtout quand on sait qu’elle s’est aussi inspirée de Rashomon. De plus, avant d’arriver à la scène macabre durant laquelle les trois témoins se sont rencontrés, j’ai trouvé le film un peu lent à démarrer, on ne comprend pas tout de suite où ça veut en venir (même si on sent qu’il y a quelque chose de pas très net), pour résumer j’ai trouvé la mise en scène un peu brouillon. Cela dit, après la scène en question, j’ai fini par trouver le film de plus en plus intéressant même si je lui trouve des défauts. En réalité, le souci est que certains défauts pourraient être des qualités dans le sens où certains choix adoptés par la réalisatrice peuvent aussi autant plaire que décevoir.

Surveillance : Photo Jennifer Chambers Lynch, Ryan Simpkins

A priori, le film a quelque chose de banal et reprend même certains clichés : une police dans un coin forcément paumé avec forcément une junkie, une gamine forcément innocente et très intelligente (plus que les adultes), des flics forcément débiles et il y a pour couronner le tout forcément un conflit des locaux avec le FBI (forcément un duo). Certes, cela pourra énerver de voir autant de clichés et ces choses qu’on a déjà vues auparavant. Pourtant, après avoir vu l’ensemble, on finit par se demander si Jennifer Lynch ne joue justement pas de ces clichés, comme si elle s’en moquait, comme si elle les malaxait. C’est comme s’il fallait gratter la surface pour mieux voir la vérité, puisqu’il s’agit aussi d’un film sur la manipulation, la tromperie, le mensonge. On ne sait pas qui raconte la vérité, ni ce qu’il y a de vrai dans les images ou dans les propos. Et en même temps il y a aussi des indices à savoir détecter, comme arrivera à le faire l’un des personnages. Je parle notamment ici du twist. Personnellement, quitte à me faire traiter d’idiote, je ne l’avais pas vu venir. Mais je ne pense pas que deviner trop tôt le twist soit nécessairement un mal si on considère que justement tous les traits sont grossis. Là encore, j’ai l’impression que Jennifer Lynch joue avec ce twist, s’en moque pour pouvoir mieux manipuler les spectateurs, leur faire ouvrir les yeux. Après, soyons honnête, elle prend un peu trop le risque de rendre le résultat grotesque. Par exemple, sans vouloir révéler l’intrigue, il y a des personnages surexcités sexuellement, on les voit gémir comme des débiles mais toujours habillés. Pour conclure, je trouve que Jennifer Lynch signe un film honorable et honnête malgré certains choix ou défauts (tout dépend de la manière dont on voit les choses). Il y a réellement des choses intéressantes, dans la manière de défendre le véritable sujet, de revisiter le genre. Malgré des problèmes de rythme, je suis finalement rentrée dans le film et était prise par l’histoire et plus généralement par l’atmosphère, présente grâce aux décors, les choix musicaux ou encore la manière d’alterner les témoignages via les vidéos de surveillance. Si la mise en scène reste très intéressante, on sent tout de même la réalisatrice pas suffisamment expérimentée pour amener son film encore plus loin dans sa réflexion, on a tout de même la sensation d’assister à quelque chose d’inabouti, ce qui est encore plus frustrant quand on voit justement les bonnes choses mises en place.

Surveillance : Photo Bill Pullman, Jennifer Chambers Lynch, Julia Ormond

Pulp Fiction

réalisé par Quentin Tarantino

avec John Travolta, Samuel L. Jackson, Uma Thurman, Bruce Willis, Ving Rhames, Harvey Keitel, Tim Roth, Amanda Plummer, Maria de Medeiros, Christopher Walken, Eric Stoltz, Bronagh Gallagher, Steve Buscemi, Burr Steers, Alexis Arquette, Quentin Tarantino…

Policier, thriller, comédie américain. 2h30. 1994.

sortie française : 26 octobre 1994

interdit aux moins de 12 ans

Pulp Fiction

L’odyssée sanglante et burlesque de petits malfrats dans la jungle de Hollywood à travers trois histoires qui s’entremêlent.

Pulp Fiction : Photo

A peine deux ans après la sortie de son premier long-métrage Reservoir Dogs (qui fait partie de mes films de chevet), Quentin Tarantino signe certainement le film le plus culte de sa carrière, Pulp Fiction. Au-delà de son succès critique et public, le film a décroché la Palme d’or ainsi que l’Oscar du meilleur scénario original. Il s’agit aussi du film qui marque le retour de John Travolta devant les caméras. En tout cas, ce succès me semble si mérité car je le considère moi-même comme un classique et il s’agit un de mes préférés de Tarantino. Je le revois toujours aussi volontiers, j’ai même à chaque fois une sorte de plaisir à le redécouvrir et les 2h30 passent à une vitesse folle ! Il faut dire que le long-métrage possède une énergie folle, une véritable personnalité et surtout un grain de folie qui fait du bien ! Il est difficile de classer ce film mais je le vois véritablement comme une comédie noire mettant en scène des salauds, des truands, des junkies et des losers. Ce qui frappera alors, c’est sa construction, c’est-à-dire que l’histoire est divisée en trois parties en sachant qu’elles ne sont pas mises dans le bon ordre. C’est pourtant quelque chose qui peut habituellement m’énerver quand je trouve cela bancal et superficiel. Ici, cette déconstruction semble pourtant d’une grande logique pour le spectateur dans le sens où on parvient à avoir une histoire qui peut paraître plus dense alors qu’à l’origine elle est très simple. Le spectateur parvient à être constamment surpris, il y a aussi des effets de chute qui ne seraient pas nécessairement présents avec un scénario linéaire. Au-delà d’un montage maîtrisé et d’une grande efficacité ainsi que d’une écriture fluide ayant une réelle efficacité, on s’aperçoit rapidement que le charme de ce film ne vient pas vraiment de la trame qui reste finalement secondaire. C’est tout ce qu’il y a autour qui a contribué au succès justifié de ce long-métrage. Les dialogues sont tout simplement exquis (on pourrait en citer un paquet juste pour la rigolade), confirmant pour moi ainsi qu’il s’agit bien d’une comédie même si elle est évidemment macabre et violente.

Pulp Fiction : Photo Uma Thurman

Evidemment, les détracteurs diront que le film est bavard, que certains dialogues sont totalement inutiles. Mais à force de le voir et le revoir, au-delà des effets comiques et délirants (certains pouvant être joyeusement gratuits, avouons-le), je trouve qu’ils permettent de rendre les personnages finalement plus complexes qu’ils en ont l’air. On apprend à connaître durant cette journée ce qui constituerait plus ou moins le quotidien et l’esprit même d’un malfrat. Tout semble alors décalé pour notre plus grand bonheur, par exemple, il est drôle de voir Vincent Vega être choqué pour le prix élevé d’un milkshake alors que buter des gens a l’air tout à fait normal. Surtout, le film bénéficie d’une excellente mise en scène qui, avec le recul, s’avère de nouveau exceptionnelle pour un deuxième long-métrage seulement. Pulp Fiction est évidemment devenu un film culte pour son côté cool qui contraste avec la violence des personnages et plus généralement des situations. Le film fonctionne d’ailleurs bien à partir de cette situation de contrastes, notamment temporelle, ce qui pourrait expliquer ces chapitres n’apparaissant pas dans un ordre linéaire. En effet, Pulp Fiction est pour moi un des films majeurs des années 1990 et, bien qu’il n’ait pas du tout vieilli, a quelque chose de représentatif de cette époque-là. Mais paradoxalement, on a aussi l’impression d’être plongé dans une autre époque ou dans plusieurs époques. Il faut dire que le look des personnages parfois vintage, les décors, très soignés, les différents titres musicaux qui constituent la bande-originale (un ensemble de rock’n’roll US, de surf music ou encore de pop) ou encore les couleurs pétantes contribuent à créer cette atmosphère qui fait le charme de ce film. Pour résumer, Pulp Fiction est un des plus bel hommage qu’on puisse faire à la pop culture. De plus, il s’agit aussi d’un portrait finalement assez sombre d’une Amérique qui semble entrer dans une nouvelle ère. Enfin, il y a tout un parterre de stars qui fait plaisir à voir et qui n’a rien de gratuit, chacun incarnant des personnages très marquants et attachants (même s’ils ne sont pas des enfants de choeur), même en ce qui concerne les rôles les plus secondaires. 

Pulp Fiction : Photo Amanda Plummer, Tim Roth

Les Huit Salopards

réalisé par Quentin Tarantino

avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Michael Madsen, Tim Roth, Demian Bichir, Bruce Dern, Channing Tatum, Zoe Bell, Dana Gourrier, Gene Jones…

titre original : The Hateful Eight

Western américain. 2h45 (3h pour version 70 mm). 2015.

sortie française : 6 janvier 2016

interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement

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Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Les Huit salopards : Photo Kurt Russell, Samuel L. Jackson

Certains d’entre vous doivent le savoir mais je suis une grande fan de Quentin Tarantino. J’ai alors profité de l’occasion qui se présentait pour aller le découvrir en avant-première dans son format d’origine, c’est-à-dire en 70 mm. A l’occasion de l’avant-première (je ne sais pas comment ça s’est bien dans les quelques autres cinémas français qui ont pu diffuser le film dans ce format-là mais chez moi, la soirée organisée était vraiment top), le film avait également droit à une introduction, un entracte ainsi que huit minutes supplémentaires. Le format, qui a été utilisé pour la dernière fois en 1966, permet d’obtenir une image très large (à partir d’objectifs anamorphiques). Je dois avouer que le résultat visuellement (grâce à ce format) est magnifique, l’introduction et l’entracte donnent également un petit plus au film. Je ne vous cache pas que j’ai vraiment été ravie de découvrir Les Huit Salopards de cette manière-là, que je me sens même très chanceuse d’avoir pu participer en quelque chose au délire de Tarantino. Après, pour en rassurer quelques uns, je pense que vous pouvez parfaitement apprécier ce film dans sa version numérique (et donc sans les petits bonus avec), le principal c’est tout le reste ! Je préfère prévenir d’emblée : je suis persuadée que ce film va dérouter beaucoup de gens (pour ne pas dire « détester »). Pour ma part, j’ai énormément aimé ce 8e long-métrage de Quentin Tarantino. Pourtant, sur le moment, je ne savais pas trop en penser. Quand il y a eu justement l’entracte, j’étais en train de me demander si j’aimais ou non. Effectivement, face à un film qui dure tout de même trois heures, on se demande très légitimement si cette durée en question est nécessaire (surtout que la première partie est, comme souvent chez QT, très concentrée autour de dialogues). Mais honnêtement, une fois que j’ai vu l’ensemble (avec une deuxième partie que j’ai trouvée jouissive), j’ai vraiment adoré le long-métrage. Il n’est peut-être pas parfait mais je l’ai trouvé vraiment excellent (ce qui est déjà très bien en soi !). Ce que j’ai trouvé formidable personnellement, c’est de trouver tous les ingrédients tarantinesques, en pensant évidemment à certains films de sa filmographie (on pensera prioritairement à Django Unchained et Reservoir Dogs) mais en même temps je le trouve différent de ses autres longs-métrages.

Les Huit salopards : Photo Samuel L. Jackson, Walton Goggins

Certes, Les Huit Salopards est sur le papier moins « cool » que les autres (je rassure les fans, il y en a quand même) mais en réalisant un film plus sombre, selon moi, Tarantino signe un film plus abouti et audacieux. J’ai toujours aimé les films de Tarantino mais certaines de ses marques avaient quelque chose de gratuit, faut bien l’avouer (même si ça fait le charme de certains de ses films). Là (je l’avais déjà ressenti sur Django Unchained, ici mon impression se confirme), j’ai l’impression que Tarantino sait vraiment ce qu’il fait, qu’il ne met pas uniquement des choses parce que ça fait bien. La violence n’est plus aussi fun, elle répond réellement à une interrogation sur l’Amérique d’après la guerre de Sécession (en particulier sur les « minorités » : les Noirs et les femmes). L’excellente musique signée par Ennio Morricone (je l’écoute déjà en boucle sur Spotify) donne également un véritable souffle au film et pour une fois (à part une ou deux petites exceptions) on a l’impression que Quentin Tarantino a arrêté de faire de se taper des trips tout seul (certes, j’aime beaucoup les bandes-originales de ses films, mais il faut bien avouer qu’on avait parfois l’impression qu’il calait dans ses films ses derniers coups de coeur musicaux). Certains vont évidemment être très réfractaires aux longs dialogues (ce qui est compréhensible encore une fois). Personnellement, encore une fois, je me suis moi-même interrogée sur ces dialogues, peut-être que certains auraient pu plus courts et tout ça mais encore une fois, une fois qu’on a vu l’ensemble, je trouve que ce point en question prend plus de sens. En fait, plus généralement, j’ai trouvé l’écriture vraiment bonne, d’une grande habilité. Je ne suis pas du tout étonnée de savoir le réalisateur souhaitant écrire des romans et des pièces. Il y a quelque chose de très littéraire dans ce film tout en gardant un langage très cinématographique. Le mélange fonctionne véritablement bien, le côté littéraire ne prenant pas le dessus comme cela arrive trop souvent dans des longs-métrages. Mais plus généralement, ce qui m’a véritablement plu, c’est la manière de mélanger les genres. L’hybridité a toujours fait le charme des films de Tarantino et c’est ici encore le cas.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth

A priori, Les Huit Salopards se présente comme un western avec un background historique (finalement, bien traité malgré les apparences, ce que j’avais également aimé dans Django Unchained). Mais le film reprend également les codes du genre policier (chaque personnage semble suspect, tout le monde ment et les plus « honnêtes » meurent en premier), renforcé par ce faux huis clos (la porte ne se fermant pas bien, on ne peut pas dire que la seconde partie soit totalement fermée). On pensera évidemment à The Thing (notamment avec la présence de la neige et de Kurt Russell au casting) et surtout au roman d’Agatha Christie, Les Dix Petits Nègres. La première partie peut paraître longue et pourtant elle fait son effet : l’ambiance est pesante voire même carrément étouffante (et c’est pour cela que, pour ma part, je ne me suis pas ennuyée malgré mes interrogations), les personnages se complexifient, on fait attention à chaque petit détail. La seconde partie est une pépite explosive. En dehors de l’effet plus qu’efficace du 70 mm, le film est d’une grande beauté visuelle grâce à des décors magnifiques, mis en avant par une sublime photographie. De plus, il est paradoxalement à la fois lumineux et sombre, comme si cela traduisait toute la tromperie au coeur de cette histoire. Enfin, Les Huit Salopards bénéficie d’un excellent casting. En tête, Samuel L. Jackson est évidemment, comme toujours chez Tarantino (et j’ai envie de dire comme souvent), très bon. Certes, beaucoup diront qu’il fait du Samuel L. Jackson, ce qui n’est pas totalement faux, mais ici disons que ce n’est une remarque négative. Si on aime Jackson, on devrait normalement aimer cette nouvelle interprétation. Pour moi deux acteurs sont particulièrement excellents : Jennifer Jason Leigh et Walton Goggins. La première s’en prend plein la gueule tout le long (qu’on ne me sorte pas que Quentin est misogyne, je vais m’énerver !), ne parle pas forcément beaucoup mais elle arrive à rendre son personnage puissant. J’ai toujours bien apprécié cette actrice mais là elle explose !

Les Huit salopards : Photo Jennifer Jason Leigh

Quant à Goggins (que je connais très mal, en dehors de sa prestation dans Django Unchained, je sais juste qu’il est surtout connu pour les séries Justified et Sons of Anarchy… que je n’ai toujours pas vues, décidément je suis toujours autant à la ramasse), il a un charisme fou (accompagné d’un grand sourire ultra bright, je vous jure, je ne m’en suis pas remise – ne croyez pas non plus que je suis une groupie) ! Après, si j’ai eu un petit coeur pour ces deux interprètes en question, cela ne m’empêche pas d’aimer les autres salopards. J’étais évidemment ravie de revoir deux acteurs purement tarantinesques, Tim Roth (qui s’éclate à caricaturer à fond le bourgeois anglais) et Michael Madsen « fait du Michael Madsen » comme l’a dit Tarantino dans le dernier numéro de Positif (et c’est toujours aussi jouissif). Kurt Russell, Demian Bichir et Bruce Dern sont également impeccables, chacun apportant également un plus au personnage. Après, pour être réellement honnête, même si ce que je vais dire peut paraître paradoxal, même si j’ai eu quelques préférences, au-delà d’avoir trouvé tout le casting vraiment très bon et sans fausse note, je l’ai trouvé très cohérent, personne ne tente de se voler la vedette, au contraire, chacun est mis en avant, les personnages ayant de l’épaisseur. Pour conclure, j’ai vraiment adoré les Huit Salopards même si j’ai parfaitement conscience qu’il ne plaira pas à tout le monde, loin de là. Je l’aime même de plus en plus et j’ai même déjà envie de le revoir, ce que je n’avais pas forcément ressenti pour son précédent film, Django Unchained, que j’aime pourtant énormément. Je dirais (en tout cas, c’est ma perception sur ce film) qu’il faut « digérer » ce qu’on a vu, prendre du recul, se laisser prendre par l’histoire même s’il y a des longueurs. Je ne sais pas si Les Huit Salopards fait partie de mes Tarantino préférés, je n’ai pas suffisamment de recul pour affirmer une telle chose mais il s’agit pour moi du film le plus mature de sa filmographie.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth, Walton Goggins

Wild

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Reese Witherspoon, Laura Dern, Gaby Hoffmann, Thomas Sadoski, Michiel Huisman

Drame, biopic américain. 1h56. 2014.

sortie française : 14 janvier 2015

Wild

Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaie de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Wild : Photo Reese Witherspoon

Wild raconte l’histoire vraie de Cheryl Strayed (une romancière visiblement peu connue en France), qui avait raconté son expérience dans le livre du même nom. Je ne suis pas allée voir Wild en salles car je sentais le truc foireux arriver à des kilomètres : le film pompeux tiré d’une histoire vraie réalisé pour décrocher des Oscars et avec une actrice qui tente de se montrer pas glamour, même nous montrer ses cheveux gras. Le film est en plus réalisé par Jean-Marc Vallée dont le précédent film, le pour moi surestimé Dallas Buyers Club, a permis à Matthew McConaughey et Jared Leto de décrocher ces fameux Oscars en question. Wild a effectivement permis à Reese Witherspoon et Laura Dern d’être dans la fameuse course. Le film n’a pas obtenu d’autres nominations. En général (je dis bien en général, car il y a toujours des exceptions et tout ça), c’est pas bon signe quand les Oscars nomment uniquement les acteurs. Mais bon, le temps a passé et allez savoir pourquoi, j’ai fini par rattraper ce film qui me semblait dispensable. Hélas, j’avais bien senti le truc foireux. Sur le papier (et le titre n’arrange rien), on pourrait penser qu’il s’agit d’une sorte de Into the Wild. C’est vrai qu’il y a de vagues similitudes. Mais Wild est à des kilomètres du film de Sean Penn. Pourtant, lorsqu’on sait que c’est l’excellent auteur Nick Hornby qui s’est chargé de l’écriture du scénario, on a envie d’aimer un minimum ce film. L’ensemble n’est pourtant pas désagréable à regarder, je ne me suis pas spécialement emmerdée mais ça ne m’a pas du tout emballée, en dehors de regarder les très beaux paysages américains. Cela ne me dérange pas que le sujet en lui-même ne soit pas si neuf que ça (la redécouverte de soi dans la nature et en solitaire, le combat contre nos propres démons, la rédemption après la descente en Enfer etc…) mais c’est juste que c’est mal fait et le film n’apporte rien de plus à ces thèmes-là en question. L’écriture n’est pas du tout subtile, en tombant rapidement dans des sentiments totalement lourdingues et la mise en scène est vraiment plate (je faisais déjà ce reproche dans Dallas Buyers Club).

Wild : Photo Laura Dern

Je ne remets pas du tout la véracité des faits mais les éléments dramatiques s’accumulent tellement qu’on finit par se demander si l’histoire n’a pas été fabriquée de toutes pièces pour nous faire chialer à tout prix. Personnellement, même si mon jugement peut paraître sévère (après tout, on n’a pas forcément tous les mêmes réactions), je n’ai pas compris pourquoi Cheryl tombait dans l’addictions aux drogues et au sexe suite au décès de sa mère (forcément dramatique puisqu’elle meurt brutalement d’un cancer et a eu une vie de merde d’après ce que j’ai compris). Je veux dire, il faut avouer que vu comme c’est présenté dans le film, sa réaction paraît totalement disproportionnée. Evidemment, son passé dramatique nous ait présenté à travers de mauvais flashbacks sirupeux, très mal insérés dans le récit. Surtout, il y a un vrai problème dans ce film : le périple dans la nature. Comme je le disais, les paysages sont magnifiques, il y a même un moment où je me suis dit « tiens Tina, tu devrais faire ce genre de rando un de ces quatre ». Sauf que justement, je ne devrais pas avoir ce genre de pensées ! Je veux dire, sa randonnée ne devrait juste pas sembler facile, surtout quand on voit le tout petit gabarit de Witherspoon ! Alors, oui, on voit parfois Reese qui a mal au pied ou qui a du mal à supporter ce monstrueux sac à dos mais ça doit durer grand max cinq minutes. On ne sent pas du tout la fatigue, la sueur, la confrontation avec le physique. Cheryl a l’air de traverser les différents obstacles plutôt facilement. Contrairement à ce que je pensais avant de voir le film, Cheryl a même les cheveux propres alors qu’elle n’a pas vraiment l’occasion de se les laver (au fond, je dois être jalouse : au bout de trois jours quand tout va bien, mes cheveux sont déjà dégueu). Bref, ce que je veux dire, c’est que le film met en scène une femme qui est censée se retrouver parce qu’elle se retrouve volontairement seule dans la nature, or on n’a pas réellement l’impression que c’est cette confrontation avec la nature qui va permettre à Cheryl à se retrouver. Honnêtement, elle aurait pu rester chez elle en faisant appel à son passé, ça serait la même chose.

Wild : Photo Reese Witherspoon

De plus, Wild ne parle que de passé mais finalement quand on y pense, il ne parvient pas à évoquer le futur alors que Cheryl fait cette démarche sportive/spirituelle pour pouvoir aussi mieux aborder les années à venir. Le film se termine avec la voix off (déjà bien envahissante, du genre elle prend les spectateurs pour des demeurés pas capables de regarder correctement les images) qui nous balance vite fait deux infos sur ce qu’est devenue Cheryl… Déjà que le film n’est hyper passionnant (honnêtement, on se demande presque comment cette histoire a pu intéresser autant de gens, elle est déjà en soi pas intéressante et au fond ne méritait même pas d’être le sujet d’un film), là on reste totalement sur sa faim, on se dit pour de bon « tout ça pour ça ». De plus, difficile d’aimer ce film avec un personnage principal aussi tête-à-claques. Malgré tout ce qu’elle a vécu, je ne me suis pas du tout attachée à Cheryl. J’ai eu l’impression d’assister pendant deux bonnes heures au caprice d’une petite conne qui a déconné (ça fait beaucoup le mot « conne » dans une même phrase, désolée). Reese Witherspoon tente pourtant de faire exister ce personnage. Ce n’est pas qu’elle est mauvaise (j’apprécie cette actrice d’habitude) mais c’est juste qu’elle n’est pas crédible. Certes, sa démarche a l’air sincère (elle est tombée amoureuse du bouquin de Strayed et est même la productrice du film) mais elle n’aurait jamais dû se donner le rôle. Parfois, ça se transforme un peu au Reese Witherspoon show au point d’avoir des personnages secondaires inintéressants (on se demande vraiment pourquoi Dern a été nommée aux Oscars, j’ai rien contre elle pourtant). Je ne sais pas si on peut parler de déception vu que je sentais la nullité à des kilomètres, je dirais que mon visionnage n’a fait que confirmer mes mauvaises impressions (pourtant j’évite de juger un film que je n’ai pas vu, uniquement à cause de sa promo). L’ensemble est inintéressant, vide, même pas émouvant. Les beaux paysages ne font pas tout au bout d’un moment…

Wild : Photo Reese Witherspoon

Bilan – décembre 2015

Cinéma

 

Les films de 2015

Les Dissociés (Raphaël Descraques, Julien Josselin, Vincent Tirel, 2015) 3/4

Crazy Amy (Judd Apatow, 2015) 2/4

Goodnight Mommy (Veronika Franz, Severin Fiala, 2015) 2/4

Mia Madre (Nanni Moretti, 2015) 4/4

Jack (Edward Berger, 2015) 3/4

Ce week-end là (Guy Jenkins, Andy Hamilton, 2015) 2/4

Wild (Jean-Marc Vallée, 2015) 0/4

Refugiado (Diego Lerman, 2015) 2/4

Mia Madre Les Dissociés - Un film SURICATE Jack

 

Avant-première 2016

Les Huit Salopards (Quentin Tarantino, 2016) 4/4

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Rattrapages

Oldboy (Spike Lee, 2013) 1/4

Péché Mortel (John M. Stahl, 1945) 4/4

Insomnia (Christopher Nolan, 2002) 2/4

Frangins malgré eux (Adam McKay, 2008) 3/4

Retour à la fac (Todd Phillips, 2003) 2/4

Sucker Punch (Zack Synder, 2011) 1/4

Le Pôle Express (Robert Zemeckis, 2004) 2/4

Les Rois du patin (Will Speck, Josh Gordon, 2007) 3/4

Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy (Adam McKay, 2004) 3/4

Zoolander (Ben Stiller, 2001) 3/4

Wolfman (Joe Johnston, 2010) 0/4

Danny Balint (Henry Bean, 2001) 3/4

L’Assistant du vampire (Paul Weitz, 2009) 0/4

Pêché mortel Danny Balint Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy


 

MOVIE CHALLENGE 2016

Vu le nombre de films que j’ai vus ce mois-ci, je n’ai pas encore terminé mes lectures ni certaines saisons de séries. En revanche, je vous présente le challenge que j’ai décidé de relever. J’ai vu ce challenge sur le blog de Mel et je sais que Chonchon va aussi se lancer dans cette aventure cinématographique. Bref, je vous présente donc la chose. C’est tout simple : le but est de voir des films qui correspondent à des attentes en particulier. Je vous révèle la longue liste :

– un film français

– un film adapté d’un livre

– un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter

– un film tourné/sorti cette année

– un film tourné/sorti l’année de ma naissance (soit 1993)

– un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans

– un film dont le titre contient un numéro

– un film ayant de mauvaises critiques

– une comédie

– un film réalisé par une femme

– un film dont le héros n’est pas humain

– un film qui a une suite

– un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune

– un film se déroulant dans le futur

– un court-métrage

– un film se déroulant à l’étranger

– un film qui n’est pas en anglais ni en français

– un film se passant au lycée

– un film dont le titre comporte une couleur

– un film qui m’a fait pleurer

– un film que j’ai vu plus de deux fois

– un film d’un réalisateur que j’adore

– un film avec une actrice que j’adore

– un film avec un acteur que j’adore

– un film ayant obtenu un Oscar

– un film d’horreur

– un film commencé que je n’ai jamais terminé

– un dessin animé

– un biopic historique

– un film LGBT

– un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion

– un film recommandé par quelqu’un

– un film en noir et blanc

– un film basé sur des faits réels

– une comédie musicale

– un film qui m’a fait pleurer de rire

– un film de guerre

– un film adapté d’un roman graphique ou d’un comic

– un film avec un mariage

– un film d’un réalisateur asiatique

– un film que ma mère adore

 

La liste est longue mais je vais tout faire pour regarder tous les films en question le plus rapidement possible ! J’ai des tas d’idées pour pouvoir relever ce défi, en tout cas ça me motive à découvrir des films un peu plus tôt que prévu.

Pour ma part, histoire de rendre le challenge plus intéressant, à parti dans certaines catégories pour des raisons assez évidentes selon les descriptions, le but sera pour moi de découvrir de nouveaux films, je veux encore enrichir ma culture cinématographique. Ainsi, j’ai décidé de ne pas prendre en compte les films que j’ai déjà vus (si jamais j’ai l’occasion d’en revoir). De plus, à part dans une catégorie, j’ai décidé de ne pas prendre en compte les films qui sortaient en 2016.

Si vous avez envie de faire ce Movie Challenge, n’hésitez pas à partager ce petit jeu sur vos propres blogs ou à revenir au prochain bilan, histoire de savoir où vous en êtes et de comparer nos choix.