Que Viva Eisenstein !

réalisé par Peter Greenaway

avec Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata, Lisa Owen, Stelio Savante…

titre original : Eisenstein in Guanajuato

Biopic néerlandais, mexicain, finlandais, belge. 1h45. 2015.

sortie française : 8 juillet 2015 (cinéma) / 1 septembre 2015 (dvd)


 

Que viva Eisenstein a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées :  les nouveautés cinéma et les films qui nous attendent en 2016.

Evidemment, un immense merci à Pyramide films (voici également leur page Facebook).

Que viva Eisenstein !

En 1931, fraîchement éconduit par Hollywood et sommé de rentrer en URSS, le cinéaste Sergueï Eisenstein se rend à Guanajuato, au Mexique, pour y tourner son nouveau film, Que Viva Mexico ! Chaperonné par son guide Palomino Cañedo, il se brûle au contact d’Éros et de Thanatos. Son génie créatif s’en trouve exacerbé et son intimité fortement troublée. Confronté aux désirs et aux peurs inhérents à l’amour, au sexe et à la mort, Eisenstein vit à Guanajuato dix jours passionnés qui vont bouleverser le reste de sa vie.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Ca peut paraître un peu honteux d’avouer cela venant de la part d’une cinéphile mais je vais tout vous dire durant cette chronique : je n’ai vu aucun film d’Eisenstein (OH MY GOD !). D’ailleurs, jusqu’à présent, je n’avais vu aucun film de Peter Greenaway ! Bref, étant face à mon inculture cinématographique, j’ai voulu en savoir un peu plus sur Eisenstein (même si j’avais déjà lu des documents ou articles sur le bonhomme), je n’ai pas eu le temps de regarder au moins un film de sa carrière mais j’ai tout fait pour regarder des extraits de ses films (la magie d’Internet) et de relire de nouveau quelques papiers sur lui. J’ai fait cette démarche dans le but de pouvoir être objective, en tout cas, pour éviter d’être totalement de mauvaise foi. Ceci dit, malgré mes efforts, je pense que mal connaître le cinéaste russe ne changera pas grand-chose à mon avis très négatif. Pourtant, j’avais envie d’aimer ce film qui a des qualités esthétiques évidentes même si elles peuvent agacer. En effet, on ne peut pas passer à côté des couleurs flamboyantes du Mexique, ni à côté du montage très électrique (les plans s’enchaînent à une vitesse !), ni au mélange entre fiction et documentaire (des images d’archive sont judicieusement insérées avec les images de fiction en split screen, le rendu esthétique est en tout cas très intéressant et ne choque pas finalement), ni à la musique classique qui intervient souvent. Comme je vous le disais, je découvre le travail de Greenaway. On sent qu’il aime occuper de larges espaces, il y a aussi une précision dans son travail de mise en scène. Bref, il y a quelque chose de démesuré et d’outrancier dans ce film, ce qui n’a rien de négatif ou positif, c’est tout simplement un constat. Ce choix-là semblait cohérent par rapport à la grandeur même d’Eisenstein. Eisenstein est d’ailleurs présenté comme un personnage hystérique – même si on perçoit bien sa timidité, qui parle beaucoup (et même s’il ne parle finalement jamais russe même quand il parle avec des russes, son fort accent contribue aussi à rendre ce personnage encore plus exacerbé). Le film possède en tout cas une esthétique plaisante même si elle trouve vite ses limites et les deux acteurs principaux, Elmer Bäck et Luis Alberti, sont très bons, mais l’ensemble ne m’a pas plu. Pour être honnête, j’ai même eu du mal à aller au bout de l’oeuvre… Le film s’intitule peut-être Que Viva Eisenstein ! mais je ne dirais pas Que Viva Greenaway !

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Je ne m’attendais pas forcément à voir un film sur la vie de A à Z d’Eisenstein, d’ailleurs le film est plutôt présenté officiellement sur une période précise de sa vie, c’est-à-dire durant le tournage de Que Viva Mexico ! (suspense… au Mexique !). Déjà, on ne verra pas grand-chose de ce tournage. Bon… j’étais un peu déçue mais après tout, je me suis dit que ce tournage n’était qu’un prétexte pour parler d’autre chose. J’ouvre mon esprit, j’accepte les sujets qui pourront être abordés. Je comprends rapidement que le film va tourner autour de la sexualité, de la mort et de la liberté, bref des choses qui parlent à tout le monde. Sauf qu’au final Peter Greenaway veut tellement parler de choses plus universelles et même au fond plus personnelles qu’il a l’air de s’en foutre totalement de son Eisenstein. Tout ce qui l’intéresse est de parler de sexualité, voire même d’homosexualité, d’après ce que j’ai compris, des thèmes qui lui tiennent à coeur. Encore une fois, je n’ai rien contre ça. Ceci dit, il y a des manières d’aborder certains sujets. Et vous savez (si vous êtes des habitués du blog) que je n’aime pas quand j’ai l’impression de voir des scènes totalement gratuites et j’aime encore moins la prétention. Pas de bol pour Greenaway. Pour moi, Que Viva Eisenstein ! se veut intelligent alors qu’en réalité il s’agirait plutôt de masturbation intellectuelle. Le terme convient finalement très bien pour ce film provocateur, qui ferait passer La Vie d’Adèle pour un épisode du Club Dorothée ! Je n’ai rien contre les scènes de nu, voire même d’amour, et peu importe si les personnages sont hétéros, homosexuels ou bi (je préfère prévenir, qu’on ne m’accuse pas de certaines choses !). Mais voir un gars intégralement nu plusieurs scènes d’affilée m’a un petit peu tapé sur le système (alors oui c’est un film sur l’éveil sexuel mais bon c’est gratuit et ça ne justifie pas tant de bitas !)  et les scènes de cul (pornographiques, on peut le dire sans exagérer) qui durent une plombe m’ont achevée ! Pire, durant ces scènes en question, les personnages commencent (encoooore) une nouvelle conversation pseudo philosophique-existentielle ! Il y a un moment où j’ai lâché l’affaire, je n’arrivais même plus à écouter les dialogues autour d’Eros et Thanatos, ce baratin m’a gonflée, je ne supporte pas quand j’ai l’impression d’être prise pour une conne. Le film n’est pas si long que ça mais t’as l’impression qu’il dure trois heures ! Alors je sais qu’on peut avoir l’impression que je me focalise sur pas grand-chose mais pour moi justement ce sont ces petits trucs en question qui gâchent tout le potentiel d’un beau projet. Finalement, tous les efforts esthétiques du monde ne servent rien lorsqu’on est face à tant de propos creux (mais on veut nous démontrer le contraire, héhé malin le Peter !) et pire : eux-mêmes deviennent finalement gratuits et gonflants, ils n’aident même plus à appuyer un quelconque propos.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

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16 réflexions au sujet de « Que Viva Eisenstein ! »

  1. Bon, je crois que j’ai bien fait de ne pas le demander celui-là ! 😀 Je te rassure, je n’ai jamais vu de Eisentein ni de Greenaway. On a beau aimer le ciné, on ne peut pas tout voir non plus !
    Quoiqu’il en soit, ton billet est top. Il donne envie de fuir en courant mais il est vraiment bien écrit 🙂

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  2. Je n’ai pas vu le film, je ne savais même pas que Greenaway avait fait un nouveau film. Mais j’avoue avoir adoré tous les films que j’ai vu de lui jusque là (de Meurtre dans un jardin anglais à The Pillowbook). J’aime aussi beaucoup Eisenstein (même si, connaissant les films précédents de Greenaway, je me doute bien que le but n’est en rien d’apprendre quelque chose sur lui). Je dois donc dire que malgré tes réticences, que je comprends (surtout sur les discours éculés concernant Eros et Thanathos), il y a quand même une partie de moi qui a envie de voir ce film, ne serait-ce que pour voir ce qu’est devenu Greenaway

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  3. @ Girlie Cinéphilie :
    Il faut dire que ce film est sorti assez discrètement dans les salles françaises.
    Je ne peux pas situer la qualité de ce film par rapport au reste de son travail mais si ça se trouve, tu vas beaucoup aimer ce film. Si tu le vois, j’espère vraiment avoir ton retour, histoire de comprendre ce que j’ai pu rater ! 😉

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  4. Comment ! tu n’as vu aucun Eisenstein et aucun Greenaway ! 😉 Alors je peux comprendre en effet ce « trouble » qui t’a saisi, cette approche biographique qui t’a laissée interdite. Mieux vaut éviter de regarder les films d’Eisenstein sur YouTube (le tue-l’amour cinéphilique), et mieux vaut s’attendre à être déstabilisé par les films de Greenaway qui relèvent au moins autant du cinéma que de l’art contemporain. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé (tu liras ça quand je publierai), et il me semble que, au-delà de toute subjectivité, tu fais erreur sur un point dans tes récriminations : lorsque tu écris que le Greenaway « a l’air de s’en foutre de son Eisenstein ». Je crois qu’au contraire, rarement réalisateur aura démontré une telle fusion avec son sujet de Biopic (il signe la réalisation mais aussi le scénario), une telle expertise (il collectionne de longue date tout ce qui concerne le cinéaste russe) qui l’amène à modeler « son » Eisenstein selon son désir. Bien sûr les propos s’écartent parfois du simple vécu de l’artiste, mais là encore, il ne faut pas oublier que SME était un grand théoricien de l’Art, fanatique de la première heure des écrits de Freud sur Leonard de Vinci, ce qui autorise « Que viva Eisenstein ! » à un élargissement plus… universel.

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  5. @ Princecranoir :
    C’est pour cela que j’ai tenu à être honnête et rappeler le contexte car si on ne connait pas bien Eisenstein, même si je ne pense pas encore une fois que ça aurait trop changé mon avis (je veux dire, quand on s’ennuie et qu’on déteste le voyeurisme/les scènes gratuites et tout ça, en général, je ne loupe pas), c’est clair qu’on peut passer à côté d’un petit quelque chose (et dans un sens, c’est un défaut de ne pas avoir su s’adresser à la spectatrice non-initiée d’Eisenstein que je suis). Après, attention, Greenaway est certainement impliqué dans ce projet (nous sommes d’accord qu’il ne s’agit pas d’un biopic comme on en voit trop à Hollywood) mais je me suis tellement sentie délaissée qu’au final j’ai fini par ressentir ce côté « je m’en fous », dans le sens où j’ai l’impression que Greenaway aime l’esthétique, ses sujets visiblement obsessionnels d’après ce que j’ai lu dans de nombreux articles et tout ça. Je veux dire, il y a quelque chose de nombriliste j’ai l’impression. J’ai en tout cas hâte de lire ta critique, je suis certaine qu’elle sera très riche et pourra peut-être m’éclaircir !

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  6. L’esthétique est au cœur de l’œuvre de Greenaway (si tu ne l’as jamais vu, je te conseille vivement de visionner « meurtre dans un jardin anglais » enrobé des clavecins devenus classiques de Michael Nyman). Si tu viens chez moi, je t’offrirai deux films pour le prix d’un 😉

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  7. @ Princecranoir :
    Ok je vais faire de ce film une de mes priorités, ça m’agace d’avoir une note aussi négative de Greenaway, je veux juste me dire que c’est juste un film que je n’ai pas aimé et pas forcément lui . D’après ce que j’ai compris, tu habites liiiiiin de chez moi 😮

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