Seul sur Mars

réalisé par Ridley Scott

avec Matt Damon, Jessica Chastain, Kristen Wiig, Jeff Daniels, Michael Peña, Sean Bean, Kate Mara, Sebastian Stan, Mackenzie Davis, Chiwetel Ejiofor, Benedict Wong, Aksel Hennie, Donald Glover, Chen Shu…

titre original : The Martian

Film de science-fiction américain. 2h24. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Seul sur Mars

Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Seul sur Mars : Photo Matt Damon

Seul sur Mars est une adaptation du premier roman d’Andy Weir (publié en 2011). Je n’ai pas lu le roman (même s’il m’intéresse fortement) mais j’ai toujours aimé les films de science-fiction et ces dernières années, le cinéma nous a offerts de belles sensations, notamment avec Interstellar et Gravity. Seul sur Mars semble alors être LE film de science-fiction de l’année à voir. Pourtant, malgré mon attirance pour ce genre de cinéma, je n’étais pas sûre d’aller voir ce film. En effet, même si Ridley Scott reste un très grand réalisateur, je n’aime pas forcément tout ce qu’il fait (même j’adore certains de ses films mais disons que je ne trouve pas le bonhomme régulier) et je ne suis jamais allée au cinéma voir un des films parce que c’était lui qui l’avait réalisé. Cela peut vous paraître très bête mais je trouvais (c’est d’ailleurs toujours le cas) l’affiche tellement laide que j’avais vraiment l’impression qu’il s’agissait limite d’un navet (je ne sais pas si c’est moi mais cette affiche me fait penser aux pochettes des vieilles VSH des années 90 !). Finalement, après avoir découvert les bonnes critiques, que ce soit de la part de la presse ou de mes amis les blogueurs, je me suis dit qu’il fallait tout de même tenter l’expérience même si je ne pensais pas aller voir un chef-d’oeuvre. Juste pour la petite précision, suite à des problèmes d’horaires, j’ai dû aller voir le film en 3D alors que j’ai vraiment du mal avec ça. Finalement, même si ça sert à rien, ce n’était pas forcément ma pire expérience avec ce gadget (et c’est la première que je testais la 3D avec les sous-titres, ça sert à rien mais je vais le dire : c’est de la bombe de voir les mots sortir de l’écran !). Sinon, dans l’ensemble, même s’il ne s’agit pas d’un grand film, j’ai bien aimé ce Seul sur Mars. Je suis allée dans le but de me divertir et effectivement le film est un bon divertissement, ce qui est déjà pas si mal que ça. Certes, il n’est pas parfait mais il reste bien foutu dans son genre. Et encore, j’arriverais presque à excuser certains défauts, en tout cas, je comprends derrière la démarche. Par exemple, je dois avouer que j’ai trouvé le film un peu long mais je ne vois pas comment ce film aurait pu être plus court, il fallait bien exposer l’histoire, montrer aussi cette question de durée (car c’est justement tout le problème posé dans le film : comment sauver quelqu’un face à un temps limité ?).

Seul sur Mars : Photo Jeff Daniels

Je ne dirais pas que le film est pro-américain à la Michael Bay par exemple mais c’est vrai qu’il reprend toutes les bonnes vieilles habitudes qu’aiment tant les Américains, du genre tout le monde s’applaudit et s’embrasse et blablabla. Bon, faut s’y faire, c’est la vie même s’il n’y a de dégueu non plus. Il faut aussi avouer que, contrairement justement aux films que j’ai cités, il y a peut-être moins d’enjeux, en tout cas ils sont peut-être moins intenses parce qu’on sait finalement assez vite comment le film va se terminer. Après, est-ce réellement totalement un défaut ? Je ne pense pas. En effet, ces derniers temps justement, les films de science-fiction étaient tout de même assez sombres. Or, celui-ci a quelque chose de solaire. Cet aspect passe notamment par ses choix esthétiques. Au passage, tous les choix techniques et esthétiques sont vraiment époustouflants sans que ça soit too much. Bref, le film a quelque chose de positif, dans un sens, on pourrait même dire qu’il s’agit plutôt d’un feel good movie dans l’espace. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié toutes les touches d’humour incrustées tout le long du scénario. Alors certes, effectivement, la relecture de Robinson Crusoë aurait pu être renforcée mais j’ai totalement adhéré à ce choix de légèreté. Même les personnages ont tous quelque chose de positif, tout le monde est assez cool. Certes, le personnage incarné par Jeff Daniels n’est pas forcément LE gentil de l’histoire mais pour caricaturer j’ai du mal à le classer totalement parmi les méchants ou les pourris, disons que je comprends le point de vue du personnage. Cela aurait pu être gênant d’un point de vue narratif mais je trouve encore une fois que ça fonctionne. Ce que je veux dire, c’est ce que je comprends qu’il y ait des choses qui puissent gêner certains spectateurs, je comprends les critiques plus négatives ou mitigées mais j’ai adhéré à tous ces choix pour moi plus que défendables. Enfin, Seul sur Mars bénéficie d’un très bon casting. Evidemment, on pense tout d’abord à l’interprétation de Matt Damon. Il est comme souvent très bon, très convaincant et communique toujours sa sympathie et sa bonne humeur, du coup il rend son personnage encore plus attachant qu’il ne l’est déjà sur le papier. Mais tous les seconds rôles sont bons et surtout (en tout cas, c’est ce qui m’a frappée), je trouve le casting très cohérent alors que sur le papier je n’aurais pas nécessairement imaginé tous ces acteurs issus d’horizons assez différents jouer dans un même film.

Seul sur Mars : Photo Aksel Hennie, Jessica Chastain, Kate Mara, Matt Damon, Sebastian Stan

 

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Que Viva Eisenstein !

réalisé par Peter Greenaway

avec Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata, Lisa Owen, Stelio Savante…

titre original : Eisenstein in Guanajuato

Biopic néerlandais, mexicain, finlandais, belge. 1h45. 2015.

sortie française : 8 juillet 2015 (cinéma) / 1 septembre 2015 (dvd)


 

Que viva Eisenstein a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées :  les nouveautés cinéma et les films qui nous attendent en 2016.

Evidemment, un immense merci à Pyramide films (voici également leur page Facebook).

Que viva Eisenstein !

En 1931, fraîchement éconduit par Hollywood et sommé de rentrer en URSS, le cinéaste Sergueï Eisenstein se rend à Guanajuato, au Mexique, pour y tourner son nouveau film, Que Viva Mexico ! Chaperonné par son guide Palomino Cañedo, il se brûle au contact d’Éros et de Thanatos. Son génie créatif s’en trouve exacerbé et son intimité fortement troublée. Confronté aux désirs et aux peurs inhérents à l’amour, au sexe et à la mort, Eisenstein vit à Guanajuato dix jours passionnés qui vont bouleverser le reste de sa vie.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Ca peut paraître un peu honteux d’avouer cela venant de la part d’une cinéphile mais je vais tout vous dire durant cette chronique : je n’ai vu aucun film d’Eisenstein (OH MY GOD !). D’ailleurs, jusqu’à présent, je n’avais vu aucun film de Peter Greenaway ! Bref, étant face à mon inculture cinématographique, j’ai voulu en savoir un peu plus sur Eisenstein (même si j’avais déjà lu des documents ou articles sur le bonhomme), je n’ai pas eu le temps de regarder au moins un film de sa carrière mais j’ai tout fait pour regarder des extraits de ses films (la magie d’Internet) et de relire de nouveau quelques papiers sur lui. J’ai fait cette démarche dans le but de pouvoir être objective, en tout cas, pour éviter d’être totalement de mauvaise foi. Ceci dit, malgré mes efforts, je pense que mal connaître le cinéaste russe ne changera pas grand-chose à mon avis très négatif. Pourtant, j’avais envie d’aimer ce film qui a des qualités esthétiques évidentes même si elles peuvent agacer. En effet, on ne peut pas passer à côté des couleurs flamboyantes du Mexique, ni à côté du montage très électrique (les plans s’enchaînent à une vitesse !), ni au mélange entre fiction et documentaire (des images d’archive sont judicieusement insérées avec les images de fiction en split screen, le rendu esthétique est en tout cas très intéressant et ne choque pas finalement), ni à la musique classique qui intervient souvent. Comme je vous le disais, je découvre le travail de Greenaway. On sent qu’il aime occuper de larges espaces, il y a aussi une précision dans son travail de mise en scène. Bref, il y a quelque chose de démesuré et d’outrancier dans ce film, ce qui n’a rien de négatif ou positif, c’est tout simplement un constat. Ce choix-là semblait cohérent par rapport à la grandeur même d’Eisenstein. Eisenstein est d’ailleurs présenté comme un personnage hystérique – même si on perçoit bien sa timidité, qui parle beaucoup (et même s’il ne parle finalement jamais russe même quand il parle avec des russes, son fort accent contribue aussi à rendre ce personnage encore plus exacerbé). Le film possède en tout cas une esthétique plaisante même si elle trouve vite ses limites et les deux acteurs principaux, Elmer Bäck et Luis Alberti, sont très bons, mais l’ensemble ne m’a pas plu. Pour être honnête, j’ai même eu du mal à aller au bout de l’oeuvre… Le film s’intitule peut-être Que Viva Eisenstein ! mais je ne dirais pas Que Viva Greenaway !

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Je ne m’attendais pas forcément à voir un film sur la vie de A à Z d’Eisenstein, d’ailleurs le film est plutôt présenté officiellement sur une période précise de sa vie, c’est-à-dire durant le tournage de Que Viva Mexico ! (suspense… au Mexique !). Déjà, on ne verra pas grand-chose de ce tournage. Bon… j’étais un peu déçue mais après tout, je me suis dit que ce tournage n’était qu’un prétexte pour parler d’autre chose. J’ouvre mon esprit, j’accepte les sujets qui pourront être abordés. Je comprends rapidement que le film va tourner autour de la sexualité, de la mort et de la liberté, bref des choses qui parlent à tout le monde. Sauf qu’au final Peter Greenaway veut tellement parler de choses plus universelles et même au fond plus personnelles qu’il a l’air de s’en foutre totalement de son Eisenstein. Tout ce qui l’intéresse est de parler de sexualité, voire même d’homosexualité, d’après ce que j’ai compris, des thèmes qui lui tiennent à coeur. Encore une fois, je n’ai rien contre ça. Ceci dit, il y a des manières d’aborder certains sujets. Et vous savez (si vous êtes des habitués du blog) que je n’aime pas quand j’ai l’impression de voir des scènes totalement gratuites et j’aime encore moins la prétention. Pas de bol pour Greenaway. Pour moi, Que Viva Eisenstein ! se veut intelligent alors qu’en réalité il s’agirait plutôt de masturbation intellectuelle. Le terme convient finalement très bien pour ce film provocateur, qui ferait passer La Vie d’Adèle pour un épisode du Club Dorothée ! Je n’ai rien contre les scènes de nu, voire même d’amour, et peu importe si les personnages sont hétéros, homosexuels ou bi (je préfère prévenir, qu’on ne m’accuse pas de certaines choses !). Mais voir un gars intégralement nu plusieurs scènes d’affilée m’a un petit peu tapé sur le système (alors oui c’est un film sur l’éveil sexuel mais bon c’est gratuit et ça ne justifie pas tant de bitas !)  et les scènes de cul (pornographiques, on peut le dire sans exagérer) qui durent une plombe m’ont achevée ! Pire, durant ces scènes en question, les personnages commencent (encoooore) une nouvelle conversation pseudo philosophique-existentielle ! Il y a un moment où j’ai lâché l’affaire, je n’arrivais même plus à écouter les dialogues autour d’Eros et Thanatos, ce baratin m’a gonflée, je ne supporte pas quand j’ai l’impression d’être prise pour une conne. Le film n’est pas si long que ça mais t’as l’impression qu’il dure trois heures ! Alors je sais qu’on peut avoir l’impression que je me focalise sur pas grand-chose mais pour moi justement ce sont ces petits trucs en question qui gâchent tout le potentiel d’un beau projet. Finalement, tous les efforts esthétiques du monde ne servent rien lorsqu’on est face à tant de propos creux (mais on veut nous démontrer le contraire, héhé malin le Peter !) et pire : eux-mêmes deviennent finalement gratuits et gonflants, ils n’aident même plus à appuyer un quelconque propos.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Au service de la France (saison 1)

Créée par Jean-François Halin, Jean-André Yerles, Claire Lemaréchal

avec Hugo Becker, Wilfred Benaiche, Christophe Kourotchkine, Karim Barras, Bruno Paviot, Jean-Edouard Bodziak, Mathilde Warnier, Joséphine de la Baume, Marie-Julie Baup, Antoine Gouy…

Série comique française. 1ere saison. 2015.

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Début des années 1960. Les services secrets français recrutent le jeune André Merleaux , de retour d’Algérie. André se forme auprès de vrais espions davantage préoccupés par leurs notes de frais que par leur mission. La route est longue pour devenir un espion digne de 007 dans un service labyrinthique, kafkaïen et absolument certain de la suprématie française sur le monde.

Photo Hugo Becker

Arte a diffusé en fin octobre jusqu’à mi-novembre dernier la première saison de Au service de la France. Cette série a été créée par Jean-François Halin, scénariste des OSS 117 (de Michel Hazanavicius) et tous les épisodes ont été réalisés par Alexandre Courtes, connu pour avoir réalisé de nombreux clips vidéos et a également tourné plusieurs segments des Infidèles. Cette première saison comporte douze épisodes, chacun durant à peine une vingtaine de minutes, à l’image d’une sitcom (même si, malgré le format et l’humour, on ne pourrait pas dire qu’il s’agit d’une sitcom). Je dois avouer que l’accueil assez froid des spectateurs m’a assez surprise même si la série a ses défauts. En effet, j’ai lu des commentaires très négatifs, notamment sur Allocine, et les audiences ont vraiment pris un sacré coup en peu de temps : la première semaine, la série avait réuni plus d’un million de spectateurs et dès la deuxième semaine il n’en restait que la moitié ! Par ailleurs, je ne suis pas sûre qu’il y ait une seconde saison prévue, même si personnellement j’aimerais vraiment connaître la suite de l’histoire, surtout après avoir regardé le tout dernier épisode, rempli de suspense ! Dans l’ensemble, je reconnais les imperfections de cette série : je ne me suis pas ennuyée car les épisodes sont courts et sont tout de même très divertissants (en tout cas, de ce côté-là j’étais été satisfaite) mais effectivement la série rencontre quelques petits problèmes de rythme et la caricature, pourtant drôle (j’y reviendrai), prend un peu trop le dessus sur l’épaisseur des personnages et efface parfois le contexte historique (la guerre d’Algérie) pourtant très important pour comprendre l’attitude même des personnages. Seuls les derniers épisodes, plus dramatiques, posent réellement des questions sur le passé difficile de la France. Ceci dit, le regard porté sur les années 1960 est très pertinent et quelque part, c’est grâce à cette caricature.

Photo Hugo Becker, Mathilde Warnier

En effet, on a toujours une image très positive de cette époque-là (vous savez, le fameux « c’était mieux avant ! ») alors que la série rappelle justement que ce n’était aussi merveilleux : les femmes n’avaient pas encore beaucoup de liberté, on était un peu trop nationaliste quitte à être raciste, l’Algérie était française et il était – évidemment – hors de question qu’elle puisse devenir indépendante tout comme les autres colonies françaises. Certains affichaient même encore leur soutien au régime de Vichy ! C’est ce décalage avec notre actualité très différente de ce qu’on pouvait imaginer à l’époque qui est drôle. Par ailleurs, même s’il y a eu une évolution politiquement et socialement, les années 1960 partagent un énorme point commun avec notre époque : l’administration bien sûr ! C’est pour moi le point le plus réussi de cette série. En fait, et c’est ce qui justifierait les quelques moments flous autour du contexte historique (même si encore une fois, cela aurait mérité d’être renforcé), on est très loin de l’idée de l’agent secret qui agit et tue l’ennemi : les agents secrets sont ici plus des personnes qui signent des papiers, veulent finir bien à l’heure, ne pas répondre au téléphone parce que sinon on travaille encore et le travail c’est pénible, ou encore on fait grève pour pour des revendications minimes ! Certes, la critique de l’administration n’est pas nouvelle mais elle reste tout de même percutante dans le sens où elle souligne bien toute la bêtise et surtout son absurdité. Cette absurdité fonctionne également grâce à des répliques savoureuses, certaines sont même assez marquantes ! Il y a même un côté mécanique dans ces répliques (en tout cas dans la manière de les envoyer) qui contribue à cette absurdité et du coup (en tout cas, en ce qui me concerne) les vannes marchent.

Photo Bruno Paviot, Jean-Édouard Bodziak, Josephine de la Baume, Karim Barras

Sinon, je pense que j’ai réussi à accrocher à cette série grâce à la reconstitution de l’époque. Certes, là encore, certains traits peuvent paraître grossis mais dans l’ensemble je trouve qu’on arrive tout de même bien à se plonger dans cette époque, que ce soit grâce aux costumes ou décors mais aussi grâce à la manière même dont les personnages s’expriment ! Je ne sais pas si je suis claire mais je vais essayer de l’être : dans certains films ou séries d’époque, il y a beau y avoir des tas de beaux décors etc…, parfois je trouve la diction des acteurs trop contemporaine. Certes, je n’ai évidemment jamais vécu dans les années 1960 mais en regardant des films de cette époque-là, les acteurs avaient une diction assez particulière, identifiable à cette période. Je trouve que tous les acteurs bons, en tout cas le casting m’a semblé cohérent. Certains ont reproché à Hugo Becker (alias André Merleaux) d’être trop lisse. C’est vrai qu’il a quelque chose de lisse, notamment physiquement, mais c’est un choix assez logique par rapport à ce qu’il incarne – c’est-à-dire un jeune premier qui pourrait être le gendre idéal, qui ne connait pas encore grand-chose de la vie (un peu vieux jeu) et qui va commencer à se détacher de toutes les idées que la société de l’époque lui a mises en tête. Pour moi, le côté lisse n’est finalement qu’une apparence et est largement compensé par l’interprétation de Becker qui trouve véritablement le bon ton pour aborder son personnage. Je ne vais pas forcément m’attarder sur tout le casting car ça serait inutilement long, je voulais juste revenir sur le trio formé par Karim Barras, Jean-Edouard Bodziak et Bruno Paviot, incarnant les agents qui forment Merleaux : ils sont vraiment hilarants en agents abrutis qui racontent d’énormes âneries. Pour conclure, Au service de la France n’est peut-être pas parfaite mais je l’ai tout de même divertissante malgré ses problèmes de rythme, drôle, même osée mine de rien et bien interprétée. Je ne sais pas si ça se fera mais elle mérite pour moi une deuxième saison !

Photo Bruno Paviot, Jean-Édouard Bodziak, Karim Barras

 

Vampires en toute intimité

réalisé par Jemaine Clement et Taika Waititi

avec Jemaine Clement, Taika Waititi, Jonathan Brugh, Cori Gonzales-Macuer, Stuart Rutherford, Jackie Van Beek, Ben Fransham, Elena Stejko…

titre original : What We Do in the Shadows

Comédie néo-zélandaise. 1h22. 2014.

sortie française (e-cinema) : 30 octobre 2015

Vampires en toute intimité

Le cliché voudrait que les vampires vivent dans de vieux châteaux en Transylvanie. Ce n’est pourtant pas le cas de Viago (379 ans), Deacon (183 ans), Vladislav (862 ans) et Peter (8000 ans), qui ont établi une colocation à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Ensemble, ils doivent surmonter les petits tracas du quotidien, tels que la bonne répartition des tâches ménagères, ou encore leur constante soif de sang. La vie moderne ajoute bien des désagréments aux habituels problèmes de miroir et de lumière du jour…

(résumé trouvé sur Cinémafantastique)

Vampires en toute intimité : Photo Jemaine Clement, Jonathan Brugh, Taika Waititi

Vampires en toute intimité (c’est quoi ce titre sérieusement qui donne envie de fuir ?), qui était à l’origine un court-métrage (toujours par les mêmes réalisateurs), a rencontré un joli succès dans le monde au point qu’un deuxième volet serait déjà prévu ! Hélas, en France, il n’est sorti qu’en e-cinema alors qu’il méritait vraiment d’être diffusé dans les salles (surtout quand on voit certaines daubes dans les cinémas, passons). Pire, la version française est assurée par Nicolas et Bruno (avec les voix d’Alexandre Astier, Fred Testot, Bruno Salomone, Zabou Breitman, Julie Ferrier ou encore Jérémie Elkaïm) qui ne se sont pas simplement contentés de doubler le film : il s’agit pratiquement d’un détournement du film original. Ainsi, les personnages portent des prénoms français, l’histoire se déroule à Limoges, le doublage est volontairement mauvais etc… Je ne dis pas que ce détournement n’est pas drôle, même si ce n’est pas forcément mon trip. Peut-être que cette version fera rire certains spectateurs réceptifs à ce type d’humour. Je préfère juste préciser qu’il vaut mieux d’abord regarder Vampires en toute intimité en version originale sous-titrée avant de se taper éventuellement la version française car pour moi la V.F. serait limite un autre film à part qui s’inspire de la comédie néo-zélandaise. Je préférais vraiment faire cette parenthèse qui me semblait essentielle, surtout pour mieux apprécier Vampires en toute intimité à sa juste valeur. Limite j’aurais dû mettre en guise de titre pour mon billet le titre original du film What We Do in the Shadows pour bien faire la distinction entre ces deux versions. Bref, tout ça pour dire qu’il est vraiment regrettable de passer à côté de cette remarquable comédie horrifique passée trop inaperçue en France (malgré le coup marketing avec Bruno et Nicolas). Il s’agit d’une sorte de faux-documentaire (on ne connait pas l’identité de l’équipe du tournage – on sait juste qu’elle est munie de crucifix pour pouvoir se protéger) qui suit un groupe de vampires, issus d’époques différentes, vivant en colocation à Wellington de nos jours.

Vampires en toute intimité : Photo Taika Waititi

La première partie suit alors le quotidien des personnages en reprenant et en revisitant même merveilleusement bien tous les codes des vampires que l’on connait pourtant déjà : ainsi, les vampires restent invisibles face à un miroir, il faut qu’on les invite pour qu’ils puissent entrer dans un lieu (pour entrer dans une boîte de nuit, ils insistent très lourdement aux videurs de les inviter pour qu’ils puissent entrer), ils dorment évidemment dans des cercueils et doivent sortir la nuit chasser pour pouvoir boire du sang pour ne citer que ces exemples-là. Le tout est mélangé avec tout ce qu’on sait et ce qu’on imagine sur la colocation : cohabitation difficile avec des personnes de différentes générations, répartition des tâches, problème de propreté (surtout quand on veut zigouiller des gens) etc… L’idée en elle-même est vraiment sympa mais le film aurait pu tourner très vite en rond. Mais en faisant intervenir plus tard dans le scénario une de leurs victimes qui s’est transformée en vampire et qui intègre leur bande, ramenant ainsi son ami informaticien, bel et bien humain (et qui devient également pote avec les vampires !), le scénario trouve un véritable dynamisme. Au-delà de l’histoire en elle-même très sympa, Vampires en toute intimité exploite merveilleusement bien toutes ses bonnes idées alors qu’elles auraient pu être juste sympas sur le papier. Déjà, il faut le dire d’entrée : j’ai trouvé le film vraiment drôle du début jusqu’à la fin. Tout semble vraiment réfléchi : les traits des vampires sont certes « grossis » (le dandy, la bête sexuelle, une sorte de Nosferatu etc…), il y a forcément un peu de caricature mais elle s’arrête là où il le faut, ça ne devient pas non plus grotesque et les personnages ont tout de même derrière une épaisseur (les personnages étant très attachants alors qu’ils ont tout de même leurs mauvais côtés !). Ce qui est également très réussi, c’est de voir comment des éléments du quotidien, qui peuvent être banals, paraissent désormais disproportionnés, du genre on se dispute en volant dans les airs ou encore les personnages piquent une crise parce que l’un d’entre eux a laissé le rideau ouvert !

Vampires en toute intimité : Photo promotionnelle

La forme du film, c’est-à-dire sous forme de « documentaire » avec caméra à l’épaule, est un véritable atout (et pas juste un gadget éventuellement) dans le sens où certaines scènes sont encore plus burlesques qu’elles le devraient l’être (on peut même parler de parodie des émissions de télé-réalité, notamment avec des plans façon « confessionnal »). De plus, ce procédé permet à l’histoire d’être plus authentique et surtout le spectateur se sent encore plus proche des personnages. Je pourrais passer des heures à dire tout ce que j’ai aimé dans ce film mais le but n’est pas non plus de révéler toutes les vannes ! Pour faire vite fait, j’ai trouvé les répliques vraiment très drôles et j’ai vraiment adhéré à l’humour, une sorte de mélange très réussi entre l’absurde, le kitsch, le décalage, le second degré et la débilité volontaire ! Il ne faut pas non plus oublier que cet humour fonctionne car il est mélangé avec l’horreur. Ainsi, le film trouve vraiment un bon équilibre entre les deux genres et chaque genre nourrit l’autre. Il y a évidemment des tas de films qui utilisent ce procédé (on pourra penser à Shaun of the Dead d’Edgar Wright ou plus récemment à The Voices de Marjane Satrapi) mais il arrive vraiment Je crois aussi que le long-métrage fonctionne parce qu’il est court (limite trop court vu comme j’ai pris mon pied !) et très rythmé, du coup non seulement on ne s’ennuie pas du tout mais je pense aussi que les gags ont encore plus d’effets que prévus ! Enfin, tous les acteurs (méconnus en France) sont excellents, notamment les deux réalisateurs du film : Jemaine Clement, plus connu pour le groupe et la série Flight of the Conchords, et Taika Waititi, qui commence tout de même à avoir un joli parcours même si son nom ne dit rien à première vue : nommé aux Oscars en 2005 pour son court-métrage Two Cars, One Night, il est également réalisateur de Boy, visiblement bien réputé et d’après ce que j’ai compris, devrait réaliser le prochain Thor. 

Vampires en toute intimité : Photo

Scorsese – l’exposition

Il y a pratiquement un mois, plus précisément le samedi 24 octobre, je suis partie de mon Sud pour me rendre à Paris (youpi, j’ai retrouvé les joies du TGV). Avec quelques membres de ma famille, également très fans de Marty, je suis allée ce jour-là à l’exposition Martin Scorsese à la Cinémathèque Française (et j’ai également profité de mon séjour parisien pour aller visiter le Louvre – magnifique mais crevant – et le Musée National des Arts Asiatiques-Guimet – vraiment chouette) ouverte au public depuis le 14 octobre dernier et qui prendra fin le 14 février prochain (Martin Scorsese serait-il un grand romantique ? Bon, ok, je sors). Ce n’était pas la première fois que j’allais à la Cinémathèque Française : en effet, j’y étais déjà allée au printemps 2011 pour l’exposition dédiée à Stanley Kubrick (et qui était absolument géniale). Je préfère alors le dire d’entrée : mon avis sur l’expo Scorsese a subi une petite comparaison avec celle de Kubrick. Au début ce n’était pas forcément volontaire mais c’est en préparant ma chronique que je me suis aperçue que je n’étais pas nécessairement objective sur ma journée. Je vous rassure : j’ai aimé cette exposition. En tant que fan (et ce n’est pas un mot en l’air – j’ai pratiquement vu l’intégrale des longs-métrages de Scorsese et j’ai même vu certains de ses documentaires), c’était forcément un bonheur de se retrouver avec tous ces documents autour de films que j’aime tant ! J’ai trouvé l’ensemble très enrichissant, j’ai particulièrement aimé voir de mes propres yeux certaines lettres signées par de grandes personnalités, des extraits de scénarios annotés, des croquis, le costume de Cate Blanchett dans Aviator ou encore la Palme d’or (pour Taxi Driver) pour ne citer que ces exemples-là.

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Cependant, je n’ai pas non plus trouvé l’exposition parfaite. Déjà, il faut le dire : quand j’y suis allée, il y avait beaucoup de monde, ce qui était logique puisque l’exposition avait à peine ouvert ses portes dix jours avant et en plus on était encore en vacances scolaires. Je ne peux donc pas blâmer la Terre entière, c’est-à-dire ni les personnes qui n’ont pu que se déplacer à cette période en question, ni à la Cinémathèque (enfin peut-être un peu mais pas totalement). Cependant, je pense qu’il y a tout de même des problèmes d’organisation au sein même de l’exposition, en tout cas je remets juste en question la manière de l’avoir conçue. Il faut savoir que l’exposition est organisée par thèmes, c’est-à-dire la famille, la mafia, la religion… Ce n’était pas idiot, loin de là et c’est parfois un choix pertinent. Je me suis tout de même demandée si ce n’était pas un moyen de camoufler certaines absences de documents. En effet, et attention, je comprends parfaitement la possible difficulté des organisateurs, je pense que certains films ne devaient pas avoir suffisamment de documents, pas au point de consacrer un « chapitre » entier, comme c’était le cas pour l’exposition Kubrick qui présentait chronologiquement chaque film de sa carrière. Après, je suis lucide : Kubrick gardait absolument tous ses documents, ce qui a certainement aidé la Cinémathèque à les exposer sur trois étages ! De plus, Scorsese a vraiment beaucoup de films à son actif, cela aurait sans doute été compliqué de parler individuellement de chaque film. Cela dit, j’étais tout de même frustrée de ne pas voir certains films mis en avant et surtout je trouve cela dommage d’avoir organisé l’exposition sur un étage uniquement. Du coup, on ressort un peu de là en se disant « tiens, déjà fini ? » mais surtout cela crée réellement des bouchons, ce qui est très pénible, surtout quand il y a beaucoup de monde au sein d’une même pièce.

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Par ailleurs, même si en tant que fan je suis ressortie ravie car j’étais dans un univers que j’aimais et que je connaissais, l’exposition m’a semblé davantage destinée vers des personnes qui ne connaissaient pas nécessairement les films de Scorsese. Je l’ai notamment remarqué en observant les gens ébahis en découvrant des extraits de ses longs-métrages. Certes, quelque part, c’est une belle initiative, c’est génial si des gens ont eu envie de découvrir sa filmographie, si ça peut aider certains à enrichir leur culture cinéma, mais encore une fois, en poussant les gens à être focalisés sur les écrans, il y avait par conséquent des bouchons. C’est dommage d’avoir placé ces vidéos au milieu des pièces, je pense que ça aurait plus judicieux de les mettre à part. Je sais qu’on peut croire que mon avis est hyper négatif alors que ce n’est pas le cas. Honnêtement, j’ai beaucoup aimé cette exposition, je ne regrette vraiment pas de l’avoir vue, je suis ressortie de là comme une gosse. Mais je tenais juste à exprimer juste les deux-trois choses qui m’ont paru maladroites, même si j’ai conscience que j’ai écrit sur beaucoup trop de lignes. J’avais juste envie de faire partager ma journée, de donner mes impressions, savoir si ceux qui y sont allés avaient le même avis que moi ou non et peut-être aider dans un sens les gens qui souhaiteraient y aller pour qu’ils puissent organiser cette sortie. J’en profite également pour vous inciter à découvrir le Musée de la Cinémathèque que j’ai trouvé absolument génial ! En tout cas, malgré des imperfections, j’aime toujours autant les expositions de la Cinémathèque française et j’y retournerai quand je le pourrais avec un immense plaisir !

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Notre petite soeur

réalisé par Hirokazu Kore-Eda

avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho, Suzu Hirose, Ryo Kase…

titre original : Umimachi Diary

Drame japonais. 2h07. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

Notre petite soeur

Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura. Par devoir, elles se rendent à l’enterrement de leur père, qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de 14 ans. D’un commun accord, les jeunes femmes décident d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale…

Notre petite soeur : Photo

Je n’ai pas encore regardé la totalité de sa filmographie mais je commence mine de rien à connaître le travail de Hirokazu Kore-Eda. Je suis une immense fan de Nobody Knows et Still Walking, j’adore Tel Père, Tel Fils et j’aime également beaucoup I Wish (en gros, j’ai aimé tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, j’ai tenté de faire une sorte de hiérarchisation dans mes préférences). C’est pour cette raison que je suis allée voir son dernier long-métrage, Notre petite soeur, présenté en compétition au dernier festival de Cannes (présidé par Joel et Ethan Coen). Il s’agit de l’adaptation du manga Kamakura Diary d’Akimi Yoshida. J’ai bien aimé ce long-métrage même si je comprends son absence au palmarès cannois. Je ne pense pas qu’il s’agit du meilleur film du réalisateur japonais. Tout d’abord, même si je ne me suis pas non plus ennuyée, c’est la première fois que je ressens des longueurs dans un film de Kore-Eda. De plus, selon moi, il manquerait à ce film un peu d’enjeu narratif. Certes, il n’y en avait pas non plus des masses dans ses autres films car il a toujours joué sur le côté « tranche de vie » (oui, Chonchon, je te pique tes expressions !), c’est-à-dire qu’on doit surtout se laisser transporter par le quotidien simple voire même banal des personnages. Il n’y avait pas non plus dans ses précédents films des péripéties extraordinaires. Cela dit, j’avais tout de même toujours eu la sensation qu’il y avait une direction dans ses films derrière ces « tranches de vie », qu’il y avait un point A allant vers un point B : on pourra notamment penser à l’issue tragique dans Nobody Knows, qui est la conséquence du quotidien des enfants livrés à eux-mêmes, au voyage en train dans I Wish ou encore la décision finale du père non biologique dans Tel père, tel fils. Attention, je ne dis pas non plus que le film va nulle part mais je dirais que la manière de mener le film vers une direction m’a paru plus bancale que d’habitude.

Notre petite soeur : Photo

Ceci dit, cela ne m’a pas empêchée d’aimer ce film et quelque part je comprends ce côté bancal que je lui « reproche » pourtant. Comme le dirait Yuko (je ne sais pas pourquoi, j’ai décidé aujourd’hui de piquer des expressions aux blogueurs, pourtant l’inspiration est là !), il s’agit d’un « film bonbon », on pourrait aussi parler de « film fleuve » (mais j’adore l’expression « film bonbon » car on retrouve vraiment tout le côté sucré et acidulé de l’univers de Kore-Eda !). En gros, il faut surtout se laisser transporter par une atmosphère tendre et douce, s’attacher aux personnages et surtout entrer petit à petit dans le quotidien de cette charmante famille. Même si le film manque d’intrigue (une fois que la petite dernière a rejoint ses trois soeurs aînées dans leur maison de campagne), je me suis laissée embarquée par cette histoire car le récit reste malgré tout fluide. Ainsi, même si ce n’est pas nécessairement mon Kore-Eda préféré, on retrouve tous les ingrédients qui font le charme de ses films sans avoir une impression de déjà-vu ou sans nous laisser : la délicatesse et la pudeur sont au rendez-vous pour notre plus grand bien. Finalement, à partir de ces éléments naît une véritable émotion. Certes, c’est vrai que tout semble très positif voire même Bisounours au coeur de cette sororité (c’est moi ou c’est bizarre d’écrire ce mot ? Hum j’ai presque envie de parler de fraternité, s’il y a des gens qui ont envie de jouer à Bescherelle Ta Mère, c’est le moment d’intervenir !) mais je n’ai pas trouvé le film niais (parce que « film bonbon » n’est pas associé à de la niaiserie hein, la guimauve par contre, c’est dégueu…, bon, vous suivez ma logique gastronomique ?) et encore moins larmoyant. Même si le thème de la famille reste omniprésent dans la filmographie, je trouve que Kore-Eda arrive tout de même à se renouveler, à trouver un nouveau souffle en mettant en scène une famille finalement pas banale : il n’y a que de jeunes femmes modernes (avec une jeune adolescente) qui composent cette famille. Aucune personne qui a réellement le statut de parent n’est présent et pourtant les quatre femmes s’en sortent très bien, elles sont parvenues à créer leur propre famille, voire même dans un sens une communauté à part entière.

Notre petite soeur : Photo

C’est à partir de là que je vais de nouveau atténuer mes propos sur le manque d’intrigue (ou plutôt, pour mieux reformuler mon idée, sur son manque d’évolution d’intrigue, c’est peut-être plus clair) qui m’a parfois posée problème car paradoxalement (et je ne dis pas ça pour défendre le film à tout prix car comme vous le savez déjà, je n’hésite pas à dire du mal d’un film même si j’adore tous les autres films d’un réalisateur) ce que je lui reproche est pourtant aussi une grande qualité, quelque chose qui m’a (aussi) plu : j’ai aimé cette représentation du quotidien. Certes, ce n’est pas forcément quelque chose de nouveau mais pour moi il s’agit toujours d’un défi et pour moi Kore-Eda le relève plus que bien malgré les conséquences que j’ai déjà exposées. Franchement, je me sentais bien durant la séance avec cette famille, j’avais envie de manger de bons petits plats avec elle (j’avais vraiment la dalle… ça a duré plus de deux heures, bon sang…). En tout cas le rapport entre les soeurs, bien qu’il puisse paraître un peu trop bienveillant pour certains spectateurs, m’a beaucoup touchée et plus généralement (sans vouloir écrire une phrase super bateau), je trouve qu’il s’agit d’une ode aux femmes. De plus, grâce à une mise en scène soignée et élégante, le film met en avant la campagne japonaise et c’est aussi ce décor naturel magnifique qui contribue à cet apaisement qu’on ressent tout le long du film. Enfin, Notre petite soeur bénéficie d’un très bon casting féminin. Chaque actrice incarne bien son personnage, chacune ayant sa propre personnalité et son caractère, on peut chacune les identifier à un petit truc et pourtant aucune fille n’est caricaturale.

Notre petite soeur : Photo

The Lobster

réalisé par Yorgos Lanthimos

avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden, Olivia Colman, Ashley Jensen, Ariane Labed, Angeliki Papoulia, John C. Reilly, Léa Seydoux, Ben Whishaw, Michael Smiley…

Science-fiction, comédie dramatique grec, britannique, irlandais, français, néerlandais. 2h. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

The Lobster

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

The Lobster, reparti avec le Prix du jury au dernier festival de Cannes (présidé par les frères Coen), est le premier film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos tourné en anglais. Son passage cannois ainsi que son casting de rêve ont permis à ce film de se faire davantage connaître et à juste titre. En effet, même si je lui ai trouvé quelques défauts, j’ai beaucoup aimé ce film assez étrange et qui ne plaira peut-être pas à tout le monde. Pour ma part, parmi les choses que j’ai moins aimés, j’ai trouvé le film un peu trop long. Je ne me suis pourtant ennuyée mais c’est vrai que j’ai senti quelques longueurs. Le thème musical est également un peu trop répétitif et pas toujours bien utilisé, ce qui peut finir par agacer. Enfin, sans vouloir être méchante, par pitié, pourquoi Léa Seydoux joue-t-elle aussi mal ? Pourquoi récite-t-elle son texte bêtement comme si elle venait de l’apprendre ? Sinon, en dehors de ces trois principaux éléments qui sont, selon moi, des défauts, j’ai vraiment bien aimé ce film qui rappelle évidemment beaucoup l’univers de George Orwell, (notamment avec la présence de la chambre 101 de 1984 ou encore même à La Ferme des Animaux) ou encore à celui de Franz Kafka (lui aussi pour la métaphore animale et également pour son absurdité). The Lobster pourra perturber car il faut avouer que certains contours de l’histoire restent flous. Cependant, même certains pourront douter du travail des scénaristes par rapport à ces imprécisions, je pense que le scénario est volontairement imprécis pour que le spectateur puisse identifier cet univers à son propre monde, finalement autant absurde que celui proposé par Yorgos Lanthimos. Personnellement, je crois que c’est finalement plus le fond qui m’a parlée que la forme pourtant intéressante (la mise en scène m’a plu pour sa précision et sa froideur et semble justement cohérente avec les réflexions défendues) mais qui a ses moments de fragilité. Il est alors intéressant de voir comment les deux parties se répondent et donnent une explication très juste sur l’amour : ainsi, la première partie, qui se déroule dans l’hôtel, montre qu’on ne peut pas forcer les gens à s’aimer. La seconde, qui a lieu au sein de la forêt, appuie le fait qu’on ne peut pas non plus empêcher les gens de s’aimer : les choses doivent finalement arriver quand elles doivent arriver.

The Lobster : Photo Colin Farrell

A partir de ce constat, plusieurs choses m’ont réellement plu : tout d’abord, j’ai trouvé que le passage à la seconde partie n’était pas brutal, il se fait de manière assez naturelle, alors que la division en deux parties aurait pu être assez lourde et trop insistante. Surtout, lorsqu’on regarde la première partie, on aurait pu s’attendre à découvrir les Solitaires comme les « gentils » de l’histoire étant donné qu’ils sont chassés par l’équipe de l’Hôtel et qu’ils sont vus comme des résistants face à la dictature imposée aux célibataires. Or, les Solitaires représentent eux-mêmes une forme de dictature et sont autant ridicules que ceux qui gèrent le sort des célibataires à l’Hôtel (le ridicule passant notamment par le biais de la musique). J’ai donc apprécié qu’on ait évité un manichéisme qui aurait pu pourtant exister. De plus, l’écho au système binaire tant défendu par le système totalitaire de l’Hôtel fonctionne vraiment bien grâce à cette structure elle-même binaire. Il est d’ailleurs intéressant de voir jusqu’où le « concept » est poussé dans le sens où dans le film présente un monde dans lequel il n’y a aucune nuance. Par exemple, on est soit hétérosexuel, soit homosexuel, on ne peut pas être bisexuel. Avec une grande efficacité, The Lobster évoque notre société pas si libre que ça, qui dicte la conduite et la pensée des individus au point de les persuader qu’il n’y a qu’une seule vision de vie possible. Comment ne pas penser à notre société actuelle qui prône la vie à deux à tout prix la vie à deux, comme si vivre seul était une tare ? Mais aussi, comment ne pas penser à cette sorte de mode de ces nouveaux célibataires qui refusent justement toute possibilité de vivre à deux juste par principe ? On pensera évidemment aux sites de rencontres ou même aux speed-dating qui eux aussi ont une vision restreinte des relations de couple, notamment en mettant dans la tête des gens qu’il faut à tout prix que le futur partenaire ait les mêmes goûts ou partage nécessairement des points communs. Par ailleurs, les métaphores (voire même les allégories) auraient également pu être trop appuyées mais le ton m’a paru suffisamment juste pour qu’elles ne nous gonflent pas non plus.

The Lobster : Photo Léa Seydoux

Ainsi, la « représentation » de l’animalisation est très intéressante dans le sens où justement on ne verra jamais la transformation d’un individu en animal une fois qu’il est arrivé à la fin de son séjour. La seule chose qui nous rattache à cette transformation et donc à cette fin sinistre est le frère de David, transformé en chien. Ceux qui échouent tentent de se rattacher à la vie en voulant se transformer en chien, animal fidèle de l’homme, ou encore, en homard (the lobster) car comme l’explique David, il s’agit d’un animal qui vit longtemps, dans l’eau et qu’il peut beaucoup se reproduire. Mais il n’a pas pensé que ce choix était à double tranchant : le homard peut aussi se faire casser les pattes ou se faire bouffer. Il est aussi intéresser de voir que c’est le handicap qui réunirait deux individus. Pour moi, le handicap des personnages serait une représentation de ces critères qu’on attribuerait à tort aux individus pour les persuader de se mettre ensemble alors qu’ils ne sont pas forcément faits pour s’aimer malgré des points communs. Pire, les relations à deux sont vues comme un mensonge et une illusion car en les persuadant d’être pareil que son partenaire, on force les gens à devenir quelqu’un d’autre. Et évidemment, le handicap en guise de points communs entre individus a quelque chose d’absurde. Justement, en parlant de ça, en nous présentant un univers absurde, il est alors logique que l’humour déployé par Yorgos Lanthimos soit lui-même absurde, mais je dirais aussi qu’il y a du cynisme voire même de l’humour noir. Certes, je ne dirai pas que j’étais pliée en deux (en même temps, ce n’était pas le but du film) mais les touches d’humour sont assez efficaces dans le sens où elles appuient là où ça fait mal. Quelque part, même si ce n’est pas forcément le cas en apparence, j’ai trouvé le film émouvant, notamment les dernières minutes du film, très marquantes. Par ailleurs, même si je peux comprendre que ce procédé narratif ait pu énerver certains spectateurs (j’étais d’ailleurs au début plutôt sceptique), la voix off semble vraiment prendre une toute nouvelle dimension une fois qu’on arrive à la fin du long-métrage. En dehors de Léa Seydoux, j’ai trouvé le casting très bon, surtout évidemment en tête (je ne vais pas tous les citer, on ne va plus s’en sortir) Colin Farrell, certes beaucoup moins glamour que d’habitude, mais remarquable ainsi que sa partenaire Rachel Weisz, très émouvante.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

Pray for Paris

J’avais déjà écrit un petit message suite aux attentats de Charlie Hebdo, cela me paraissait logique d’écrire de nouveau un court article sur ce qui s’est passé hier. Je n’ai pas envie d’écrire des phrases bateau et cliché, juste envie de dire à quel point je suis choquée et triste. De mon Sud j’ai envie d’être solidaire et j’adresse à tous les Parisiens et autres malheureuses personnes qui ont assisté ou étaient au coeur de ce massacre une immense et sincère pensée ainsi que toutes mes condoléances aux familles des victimes.

J’ai déprogrammé volontairement la critique de What We Do in the Shadows prévue ce matin  (qui sera certainement publiée en fin du mois vu les circonstances) et je reprendrai le blog que mercredi prochain histoire de nous remettre tout doucement de nos émotions (même si ce n’est pas en deux-trois jours qu’on se remet de ça, j’en ai bien conscience) et essayer au moins d’apporter un peu d’évasion et de joie même si je sais que ce n’est pas facile. J’ai décidé qu’il fallait malgré tout continuer de vivre et de ne pas donner raison à ces criminels monstrueux (ceci dit, je comprends et soutiens totalement les blogueurs qui décident de prendre encore plus de temps que moi et qui n’auraient vraiment pas le coeur à écrire). 

Restons solidaires.

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Lolo

réalisé par Julie Delpy

avec Julie Delpy, Dany Boon, Vincent Lacoste, Karin Viard, Antoine Lounguine, Elise Larnicol, Juliette Lamet, Karl Lagerfeld, Frédéric Beigbeder, Ramzy Bedia, Georges Corraface…

Comédie française. 1h40. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

Lolo

En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Lolo : Photo Dany Boon, Julie Delpy, Vincent Lacoste

Je n’ai pas encore regardé l’intégralité de la filmographie de Julie Delpy en tant que réalisatrice (je n’ai pas encore vu Looking for Jimmy ni Le Skylab) mais ceux que j’ai pu voir m’ont vraiment plu, en tout cas j’accroche vraiment à l’univers de Julie Delpy. J’essaie d’être une spectatrice « fidèle » à son travail et c’est uniquement pour cette raison que je me suis déplacée voir son dernier film Lolo au cinéma. J’ai beau aimé le travail de Delpy, la bande-annonce de Lolo m’avait limite fait fuir, je trouvais que ça faisait trop… comment dire ça ? Comédie française quoi (si vous voyez ce que je veux dire, je ne veux pas être méchante, hein). Mais j’avais tout de même confiance en Delpy, je me suis dit qu’elle avait suffisamment de talent pour que le film soit un peu plus que ça, qu’il ne fallait pas tout le temps se fier aux bandes-annonces et mettre de côté ses a priori. Hélas, même s’il n’y a rien de honteux et que j’ai passé un plutôt bon moment devant ce film, Lolo reste tout de même une petite déception, surtout quand on sait de quoi est capable Julie Delpy. J’ai eu l’impression qu’on avait perdu pendant un peu plus de 1h30 la Julie des films indie entre Woody Allen et Jean-Luc Godard. Certes, on sent de temps en temps sa patte mais en voulant réaliser une comédie plus populaire (ce qui n’a rien de négatif à la base mais qui, à mon avis, n’est pas quelque chose qui ressemble à sa personnalité), toutes les bonnes idées, les choses à dire en général qui auraient pu paraître pertinentes n’ont pas autant de force qu’on aurait pu l’espérer. Julie Delpy a voulu traiter ces éternels sujets (pourtant toujours d’actualité) sur les différences entre les classes sociales et les relations malsaines entre une mère et son fils. Certes, c’est toujours aussi plaisant de voir pourtant une réalisatrice venant d’un bon milieu critiquer la bêtise des bobos, leurs préjugés absurdes notamment sur les provinciaux (du genre Biarritz est pour eux une ville provinciale) ou encore la caricature finalement à peine exagérée de leurs soirées (notamment la soirée mode avec Karl Lagerfeld dans le métro ou Frédéric Beigbeder qui présente une émission de cuisine !). Même si ce n’est pas forcément nouveau encore une fois, c’est également toujours aussi jouissif de voir un sale gosse psychopathe qui entube tout le monde et qui fout bien sa merde comme il le faut, à cause d’un amour plus que maladif envers sa mère.

Lolo : Photo Dany Boon

Evidemment que tout cela prête à sourire voire même à faire rire par moments (même si je n’étais pas non plus pliée en quatre), il y a des répliques bien senties, le film a une certaine fraîcheur communicative, l’ensemble est loin d’être déplaisant mais la réflexion ne va pas très loin, pas autant qu’on aurait pu le souhaiter. Par conséquent, le manque de profondeur fait un peu de mal à l’humour qui n’est pas aussi grinçant qu’on aurait pu l’espérer. Du coup, on a juste la sensation d’avoir regardé une simple comédie romantique un peu moins culcul que la moyenne. Si l’ensemble reste divertissant, on a aussi la sensation que Delpy est passée à côté de ce film qui me semble inabouti. Je regrette également la vulgarité de certains dialogues même s’ils sont parfois drôles (par exemple la scène dans le train). Certes, Julie Delpy est connue pour son langage cru, hélas elle semble parfois ne plus faire la différence entre ce qui est cru et vulgaire. Je suis partagée en ce qui concerne la fin. J’ai effectivement aimé la dernière scène, finalement assez cynique et sans pitié pour les personnages. En revanche, la manière dont sont amenées toutes les révélations autour de ce Lolo ne m’ont pas paru très crédibles. On a un peu l’impression qu’elles arrivent un peu comme ça parce qu’il fallait bien les caler quelque part, la fin approchant à grands pas. Par contre, rien à dire sur le casting. L’interprétation de Dany Boon (qui se fait parfois lyncher un peu trop gratuitement – j’avais besoin de passer mon mini coup de gueule) est plutôt bonne voire même surprenante dans le sens où on ne l’attend pas dans ce rôle finalement plus subtil et plus doux, il a même un côté involontairement séducteur, je veux dire, je comprends pourquoi Violette a pu être séduite par cet homme qui, a priori, n’est pas un tombeur et surtout pas son genre physiquement ou socialement. Julie Delpy est également très convaincante dans ce rôle de névrosée bobo (même si elle a l’habitude de jouer ce rôle-là mais bon j’avoue ne pas me lasser de ce type de personnage qu’elle incarne merveilleusement bien). Mais je dois avouer (en ce qui me concerne) que c’est surtout Vincent Lacoste qui se détache du lot dans ce rôle de gamin manipulateur odieux voire même carrément psychopathe. Enfin, même si je ne suis pas vraiment fan du personnage qu’elle incarne, Karin Viard reste tout de même crédible en meilleure amie bobo très très libérée sexuellement.

Lolo : Photo Vincent Lacoste

A l’intérieur

réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo

avec Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Nathalie Roussel, François-Régis Marchasson, Jean-Baptiste Tabourin, Dominique Frot, Claude Lulé, Hyam Zaytoun, Tahar Rahim, Emmanuel Guez, Ludovic Berthillot, Emmanuel Lanzi, Nicolas Duvauchelle, Aymen Saïdi…

Thriller, épouvante-horreur français. 1h23. 2007.

sortie française : 13 juin 2007

interdit aux moins de 16 ans

A l'intérieur

Depuis la mort tragique de son mari dans un accident de voiture, Sarah est seule et malgré une mère omniprésente, c’est seule qu’elle passera son réveillon de Noël. Seule et enceinte. Cette nuit est la dernière que la jeune femme passera chez elle. Le lendemain matin, celle-ci doit entrer à l’hôpital pour accoucher. Dans sa maison, tout est calme. Jusqu’au moment où quelqu’un vient frapper à sa porte. Derrière, une femme prête à tout pour arracher l’enfant qu’elle porte en elle…

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Béatrice Dalle, Julien Maury

A l’intérieur, sélectionné dans la Semaine de la Critique durant le 60e Festival de Cannes, est le premier long-métrage des réalisateurs Julien Maury et Alexandre Bustillo. Le film n’a pas rencontré un énorme succès en salle mais pourtant, même si ça commence à remonter, je me souviens de sa promotion lorsqu’il est sorti. Je savais que ça allait saigner (les making-of sur les techniques de maquillage m’avaient d’ailleurs captivée) mais je gardais espoir qu’il y ait autre chose que des litres d’hémoglobine, surtout que le film était si bien défendu par ses deux réalisateurs ainsi que par les deux actrices principales. Je ne m’attendais pas forcément à un chef-d’oeuvre mais au moins à un film correct, surtout que Bustillo est tout de même un ancien journaliste à Mad Movies. Sur le papier, le long-métrage est un huis-clos (à l’intérieur de la maison) qui met en scène une jeune femme enceinte sur le point d’accoucher durant la période de Noël. Sauf qu’une tarée veut l’éventrer pour récupérer l’enfant qu’elle porte (à l’intérieur de son corps). Bref, on aurait pu avoir une réflexion intéressante autour de la maternité avec notamment une symbolique intéressante à partir de cette fête par exemple. Je ne sais pas du tout si les réalisateurs avaient en tête un propos mais en tout cas la pseudo réflexion doit apparaître grand max cinq petites minutes ! Hélas, le but est surtout de voir de personnages baigner dans le sang. Il faut tout de même le dire : le scénario est pratiquement inexistant. Le film met bien une bonne demi-heure à démarrer. Parfois, ça peut être utile pour mettre en place l’histoire mais ce début montre juste des lacunes scénaristiques : en gros, il faut bien combler le temps pour éviter de réaliser un court-métrage.

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Alysson Paradis, Julien Maury

Une fois qu’on pense l’histoire lancée pour de bon, finalement on s’aperçoit que ce n’est que du vent. En effet, une fois que le personnage interprété par Béatrice Dalle a commencé à s’attaquer au bidou d’Alysson Paradis, il ne se passe pas grand chose. Il s’agit surtout d’un grand jeu de cache-cache finalement assez prévisible et qui ennuie rapidement. Pour combler le vide du scénario, les réalisateurs enchaînent les scènes ultra violentes et surtout ultra débiles du genre le meurtre commis par Paradis dans la maison sur un membre de sa famille ou encore la scène avec les flics, pourtant déjà amochés et massacrés, qui se réveillent comme des zombies face à une Béatrice Dalle qui ressemble à un monstre. Vous allez me dire que ça aurait pu être intéressant d’exploiter ce motif du monstre, peut-être que pour les réalisateurs il y avait une sorte de métaphore ou quelque chose dans ce genre-là (j’essaie de comprendre des choses improbables, je ne suis pas si affreuse que ça !) mais la manière de mettre en scène les personnages rend la scène juste grotesque. Par ailleurs, il y a aussi d’autres scènes que j’ai trouvées totalement stupides : celles qui « présentent » le bébé dans le corps d’Alysson Paradis. Je dois avouer que j’ai failli hurler de rire quand j’ai vu le foetus chialer ou crier quand Béatrice Dalle donnait des coups dans le ventre de Paradis. Pour ne rien arranger, les images qui représentent ce foetus sont vraiment laides. S’il n’y avait que ça qui était laid dans ce film… Je ne parle pas que des litres de sang. Je pense tout de suite à cette sorte de fumée qui envahit la plupart des pièces de cette baraque. Alors, là encore, peut-être que les réalisateurs avaient quelque chose en tête dans le style foireux « la maison est comme une sorte de rêve/cauchemar » et hop on fait le lien avec Noël. Comme on dit, pourquoi pas. Là encore, j’essaie de comprendre l’incompréhensible mais cela ne justifie pas le ridicule même des scènes.

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Julien Maury

Pour ne rien arranger, j’ai aussi rencontré un énorme souci avec les dialogues. C’est simple : soit je ne comprenais rien parce que les acteurs ont décidément du mal à causer correctement soit les quelques répliques que j’arrivais à comprendre sont vraiment nazes et presque dignes d’un nanar. Petit best-of : « Connasse » ou encore « Qui voudrait baiser une tarée comme toi ? ». Dans les quelques critiques que j’ai pu lire, beaucoup ont salué les interprétations de Dalle et Paradis. Pour ma part, je n’ai pas été très convaincue par leurs prestations même si je ne crierais pas non plus à la catastrophe. Béatrice Dalle ne semble avoir été engagée uniquement parce qu’elle a l’air déglinguée. Mais je ne trouve pas qu’elle joue particulièrement bien, elle est même plutôt caricaturale (alors que, dans les interviews que j’ai pu lire, elle n’est justement pas censée jouer la « méchante femme »). D’après ce que j’ai compris, Alysson Paradis n’est pas censée interpréter un personnage sympathique et elle ne crie pas volontairement tout le temps. Sur le papier, cette inversion de traits de caractère aurait pu être très intéressante mais cela n’aide vraiment pas Paradis, même si je suis persuadée qu’elle n’a pas vraiment de talent. Il n’y a pas de nuance dans son jeu, elle veut trop rendre son personnage antipathique, voire même agressif et on a qu’une envie : qu’elle crève. Une interprétation plus solide aurait peut-être fonctionné. Pour conclure, A l’intérieur passe totalement à côté de son petit potentiel et ne sait jamais exploiter ses quelques bonnes idées qui semblent être mises en places (ou non, puisque parfois il s’agit, il me semble, de mon interprétation). Hélas, tout ça ne semble qu’être un prétexte pour filmer une boucherie sans intérêt et finalement plus ridicule que dégueulasse (même s’il faut tout de même avoir le coeur accroché, mais on se fait à tout). Le seul mérite de ce film ? Etre court…

A l'intérieur : Photo Alexandre Bustillo, Alysson Paradis, Julien Maury

Le dîner littéraire et cinéma

Aujourd’hui, je réponds au tag fun et sans prétention de Yuko (qui m’a taguée), à l’origine juste intitulé « Le dîner littéraire ». Etant donné qu’on est sur un blog cinéma, j’ai décidé de modifier légèrement ce tag histoire de ne pas tomber totalement dans le HS et de ne pas perturber certains lecteurs. Ainsi, à chaque question, j’ai à chaque fois cité un personnage issu d’un roman puis un personnage issu d’un film. Petite précision : pour les romans qui ont déjà été adaptés au cinéma, j’ai à chaque fois précisé qui interprétait le personnage en question. Puis, pour la partie « film », j’essaie toujours de prendre en exemple un film qui n’est justement pas adapté d’un roman, histoire de diversifier un peu mes réponses.

Je ne tague personne en particulier ou plutôt je dirai que je tague chaque personne qui souhaite répondre à ce questionnaire délirant : que vous soyez cinéphile ou littéraire ou les deux, vous pouvez reprendre ce tag à votre guise sur vos blogs ou sinon directement dans les commentaires !

Let’s go !

1. Un personnage qui sait ou aime cuisiner

roman : J’aimerais beaucoup bouffer à tous mes goûters et desserts les délicieuses pâtisseries (certes, parfois remplies de merde quand on l’énerve mais je ne l’énerverai JAMAIS) de Minnie de La Couleur des Sentiments de Kathryn Stockett (interprétée par Octavia Spencer dans le film de Tate Taylor).

film : Le rat Rémy de Ratatouille de Brad Bird car c’est impressionnant de voir cette bêbête plus douée que Gordon Ramsay ! Et puis sa ratatouille à la fin déchire, t’as envie de tout casser pour la bouffer, c’est si gourrrrmand (je précise que je ne suis pas tout le temps amie avec les légumes).

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2. Un personnage qui finance la soirée

roman : Christian Grey de Cinquantes Nuances de Grey E. L. James (Jamie Dornan dans le film de Sam Taylor-Johnson) ou Patrick Bateman dans American Psycho de Bret Easton Ellis (Christian Bale dans le film de Mary Harron). Juste pour leur argent. Je ne compte pas les inviter, je ne suis pas folle non plus…

film : Charles Foster Kane dans Citizen Kane (Orson Welles). Parce que… ROSEBUD !

3. Un personnage qui pourrait causer une scène

roman : Mimi Geignarde dans la saga de J.K. Rowling, Harry Potter (Shirley Henderson dans les films) parce qu’elle est capable à elle seule de plomber un repas. Elle fait chier même après sa mort…

film : Tiffany Maxwell (Jennifer Lawrence) et Pat Solitano (Bradley Cooper) de Happiness Therapy de David O. Russell. C’est pas un grand film, loin de là, d’ailleurs je ne suis pas plus fan que ça de ce film, surtout depuis que je l’ai revu, mais avec cette question j’ai immédiatement repensé à la scène de dispute au resto (enfin, si on peut appeler ça un resto) ou encore à Pat qui balance le livre d’Hemingway par la fenêtre. Je trouve juste ces personnages frappés voire même carrément hystériques et je suis sûre qu’ils pourraient être contrariés pour un rien (un oubli de médoc, et hop c’est foutu).

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4. Un personnage drôle / amusant

roman : Bridget Jones des romans de Helen Fielding (Renée Zellweger dans les films) parce que beaucoup de meufs se reconnaissent dans ses problèmes et ça crée des liens ! Malgré ses problèmes existentiels, elle n’est pas larmoyante, elle a toujours la banane et elle adore déconner !

film : The Dude (Jeff Bridges) de The Big Lebowski des frères Coen car déjà il ADORE le bowling et que c’est le sport le plus kiffant au monde et puis le gars est vraiment feignant relaaaax et rien que ça, c’est drôle !

5. Un personnage sociable / populaire

roman : Rob Fleming de Haute Fidélité de Nick Hornby (John Cusack dans le film de Stephen Frears). J’adore ce personnage, j’ai l’impression que c’est parfois mon double masculin (à part que je n’ai pas la même vie sentimentale que ce gars, passons) : il aime de bons films, de la bonne musique, adore aller chez le disquaire, aller à des concerts et s’amuse à faire des top 5. C’est sûr, on passerait une bonne soirée à faire des top 5 de nos plats préférés !

film : Erin Brockovich (Julia Roberts dans le film de Steven Soderbergh) car cette femme est une belle grande gueule, qui ne se laisse pas faire et en même temps, même si cela ne saute pas forcément aux yeux (en tout cas, j’ai conscience que ma réponse peut surprendre), j’ai toujours trouvé ce personnage très sympathique et elle est indéniablement proche des gens. En tout cas je suis sûre que cette femme aurait vraiment beaucoup de choses à nous dire et qu’il n’y aurait aucun blanc dans la conversation ! Certains auraient certainement mis ce personnage dans ceux qui causent des scènes mais je dis juste que cette meuf est franche mais aussi positive.

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6. Un vilain

roman : Normalement, on ne tient pas à inviter un méchant parce qu’on tient à sa vie. Cela dit, je pense que j’inviterais La Sorcière du Magicien d’Oz de L. Frank Baum (ou dans le film de Victor Fleming, La Méchante Sorcière de l’Ouest, incarnée par Margaret Hamilton). Hop, un seau d’eau et elle arrêtera de nous faire chier !

film : Norman Bates (Psychose d’Alfred Hitchcock) parce qu’il est charmant quand il le veut (quand il ne bute pas quelqu’un et à condition qu’il n’invite pas sa mère).

7. Un couple (compte pour deux), pas forcément romantique

roman : Nick et Amy Dunne  des Apparences de Gillian Flynn (alias Ben Affleck et Rosamund Pike dans Gone Girl de David Fincher). Sans spoiler, comme ils veulent (justement) sauver les apparences, je pense qu’ils ne nous feront pas trop chier et diront « miam, ce repas était très bon » même si c’était franchement dégueulasse.

film : Vinny Gambini (Joe Pesci) et Mona Lisa Vito (Marisa Tomei) de Mon cousin Vinny de Jonathan Lynn parce qu’ils parlent et réfléchissent beaucoup, forcément ça ferait de l’animation (et puis bonjour les tenues vestimentaires…).

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8. Un héros ou une héroïne

roman : Atticus Finch de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee (Gregory Peck dans Du silence et des ombres de Robert Mulligan) parce qu’il incarne la dignité, la justice et le père idéal. Bon, en revanche, visiblement, il ne serait plus vraiment ça dans la suite Va et poste une sentinelle (Go set a watchman)…

film : Jefferson Smith (James Stewart) de Mr Smith au Sénat de Frank Capra. J’ai toujours été sensible à ce personnage à la fois candide, sincère et encore une fois qui défend une juste cause… Oui, visiblement, je suis une justicière dans l’âme !

9. Un personnage qui n’est pas apprécié à sa juste valeur

roman : Eva de Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver (interprétée par Tilda Swinton dans We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay) car elle s’en prend plein la gueule à cause du petit (enfin pas si petit que ça) Kevin !

film : Marge Gunderson (Frances McDormand) de Fargo des frères Coen car tout le monde la prend pour une débile alors qu’elle est super intelligente ! Et puis elle est simple et toujours souriante et ça fait du bien !

10. Un personnage au choix

roman : Patrick « Kitten » Braden (Cillian Murphy dans le film de Neil Jordan) dans Breakfast on Pluto de Patrick McCabe parce qu’il est adorable et apporterait beaucoup de fraîcheur et de joie à ce dîner très spécial !

film : Muriel (Toni Collette) et sa copine Rhonda (Rachel Griffiths) de Muriel de P.J. Hogan parce que j’aime ces deux « loseuses » qui sont finalement fortes et envoient péter tout le monde. Et puis un petit karaoké avec du ABBA ne peut pas faire de mal en fin de soirée !

muriel

La Loi du Marché

réalisé par Stéphane Brizé

avec Vincent Lindon, Xavier Mathieu, Karine de Mirbeck…

Drame français. 1h33. 2015.

sortie française : 19 mai 2015

La Loi du marché

À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ?

La Loi du marché : Photo

Présenté au dernier festival de Cannes présidé par les frères Coen, La Loi du Marché a rencontré un joli succès pour être un film pas forcément attrayant pour le grand public : plus de 940 000 spectateurs se sont déplacés dans les salles obscures. Il faut dire que le prix d’interprétation masculine de Vincent Lindon (vraiment émouvant quand il l’a reçu), acteur chouchou de Stéphane Brizé (il avait joué dans ses précédents longs-métrages, Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps) a certainement aidé ce film a rencontré ce succès mérité. La « particularité » de ce long-métrage est le fait que ce cher Vincent Lindon est le seul acteur professionnel de la distribution. En effet, pour être plus précise, les acteurs non professionnels interprètent des personnages qui occupent la même place professionnelle en dehors du tournage. Par exemple, ce sont de véritables employés de supermarchés que l’on voit à l’écran. On trouve même au casting Xavier Mathieu, délégué syndical de la CGT (comédien depuis 2010, on l’a vu par exemple dans Ma part du gâteau de Cédric Klapisch ou encore dans les séries Profilage et Candice Renoir) pour renforcer ce côté réaliste, proche de ce qui passe vraiment dans le quotidien d’une partie des Français. Vincent Lindon livre une interprétation remarquable dans le sens où il ne bouffe pas la prestation des autres acteurs, il ne se sent pas au-dessus, au contraire, on a même l’impression que son jeu valorise les autres acteurs. Surtout, sans en faire des caisses, il réussit à donner de la force et de la dignité à ce personnage que le système veut pourtant écraser. C’est justement ça la réussite de ce film : la manière de décrire le monde du travail et le système capitaliste est réussie dans le sens où on a l’impression d’être dans une sorte d’odyssée. Le réalisme mis en avant par une approche presque documentaire pourra dérouter certains spectateurs, voire même les agacer. Après tout, on pourra toujours demander au réalisateur pourquoi il n’a pas réalisé directement un véritable documentaire, surtout quand on sait que Brizé s’est entouré de certains techniciens « spécialistes » du documentaire : par exemple, le chef opérateur du film n’avait jamais travaillé sur des fictions.

La Loi du marché : Photo

Avec le recul, je pense que Stéphane Brizé a voulu souligner, grâce à la fiction, toute l’absurdité même de ce système. Certaines scènes semblent surréalistes (je pense notamment à la scène avec la banquière qui propose au personnage incarné par Lindon qui lui conseille de prendre une assurance-vie « afin d’envisager l’avenir plus sereinement après sa mort ») et en même temps on ne peut pas s’empêcher de se dire à quel point tout ce qu’on voit à l’écran est véridique et n’est même pas exagéré. Plus réussi encore, c’est la manière de voir à quel ce système bouffe tout le monde : il n’y a pas que les patrons qui profitent de ce système et perdent toute notion d’humanité : même des individus qui appartiennent à la même catégorie sociale que Thierry veulent profiter du système quitte à écraser le personnage principal du film (souvenons-nous de la scène du camping-car pour ne citer que cet exemple-là). Comme l’avait également dénoncé la (bonne) comédie sociale Discount de Louis-Julien Petit (sorti au début de l’année), même s’il ne faut pas non plus faire de généralités, le film montre bien comment certains pions de ce système (je pense là aux vigiles et même au directeur du supermarché) pensent être au-dessus de tout le monde parce qu’on leur donne un petit peu de pouvoir (même si au final ce pouvoir est une illusion). Le film est un peu trop froid, que ce soit au niveau de la mise en scène ou par rapport au travail de lumière (le blanc est du coup très mis en avant) mais après je comprends parfaitement ce choix dans le sens où Brizé insiste vraiment sur une forme de déshumanisation à cause de ce système, disons qu’il va au bout de ses idées. La Loi du Marché est en tout cas pour moi un film à regarder ne serait-ce pour son regard pertinent et d’une grande justesse sur le monde du travail et même je dirais sur notre monde tout court dans lequel le seul moyen de lutter contre ce système est de savoir dire stop.

La Loi du marché : Photo

Regression

réalisé par Alejandro Amenábar

avec Ethan Hawke, Emma Watson, David Thewlis, Devon Bostick, Dale Dickey, Aaron Ashmore, Lothaire Bluteau, David Dencik, Adam Butcher…

Thriller espagnol, canadien. 1h47. 2015.

sortie française : 28 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

Regression

Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu’ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier…

Regression : Photo David Thewlis, Emma Watson, Ethan Hawke

Six ans après le film historique Agora, Alejandro Amenábar fait son retour avec Regression. Je vais tout faire pour ne pas spoiler afin que ma critique reste accessible à ceux qui souhaiteraient voir un de ces jours ce film et connaître mon avis. Pour ceux qui ont déjà vu ce film, j’espère que vous arriverez à voir ce que je veux dire, même si mes propos peuvent être vagues. Bref, tout ça pour vous dire qu’en gros, la régression est une technique que les psychologues utilisent (ou visiblement utilisaient) pour tenter de faire ressortir des souvenirs enfouis. Le réalisateur des Autres a donc voulu construire son thriller à partir de la psychologie et aussi d’un ensemble de faits divers qui étaient visiblement assez fréquents aux Etats-Unis dans les années 80 et 90 : de nombreuses affaires étaient liées à des rituels sataniques. Je vois que ce point historique commence à préoccuper les auteurs et réalisateurs puisque récemment Dark Places de Gilles Paquet-Brenner (adapté du roman de Gillian Flynn) évoquait aussi ces événements en question. Dans l’ensemble, Regression est un sympathique petit film idéal pour se divertir qui possède une réflexion intéressante mais hélas l’ensemble manque cruellement de charme et de force, ce qui pourra étonner et aussi décevoir de la part d’Alejandro Amenábar car on sait de quoi il est capable. En ce qui concerne le twist, je l’avais à moitié deviné (il faut dire qu’à force de regarder des films, on commence à comprendre certaines choses), c’est-à-dire que j’avais compris qui n’était pas clair dans cette histoire mais une partie de mon imagination m’a légèrement joué des tours : il y a une sorte de mise en abyme que j’ai alors trouvée intéressante. Beaucoup de critiques ont souligné les clichés voire même les effets exagérés présentes dans certaines scènes. Certes, on ne va pas se mentir : on trouve bien tout ça dans Regression. Ceci dit, ce n’est pas pour excuser ces choses-là en question, mais disons que certains éléments du scénario expliquent leur présence. En revanche, je n’excuserai pas vraiment la mise en scène un peu trop plate à mon goût ni l’aspect esthétique un peu trop absent. Certes, certaines séquences sont assez réussies esthétiquement, je pense notamment à celles avec Ethan Hawke qui rêve de rites sataniques la nuit. Le maquillage des personnages m’a d’ailleurs fait pensé à celui du démon dans L’Exorciste (de William Friedkin).

Regression : Photo Emma Watson, Ethan Hawke

Ceci dit, en dehors de ces quelques séquences, sans dire que c’est du travail de cochon ou que ce soit, je m’attendais à mieux esthétiquement, surtout quand on apprend que le film a bénéficié d’un budget de 20 millions de dollars… Je ne dirais pas que c’est moche mais je n’ai pas pu m’empêcher d’être frustrée, de me dire qu’il y a de quoi faire quelque chose d’un peu plus solide. On a l’impression qu’Amenábar ne se sert jamais de son contexte en Amérique par exemple. Certes, le fond de l’histoire a quelque chose d’universel mais quand on prend quelques minutes à expliquer aux spectateurs que l’histoire qui va suivre est est inspirée d’une série de faits réels qui se sont déroulés à une période précise dans un pays précis, je trouve cela regrettable de ne pas se servir de ces informations en question et de ne pas faire quelque chose avec de plus ambitieux artistiquement (après, attention, histoire de ne pas créer de pseudo-polémiques, je ne dis pas qu’il faut créer quelque chose de complètement superficiel non plus même si je ne prétends pas refaire un film de A à Z). Du coup, même si la mise en scène reste tout à fait correcte dans l’ensemble, on ne sent pas non plus Alejandro Amenábar totalement inspiré ou impliqué : je veux dire, à part dans les thèmes abordés, on n’a pas forcément l’impression de retrouver la patte du cinéaste. Du coup le film est simplement (à mes yeux) sympathique, regardable, intéressant même mais l’ensemble manque de charme voire même de force. Finissons cette critique en parlant du casting. Sans dire qu’il s’agit d’une grande interprétation, le toujours charismatique Ethan Hawke est pour moi très bien dans ce film tout comme David Thewlis (qui a un rôle également important même si son nom n’apparaît sur l’affiche, cela ne doit pas être assez vendeur) même s’il fait un peu son Professeur Lupin. En revanche, Emma Watson ne m’a pas convaincue. Ce n’est pas son interprétation qui m’a posé problème, il s’agit presque d’une erreur de casting. Elle est censée interpréter une adolescente de 17 ans, or l’actrice est âgée de 25 ans. Je ne critique pas son physique, il s’agit d’ailleurs d’une jolie femme mais elle fait ses 25 ans, elle fait adulte quoi ! Mine de rien, cela enlève quelque chose à son personnage qui aurait être encore plus mystérieux. Ceci dit, pour finir, au-delà de sa popularité (même si dans un sens, cela peut aussi lui faire du tort), je comprends d’un autre côté le choix de cette actrice car elle a un visage angélique.

Regression : Photo David Thewlis, Ethan Hawke

Bilan – octobre 2015

Cinéma 

  • Les films de 2015

Selma (Ava DuVernay, 2015) 2/4

Vers l’autre rive (Kiyoshi Kurosawa, 2015) 1/4

The Visit (M. Night Shyamalan, 2015) 3/4

L’Homme irrationnel (Woody Allen, 2015) 3/4

Sicario (Denis Villeneuve, 2015) 3/4

Regression (Alejandro Amenábar, 2015) 2/4

Vampires en toute intimité (Jemaine Clement, Taika Waititi, 2015) 4/4

Vampires en toute intimité L'Homme irrationnel The Visit

  • Rattrapages

La maison des ombres (Nick Murphy, 2011) 2/4

Human Traffic (Justin Kerrigan, 1999) 2/4

Le Fanfaron (Dino Risi, 1962) 3/4

24 Hour Party People (Michael Winterbottom, 2002) 2/4

Dark Water (Hideo Nakata, 2002) 3/4

A l’intérieur (Julien Maury, Alexandre Bustillo, 2007) 0/4

Les diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1954) 4/4

Les Diaboliques Le Fanfaron Dark Water

 

Télévision

Fear the Walking Dead (saison 1, 2015) 3/4

Parks and Recreation (saison 1, 2009) 4/4

Bored to Death (saison 1, 2009) 3/4

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Lectures

Les Aveux les plus doux (Georges Arnaud, 1954) 3/4

Haroun et la mer des Histoires (Salman Rushdie, 1991) 2/4

Raga en chat bémol (Pierre Lévy, 2012) 3/4