Shining

réalisé par Stanley Kubrick

avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd…

Film d’épouvante-horreur américain, britannique. 2h (version originale) / 2h26 (version intégrale). 1980.

sortie française : 16 octobre 1980

interdit aux moins de 12 ans

Shining

Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés…

shining

Shining, adaptation (assez éloignée) du roman (également culte) de Stephen King (le téléfilm serait plus proche du livre), est un film qui m’a marquée pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’il s’agit de ma première « rencontre » (oui, j’utilise de beaux termes, là on va sortir les mouchoirs pour chialer un bon coup) avec l’univers de Stanley Kubrick. Même si Kubrick a fait des films très différents (ce qui fait de lui le génie qu’on connaît), Shining fait pour moi partie de ces films qui m’ont poussée à devenir cinéphile et à connaître davantage la filmographie de Kubrick. Puis, j’ai découvert Shining finalement assez jeune, il me semble que je l’ai vu quand j’étais en 6e ou en 5e. J’avais déjà vu quelques films d’horreur avant d’entrer au collège (de tête, les Scream) mais là j’ai vraiment eu l’impression d’avoir passé un cap. Beaucoup savent que je ne prends pas l’habitude de revoir les films, plus par flemme qu’autre chose mais Shining fait partie de ces rares films que je peux revoir sans problème (je l’ai même revu au cinéma il y a maintenant quelques années), avec cette même excitation. Mieux, j’ai beau connaître l’histoire par coeur, j’ai toujours l’impression de découvrir des petits détails etc… Shining possède évidemment des éléments surnaturels (dont le fameux « shining » du titre, le pouvoir télépathique) mais c’est surtout la folie de l’homme (celle de Jack Torrance) qui est effrayante. Shining serait presque plus davantage un thriller psychologique qu’un film d’épouvante-horreur. Il est alors intéressant de voir comment Kubrick a exploité le thème de la folie. L’hôtel Overlook, avec ses couloirs à rallonge, qui devient presque un personnage à part entière, forme en lui-même une sorte de labyrinthe, motif qui apparaît physiquement, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur (avec la maquette que regarde Jack). Les lieux sont en eux-mêmes oppressants grâce à la mise en scène virtuose de mister Kubrick et à des décors à la fois magnifiques, envoûtants mais aussi dérangeants. Le labyrinthe est aussi une sorte de métaphore (même si le film est bien plus complexe que ça) de ce qui peut passer dans la tête de Jack Torrance. Ainsi, l’esprit de Jack est de plus en plus torturé au fil des scènes, quitte qu’on ne sache plus distinguer ce qui existe ou non. Kubrick joue également merveilleusement avec les notions de temps et d’espace, ce qui a tendance à augmenter l’horreur et l’angoisse au fur et à mesure.

Shining : Photo Lisa Burns, Louise Burns, Stanley Kubrick

Les images, parfois furtives, peuvent être traumatisantes tout comme certains points de l’histoire qui restent mystérieux : je pense notamment à celles avec les jumelles (inspirées de photographies de Diane Arbus), avec le torrent de sang, avec la machine à écrire (« All work and no play makes Jack a dull boy » écrit je ne sais pas combien de fois) ou à la chambre 237. Stephen King était très en colère contre l’adaptation de Stanley Kubrick pas uniquement à cause de ses infidélités à son roman mais parce qu’il s’agit pour lui d’un texte très personnel, voire même autobiographique selon ses dires. Il voulait montrer comment un bon père de famille peut devenir monstrueux sous les effets de l’alcool. Certes, dans le film, l’alcoolisme de Jack n’est plus présent. Ceci dit, le film continue d’exploiter cette idée du père de famille qui échoue dans sa vie personnelle (il s’agit d’un écrivain en panne d’inspiration) et cela aurait des conséquences sur son mental puis au sein de la cellule familiale. Shining est en tout cas un film fascinant en étant à la fois accessible et complexe. Malgré ses deux bonnes heures (et plus selon les versions), le film n’ennuie jamais, on est immergé avec les personnages dans cet étrange hôtel qui révèle leurs démons intérieurs, il y a une ambiance incroyablement effrayante (la musique aide aussi pas mal à cette terreur qui s’installe petit à petit), des motifs marquants même si on ne comprend pas toujours leurs réelles significations (en tout cas, pas toujours tout de suite – mais c’est aussi pour ça que Shining est un film génial à analyser, j’ai lu des textes vraiment intéressants, des ressentis différents et cela montre à quel point ce film est d’une incroyable richesse). Jack Nicholson est monstrueusement époustouflant dans le rôle de Jack Torrance. Je crois qu’il n’y a pas suffisamment de mots pour qualifier l’exploit de sa bluffante performance. J’aime beaucoup également Shelley Duvall, injustement nommée aux Razzie Awards. Elle est si vulnérable, paniquée (il faut que Kubrick y avait mis du sien durant le tournage !), on a peur pour elle et en même temps, avec ses maigres moyens, elle réussit à débrouiller, à être forte pour son enfant, à être maternelle (contrairement à son mari) et enfin Danny Lloyd (qui n’a pas eu de carrière au cinéma mais qui devenu professeur de biologie !) est excellent malgré son très jeune âge au moment du tournage.

Shining : Photo Danny Lloyd, Jack Nicholson, Stanley Kubrick

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34 réflexions au sujet de « Shining »

  1. Here’s Johnnyyyyyyyyyyy ! 😀

    Un grand film que j’ai découvert vraiment tardivement. Tu as tout dit, je crois, en spoilant quelques détails assez scabreux. Rares sont les films aussi envoûtants, d’autant que tout démarre de façon (presque) normale. Cela ne donne pas envie de s’installer dans un chalet isolé en montagne, en tout cas… 😀

    Je l’ai raté de peu au cinéma et j’en suis encore fort dépité. Une prochaine fois, j’espère !

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  2. Oh là là, ça fait un bail que je ne l’ai pas revisionné ce film ! J’adore cette atmosphère pesante qui nous taraude tout au long du film
    Nicholson tient là un de ses rôles les plus marquants et il a tellement réussi à nous faire flipper que oui, dès qu’on revoit le film, ça fonctionne toujours !!!
    HAPPY HALLOWEEN 😉

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  3. C’est mon Kubrick préféré 🙂 (Je vois qu’Halloween t’inspire cette année, c’est chouette ^^) je l’ai vu et revu sans m’en lasser. Il y a tout dans ce film, de la tension, des personnages terribles et terrifiants, une pointe de surnaturel, une atmosphère…Bref j’adore ! Merci d’en avoir fait un si bel article ^^
    PS : Non, je n’ai pas fait d’article pour l’exorciste, mais c’est une idée 😉

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  4. Un film qui fascine et qui intrigue. De nombreuses théories à son sujet. Kubrick se démarque admirablement du livre pour livrer sa version et livrer le constat d’une cellule familiale américaine en déclin complet.

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  5. Un très grand KUBRICK qui s’éloigne volontairement du matériel original. Le réalisateur s’approprie le roman de Stephen King pour livrer sa vision de la middle class américaine

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  6. Revu au cinéma cette nuit, toujours aussi percutant. Certes on est sûr que Jack Nicholson finira fou rien que par le fait qu’il incarne le personnage principal; mais nier sa prestation démentielle serait de l’hypocrisie pure. Visuellement un des films de Stanley Kubrick les plus travaillés, bien aidé par la steadycam. Puis ce décor utilisé avec minutie même pour une simple balade.

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  7. Ce n’est pas le film de Kubrick que je préfère mais je l’aime quand même énormément (comme tous les films de Kubrick). C’est vrai que le téléfilm est plus proche du roman mais il est beaucoup trop plan-plan à mon goût.
    Je comprends que King puisse en vouloir à Kubrick, les deux œuvres sont tellement différentes. Le livre parle d’alcoolisme, Wendy est une femme forte et combative, il finit dans la chaleur alors que le film de Kubrick parle du couple (et surtout des mensonges dans le couple), Wendy est une pauvre petite chose et il s’achève dans le froid. Mais j’aime les deux probablement parce qu’au fond ils ne parlent pas de la même chose.
    Le film est esthétiquement un petit bijou, il y a des plans à tomber ! Et comme tu le dis, Nicholson y est époustouflant.
    Par contre j’ai du mal avec Shelley Duvall, je la trouve totalement à côté de la plaque. Elle me fait souvent rire quand elle hurle ce qui n’est vraiment pas une bonne chose 😉 Ce n’est pas compliqué, elle me fait penser à un Fraggle Rock ! Je sais que ça n’est pas gentil mais c’est la vérité. Quand elle court en hurlant avec sa tête quasi-immobile, j’ai l’impression quand prenant un virage elle va rentrer dans un Doozers ! 😉

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  8. Un véritable classique du genre, au grand dam de Stephen King dont le roman à été totalement trahit par Kubrick (il n’en avait rien à foutre du coté surnaturel et il ne s’en ai pas caché). Ce dernier produira bien des années plus tard un téléfilm pas si mal malgré quelques longueurs, mais, très loin du chez d’œuvre avec Jack Nicholson. Au passage, j’ai lu Docteur Sleep qui est la suite du roman, pas mauvais, mais, beaucoup moins tourné vers l’horreur que son modèle.

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  9. Je l’ai vu cent fois et il me file les chocottes à chaque fois (génial Nicholson !). Un film culte pour moi. (et le livre de King est vachement bien aussi, un de ses meilleurs).

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  10. @ Martin :
    Mais je n’ai pas spoilé l’histoire 😮 😀 En même temps, même quand on n’a pas vu le film, tout le monde connaît ces images traumatisantes 😮
    Allez, je croise les doigts pour que ton rêve se réalise un de ces jours ! 😀

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  11. @ Yvonne :
    C’est clair, rien que le Nicholson est effrayant alors imagine la tête qu’on fait qu’on voit tout le reste du film ! 😮
    J’espère que tu as passé un très bon Halloween ! 😀

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  12. Je sais que je suis à deux doigts de me faire lyncher (et pas dans le sens davidien du terme) à chaque fois que je dis ça, mais j’avoue ne pas être fan de Kubrick. Même si je sais reconnaître son talent, j’ai tendance à le trouver souvent grandiloquent et ces films, souvent, m’ennuient, à l’exception de Barry Lyndon que je trouve magnifique.
    Pour Shining, j’avoue m’être également ennuyée, je l’ai trouvé assez long et j’ai eu l’impression qu’il avait mal vieilli. J’ai eu aussi beaucoup de mal avec l’interprétation. J’ai effectivement pas trop aimé Shelley Duval, mais j’ai surtout trouvé que Nicholson en faisant des caisses, que le Joker à côté, c’était un rôle Rivettien. Bref, à part la scène dans le labyrinthe, je dois dire que je préfère le roman de King.
    En revanche, j’aime beaucoup Room 237, le film sur les diverses interprétations qu’il a suscitées.
    Je sais que je suis un peu seule sur le coup, mais bon, le film a déjà plein de fans, si je n’en suis pas, ça manquera pas trop 😉

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  13. @ Yuko :
    Perso mon Kubrick préféré reste Orange Mécanique mais aucun Kubrick m’a déçue !
    T’as vu, j’étais au taquet pour Halloween ! Il faut dire que j’avais aussi envie de parler de classiques vu que j’ai pris un peu trop l’habitude de parler de films trèèès récents (de l’année quoi).
    Merci à toi !
    PS : J’atteeeends ton article !

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  14. @ Vince :
    Effectivement beaucoup de théories folles, j’imagine que tu as lu tous les articles (voire même ouvrages ou vu des documentaires) sur ce sujet ! J’avoue que certaines théories tiennent debout !

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  15. @ Potzina :
    Ce n’est pas non plus mon Kubrick préféré mais comme toi, je les aime tous !)
    Finalement, ça revient à ce que je disais dans mon article sur les adaptations : c’est la même histoire mais pas les mêmes directions prises et c’est pour ça que ces deux oeuvres se complètent !
    Ahahaha pauvre Shelley Duvall, tu sens qu’elle en prend plein la gueule ! Ah ouais quand même un Fraggle Rock (à part qu’elle n’est pas aussi colorée 😀 ). Mon dieu, comme tu m’as fait rire avec tes comparaisons, je n’aurais jamais pensé à ça en la voyant dans Shining ! 😀

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  16. @ Girlie Cinéphilie :
    Non, je ne te lyncherai pas du tout et personne ne le fera, ne t’en fais pas ! 😀 LIBERTE D’EXPRESSION ! 😀 T’en fais pas, y a des tas d’auteurs et de réalisateurs aimés et adorés par tous, qui ont signé officiellement des chefs-d’oeuvre, et pourtant je ne les aime pas. Donc ne t’en fais pas, je comprends qu’on puisse ne pas aimer et c’est pas grave ! Et je suis sûre que tu ne dois pas être la seule !
    Après pour Shining, je comprends qu’on puisse ne pas aimer Duvall (sur ça, t’es pas la seule, loin de là, la preuve, Potzina rejoint ton avis !) et même l’interprétation de Nicholson (ahahaha ta comparaison avec le Joker, c’est énooorme !) !
    Tiens, il faudrait que je jette effectivement un coup d’oeil à Room 237, il a l’air très intéressant !

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  17. En fait si on regarde bien le nombre de plans à la steadycam est très impressionnant. Kubrick voulait vraiment tester ce nouveau procédé en long, en large et en travers.

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  18. @ Borat :
    Dans ma tête, c’est assez court mais la prochaine fois que je revoie ce film (il y en aura forcément une), je crois que je ferai encore plus attention à ça !

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  19. Je ne le pensais pas non plus malgré que je savais qu’il y avait énormément de steadycam, mais il y a vraiment une majorité de plans de ce type. C’est même impressionnant de compter les plans de ce type. Magique!

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  20. Un réalisateur qui a toujours été en avance sur son temps. Shining avec la steadycam, l’imagerie de Barry Lyndon (dont Ridley Scott a largement repris dans Duellistes), 2001, la folie de Dr Folamour, Lolita réalisé en pleine révolution sexuelle…

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  21. Ah ! Kubrick ! Un de mes préférés ! Pas grand chose à ajouter… Film génial que je meurs d’envie de revoir, car vu qu’une fois (au ciné bien sûr). Pour les longs couloirs, ton évocation (et l’hôtel lui-même) me fait directement penser au Magic Palace Hôtel, de Fred… tu connais peut-être…
    Et pour la personne qui a eu peur de se faire lyncher, car n’est elle n’est pas fan de Kubrick, qu’elle ne s’inquiète pas : tout ne peut pas plaire à tous… et je suis comme toi au sujet de Miles Davis : tout le monde en parle comme d’un dieu… et je me régale toujours lorsqu’on en parle, et que je déclare qu’il m’emmerde plutôt;-), ne me passionne pas, et a su être un excellent homme d’affaire, et utiliser les talents de jeunes arrivant sur la scène…
    Désolé pour le « hors-sujet » 😉

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  22. @ Pierre Levy :
    Ah non je ne connais pas du tout le Magic Palace Hotel ! 😮
    Mais non, ce n’est pas HS, c’est un bon exemple pour dire qu’elle a le droit de dire et de penser ce qu’elle veut 🙂

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