Taxi Téhéran

réalisé par Jafar Panahi

avec Jafar Panahi…

titre original : Taxi

Documentaire, comédie dramatique iranienne. 1h26. 2015.

sortie française : 15 avril 2015

Taxi Téhéran

Installé au volant de son taxi, Jafar Panahi sillonne les rues animées de Téhéran. Au gré des passagers qui se succèdent et se confient à lui, le réalisateur dresse le portrait de la société iranienne entre rires et émotion…

Taxi Téhéran : Photo Jafar Panahi

J’ai toujours voulu regarder les films du courageux Jafar Panahi mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en découvrir. Son dernier long-métrage, Taxi Téhéran (juste Taxi en V.O. mais bon en France, j’imagine qu’on a ajouté le « Téhéran » histoire d’oublier une pseudo-allusion à la franchise de Luc Besson, hein), récompensé par l’Ours d’or lors de la dernière Berlinale (et souvenez-vous, c’est sa petite nièce, très émue et très émouvante, qui est allée récupérer son prix, le bonhomme ayant l’interdiction de quitter l’Iran), m’a définitivement donnée envie de commencer à me lancer dans sa filmographie. Je ne dois pas être la seule à m’intéresser de plus en plus à Panahi puisque le film a rencontré un joli petit succès en France (tout de même plus de 581 000 entrées !). Bref, finalement les choses ont fait que je n’ai pas pu le voir durant sa sortie en salle. Mais le brave Filou du blog Baz’Art a pu organiser un jeu-concours avec Univers Ciné et comme vous l’aurez compris, je faisais partie de la liste des gagnants. Je remercie donc Filou pour ce super concours qui m’a permis de voir gratos un super film (c’est super quoi !). Bref, vous l’aurez compris, Taxi Téhéran m’a énormément plu et fait même partie de mes chouchous de l’année. Comme vous vous en doutez bien, étant donné qu’on lui interdit de tourner des films dans son pays, Jafar Panahi a tourné ce long-métrage en secret (seuls quelques complices étaient au courant). Il a remarqué que les gens s’exprimaient davantage en voiture, c’est pour cela qu’il s’est fait passé pour un chauffeur de taxi (de plus, le véhicule, reconstitué exprès pour le film, afin de mieux placer certains outils techniques, permettait aussi dans un sens de se cacher). Le taxi était donc un excellent moyen pour pouvoir de nouveau détourner d’une certaine façon la censure qu’on lui impose depuis des années. Le concept de Taxi Téhéran fonctionne en lui-même très bien. Il s’agit d’un docu-fiction dans lequel Panahi se met donc en scène en tant que chauffeur de taxi. Le film aurait pu être un documentaire dans lequel on aurait eu uniquement des témoignages d’Iraniens au sein de ce taxi mais pour des raisons de sécurité, Panahi a préféré faire appel à des acteurs amateurs (des personnes anonymes auraient été en danger) : « Les acteurs sont tous des non-professionnels, des connaissances ou les connaissances de connaissances. La petite Hana, l’avocate Nasrin Sotoudeh et le vendeur de DVD Omid jouent leur propre rôle dans la vie. L’étudiant cinéphile est mon neveu. L’institutrice, la femme d’un ami. Le voleur, l’ami d’un ami. Le blessé vient lui de province« , explique le réalisateur : (source : Allocine).

Taxi Téhéran : Photo

En tout cas, ce mélange flou entre le documentaire et la fiction donne un véritable charme et une incroyable force à ce long-métrage. Peu importe s’il y a cette part de mise en scène, on a vraiment l’impression de vivre une enrichissante expérience avec tous ces personnages et plus généralement je dirais ces hommes et ces femmes, ces Iraniens acteurs et témoins de l’actuelle société iranienne. En fait, la société iranienne dénoncée semble tellement si absurde qu’on a l’impression que les personnages exagèrent les faits et pourtant le procédé documentaire nous rappelle sans cesse que cette réalité existe. Encore une fois, la frontière entre la réalité et la fiction est volontairement floue pour mieux appuyer le propos. Panahi renforce cette idée lorsque certains personnages parlent de cinéma justement, notamment sa nièce qui explique comment on doit tourner un film en Iran, c’est-à-dire avec des règles qui ne représentent pas du tout ce qui se passe réellement dans ce pays. Panahi a beau se mettre en scène, on ne sent pas chez lui de narcissisme  et chaque personnage semble avoir son importance. Le taxi devient même un personnage à part entière de ce film ! Par sa forme documentaire, l’esthétique du film n’est pas forcément ce qui frappe à première vue et pourtant, le placement des caméras est assez remarquable : on a l’impression d’être en immersion, d’être complice avec Jafar Panahi et en même temps il ne s’agit pas non plus d’une caméra cachée comme on le verrait sur TF1. Malgré les difficultés à placer toutes ces petites caméras dans la voiture, je trouve qu’il y a quelque chose qui fonctionne dans le sens où on se sent près des personnages. Malgré la légèreté de certains passages, la manière de filmer appuie aussi cette atmosphère oppressante, le danger que chaque personnage risque à chaque fois qu’il ose s’exprimer. Court, allant à l’essentiel, rythmé, fluide notamment dans l’enchaînement des différents personnages, Taxi Téhéran est véritablement un témoignage percutant de la société Iranienne, à la fois drôle, émouvant (mais pas larmoyant) et glaçant (je pense à la toute fin du film), et tout simplement une incroyable déclaration d’amour au cinéma, à la liberté et à la vérité malgré tout.

Taxi Téhéran : Photo

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24 réflexions au sujet de « Taxi Téhéran »

  1. J’ai bien aimé ce film mais ça n’est pas mon préféré du réalisateur. Je dois quand même préciser que étant d’origine iranienne je vais très souvent là bas et de ce fait je prend le taxi tous les jours (car ce n’est pas très cher, pas parce que je suis Carrie Bradshaw n’est ce pas). Du coup je ne pense pas réussir a être très objective quant à ce film qui me rappelle tellement de bons souvenirs et cette ambiance qui me manque beaucoup. J’ai aimé mais peut être plus pour la sensation que cela m’a procuré que pour le film en lui même.
    Mais par contre j’ai aimé ton article de façon tout à fait certaine 🙂 !

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  2. @ Bizard Bizard :
    Oh j’en apprends des choses aujourd’hui ! Je trouve ça cool du coup car tu dois vraiment connaître beaucoup de choses ou de subtilités en regardant des films iraniens ! Après, je n’ai pas vu les autres films du réalisateur, j’avoue que je ne peux pas comparer !
    Merci beaucoup pour l’article !

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  3. Bonsoir Tina, l’avocate à la fin est très bien, tout comme la petite fille vraiment « nature ». Un film qui m’avait plu mais je me suis demandée où était passé l’eau des poissons rouges quand le bocal tombe. Les clients d’après n’ont pas l’air d’avoir les pieds mouillés. C’est un détail mais qui m’avait frappée. Bonne soirée.

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  4. D’un point de vue cinéma, on est plus dans le documentaire. Il y a là un acte politique, et une façon de tourner singulière.
    J’aimerais bien découvrir sa filmo mais à part celui-ci, je n’ai jamais eu l’occasion d’en voir d’autres !

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  5. En général, j’adore le cinéma iranien, et les films de Jafar. Mais pour celui-ci, j’ai été déçu. Je ne m’attendais pas à un film en forme de documentaire. Cela manque de « fiction » (je dis ça car si j’ai pigé, ce n’est pas un docu). Cela me laisse penser qu’il ne s’est pas foulé sur le plan cinématographique en pensant que, comme il est apprécié en Europe et bien soutenu, quoiqu’il fasse, cela aura du succès. Mais bon, je ne veux pas lui jeter la pierre, c’est juste que je m’attendais à mieux.

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  6. @ Pierre Levy :
    (j’ai vu tes mails : il est super tard et mon PC a fait des siennes tout à l’heure alors que j’étais en train de te répoooondre, bref ne t’en fais pas, je te réponds demain soir !).
    Après, c’est sûr que tu n’aimes pas spécialement le documentaire (en tant que genre et style), c’est sûr que tu as dû trouver ça super chiant ! Après, pour moi, le documentaire et le docu-fiction est un art comme un autre !

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  7. Brèves de taxi ou la vie ordinaire à Téhéran, peu de moyens ( pas de générique, interdits en Iran ) mais au final une belle leçon de cinéma.
    Ah les 2 vieilles & leur poisson rouge 🙂

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