Selma

réalisé par Ava DuVernay

avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Tim Roth, Oprah Winfrey, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Common, Alessandro Nivola, Cuba Gooding Jr., Andre Holland, Tessa Thompson, Tim Blake Nelson, Martin Sheen, Dylan Baker, Jeremy Strong…

Biopic, film historique américain. 2h08. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

Selma

Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Selma : Photo David Oyelowo

Martin Luther King fait partie des figures militantes les plus connues au monde et pourtant nous avons dû attendre 2015 pour voir enfin un biopic sur lui (il n’apparaissait que dans quelques films). Et encore, Selma, réalisé par la méconnue Ava DuVernay (il s’agit de son troisième long-métrage de fiction), n’est pas concrètement un biopic sur King : il relate plutôt une période importante de la vie de Martin Luther King. Les biopics m’attirent et me font fuir à la fois : on est évidemment toujours curieux de voir comment l’acteur va interpréter une personnalité emblématique de tel ou tel milieu, on veut redécouvrir une histoire qu’on connait pourtant déjà, on se demande toujours quel angle sera pris par le réalisateur etc… Mais souvent, les biopics sont trop calibrés pour les Oscars notamment, c’est-à-dire qu’on a souvent droit à des films assez classiques, pas très inventifs et pour être franche pas toujours très intéressants (je caricature un peu car il y a quand même heureusement de très bons biopics). Mais bon, un film sur Martin Luther King (même si je fais pas mal de raccourcis), on est forcément un peu curieux de le voir ! Selma a aussi été face à une petite polémique : son absence dans un grand nombre de catégories aux Oscars. Beaucoup ont dit que l’académie des Oscars n’avait pas été très généreuse envers ce film car les membres seraient des vieux racistes. Est-ce que cette justification est vraiment justifiée ou est-ce que le film n’est pas si bon que ça ? Pour ma part, je dirais qu’il y a probablement un peu des deux. Certes, c’est vrai qu’on aurait pu retrouver Selma dans certaines catégories (notamment pour « meilleur acteur » mais bon il y avait quand même une sacrée concurrence), le film n’est pas plus mauvais que d’autres biopics présents aux Oscars. Cependant, j’ai quand même trouvé Selma moyen, disons qu’il y a des choses positives et d’autres beaucoup moins.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo, Tessa Thompson

Ma première impression, en commençant à regarder ce film, n’a pas été très bonne, je dois être honnête. En fait (dites-moi si vous avez ressenti ou non la même chose que moi), j’ai l’impression que c’est le genre de films qui s’adresse (ici) surtout au public américain. Je veux dire, j’avais beau connaître des choses sur Martin Luther King, j’ai mis quand même quelques minutes à entrer dans l’histoire, à comprendre vraiment qui était qui, quand l’histoire se déroulait, le contexte exact… De plus, le film ne commence pas directement avec des informations affichées pour aider le public à situer les moments précis de l’histoire. Après, au fil des scènes, je me suis sentie plus à l’aise avec l’histoire mais c’est vrai que j’ai mis du temps à entrer tout simplement dans le film. Ce qui est très paradoxal, malgré selon moi un petit problème de contextualisation, le film reste tout de même très bavard, cela devient rapidement pénible et du coup on sent les quelques longueurs (en plus, le film dure plus de deux heures). Cependant, j’ai trouvé la seconde partie du film plus intéressante que la première, tout simplement parce qu’il y a plus d’action (même si on retrouve forcément des discours – on parle quand même du grand orateur qu’était Martin Luther King). Il faut dire que la réalisatrice s’en sort bien quand elle filme la lutte des Noirs pour obtenir leurs droits et surtout (puisqu’ils avaient déjà acquis certains droits) pour les mettre en oeuvre sans se faire tabasse gratuitement par les Blancs. Les scènes de combat et de marche sont pour moi très réussies et remontent pas mal le niveau général du film. On sent tout simplement la réalisatrice Afro-américaine concernée, il y a beaucoup de force et de sincérité dans ce type de scènes et du coup Selma est parfois très émouvant, je reconnais même avoir versé quelques (petites) larmes à la fin du long-métrage (mais je pleure pour rien, vous allez me dire). Je trouve aussi qu’elle a su mettre en avant (de tête) deux discours de King dans le sens où elle a réussi à montrer à quel point la parole pouvait aussi être une arme.

Selma : Photo Carmen Ejogo, David Oyelowo

Après, en dehors de ça, la mise en scène n’est pas pour moi spécialement bonne, on a l’impression que la réalisatrice a posé sa caméra et filme ses acteurs bavarder dans le vide, je n’ai pas toujours senti d’efforts, en tout cas c’est filmé platement ce qui est fortement dommage face à un tel sujet. Heureusement qu’il y a la reconstitution des années 1960 (avec les décors, les costumes et tout ça) ainsi qu’une élégante photographie qui comblent pour moi ces lacunes. Selma est aussi pas mal sauvé par la fabuleuse interprétation de David Oyelowo : on a vraiment l’impression de voir Martin Luther King. Je ne parle pas que de physique mais de la manière de s’approprier du personnage, son charisme, la manière de s’exprimer. Il ne se contente pas de l’imiter, il arrive à être émouvant mais sans en faire des caisses et surtout à être imposant, à être crédible en tant que leader. Son interprétation est intéressante car je trouve qu’on voit bien les deux aspects de la personnalité de King, c’est-à-dire d’un côté dans la sphère privée, de l’autre la publique. Dans l’ensemble, les seconds rôles sont également tous convaincants. Enfin, j’ai bien aimé la bande-originale, qui colle bien aux images et à l’histoire en général, et donne aussi une certaine dynamique à ce film qui en manque parfois un peu. La chanson Glory de Common et John Legend est magnifique, je suis ravie qu’elle ait remporté l’Oscar de la meilleure chanson, surtout que je trouve qu’elle représente vraiment bien le film. Pour conclure, je n’ai pas toujours été convaincue par Selma mais il possède quelques atouts indéniables dont quelques beaux moments d’émotion et surtout c’est tout de même bien de le découvrir une fois car je pense qu’il s’agit malgré tout d’un film nécessaire.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo

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18 réflexions au sujet de « Selma »

  1. Je vais donc m’en tenir à ta dernière phrase : un film nécessaire. Il est clair qu’un film sur Martin Luther King, ça ne se refuse pas. On verra bien…

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  2. Je n’ai pas encore vu Selma, car comme toi les biopics m’attirent mais éveillent toujours une certaine méfiance chez moi. Du coup, me motiver pour en voir un peut prendre des années!
    Et! Il s’agit TOUJOURS de film long! C’est parfait lorsque c’est réussi mais quand c’est bofbof c’est plus pénible qu’autre chose. Après avoir lu ton article je pense qu’un certain nombres d’années va passer avant que j’ose regarder Selma hahaha.

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  3. J’ai vu tellement de biopics en début d’année que j’en ai ma dose 🙂 Mais comme tu le dis, un film sur MLK est nécessaire et je pense que j’apprendrais beaucoup de choses. Je le louerai probablement en DVD prochainement.

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  4. Peut être trop académique mais il était temps de revenir sur Martin Luther King. David Oyelowo est en soi vraiment bon.

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  5. @ Bizard Bizard :
    Ca dépend, si t’as Canal + ou les chaines du câble, je pense que tu pourras te motiver à le regarder relativement rapidement 🙂
    Ouiiii c’est toujours des films à rallonge, à mon avis, les scénaristes veulent caler trop d’infos !

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  6. @ Potzina :
    C’est vrai qu’on est envahi de biopics et je ne les ai pas tous vus cette année, loin de là (il faudrait que j’en rattrape quelques uns, dont Imitation Game, histoire d’être dans le coup).

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  7. J’ai un rapport pour le moins contrarié avec les biopics que je trouve souvent « mou-du-genou » et pas très originaux. J’essaie de me soigner, pourtant, mais si j’ai de bonnes surprises (Miss Hokusai est vraiment sympa), il m’arrive souvent d’être déçue. C’est pourquoi j’avoue n’avoir pas vu Selma, même avec son sujet (en même temps, je n’ai pas vu celui sur Hendricks avec André 3000 et j’adore pourtant les 2). Je me laisserai peut être tenté par un dimanche après midi pluvieux (vu la météo actuelle, on va en avoir quelques uns dans les mois à venir…)

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  8. @ Girlie Cinéphilie :
    Oui, je me rappelle d’ailleurs de ton article sur les biopics ! Et honnêtement, je ne sais pas si tu vas accrocher à Selma vu mes souvenirs de ton article. Et si ça peut te rassurer, j’ai vu Selma un samedi (oui je change de jour ahaha) après-midi pluvieux !

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  9. Pas vraiment le genre de film qui m’intéressera. On y présentera visiblement un Luther King Formidable tel un dieu. Pourtant il serait temps d’être honnête sur ce sinistre personnage. Je ne parle pas là de sa vie personnelle qui regroupe, orgies sexuelles, alcoolémie, adultère (c’était un grand amateur de prostituées qu’il battait souvent), car on pourrait me rétorquer que Gandhi était pédophile. Mais contrairement à ce dernier dont il dit s’être inspiré, King fut un hypocrite et un imposteur de la première heure. Sa fameuse thèse en doctorat obtenue dans sa jeunesse, est depuis 1991 reconnue comme un plagiat pur et simple. King fut également largement manipulé par la suite par le PC américain auquel il était lié via son conseiller Stanley Levison (un businessman avocat). Il fut également l’outil de la NAACP, organisation soit disant « antiraciste » qui dans les années 20 avait déjà été dénoncée par Marcus Garvey. King n’était pas un penseur mais une marionnette politique, un film sous cette angle serait très intéressant.
    Je conseille de lire les écrits de gens comme Jackie Kennedy et David J. Garrow qui l’ont connu.

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  10. Je n’ai pas cédé à la marche de ce biopic. Peut-être un jour, s’il passe à la télé.
    Par contre, j’aime beaucoup David Oyelowo. C’est un excellent acteur.
    Concernant la face cachée du personnage révélé par Vince, j’ai fait mes petites recherches, et effectivement, Martin Luther King ne semble pas être l’homme intègre et vertueux que l’histoire et les médias ont retenu (ou voulu retenir).
    J’aime bien cette phrase prononcée par James Stewart dans L’Homme Qui Tua Liberty Valance : « Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ». Le mensonge autour de MLK sert quelque part un but plus noble, celui de la lutte raciale. Le discréditer de son vivant aurait considérablement amenuisé son combat et son impact sur les foules et sur les décisions politiques qui ont découlé.

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  11. @ Vince :
    Ah ça c’est sûr qu’à Hollywood on préfère montrer que le bon côté du personnage (c’est pas la première fois dans un biopic). Après, ça ne me gêne pas dans le sens où Selma n’est pas un biopic du genre je te montre bébé jusqu’à ta mort, c’est juste une partie, un événement avec MLK… Mais je comprends ce que tu veux dire. Mais un film qui sortirait avec un tel portrait ferait scandale je pense !

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  12. @ 2flics :
    J’aime également beaucoup David Oyelowo et je trouve ça vraiment dommage qu’il n’ait pas été nommé aux Oscars car même s’il s’agissait d’une belle année du côté masculin (on ne peut pas nommer tout le monde), je pense qu’il avait vraiment sa place et reste encore trop inconnu aux yeux du public surtout en dehors des pays anglo-saxons.
    Voilà c’est exactement ça pour MLK, il y a des légendes qu’on ne veut pas salir même si c’est aussi bien de connaître la vérité.

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  13. @ Minie :
    Je vois qu’on partage à peu près le même avis (même si ma note est plus « sévère »).
    Humm peut-être que les longueurs sont là pour le certain prestige qu’est le genre biopic ? (je m’interroge également 😮 ).

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