Shining

réalisé par Stanley Kubrick

avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd…

Film d’épouvante-horreur américain, britannique. 2h (version originale) / 2h26 (version intégrale). 1980.

sortie française : 16 octobre 1980

interdit aux moins de 12 ans

Shining

Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés…

shining

Shining, adaptation (assez éloignée) du roman (également culte) de Stephen King (le téléfilm serait plus proche du livre), est un film qui m’a marquée pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’il s’agit de ma première « rencontre » (oui, j’utilise de beaux termes, là on va sortir les mouchoirs pour chialer un bon coup) avec l’univers de Stanley Kubrick. Même si Kubrick a fait des films très différents (ce qui fait de lui le génie qu’on connaît), Shining fait pour moi partie de ces films qui m’ont poussée à devenir cinéphile et à connaître davantage la filmographie de Kubrick. Puis, j’ai découvert Shining finalement assez jeune, il me semble que je l’ai vu quand j’étais en 6e ou en 5e. J’avais déjà vu quelques films d’horreur avant d’entrer au collège (de tête, les Scream) mais là j’ai vraiment eu l’impression d’avoir passé un cap. Beaucoup savent que je ne prends pas l’habitude de revoir les films, plus par flemme qu’autre chose mais Shining fait partie de ces rares films que je peux revoir sans problème (je l’ai même revu au cinéma il y a maintenant quelques années), avec cette même excitation. Mieux, j’ai beau connaître l’histoire par coeur, j’ai toujours l’impression de découvrir des petits détails etc… Shining possède évidemment des éléments surnaturels (dont le fameux « shining » du titre, le pouvoir télépathique) mais c’est surtout la folie de l’homme (celle de Jack Torrance) qui est effrayante. Shining serait presque plus davantage un thriller psychologique qu’un film d’épouvante-horreur. Il est alors intéressant de voir comment Kubrick a exploité le thème de la folie. L’hôtel Overlook, avec ses couloirs à rallonge, qui devient presque un personnage à part entière, forme en lui-même une sorte de labyrinthe, motif qui apparaît physiquement, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur (avec la maquette que regarde Jack). Les lieux sont en eux-mêmes oppressants grâce à la mise en scène virtuose de mister Kubrick et à des décors à la fois magnifiques, envoûtants mais aussi dérangeants. Le labyrinthe est aussi une sorte de métaphore (même si le film est bien plus complexe que ça) de ce qui peut passer dans la tête de Jack Torrance. Ainsi, l’esprit de Jack est de plus en plus torturé au fil des scènes, quitte qu’on ne sache plus distinguer ce qui existe ou non. Kubrick joue également merveilleusement avec les notions de temps et d’espace, ce qui a tendance à augmenter l’horreur et l’angoisse au fur et à mesure.

Shining : Photo Lisa Burns, Louise Burns, Stanley Kubrick

Les images, parfois furtives, peuvent être traumatisantes tout comme certains points de l’histoire qui restent mystérieux : je pense notamment à celles avec les jumelles (inspirées de photographies de Diane Arbus), avec le torrent de sang, avec la machine à écrire (« All work and no play makes Jack a dull boy » écrit je ne sais pas combien de fois) ou à la chambre 237. Stephen King était très en colère contre l’adaptation de Stanley Kubrick pas uniquement à cause de ses infidélités à son roman mais parce qu’il s’agit pour lui d’un texte très personnel, voire même autobiographique selon ses dires. Il voulait montrer comment un bon père de famille peut devenir monstrueux sous les effets de l’alcool. Certes, dans le film, l’alcoolisme de Jack n’est plus présent. Ceci dit, le film continue d’exploiter cette idée du père de famille qui échoue dans sa vie personnelle (il s’agit d’un écrivain en panne d’inspiration) et cela aurait des conséquences sur son mental puis au sein de la cellule familiale. Shining est en tout cas un film fascinant en étant à la fois accessible et complexe. Malgré ses deux bonnes heures (et plus selon les versions), le film n’ennuie jamais, on est immergé avec les personnages dans cet étrange hôtel qui révèle leurs démons intérieurs, il y a une ambiance incroyablement effrayante (la musique aide aussi pas mal à cette terreur qui s’installe petit à petit), des motifs marquants même si on ne comprend pas toujours leurs réelles significations (en tout cas, pas toujours tout de suite – mais c’est aussi pour ça que Shining est un film génial à analyser, j’ai lu des textes vraiment intéressants, des ressentis différents et cela montre à quel point ce film est d’une incroyable richesse). Jack Nicholson est monstrueusement époustouflant dans le rôle de Jack Torrance. Je crois qu’il n’y a pas suffisamment de mots pour qualifier l’exploit de sa bluffante performance. J’aime beaucoup également Shelley Duvall, injustement nommée aux Razzie Awards. Elle est si vulnérable, paniquée (il faut que Kubrick y avait mis du sien durant le tournage !), on a peur pour elle et en même temps, avec ses maigres moyens, elle réussit à débrouiller, à être forte pour son enfant, à être maternelle (contrairement à son mari) et enfin Danny Lloyd (qui n’a pas eu de carrière au cinéma mais qui devenu professeur de biologie !) est excellent malgré son très jeune âge au moment du tournage.

Shining : Photo Danny Lloyd, Jack Nicholson, Stanley Kubrick

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Coup de gueule contre l’article de Madmoizelle sur les films d’horreur

Le 14 octobre dernier (oui ça remonte), le site féminin et féministe Madmoizelle a publié cet article écrit par la pourtant sympathique Naya intitulé « Cinq raisons pour lesquelles je n’aime pas les films d’horreur« . Je vous conseille de lire tout de suite ce court et léger article avant de poursuivre mon billet, ça sera plus pratique pour vous.

 

 

ESPACE BLANC VOLONTAIRE => VOUS ETES SUR MADMOIZELLE EN TRAIN DE CONSTATER LES DEGATS DE CET ARTICLE DEBILE ET VOUS VOUS DEMANDEZ CE QUE JE VAIS POUVOIR ECRIRE JUSTE EN DESSOUS EN GUISE DE REPONSE. JE VOUS RASSURE, JE NE SUIS PAS UN MONSTRE OU UN NINJA, JE VAIS M’EXPRIMER AVEC DIGNITE ET SAGESSE. 

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Normalement, là, vous avez lu le fameux article (à part si vous l’aviez déjà lu il y a quelques jours) et on va donc en venir aux faits : il s’agit d’un article complètement débile qui m’a profondément agacée. Pourtant, quand j’ai ouvert l’article, j’étais prête à lire tous les arguments. Je veux dire, cela ne me dérange pas du tout qu’on puisse ne pas aimer les films d’horreur et sur le papier je trouvais cela intéressant de découvrir le point de vue de cette fameuse Naya. Surtout qu’on nous promet des points qui ne tournent pas seulement sur la peur que peuvent provoquer les films d’horreur.

shelley

Première déception : sur les cinq raisons évoquées, deux sont sur la peur. On nous a vendu du rêve. On sent que c’est pour faire du remplissage. Bon, certes, le ton reste léger, il ne faut pas trop prendre cette partie de l’article trop à coeur non plus, mais j’en profite un instant pour revenir sur la peur et de rendre hommage à ma façon aux films d’horreur. J’ai lu beaucoup de commentaires à la suite de cet article de jeunes filles principalement (c’est Madmoizelle, ne l’oublions pas) qui disaient qu’elles n’aimaient pas les films d’horreur car elles n’aimaient pas avoir peur. Cela est tout à fait compréhensible. Et quelque part, on est un peu dingue d’aimer les films d’horreur ! Au-delà de la recherche de l’adrénaline et du côté défouloir que peut procurer ce cinéma, comme je l’expliquais hier dans mon article sur L’Exorciste, dans les bons films d’horreur, la peur n’est pas uniquement celle qui apparaît à travers différents procédés, dont le désormais très classique jump scare (même si, Dieu merci, il n’existe pas que ça dans les films d’horreur !). Pour moi, ce qui est vraiment intéressant dans les films d’horreur, c’est la peur qui se colle finalement à notre quotidien, comme si chaque individu n’était pas à l’abri et devait surmonter cette épreuve. Pour moi, les films d’horreur révèlent des peurs bien plus profondes, enfouies à l’intérieur de chacun d’entre nous. De plus, cette peur dans les films d’horreur peut aussi être liée à des sujets de société. Ce que je veux dire, pour essayer de reformuler, un bon film d’horreur est pour moi celui qui présente plusieurs niveaux de lecture de la peur, ce qui rend le film en question plus riche, plus complexe qu’il en a l’air. La peur n’est pas uniquement là pour procurer des sensations et par conséquent divertir, elle a un rôle. Donc oui, j’appréhende beaucoup de scènes quand je regarde un film d’horreur, parfois j’ai même du mal à trouver le sommeil mais je trouve que ça en vaut parfois la peine.

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Je ne vais pas trop m’attarder sur un troisième point évoqué dans ce fameux article, c’est-à-dire celui sur le comportement improbable voire même carrément crétin des personnages. Certes, c’est parfois vrai, il y a des personnages qu’on a envie de frapper parce qu’on ne comprend pas leur logique, les scénarios sont parfois aberrants. Mais là, en prenant en plus en compte l’argument des « jump scares mauvais pour la santé », on sent que l’auteure de l’article a surtout vu beaucoup de slashers (et dans le lot, il faut quand même le dire : il y en a de très très cons). Certes, il n’y a rien de mal à regarder beaucoup de slashers mais c’est tout de même gênant d’écrire un article sur les films d’horreur alors qu’on ne connaît pas forcément son sujet. Après, je ne dis pas qu’on n’a pas le droit de donner son avis, son ressenti et tout ça sur un sujet dont on ne maîtrise pas totalement mais quand on publie un article sur Madmoizelle, c’est-à-dire un site très connu, populaire et lu, il y a un moment où on ne peut pas non plus se permettre d’écrire n’importe quoi. Rien qu’en tant que simple et lambda blogueuse, je fais attention à ce que j’écris (même si cela ne m’empêche pas de rester spontanée, de ne pas être en mode « control freak »), je me renseigne quand il le faut, je fais de mon mieux pour écrire un billet correct qui tient la route. Comment ça se fait qu’un site bien plus professionnel que mes humbles activités de blogueuses ne se pose pas autant ces questions qui me paraissent pourtant essentielles ? Quand on publie un article faussement provocateur, il y a un moment où il faut qu’il y ait un contenu un minimum solide, même si le texte se veut léger. Vous remarquerez d’ailleurs qu’il n’y a pratiquement aucun film cité dans l’article en question, ce qui me paraît un peu étrange !

insidious

Je vais donc en venir à ce qui m’a énervée, c’est-à-dire « Les filles sont souvent des clichés ambulants » et « Le Noir meurt toujours en premier ». Encore une fois, j’ai l’impression que Naya n’a retenu que les slashers, qu’elle n’a même pas essayé de chercher des exemples qui pouvaient remettre en question un minimum son avis. Attention, je ne dis pas qu’elle a tort sur tout. Bien sûr qu’il y a des films de ce genre qui ne mettent pas en valeur la femme pour ne pas dire carrément sexistes, bien sûr que les minorités ne sont pas toujours représentés. Mais j’ai envie de dire : il n’y a pas plus de sexisme dans les films d’horreur qu’ailleurs ! Je veux bien qu’on pointe du doigt les possibles failles d’un cinéma mais je trouve ça vraiment décevant de la part de ce site qui lutte notamment sur les clichés sur les femmes à la télé, au cinéma etc… Défendre une cause est une chose mais après il ne faut pas non plus dire n’importe quoi sous prétexte qu’on est féministe ou qu’on lutte pour une plus large exposition des minorités. Je trouve ça paradoxal de la part d’un site qui lutte contre les minorités et finalement s’attaque très bêtement à un cinéma très sous-estimé et déjà suffisamment marginalisé. Le site lutte contre les clichés mais utilise lui-même des clichés ! Pour les gens qui ne s’intéressent pas forcément au cinéma d’horreur ou qui ont déjà des préjugés, je n’ose pas imaginer l’image qu’ils peuvent désormais avoir sur ces films en question.

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Encore une fois, je ne nie pas qu’il y a du sexisme voire même du cinéma au sein du cinéma et de ce cinéma-là aussi. Mais l’article oublie de mentionner beaucoup de choses. Par exemple, les slashers (puisque l’auteure pense beaucoup à ce genre en particulier) jouent fortement avec des codes. Certes, les bimbos en prennent souvent plein la gueule mais à côté il ne faut pas non plus oublier qu’il y a AUSSI des héroïnes fortes et intelligentes. Je pense notamment (car il existe des tas d’exemples) à Neve Campbell dans les Scream (gamine, c’était du genre LA meuf que j’admirais le plus alors je me permets de la citer) ou Jamie Lee Curtis dans Halloween (restons dans le slasher) mais aussi à la mère Freeling dans Poltergeist, on peut même aller plus loin en citant Sigourney Weaver dans les Alien (tout dépend de notre définition de l’horreur). Certes, certains me répondront : « oui mais t’as remarqué, c’est souvent une fille vertueuse et vierge ». Oui, mais si on revient au slasher notamment, il ne faut pas non plus oublier que les codes mis en place derrière font qu’il y a forcément des traits un peu forcés. Ces codes en question permettent de parler de sexualité et de l’adolescence, ce qui est logique étant donné que regarder un film d’horreur est une sorte de rite, une sorte de passage à l’âge adulte, ce qui correspond parfaitement à ce que vivent les ados. Après, certains films utilisent mieux que d’autres ces codes mais à l’origine, ce n’est pas juste une succession de clichés, les personnages complètement une réflexion mise en scène. Surtout, il ne faut pas non plus oublier que depuis, beaucoup de réalisateurs ont conscience que ces codes ont pu être trop forcés ou utilisés par des films, qu’ils soient bons ou non et que beaucoup de réalisateurs s’amusent aussi à jouer de ces codes en question voire à les pasticher.

sidney

Oui, les Noirs notamment (et plus généralement ce qu’on pourrait appeler les minorités) ne sont pas forcément bien représentés dans le cinéma d’horreur et encore une fois dans le cinéma tout court. Oui, c’est vrai qu’on a toujours l’impression que les Noirs (et encore une fois : et autres) ont du mal à survivre, qu’ils obtiennent trop rarement les premiers rôles ou qu’ils jouent toujours le sage, le bon gars. Ceci dit, et comme l’ont d’ailleurs souligné les commentaires à la suite de l’article (ce qui m’a tout de même rassurée), Madmoizelle a oublié de citer La Nuit des Morts-Vivants de George Romero dans lequel le Noir (Ben, incarné par Duane Jones) est le dernier à survivre et que ce personnage en question permet aussi de dénoncer le racisme aux Etats-Unis dans les années 1960. Rien que ça, on ne peut pas l’oublier, même si ça n’efface pas le problème que subit le cinéma et la télévision face à la place des minorités. L’article n’hésite également pas à mettre une photo de Noah, un des personnages de la série The Walking Dead. Certes, au fil des saisons, beaucoup de Noirs meurent et sont remplacés par d’autres Noirs qui meurent. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a Michonne, un personnage adoré par les fans parce qu’elle est forte et on a aujourd’hui du mal à concevoir la série sans ce personnage. Il ne faut pas non plus oublier Glenn, le livreur de pizzas d’origine asiatique, également un des piliers de la série. Alors, certes, oui les Blancs sont bien plus représentés que le reste mais j’aimerais aussi qu’on souligne les efforts quand il y en a.

romero

Alors, peut-être qu’il s’agit d’une pseudo « polémique » ou « coup de gueule » (même si je ne gueule pas tant que ça) de ma part, après tout j’aurais pu complètement oublier cet article mais je tenais vraiment à vous faire partager mon profond agacement depuis un certain temps et j’en ai profité à l’approche d’Halloween. Disons que je suis étonnée qu’on n’en ait pas plus parlé que ça. Alors certes c’est vrai qu’il n’y a rien de dramatique dans le sens où il y a des choses bien plus graves dans le monde mais je n’avais pas envie que cet article passe totalement inaperçu. Peut-être que les amateurs du genre ne vont pas forcément sur ce genre de site et n’ont pas donc été au courant de la publication de cet article. L’article de Madmoizelle aurait pu être plus approfondi en gardant un ton léger comme le site a l’habitude de faire mais à force de vouloir être dans le divertissement, même s’il y a des choses effectivement problématiques à soulever (encore une fois, je ne suis pas dans le monde des Bisounours), il ne fait que stigmatiser, donner une image fausse d’un cinéma qui n’a vraiment pas besoin de cette mauvaise publicité, même au nom de l’humour, de la légèreté et tout ce qu’on veut. C’est un article hélas trop réducteur, voire même vide sur un cinéma pourtant bien plus profond qu’on pourrait le croire (même si dans le lot il y a des daubes mais j’ai envie de dire comme partout).

Sur ce, moi, j’aime les films d’horreur et je profite encore de ce week-end pour en regarder et en parler ! Bon Halloween à tous (un peu en avance, OSEF).

freddy

 

L’Exorciste

réalisé par William Friedkin

avec Linda Blair, Ellen Burstyn, Max Von Sydow, Jason Miller…

titre original : The Exorcist

Film d’épouvante-horreur américain. 2h02. 1973.

sortie française : septembre 1974

L'Exorciste

En Irak, le Père Merrin est profondément troublé par la découverte d’une figurine du démon Pazuzu et les visions macabres qui s’ensuivent.
Parallèlement, à Washington, la maison de l’actrice Chris MacNeil est troublée par des phénomènes étranges : celle-ci est réveillée par des grattements mystérieux provenant du grenier, tandis que sa fille Regan se plaint que son lit bouge.
Quelques jours plus tard, une réception organisée par Chris est troublée par l’arrivée de Regan, qui profère des menaces de mort à l’encontre du réalisateur Burke Dennings. Les crises se font de plus en plus fréquentes. En proie à des spasmes violents, l’adolescente devient méconnaissable.
Chris fait appel à un exorciste. L’Eglise autorise le Père Damien Karras à officier en compagnie du Père Merrin. Une dramatique épreuve de force s’engage alors pour libérer Regan.

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L’Exorciste est certainement le long-métrage le plus connu de William Friedkin (avec French Connection). Le film, qui a évidemment choqué de nombreux spectateurs à sa sortie, a rencontré un immense succès au box office et a même été nommé à dix reprises aux Oscars (et est reparti avec deux statuettes dont meilleur scénario adapté). Cela m’a presque surprise de voir toutes ces récompenses et nominations pour un film de genre, souvent renié par les académies. D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai l’impression que cela ne serait plus possible de nommer et de récompenser un film d’épouvante-horreur aux Oscars. J’ai longtemps refusé de regarder L’Exorciste de peur… d’avoir peur. Il faut dire que le film a une sacrée réputation du genre « Le film le plus terrifiant de tous les temps ». Forcément, ça m’a foutu la pression. Puis, au fil du temps, j’ai découvert le cinéma de William Friedkin et jusqu’à présent j’ai aimé tout ce qu’il a fait. Après avoir découvert son Sorcerer sur grand écran, je me suis dit qu’il était temps de découvrir le film le plus célèbre de sa carrière, L’Exorciste, adapté du roman (également à succès) de William Peter Blatty (ce dernier a d’ailleurs écrit le scénario). L’auteur a écrit ce roman après avoir lu un article dans le Washington Post publié en 1949 relatant un cas d’exorcisme sur un garçon de 14 ans dans le Maryland. Bref, qu’on croit aux esprits démoniaques ou non, il faut avouer que ce contexte ne rassure pas forcément, surtout quand on flippe avant d’avoir vu le film ! J’ai tenu à le regarder durant un après-midi et les volets grands ouverts, histoire d’atténuer mon appréhension. Certes, j’ai eu peur durant le film, je ne vais pas vous mentir, je ne faisais pas la fière sur le lit avec mes coussins en guise de protection (ne cherchez pas à comprendre). Finalement je suis contente d’avoir réussi à voir le film en entier sans avoir l’impression de crever sur place. Mieux : j’ai réussi à dormir la nuit ! Sérieusement, pour être franche, je m’attendais à être plus choquée (je précise qu’être choquée n’est pas forcément un gage de qualité), disons que je m’attendais à des scènes plus trash, je ne sais pas trop comment l’expliquer.

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On va dire que j’ai réussi à regarder le film les yeux ouverts alors que je m’attendais à les fermer tout le long de peur de ne pas supporter certaines scènes (je savais qu’il y avait des scènes éprouvantes, du genre la gamine qui s’enfonce un crucifix dans son vagin ou encore sa tête qui tourne sur elle-même). Pour reformuler, je m’attendais à quelque chose de plus insoutenable visuellement (peut-être que je dis ça parce que je fais partie de cette génération habituée à voir des choses inimaginables). Ceci dit, la peur est quand même bien là, je l’ai ressentie tout le long grâce à une atmosphère de plus en plus oppressante au fil des scènes. Evidemment que le côté surnaturel, la possession en elle-même est effrayante (je veux dire : ça n’a rien de sympathique en soi), il y a même (il me semble que c’est dans une nouvelle version) des images du démon incrustées furtivement, comme si ce dernier pouvait apparaître et nous posséder à n’importe quel moment. Mais ce qui est effrayant, c’est plutôt de voir comment ce démon en question peut détruire une famille a priori ordinaire et surtout s’attaquer à une banale adolescente. Mais c’est surtout la transformation progressive de la jeune fille (qu’elle soit physique ou morale), qui ressemble de moins en moins à un être humain, qui est terrifiante. On ne peut évidemment pas s’empêcher de voir la petite Regan comme une malade et là, si on oublie un instant l’aspect fantastique, c’est aussi dans un sens effrayant car le spectateur est confronté à une réalité qui existe. Je vois alors la petite Regan comme une métaphore de la malade qui perd tout simplement le contrôle de son corps et de son âme. Il me semble aussi que L’Exorciste est un film sur le féminisme qui prend une certaine ampleur dans les années 1970, comme s’il était perçu comme une sorte de maladie finalement (c’est une idée qui revient souvent dans des oeuvres sur le féminisme). Le fait d’avoir deux personnages féminins qui portent des prénoms qui pourraient être attribués à des hommes (Chris et Regan) ou encore de mettre en scène une mère célibataire (ce qui n’était pas aussi « banal » que maintenant) renforce cette idée.

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Plus généralement, la perte de la foi face aux doutes, le début de l’adolescence et donc de la sexualité (le crucifix dans le vagin n’est pas anodin), l’effondrement de la famille et donc plus généralement du rêve américain ou encore la médecine moderne qui ne parvient pas à répondre à toutes les demandes possibles, en fait le quotidien tout simplement, sont les vraies choses qui sont réellement effrayantes dans ce film, et qui sont accentuées par une histoire bâtie autour d’un démon destructeur. La richesse du scénario et la mise en scène extrêmement puissante ont permis à L’Exorciste d’être le film qu’on connait aujourd’hui : un film à la fois populaire et d’une intelligence redoutable. Le film a beau être des années 1970, je sais qu’il y a les version restaurées qui ont aidé à cette oeuvre de mieux traverser le temps, mais honnêtement il a vraiment bien vieilli car techniquement il s’agit d’une véritable réussite. Les décors calculés, les effets spéciaux déjà bien foutu pour l’époque, le maquillage impressionnant, la photographie soignée ou encore le son et la musique qui oppresse encore plus le spectateur ont vraiment contribué à la réussite de ce long-métrage. Enfin, le casting est impeccable. La jeune Linda Blair est époustouflante dans ce rôle physique, il faut être mature pour interpréter un tel personnage qui subit tellement de choses ! Ellen Burstyn est également excellente en mère dépassée par les événements. J’ai également beaucoup aimé le très touchant Jason Miller (pour l’info people, je n’étais pas du tout au courant, mais il s’agit du père du sympathique acteur Jason Patric, qu’on voit de moins en moins et c’est dommage) principalement connu pour le grand public pour avoir joué le père Karras ici, mais qui avait aussi une belle carrière de dramaturge à côté (il a même reçu le prix Pulitzer pour sa pièce That Championship Season). Enfin, même si on ne le voit pas beaucoup finalement, Max Von Sydow marque évidemment les esprits, rien que son incroyable présence.

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Life on Mars

Créée par Matthew Graham, Tony Jordan et Ashley Pharoah

avec John Simm, Philip Glenister, Liz White, Dean Andrews, Marshall Lancaster, Tony Marshall, Noreen Kershaw, Ralph Brown, Joanne Frogatt…

Série dramatique, policière britannique. 2 saisons. 2006-2007.

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Le monde de l’inspecteur Sam Tyler va changer du tout au tout. Peu de temps après que sa petite amie ait été kidnappée par un serial killer, il est renversé par une voiture. Il se réveille en 1973… Devenu jeune inspecteur de police, il doit s’adapter à ce nouveau monde et découvre un lien entre un meurtre récent et le kidnapping de sa fiancée en 2006.

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Life on Mars est une série culte en Grande-Bretagne au point d’avoir un remake (apparemment raté) américain avec Harvey Keitel (mais vite annulé) et une suite (Ashes to Ashes, qui totalise en tout trois saisons). La série avait beau cartonné dans son pays d’origine, elle a été arrêtée au bout de deux saisons (il y a en tout cas que 16 épisodes, chacun durant 50 minutes) tout simplement parce que les scénaristes ont pris la bonne décision : ne pas éterniser cette histoire. Mais quelle histoire vous allez me demander ? Celle de l’inspecteur Sam Tyler, brillant inspecteur qui se fait renverser par une voiture et qui se réveille en 1973… sur la chanson de David Bowie, Life on Mars (lui-même étant juste avant en voiture avant d’y descendre et écoutant cette chanson avant l’accident). « Am I mad, in a coma, or back in time ? » (« Suis-je fou, dans le coma ou suis-je dans le passé ? ») est la question (présente dans ce générique que j’adore) que Sam va se poser tout le long de la série. Il y a de quoi se poser la question car le spectateur ne sait pas du tout que ce qui arrive à Sam. D’ailleurs, plus généralement, on peut même dire que la série est inclassable (enfin sur le papier, on pourrait la « classifier » mais je ne veux rien spoiler). En effet, on retrouve à la fois l’esprit des films et séries policières mettant en scène un duo de flics radicalement opposés ainsi que le côté fantastique et voyage dans le temps, façon Code Quantum même si, pour vous rassurer, Life on Mars n’a finalement rien à voir avec cette autre série culte, et surtout, on ne sait pas vraiment s’il y a une part de fantastique (je ne vous dirai évidemment, ah ah ah !). Sans trop en dire (car cette référence a évidemment un intérêt scénaristique), il s’agit plutôt d’une sorte de relecture du Magicien d’oz, assumée dès le premier épisode à travers certaines répliques et confirmée dans le tout dernier épisode, surtout avec la présence d’un personnage qui se nomme Frank Morgan (le même nom que l’acteur qui jouait Oz dans le film de Victor Fleming). Mais la série ne peut pas se limiter à ce mélange unique. Certes, on suit les enquêtes policières avec intérêt même si elles n’ont rien d’exceptionnel ou encore on trouve le décalage entre les époques très drôle.

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Mais les scénaristes ont surtout eu la bonne idée d’instaurer un fil conducteur : ainsi, à chaque épisode, Sam entend des gens (sa famille, ses proches et ce qu’il devine être ses médecins) : est-ce sa conscience, son imagination qui lui joue des tours ou est-ce qu’il y a des gens qui lui parleraient durant un coma, si on accepte l’idée que Sam puisse être plongé dans un éventuel coma ? Il entend aussi ce qui ressemblerait à des sonorités médicales qui sortiraient de différents appareils (téléphone, radio, télévision etc…). Ainsi, même si au fil des épisodes, surtout au cours de la saison 2, on finit par y voir plus clair et par comprendre ce que vit Sam. Pourtant, jusqu’à l’épisode final, on a le doute sur cette vérité, on est comme Sam, dans un flou total. Certains spectateurs ont exposé des théories farfelues mais les scénaristes ont affirmé, après la diffusion de l’épisode final, qu’il n’y avait qu’une seule réponse possible (même s’ils sont très contents d’avoir brouillé les pistes). En tout cas, encore une fois, sans vouloir spoiler (au moins, ça vous encouragera, enfin je l’espère, à découvrir pour de bon cette série si ce n’est pas encore fait !), à partir de cette intrigue qui se déroule sur deux saisons, Life on Mars est une série qui est bien plus profonde qu’elle en a l’air et d’une grande humanité. Certes, divertissante, et souvent drôle (les répliques de Gene sont à mourir de rire par exemple), Life on Mars est surtout en réalité une série bouleversante (et j’insiste sur ce terme, vu comme j’ai chialé au tout dernier épisode…) sur l’illusion que peut nous offrir la vie, notamment à travers les souvenirs (correspondent-ils toujours à la réalité ?) et nos désirs (qui se traduisent par le voyage dans le temps). « Que signifie être vivant ? » pourrait même être la question principale de la série et c’est d’ailleurs la question que se posera Sam. Cette sorte de voyage énigmatique dans le passé est donc très intéressante par rapport à la vision qu’on peut avoir du présent et notamment celle que peut avoir Sam. Ainsi, les années 1970, qu’on pourrait idéaliser en pendant que c’était mieux avant, ont quelque chose de cool (c’est même un peu poil trop cool, mais ici cela n’a rien d’un reproche étant donné que le côté un peu caricatural et déjà-vu joue en réalité un rôle dans le scénario), avec notamment une très bonne reconstitution de cette période.

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Pourtant, au fil des épisodes, on nous rappelle que cette période n’a pas toujours été aussi géniale : les enquêtes étaient bâclées, les femmes étaient victimes de sexisme et même au sein de la police elles avaient du mal à trouver leur place, les Noirs et les Indiens étaient subissaient le racisme, le hooliganisme était à son paroxysme etc… Quand on parle d’années 1970, on pense évidemment aux nombreuses références musicales (ce qui est normal, rien qu’on en voit le titre même de la série !). La principale sera évidemment celle à David Bowie, à travers quelques chansons (Gene se fait surnommer « The Gene Genie » en référence à la chanson « The Jean Genie » par exemple), mais aussi d’autres chansons de cette période-là (Paul McCartney, Elton John, T-Rex…). Enfin, la série doit également beaucoup à ses interprètes, surtout au duo formé par les brillants (n’ayons pas peur des mots) John Simm et Philip Glenister. D’un côté, John Simm (c’est moi ou il a un air de Thom Yorke ?) donne beaucoup d’humanité et de complexité à son personnage, c’est-à-dire Sam a un côté très professionnel, rigide (ce qui aura tendance à énerver ses nouveaux collègues) et en même temps il a toujours l’air mélancolique (mais sans se prendre pour Louis Garrel… oui c’est méchant) ce qui le rend plus sympathique et surtout extrêmement attachant. De l’autre, Philip Glenister donne une interprétation plaisante à ce personnage pourtant controversé sur le papier, c’est-à-dire bourru, misogyne, raciste, alcoolique et en même temps lui aussi donne une réelle profondeur à ce personnage également plus complexe qu’il en a l’air, qui ne peut pas se limiter à ces simples traits de caractère. En tout cas on s’attache vraiment aux personnages, même aux rôles secondaires, comme la timide mais courageuse Annie (Liz White) ou encore aux stupides Chris (Marshall Lancaster) et Ray (Dean Andrews). Maintenant, il faut que je découvre Ashes to Ashes, en espérant que ce soit aussi bien que Life on Mars

liiiiife

Sicario

réalisé par Denis Villeneuve

avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin, Jon Bernthal, Victor Garber, Jeffrey Donovan, Daniel Kaluuya, Raoul Trujillo, Maximiliano Hernandez, Julio Cedillo…

Thriller américain. 2h02. 2015.

sortie française : 7 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

Sicario

La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

 Sicario : Photo Emily Blunt

 

Sicario, dont le titre signifie en espagnol « tueur à gages », a été présenté en compétition dans la sélection officielle de la dernière édition du festival de Cannes. On a dit qu’il a pu repartir les mains vides de peur d’accuser le jury de copinage avec l’équipe du film : Jake Gyllenhaal, membre du jury, a travaillé à deux reprises avec Denis Villeneuve; le chef opérateur Roger Deakins a travaillé avec les frères Coen, Présidents du jury, sur No Country for old men; ou encore, pour aller plus loin dans le délire, Xavier Dolan est québécois… Bien avant la sortie de Sicario, je me demandais si on n’était pas en train de raconter n’importe quoi. Je veux dire (et je ne remettais pas en cause la qualité du long-métrage), je ne voyais pas du tout ce film séduire un jury (même si on peut s’attendre à tout effectivement). De plus, pour être franche, je n’étais pas spécialement attirée par ce film : certes, le seul film de Denis Villeneuve que j’ai pu voir (Prisoners) m’a vraiment plu, le casting me plaisait également beaucoup sur le papier mais j’ai généralement du mal avec les films qui parlent de trafics de drogue et tout ça. Ceci dit, les très bonnes critiques à son égard m’ont réellement encouragée à faire le déplacement pour aller le voir. Sicario est un très bon film même si je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre (je pense à certaines critiques qui me semblent démesurées) et qu’il ne fait pas du tout partie de mon top 10 de l’année. Etant donné que je n’apprécie pas particulièrement ce genre de films, je dois avouer que j’ai tout d’abord passé un très bon moment face à ce thriller intense. Le long-métrage dure deux bonnes heures mais je ne me suis jamais ennuyée : on entre tout de suite dans l’histoire, l’ensemble est très rythmé et captivant, on ne décroche pas les yeux de l’écran une seule seconde et certaines scènes en jettent vraiment. J’ai juste envie de dire : c’est très bien foutu ! Le film est également une pure réussite esthétique, notamment par un splendide travail de lumière et une magnifique photographie. La frontière américano-mexicaine est clairement représenté comme un enfer sale, violent et obscur, à l’image des douteuses affaires qui se trament derrière par certaines personnalités. Le lieu devient ici un personnage à part entière, notamment à travers les plans de paysages vus d’en haut, dans la lignée de True Detective ou du plus récent La Isla Minima. Villeneuve sait vraiment quoi faire de cet espace qui joue un rôle essentiel. J’ai également apprécié la bande-originale, qui contribue à cette atmosphère oppressante. Si la mise en scène est maîtrisée et est clairement le point fort du film, je ne trouve pas l’écriture des personnages toujours réussie : heureusement, leurs interprètes sont bons.

Sicario : Photo Benicio Del Toro, Emily Blunt, Josh Brolin

Je crois que nous sommes tous à peu près d’accord pour saluer l’excellente performance du toujours charismatique Benicio Del Toro qui est clairement au-dessus du lot et qui incarne le personnage le plus intéressant. En revanche, les autres rôles m’ont déçue. Josh Brolin est certes bon, comme très souvent, mais son personnage m’a laissée indifférente. J’ai surtout été déçue par le personnage féminin, incarné par la pourtant très talentueuse Emily Blunt. Cela va paraître fort mais j’ai trouvé ce personnage plutôt raté même si je vois où Villeneuve veut en venir. Kate serait une sorte de représentation du respect de la loi et de la morale et elle respectera jusqu’au bout ses convictions. Sur le papier, il y a quelque chose de très fort et j’aime d’habitude ce genre de personnage, mais là je trouve que les traits de ce personnage font parfois un peu de tort à ce film pourtant très riche. En effet, j’ai trouvé les réactions de Kate assez énervantes, limite peu réalistes. Pour caricaturer, on a parfois l’impression de voir Candy qui découvre le monde des méchants (la meuf est agent du FBI, rappelons-le). De plus, elle est assez passive et n’évolue jamais. Certes, je vois ce que Villeneuve a voulu dire à travers ce personnage : Kate représente parfois les yeux des spectateurs qui découvrent en même temps qu’elle une situation qui la dépasse totalement, c’est-à-dire que la loi officielle n’empêche pas d’autres lois peu morales à s’imposer et que finalement la frontière entre les différents types de lois ne semblent plus avoir de frontière (et là on peut finalement faire un parallèle intéressant avec la frontière physique entre le Mexique et les Etats-Unis). Le propos est fort et fonctionne mais pas le personnage, ce qui est parfois problématique et qui m’a empêchée d’aimer encore plus ce film : Kate passe ainsi pour une fille larguée, on finit par ne plus trop croire qu’elle bosse au FBI, on ne comprend pas non plus qu’elle ne comprenne pas alors que certaines choses sautent aux yeux. De plus, certains traits sont vraiment trop appuyés, du genre elle est maigre, c’est la fiesta avec ses sourcils, ne se lave pas et se remet à fumer : Kate est à bout, c’est bon, message reçu. Cela est vraiment dommage car pour moi, Sicario aurait pu être meilleur mais heureusement que pour contrebalancer, le film possède d’indéniables qualités.

Sicario : Photo Emily Blunt

L’homme irrationnel

réalisé par Woody Allen

avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, Jamie Blackley, Meredith Hagner, Ben Rosenfield, Susan Pourfar…

titre original : Irrational Man

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2015.

sortie française : 14 octobre 2015

L'Homme irrationnel

Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Il a le sentiment que quoi qu’il ait entrepris – militantisme politique ou enseignement – n’a servi à rien.Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Si Jill est amoureuse de son petit copain Roy, elle trouve irrésistibles le tempérament torturé et fantasque d’Abe, comme son passé exotique. Et tandis que les troubles psychologiques de ce dernier s’intensifient, Jill est de plus en plus fascinée par lui. Mais quand elle commence à lui témoigner ses sentiments, il la rejette. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages dès lors qu’Abe et Jill surprennent la conversation d’un étranger et s’y intéressent tout particulièrement. Après avoir pris une décision cruciale, Abe est de nouveau à même de jouir pleinement de la vie. Mais ce choix déclenche une série d’événements qui le marqueront, lui, Jill et Rita à tout jamais.

L'Homme irrationnel : Photo Emma Stone, Joaquin Phoenix

J’ai beau aimé certains films de Woody Allen, je ne comptais pas spécialement aller voir L’homme irrationnel au cinéma. Mais le « hasard » fait bien les choses : mes cinémas proposant des horaires qui ne me convenaient pas (les seuls films avec des séances qui concordaient avec mon emploi du temps étaient des machins du style Aladin), je me suis rabattue sur le film d’Allen, le seul cette semaine qui avait des horaires sympas. C’est vrai que je ne suis pas toujours copine avec Woody Allen, il a fait de très bons films mais il est aussi capable de se planter royalement quand il s’y met, donc je ne savais pas trop si j’allais aimer ou non. Etant donné que j’avais bien aimé ses deux derniers films (Blue Jasmine et Magic in the Moonlight), j’ai croisé les doigts pour passer un bon moment devant ce dernier long-métrage (comme on dit, jamais deux sans trois !). Bonne nouvelle : j’ai aimé L’homme irrationnel. Comme pour les précédents films d’Allen que j’ai cités, je ne crierais pas au chef-d’oeuvre mais l’ensemble m’a tout même beaucoup plu malgré quelques défauts. Il faut avouer que Woody Allen a fait mieux (même si j’ai largement préféré Irrational Man à Crimes et délits dans la même veine), le film n’atteint pas le niveau d’un Match Point par exemple, certains fans ont été frustrés (ce que je peux parfaitement comprendre) car Allen recycle (comme il le fait souvent, ne soyons pas étonnés) des thèmes ou références qui lui sont chers comme par exemple celui du meurtre parfait, de la chance, l’opportunisme, la morale ou encore Dostoievski et Kant, le tout se mélangeant à une bonne dose de philosophie (Joaquin Phoenix incarnant ici un professeur de philo). Certes, il y a quelque chose de déjà vu, mais comme l’ensemble m’a plu, disons que cela ne m’a pas gênée de revoir certains thèmes déjà abordés (surtout que, sans donner d’excuses à Allen, ce n’est pas plus le seul réalisateur à se recycler). Woody Allen a beau avoir presque 80 ans, il a toujours une vision assez pertinente de notre monde et une écriture aussi toujours inspirée. Certes, on peut regretter une première partie de film qui met un peu trop de temps à se mettre en place mais dans la seconde partie, l’écriture est d’une grande fluidité, tout s’enchaîne à merveille, les dialogues sont également toujours aussi efficaces (même si on pourra regretter les dialogues entre Phoenix et Stone qui hurlent des choses assez secrètes, heureusement que leurs voisins sont sourds !).

L'Homme irrationnel : Photo Joaquin Phoenix

Woody Allen signe un film assez plaisant, plutôt divertissant, avec un ton qui peut sembler léger et en même temps j’ai trouvé le propos très profond. Je vais rester vague histoire de ne pas trop en dire (cela serait fortement dommage) mais encore une fois, il a réussi à traiter les sujets dont je parlais juste avant, avec beaucoup d’intelligence et de cynisme à la fois. Ce n’est pas seulement le déroulement de l’histoire qui est intéressant et qui permet de mettre en avant toute la réflexion autour de l’homme face à la mort qui le fait vivre (ou revivre dans un sens), de sa ligne de conduite, de la morale et de la raison tout comme le fait qu’il n’est pas toujours bon de se mêler des affaires des autres, que cela peut avoir des conséquences : la confrontation même entre Abe Lucas et la jeune Jill est finalement assez pertinente et permet de faire surgir certaines interrogations : qu’a-t-on le droit de faire ? Est-ce que souhaiter une chose qui pourrait éventuellement être utile nous permet d’agir de la sorte ? La théorie peut-elle être pratiquée dans tous les cas, surtout lorsqu’il s’agit de morale ? La voix off est certes un peu lourde, elle n’était peut-être pas forcément utile (en tout cas elle est un peu trop démonstrative) mais elle souligne à sa façon l’opposition entre les deux personnages et donc entre deux types de pensée. Bien qu’elle ne soit pas extraordinaire, la mise en scène reste réussie. Joaquin Phoenix est impeccable dans le rôle de ce professeur de philosophie désabusé qui va retrouver un sens à sa vie d’une manière radicale ! Je suis un peu plus partagée en ce qui concerne Emma Stone. Pour être franche, je trouvais qu’elle jouait mieux dans Magic in the Moonlight. Là, je l’ai trouvée certes convaincante, elle correspond bien au rôle, mais (et je l’avais déjà remarquée dans certains films dans lesquels elle joue), elle a vraiment trop de mimiques, parfois on ne voit pas le personnage mais l’actrice en train de jouer et c’est assez agaçant. Après mon plaisir n’a pas été gâché car le film est suffisamment fort mais je tenais tout de même à le souligner. En revanche, Parker Posey (qui joue surtout dans des films indépendants) est une très bonne surprise et je trouve que les critiques n’ont pas suffisamment parlé d’elle alors que son interprétation est très bonne. Pour conclure, L’homme irrationnel n’est peut-être pas LE meilleur film d’Allen, effectivement sur le papier, il ne se renouvelle pas et pourtant on pourra être surpris par la manière de se réinventer, de raconter une histoire pourtant complexe et de mélanger les genres.

L'Homme irrationnel : Photo Joaquin Phoenix, Parker Posey

Taxi Téhéran

réalisé par Jafar Panahi

avec Jafar Panahi…

titre original : Taxi

Documentaire, comédie dramatique iranienne. 1h26. 2015.

sortie française : 15 avril 2015

Taxi Téhéran

Installé au volant de son taxi, Jafar Panahi sillonne les rues animées de Téhéran. Au gré des passagers qui se succèdent et se confient à lui, le réalisateur dresse le portrait de la société iranienne entre rires et émotion…

Taxi Téhéran : Photo Jafar Panahi

J’ai toujours voulu regarder les films du courageux Jafar Panahi mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en découvrir. Son dernier long-métrage, Taxi Téhéran (juste Taxi en V.O. mais bon en France, j’imagine qu’on a ajouté le « Téhéran » histoire d’oublier une pseudo-allusion à la franchise de Luc Besson, hein), récompensé par l’Ours d’or lors de la dernière Berlinale (et souvenez-vous, c’est sa petite nièce, très émue et très émouvante, qui est allée récupérer son prix, le bonhomme ayant l’interdiction de quitter l’Iran), m’a définitivement donnée envie de commencer à me lancer dans sa filmographie. Je ne dois pas être la seule à m’intéresser de plus en plus à Panahi puisque le film a rencontré un joli petit succès en France (tout de même plus de 581 000 entrées !). Bref, finalement les choses ont fait que je n’ai pas pu le voir durant sa sortie en salle. Mais le brave Filou du blog Baz’Art a pu organiser un jeu-concours avec Univers Ciné et comme vous l’aurez compris, je faisais partie de la liste des gagnants. Je remercie donc Filou pour ce super concours qui m’a permis de voir gratos un super film (c’est super quoi !). Bref, vous l’aurez compris, Taxi Téhéran m’a énormément plu et fait même partie de mes chouchous de l’année. Comme vous vous en doutez bien, étant donné qu’on lui interdit de tourner des films dans son pays, Jafar Panahi a tourné ce long-métrage en secret (seuls quelques complices étaient au courant). Il a remarqué que les gens s’exprimaient davantage en voiture, c’est pour cela qu’il s’est fait passé pour un chauffeur de taxi (de plus, le véhicule, reconstitué exprès pour le film, afin de mieux placer certains outils techniques, permettait aussi dans un sens de se cacher). Le taxi était donc un excellent moyen pour pouvoir de nouveau détourner d’une certaine façon la censure qu’on lui impose depuis des années. Le concept de Taxi Téhéran fonctionne en lui-même très bien. Il s’agit d’un docu-fiction dans lequel Panahi se met donc en scène en tant que chauffeur de taxi. Le film aurait pu être un documentaire dans lequel on aurait eu uniquement des témoignages d’Iraniens au sein de ce taxi mais pour des raisons de sécurité, Panahi a préféré faire appel à des acteurs amateurs (des personnes anonymes auraient été en danger) : « Les acteurs sont tous des non-professionnels, des connaissances ou les connaissances de connaissances. La petite Hana, l’avocate Nasrin Sotoudeh et le vendeur de DVD Omid jouent leur propre rôle dans la vie. L’étudiant cinéphile est mon neveu. L’institutrice, la femme d’un ami. Le voleur, l’ami d’un ami. Le blessé vient lui de province« , explique le réalisateur : (source : Allocine).

Taxi Téhéran : Photo

En tout cas, ce mélange flou entre le documentaire et la fiction donne un véritable charme et une incroyable force à ce long-métrage. Peu importe s’il y a cette part de mise en scène, on a vraiment l’impression de vivre une enrichissante expérience avec tous ces personnages et plus généralement je dirais ces hommes et ces femmes, ces Iraniens acteurs et témoins de l’actuelle société iranienne. En fait, la société iranienne dénoncée semble tellement si absurde qu’on a l’impression que les personnages exagèrent les faits et pourtant le procédé documentaire nous rappelle sans cesse que cette réalité existe. Encore une fois, la frontière entre la réalité et la fiction est volontairement floue pour mieux appuyer le propos. Panahi renforce cette idée lorsque certains personnages parlent de cinéma justement, notamment sa nièce qui explique comment on doit tourner un film en Iran, c’est-à-dire avec des règles qui ne représentent pas du tout ce qui se passe réellement dans ce pays. Panahi a beau se mettre en scène, on ne sent pas chez lui de narcissisme  et chaque personnage semble avoir son importance. Le taxi devient même un personnage à part entière de ce film ! Par sa forme documentaire, l’esthétique du film n’est pas forcément ce qui frappe à première vue et pourtant, le placement des caméras est assez remarquable : on a l’impression d’être en immersion, d’être complice avec Jafar Panahi et en même temps il ne s’agit pas non plus d’une caméra cachée comme on le verrait sur TF1. Malgré les difficultés à placer toutes ces petites caméras dans la voiture, je trouve qu’il y a quelque chose qui fonctionne dans le sens où on se sent près des personnages. Malgré la légèreté de certains passages, la manière de filmer appuie aussi cette atmosphère oppressante, le danger que chaque personnage risque à chaque fois qu’il ose s’exprimer. Court, allant à l’essentiel, rythmé, fluide notamment dans l’enchaînement des différents personnages, Taxi Téhéran est véritablement un témoignage percutant de la société Iranienne, à la fois drôle, émouvant (mais pas larmoyant) et glaçant (je pense à la toute fin du film), et tout simplement une incroyable déclaration d’amour au cinéma, à la liberté et à la vérité malgré tout.

Taxi Téhéran : Photo

The Visit

réalisé par M. Night Shyamalan

avec Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Deanna Dunagan, Peter McRobbie, Kathryn Hahn…

Film d’épouvante-horreur américain. 1h34. 2015.

sortie française : 7 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

The Visit

Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l’un d’eux découvre qu’ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s’amenuisent de jour en jour.

The Visit : Photo Kathryn Hahn, Olivia DeJonge

Je sais que certains voudront me taper mais j’ai toujours bien aimé M. Night Shyamalan et j’adore même certains de ses films (on ne me tape pas – again). Il avait bien commencé sa carrière et depuis un certain temps, le bonhomme s’en prend plein la gueule (visiblement, pour After Earth et Le dernier maître de l’air, il l’aurait bien cherché). J’étais donc un peu partagée avant d’aller The Visit : est-ce que j’allais retrouver le Shyamalan que j’aimais tant auparavant ou est-ce que je serai face à une nouvelle daube ? Sur le papier, j’étais contente de voir Shyamalan revenir à un petit film à faible budget mais je dois avouer que je n’étais pas rassurée de voir Jason Blum à la production (je garde encore de mauvais souvenirs de American Nightmare, The Bay et Paranormal Activity !). Finalement, je vais au cinéma en me disant que je vais essayer de me détendre (remember : je n’ai pas aimé les trois derniers films vus en salle) et de mettre de côté mes a priori, tout en en vénérant pas d’avance Shy’ (vous avez vu cette contraction de malade ? Ca fait un peu Shy’m !). C’est typiquement le genre de critique qui m’emmerde : comment écrire une critique d’un film sans gaffer sur la révélation finale (alors qu’on crève d’envie d’en parler) tout en disant mon ressenti ? Je vais tenter de relever le défi ! Bref, honnêtement, il s’agit pour moi d’une bonne surprise. Certes, il ne s’agit pas du film de l’année, ni du meilleur film de Shyamalan mais ça fait plaisir de voir qu’il n’a pas quand même pas perdu la main et on sent qu’il a effectivement garder le contrôle de ce film contrairement à ses deux derniers longs-métrages. Pour ma part, je trouve qu’il s’agit déjà d’un bon divertissement. Je reconnais que l’histoire prend son temps à se mettre en place mais cela ne m’a pas dérangée dans le sens où les éléments qui peuvent sembler bavards ou de trop servent en réalité, notamment pour nourrir le twist final. En parlant de twist, oui je l’avoue : je suis vraiment tombée dans le panneau, je n’ai rien vu venir (dans ma tête, j’étais partie sur une autre piste, du genre, rien à voir !) et pourtant il y avait bien des indices dès les premières minutes du film. De plus, je ne me suis pas ennuyée car je me suis attachée aux personnages principaux, qui sont frère et soeur. La gamine Becca peut paraître un peu énervante en se prenant pour une bonne réalisatrice de documentaires mais finalement elle ne m’a pas gavée comme je pouvais le craindre, elle a quelque chose de touchant. Quant à frère Tyler, il est drôle et très expressif aussi, du coup, il y a un certain second degré qui fait du bien et que ne possèdent pas toujours les films de ce genre qui émergent depuis quelques années maintenant.

The Visit : Photo Deanna Dunagan, Ed Oxenbould, Peter McRobbie

En fait, je pense qu’il y a quelque part une forme de second degré même chez Becca. J’ai senti une prise de recul ou une forme de lucidité chez Shyamalan sur ce type de productions de films d’horreur qu’on nous offre depuis quelques années maintenant. Quant à l’utilisation de la found footage, je l’ai trouvée assez réussie (et pourtant je ne suis pas forcément fan de ce procédé). J’ai trouvé son utilisation crédible (je trouve que le found footage peut vite paraître faux dans certains films), pas écoeurante et je trouve que Shyamalan réussit à tirer vraiment quelque chose d’intéressant à partir des différents supports médiatiques. Il y a aussi une sorte de mise en abyme (même si je ne sais pas si c’est vraiment le terme qui conviendrait ici) que j’ai trouvée assez judicieuse dans le sens où on n’est pas uniquement spectateur de ce que vivent Becca et Tyler durant ces quelques jours chez leurs grands-parents, on voit vraiment la forme que prend le propre documentaire de Becca, c’est-à-dire que j’ai fini par imaginer, par voir comment Becca, en tant que jeune réalisatrice adolescente rêveuse, monte son propre film (je ne sais pas si je suis super claire). Parlons maintenant de quelque chose d’essentiel dans ce type de film : la peur. Pendant la séance, le film m’a mis mal à l’aise. Je n’ai pas forcément eu peur (du genre j’ai pas hurlé comme les ados dans la salle ou je n’ai pas mis mes petites mains de baby devant ma gueule comme je le fais un peu trop souvent) mais je redoutais tout et n’importe quoi. Je ne suis pas forcément pas des jump scare car actuellement beaucoup sont foireux dans beaucoup de films, là dans l’ensemble ils ont fonctionné sur moi, on sent en tout cas des efforts pour créer vraiment quelque chose d’effrayant et de ne pas balancer juste un effet qui dure hop deux minutes tout craché et basta. Ce qui est assez réussi, c’est qu’on puisse avoir peur sur des choses finalement banales, de notre quotidien. Et parfois, on a peur alors qu’on ne devrait pas s’inquiéter à ce moment-là. Je vais maintenant vous faire une confession intime (oui, je sais, référence pourrie made in TF1) : après avoir vu ce film, le soir, j’avoue ne pas avoir spécialement bien dormi, je n’étais même pas bien du tout. Ca faisait très longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Alors, ne cherchez pas pourquoi, mais alors que j’essayais de trouver le sommeil, je me suis mise à repenser au film et j’ai commencé à flipper seule (du genre mon coeur s’est mis à battre hyper fort et vite d’un coup et je n’osais pas aller pisser de peur qu’un vieillard me fracasse la gueule en sortant de ma chambre ! Ca va loin !).

The Visit : Photo Deanna Dunagan

Ce que je veux dire, au-delà de cette confession franchement pitoyable (allez, frappez-moi !), c’est que le film dégage une atmosphère malsaine. Je ne pourrais forcément dire que telle scène ou telle scène m’a perturbée (même si encore une fois j’ai vraiment sursauté à plusieurs reprises) mais c’est l’histoire en elle-même et l’ambiance qui m’ont bouleversifiée. Puis, même s’il ne s’agit pas non plus du film le plus profond au monde (la fin peut aussi paraître un peu niaise même s’il n’y a rien de honteux non plus), j’ai encore une fois senti Shy’ ayant envie de donne de la consistance aux personnages, on sent qu’il aime cette thématique de l’enfance qui revient souvent dans sa filmographie, notamment avec cette référence évidente (mais véritablement intéressante) à Hansel et Gretel (avec le recul, je parlerais même d’une sorte de relecture du conte), et même plus généralement sur les liens familiaux plus généralement. Le travail de fond reste en tout cas convenable par rapport à ce qu’on attend de ce type de production (et puis on a tellement l’habitude de voir des films dans cette lignée vraiment vides que bon, on ne va pas non plus troooop gueuler sur ce point). Enfin, le casting est plutôt bon. J’ai trouvé les gamins, incarnés par Olivia DeJonge et Ed Oxenbould, bons, encore une fois attachants et communicatifs. J’ai également bien aimé les interprétations de Deanna Dunagan (même s’il y a certaines scènes où son interprétation peut paraître excessive mais bon elle fait quand même flipper) et Peter McRobbie en grands-parents ultra flippants ! Enfin, je suis toujours ravie de voir Kathryn Hahn (même si on la voit peu mais bon c’est quand même la mamounette des personnages principaux), surtout dans ce registre assez différent (j’ai d’ailleurs l’impression qu’on voit de plus en plus cette actrice et ça fait plaisir !). Pour conclure, ce film a certainement ses défauts, ne plaira peut-être pas à tout le monde (certains se feront chier, d’autres trouveront trop vite le twist, d’autres sont de toute façon allergiques au found footage, certaines personnes pourront trouver les explications grotesques) mais j’ai vraiment passé un bon moment devant, j’ai eu peuuuur (ce qui me parait essentiel quand on regarde ce genre de films), j’ai trouvé l’histoire crédible, j’ai aimé les personnages, beaucoup de choses m’ont paru intéressantes et ça me va très bien !

The Visit : Photo Olivia DeJonge

Selma

réalisé par Ava DuVernay

avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Tim Roth, Oprah Winfrey, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Common, Alessandro Nivola, Cuba Gooding Jr., Andre Holland, Tessa Thompson, Tim Blake Nelson, Martin Sheen, Dylan Baker, Jeremy Strong…

Biopic, film historique américain. 2h08. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

Selma

Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Selma : Photo David Oyelowo

Martin Luther King fait partie des figures militantes les plus connues au monde et pourtant nous avons dû attendre 2015 pour voir enfin un biopic sur lui (il n’apparaissait que dans quelques films). Et encore, Selma, réalisé par la méconnue Ava DuVernay (il s’agit de son troisième long-métrage de fiction), n’est pas concrètement un biopic sur King : il relate plutôt une période importante de la vie de Martin Luther King. Les biopics m’attirent et me font fuir à la fois : on est évidemment toujours curieux de voir comment l’acteur va interpréter une personnalité emblématique de tel ou tel milieu, on veut redécouvrir une histoire qu’on connait pourtant déjà, on se demande toujours quel angle sera pris par le réalisateur etc… Mais souvent, les biopics sont trop calibrés pour les Oscars notamment, c’est-à-dire qu’on a souvent droit à des films assez classiques, pas très inventifs et pour être franche pas toujours très intéressants (je caricature un peu car il y a quand même heureusement de très bons biopics). Mais bon, un film sur Martin Luther King (même si je fais pas mal de raccourcis), on est forcément un peu curieux de le voir ! Selma a aussi été face à une petite polémique : son absence dans un grand nombre de catégories aux Oscars. Beaucoup ont dit que l’académie des Oscars n’avait pas été très généreuse envers ce film car les membres seraient des vieux racistes. Est-ce que cette justification est vraiment justifiée ou est-ce que le film n’est pas si bon que ça ? Pour ma part, je dirais qu’il y a probablement un peu des deux. Certes, c’est vrai qu’on aurait pu retrouver Selma dans certaines catégories (notamment pour « meilleur acteur » mais bon il y avait quand même une sacrée concurrence), le film n’est pas plus mauvais que d’autres biopics présents aux Oscars. Cependant, j’ai quand même trouvé Selma moyen, disons qu’il y a des choses positives et d’autres beaucoup moins.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo, Tessa Thompson

Ma première impression, en commençant à regarder ce film, n’a pas été très bonne, je dois être honnête. En fait (dites-moi si vous avez ressenti ou non la même chose que moi), j’ai l’impression que c’est le genre de films qui s’adresse (ici) surtout au public américain. Je veux dire, j’avais beau connaître des choses sur Martin Luther King, j’ai mis quand même quelques minutes à entrer dans l’histoire, à comprendre vraiment qui était qui, quand l’histoire se déroulait, le contexte exact… De plus, le film ne commence pas directement avec des informations affichées pour aider le public à situer les moments précis de l’histoire. Après, au fil des scènes, je me suis sentie plus à l’aise avec l’histoire mais c’est vrai que j’ai mis du temps à entrer tout simplement dans le film. Ce qui est très paradoxal, malgré selon moi un petit problème de contextualisation, le film reste tout de même très bavard, cela devient rapidement pénible et du coup on sent les quelques longueurs (en plus, le film dure plus de deux heures). Cependant, j’ai trouvé la seconde partie du film plus intéressante que la première, tout simplement parce qu’il y a plus d’action (même si on retrouve forcément des discours – on parle quand même du grand orateur qu’était Martin Luther King). Il faut dire que la réalisatrice s’en sort bien quand elle filme la lutte des Noirs pour obtenir leurs droits et surtout (puisqu’ils avaient déjà acquis certains droits) pour les mettre en oeuvre sans se faire tabasse gratuitement par les Blancs. Les scènes de combat et de marche sont pour moi très réussies et remontent pas mal le niveau général du film. On sent tout simplement la réalisatrice Afro-américaine concernée, il y a beaucoup de force et de sincérité dans ce type de scènes et du coup Selma est parfois très émouvant, je reconnais même avoir versé quelques (petites) larmes à la fin du long-métrage (mais je pleure pour rien, vous allez me dire). Je trouve aussi qu’elle a su mettre en avant (de tête) deux discours de King dans le sens où elle a réussi à montrer à quel point la parole pouvait aussi être une arme.

Selma : Photo Carmen Ejogo, David Oyelowo

Après, en dehors de ça, la mise en scène n’est pas pour moi spécialement bonne, on a l’impression que la réalisatrice a posé sa caméra et filme ses acteurs bavarder dans le vide, je n’ai pas toujours senti d’efforts, en tout cas c’est filmé platement ce qui est fortement dommage face à un tel sujet. Heureusement qu’il y a la reconstitution des années 1960 (avec les décors, les costumes et tout ça) ainsi qu’une élégante photographie qui comblent pour moi ces lacunes. Selma est aussi pas mal sauvé par la fabuleuse interprétation de David Oyelowo : on a vraiment l’impression de voir Martin Luther King. Je ne parle pas que de physique mais de la manière de s’approprier du personnage, son charisme, la manière de s’exprimer. Il ne se contente pas de l’imiter, il arrive à être émouvant mais sans en faire des caisses et surtout à être imposant, à être crédible en tant que leader. Son interprétation est intéressante car je trouve qu’on voit bien les deux aspects de la personnalité de King, c’est-à-dire d’un côté dans la sphère privée, de l’autre la publique. Dans l’ensemble, les seconds rôles sont également tous convaincants. Enfin, j’ai bien aimé la bande-originale, qui colle bien aux images et à l’histoire en général, et donne aussi une certaine dynamique à ce film qui en manque parfois un peu. La chanson Glory de Common et John Legend est magnifique, je suis ravie qu’elle ait remporté l’Oscar de la meilleure chanson, surtout que je trouve qu’elle représente vraiment bien le film. Pour conclure, je n’ai pas toujours été convaincue par Selma mais il possède quelques atouts indéniables dont quelques beaux moments d’émotion et surtout c’est tout de même bien de le découvrir une fois car je pense qu’il s’agit malgré tout d’un film nécessaire.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo

Vers l’autre rive

réalisé par Kiyoshi Kurosawa

avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi…

titre original : Kishibe no tabi

Drame, romance japonais, français. 2h07. 2015.

sortie française : 30 septembre 2015

Vers l'autre rive

Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu’il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s’est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu, Tadanobu Asano

Je n’ai pas vu tous les films de Kiyoshi Kurosawa, loin de là. Mais ce que j’ai pu voir, j’aime beaucoup son travail. Son dernier film, Vers l’autre rive, qui a remporté le Prix de la Mise en Scène au dernier festival de Cannes (dans la section « Un Certain Regard ») a enthousiasmé la presse ainsi que les spectateurs (d’après ce que je lis sur Allocine ou sur les blogs en général). C’est en toute logique et en toute confiance que je suis allée voir ce film, adapté du roman de Kazumi Yumoto. Je ne voulais pas dire du mal de Kiyoshi Kurosawa car encore une fois, je le respecte énormément. Evidemment qu’on retrouve ici son talent de mise en scène, on ne peut pas dire qu’on est face au premier tâcheron venu. Ainsi, on sent le réalisateur toujours aussi préoccupé par les espaces, par la présence du fantôme, comment intégrer cette figure fantastique dans notre monde réel. On peut également constater un joli travail technique et esthétique. La photographie est par exemple très soignée, il y a aussi un joli jeu de lumière, certains plans sont remarquables etc. Cet ensemble contribue à l’exploitation des thèmes abordés par Kurosawa. On ne peut pas résumer ce film à une simple histoire de fantômes (et par conséquent à une histoire de deuil), le réalisateur traite en parallèle d’un autre sujet : celui de la mort du couple dans tous les sens du terme, que ce soit du temps des vivants (malgré un amour évident, Yusuke et Mizuki ont rencontré des problèmes au sein de leur couple) ou à la confrontation à la mort (le couple peut-il littéralement mourir face au deuil ?). Enfin, le fantastique se mêle aussi à une sorte de road movie revisité qui souligne la métaphore du voyage de l’âme qui erre jusqu’à un autre monde, un au-delà ainsi que le voyage des vivants à faire leur deuil définitivement. Là, j’ai l’air de dire que le film est trop génial et tout ça. Non, je clarifie les choses : je ne suis pas totalement de mauvaise foi. Le film a certainement ses qualités. Je ne vais pas crier sur tous les toits qu’il s’agit d’une daube. Je suis certaine que des spectateurs ont pu être sensible à l’atmosphère, proche des films de Naomi Kawase (ce qui n’est pas bon signe en ce qui me concerne vu que je n’aime pas ce qu’elle fait). Mais voilà, il se trouve que malgré des qualités évidentes, des choses réellement intéressantes, je n’ai pas du tout aimé Vers l’autre rive.

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu

Il faut quand même le dire : je me suis fait chier comme un rat mort. Oui, bon, c’est pas trop poli de dire ça mais face à mon ennui total, c’est vraiment l’expression qui correspond le mieux à mon état durant la séance. Pourtant, même si on n’est pas dans un film d’action, je n’ai pas trouvé le rythme si lent que ça, c’est juste que j’ai trouvé la manière de raconter cette histoire soporifique. Le pire, c’est que je trouvais que le film partait pas si mal que ça : certes, en tant que jeune française qui ne connait pas forcément en détail toute la culture japonaise, c’est clair que j’ai trouvé cette histoire de revenant très chelou (pourtant je ne suis pas à mon premier film japonais avec des fantômes et tout ça) mais le film commence directement, en nous expliquant rapidement la situation. Mais, finalement, après les dix premières minutes, je n’accroche pas du tout à l’histoire, à l’univers soi-disant « flottant » (je ne sais pas si ce que je viens de dire a le moindre sens), je commence à m’emmerder. En fait, il faut le dire : je ne suis tout simplement pas entrée dans le film ! Par conséquent, à cause de l’ennui (je dois même vous avouer que j’ai dormi les dix dernières minutes, je voyais mes paupières cligner comme un papillon en train de crever sur une lampe allumée, et puis bing, j’ai dormi, je me suis réveillée et paf générique de fin !), je n’ai pas du tout été émue par cette histoire de deuil et d’amour. Pour ne rien arranger, si j’ai plutôt accroché au jeu de Tadanobu Asano, en revanche j’ai trouvé Eri Fukatsu assez mauvaise. Enfin, je n’ai pas aimé l’utilisation de la musique composée par Yoshihide Otomo et Naoko Eto. En dehors du film, cette musique est pourtant jolie, agréable à écouter. Mais alors durant le long-métrage, cette partition est limite catastrophique. En fait, soit on a droit à une musique super lourdingue et envahissante façon soap opera, soit j’ai eu l’impression que certaines scènes, très silencieuses, auraient pu bénéficier d’une musique (et pourtant j’aime bien les scènes dans lesquelles il n’y a pas de musique). Bref, je sais que ça peut paraître paradoxal ou bizarre mais la musique m’a vraiment perturbée !

Vers l'autre rive : Photo

Obvious Child

réalisé par Gillian Robespierre

avec Jenny Slate, Jake Lacy, Gaby Hoffmann, Gabe Liedman, David Cross, Richard Kind, Polly Draper, Cindy Cheung…

Comédie romantique américaine. 1h23. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Obvious Child

La vie de la jeune Donna Stern n’a rien de particulier : un petit ami, un job dans une librairie, sa bande de potes, des parents divorcés… Mais, chaque soir, sur une scène de Brooklyn où elle interprète son numéro de stand-up, ce quotidien banal devient une source inépuisable de sketches. Avec un humour ravageur et souvent cru, Donna y déballe sa vie intime, ne prend rien au sérieux, se moque de tout et surtout d’elle-même. Mais, coup sur coup, Donna perd son travail, se fait larguer par son petit ami, déprime, a une aventure alcoolisée d’un soir et… tombe enceinte.Dès lors, Donna va devoir assumer ses choix et grandir un peu, mais peut-être aussi rencontrer l’amour au moment où elle s’y attend le moins.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

J’ai découvert l’existence de Obvious Child, qui semble être passé inaperçu durant sa sortie française, grâce au site Madmoizelle qui avait écrit une jolie critique sur le film et surtout un très bon article sur l’avortement au cinéma. C’est cet article en question qui m’a vraiment donnée envie de le découvrir mais hélas je n’avais pas eu le temps d’aller voir au cinéma lorsqu’il est sorti. Lorsque j’ai vu le dvd à ma médiathèque, je n’ai pas hésité à le prendre car mon envie était toujours là ! A l’origine, Obvious Child était un court-métrage (datant de 2009) déjà réalisé par Gillian Robespierre et avec Jenny Slate. Le film ayant suscité un vif débat après sa diffusion dans les festivals américains, Robespierre décide de le transformer en long (et il s’agira alors de son premier long-métrage). Effectivement, comme le souligne très justement l’article de Madmoizelle, en particulier dans le cinéma américain, l’avortement est un sujet parfois abordé mais on ne peut pas dire qu’il soit concrètement traité. Même dans des téléfilms que j’ai eu la « chance » de voir sur M6 (oui oui, on ne me juge pas), les jeunes filles finissent par avorter après être passées par trois mille interrogations. Là, il ne s’agit pas d’une ado, mais d’une trentenaire, et au lieu de voir les éternelles questions (« je garde le bébé ou non ? »), cette femme décide dès le début de ne pas garder l’enfant (et sera soutenue par son entourage) : on comprend alors dès le début le choix même de la réalisatrice. Il s’agit d’un film ouvertement féministe. Alors, évidemment qu’on pourrait s’interroger sur la contraception de la jeune femme (elle aurait pu faire ci ou ça pour éviter cette grossesse, etc…), bien sûr qu’il ne faut pas la négliger mais ce n’est clairement pas le propos, le film n’est pas un cours de SVT.

Obvious Child : Photo Jake Lacy

Le but est surtout de dire que chaque femme fait ce qu’elle veut de son corps. On a beau être en 2015, je pense que ce message doit toujours être passé. Mais le film ne se limite pas à ce message qui pourrait sembler un peu trop simple et naïf. Effectivement, Obvious Child n’est pas uniquement un film sur l’avortement, il s’agit aussi d’une comédie romantique (rappelons que l’histoire se déroule autour de la Saint-Valentin, au moins on en rajoute une couche). Ce n’est pas forcément habituel de voir une romance naître autour de l’avortement. Mais le « mélange » entre ces deux éléments fonctionne plutôt bien. Quelque part, la comédie romantique permet de renforcer le message sur l’avortement, c’est-à-dire qu’il faut arrêter de faire culpabiliser les femmes qui choisissent de ne pas garder l’enfant qu’elles portent et surtout qu’on peut se relever après avoir vécu un moment difficile, notamment quand on est bien entouré (que ce soit par le compagnon, pourtant « responsable » de la grossesse non-désirée, la famille, les amis et surtout, comme le montre très justement la fin, par d’autres femmes dans la même situation). Je reviens juste sur mon expression « moment difficile », là encore ce qui est intéressant, c’est de voir que ce n’est pas l’avortement en lui-même qui est difficile mais plutôt les démarches administratives qui font tout pour faire culpabiliser les femmes même lorsqu’elles sont sûres de leur choix. Rien que pour le traitement de l’avortement, je vous conseille vraiment ce film, assez juste et honnête. Après j’ai quand même trouvé le film assez moyen pour être honnête. Certes, l’écriture a vraiment des qualités remarquables car on sent encore une fois la démarche de la réalisatrice sincère, son regard sur ce sujet de société est vraiment pertinent. On sent également qu’elle s’est bien documentée, ce qui rend la situation du personnage plus crédible.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

En revanche, je n’ai pas toujours adhéré à l’humour qui fait un peu du tort au film selon moi. C’est un humour assez « trash », dans la lignée de la série Girls, de Louis C. K., d’Amy Schumer, de Judd Apatow… Bref, un humour très porté sur la chose, assez vulgaire selon les points de vue. Je n’ai rien contre ce type d’humour mais disons que je ne pourrais pas affirmer de manière catégorique si je l’aime ou non : ça dépend pour moi de beaucoup de choses. Là, j’avoue ne pas avoir vraiment ri, en tout cas rarement. En fait, ce qui est gênant, c’est de trouver Donna pas drôle en tant qu’humoriste (là encore, rarement, à part la scène où elle improvise parce qu’elle est complètement bourrée sur scène). Disons que ça n’aide pas à aimer le personnage, tout comme le fait qu’elle balance des informations sur sa vie privée. J’imagine qu’il doit y avoir un sens à ces caractéristiques de ce personnage, mais cela ne sert pas toujours à aimer le personnage et c’est dommage, surtout par rapport à l’épreuve qu’elle traverse. C’est le talent de l’énergique Jenny Slate (que j’avais repérée dans un épisode de Girls dans la toute première saison) qui permet de s’attacher à Donna, pas réellement l’écriture, ici plus faible. Après, là où Robespierre s’en sort, c’est en établissant un parallèle assez judicieux entre le métier d’acteur et la condition de femme : chaque femme est l’actrice de sa vie, c’est-à-dire en faisant ses propres choix, notamment en ce qui concerne son corps et son avenir. Enfin, même si cela reste correct, je n’ai pas été impressionnée par la mise en scène, même s’il ne s’agit que d’un premier long-métrage. Dans l’ensemble, Obvious Child a ses défauts, ne fera pas rire tout le monde (j’en fais partie), il est même oubliable pour être honnête mais j’avais vraiment envie de parler de ce film, de le mettre en valeur (malgré ma note qui peut paraître sévère sur le papier), qui mérite quand même d’être vu rien que par le traitement de son sujet et pour son actrice principale qui m’a beaucoup plu et qui mériterait d’être davantage connue.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

Bilan – septembre 2015

Cinéma

  • Les films sortis cette année au cinéma

Youth (Paolo Sorrentino, 2015) 2/4

Insidious 3 (Leigh Whannell, 2015) 1/4

Youth Insidious : Chapitre 3

  • Rattrapages

Libero (Kim Rossi Stuart, 2006) 3/4

Después de Lucia (Michel Franco, 2012) 4/4

L’Homme au bras d’or (Otto Preminger, 1955) 3/4

Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1953) 4/4

Mes garçons sont de retour (Scott Hicks, 2009) 3/4

The Firm (Alan Clarke, 1989) 3/4

Paulette (Jérôme Enrico, 2012) 2/4

Le Salaire de la peur Libero Mes garçons sont de retour

Télévision

Life on Mars (saison 1, 2006) 4/4

Life on Mars (saison 2, 2007) 4/4

Life_on_Mars

Lectures

1984 (George Orwell, 1948) 4/4

Les Heures (Michael Cunningham, 1998) 3/4

Le Salaire de la peur (Georges Arnaud, 1950) 4/4

Un oiseau blanc dans le blizzard (Laura Kasischke, 1999) 3/4