Paris, Texas

réalisé par Wim Wenders

avec Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski, Dean Stockwell, Aurore Clément, Hunter Carson…

Drame américain, allemand, britannique, français. 2h27. 1984.

sortie française : 19 septembre 1984

Paris, Texas

Un homme réapparaît subitement après quatre années d’errance, période sur laquelle il ne donne aucune explication à son frère venu le retrouver. Ils partent pour Los Angeles récupérer le fils de l’ancien disparu, avec lequel celui-ci il part au Texas à la recherche de Jane, la mère de l’enfant. Une quête vers l’inconnu, une découverte mutuelle réunit ces deux êtres au passé tourmenté.

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J’ai toujours eu envie de regarder Paris, Texas, Palme d’or au festival de Cannes en 1984 (présidé par Dirk Bogarde), mais je dois avouer qu’après avoir vu Les Ailes du Désir (qui a ses qualités mais je n’accroche pas plus que ça), je n’avais plus spécialement envie de regarder du Wim Wenders. Mais la rétro consacrée au réalisateur allemand sur Arte il y a un mois à peu près m’a donnée envie de découvrir enfin ce long-métrage. Et je dois avouer que j’ai eu un véritable coup de coeur pour ce film bouleversant qui mérite vraiment son statut de de chef-d’oeuvre de la part d’un grand nombre de cinéphiles. Je n’étais pourtant pas sûre d’aimer au début, j’avais peur de m’emmerder comme devant Les Ailes du Désir, on peut être perturbée par le rythme lent qui se met en place dès les premières minutes du long-métrage (pratiquement muettes), par les décors américains qui ont quelque chose à la fois de chaud et d’onirique et puis j’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre, surtout quand on voit débarquer Travis qui ressemble à un vagabond. Pourtant, petit à petit, j’ai commencé à être à l’aise avec les personnages, l’environnement et l’histoire qui se dévoile au fur et à mesure. Le rythme lent est finalement assez cohérent par rapport à la situation de Travis, qui erre, qui va lentement renouer des liens avec son fils et va prendre du temps pour retrouver de Jane pour qu’elle-même retrouve son petit garçon. Cela correspond tout simplement à des situations humaines complexes qui ne peuvent pas se résoudre du jour au lendemain. De plus, le rythme est lent mais finalement je ne me suis pas ennuyée alors que le film dure tout de même plus de 2h20. Mais encore une fois, il y a un côté onirique qui se met en place, du coup personnellement le film m’a transportée, m’a littéralement fait voyager. Comme Travis, le spectateur accepte de laisser son esprit errer face à de splendides et lumineux paysages, notamment éclairés par une magnifique photographie, et à la musique désormais culte de Ry Cooper. Mais nous ne pouvons pas limiter Paris, Texas à une simple histoire d’errance, de road movie (un des meilleurs films appartenant à ce genre), mis en avant par des efforts esthétiques. L’histoire qui se déroule petit à petit est envoûtante et surtout émouvante, mais jamais larmoyante.

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Mais surtout, je crois que tous ces effets oniriques et émotionnels viennent du fait que le road movie se mêle à un autre genre : celui du conte. En effet, même si c’est un thème finalement assez récurrent dans le road movie et plus généralement dans le genre du voyage, Paris, Texas se présente comme un récit initiatique dans lequel on recherche à chaque étape du scénario un personnage : le père, le fils, la femme et la mère. Il s’agit alors de la recherche de plusieurs types d’amour familiaux tout comme il s’agit d’un film sur la quête de soi. Le scénario a donc quelque chose de simple au premier abord car il s’agit d’une histoire familiale (ce qui a tendance à parler aux spectateurs, même ceux qui n’ont pas eu une vie aussi agitée que celle de Travis et Jane) et pourtant il est bel et bien construit. Quelque part, à l’image de son rythme, il y a quelque chose qui coule de source dans ce scénario. Que ce soit à travers le scénario finalement écrit avec beaucoup de subtilité ou la mise en scène très soignée et réfléchie, on sera séduit par la fluidité même de l’histoire. Comme je le disais, il n’y a rien de larmoyant, Wenders n’en ajoute pas trop. L’émotion vient justement par des scènes qui peuvent sembler simples et pourtant provoquent petit à petit une véritable émotion. Je pense notamment à la scène dans laquelle le petit Hunter, de l’autre côté du trottoir, imite les gestes de son père alors qu’au début du film son père est pour lui qu’un étranger. Enfin, Paris, Texas est servi par des acteurs impeccables qui interprètent des personnages vraiment intéressants, complexes et attachants, malgré un passé assez sombre pour ne pas dire chaotique. Harry Dean Stanton a certainement trouvé ici le rôle de sa vie, il est inoubliable dans ce rôle si énigmatique. Nastassja Kinski (que je « découvre » finalement… et oui, la lose, j’ai quelques films à rattraper !) apparaît peu à l’écran et pourtant quelle présence, elle est si lumineuse ! Et d’ailleurs, les deux scènes de retrouvaille, notamment la deuxième, avec son ex, sont vraiment émouvantes. Au-delà de sa très belle interprétation, même si elle incarne la fameuse mère et ancienne femme absente, on a sans cesse l’impression qu’elle est présente. J’ai également beaucoup aimé les seconds rôles, que ce soit Hunter Carson (qui joue le gamin de Stanton et Kinski), Dean Stockwell ou encore Aurore Clément (malgré son affreux accent).

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19 réflexions au sujet de « Paris, Texas »

  1. Le film qui te donne furieusement envie de monter dans ta bagnole, mettre le contact & tailler la route .
    Quand t’es dans le désert …. 🙂 somptueux film, Wenders filme comme John Ford …

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  2. Un film terriblement beau qui vous ferrez tomber amoureux de Natasha Kinski. On la voit peu mais elle est si magnifié par la caméra de Wim Wenders et quand on voit le regard que lui porte Harry Dean Stanton, on aurait envie d’être à sa place.

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  3. Ce film est une vraie pépite. Les acteurs, l’histoire, la mise en scène… tout est magique ! Par contre, j’ai adoré Les Ailes du Désir, peut-être que je l’aime encore plus que Paris, Texas. C’est même un de mes films préférés au monde 🙂 Mais je comprends qu’on puisse s’emmerder devant !

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  4. 100% d’accord avec ta chronique et avec les commentaires élogieux qui précèdent le mien ! Comme Chonchon, je suis vraiment content que tu aies autant aimé le film… et tu en parles vraiment bien, sans trop en dévoiler, et avec juste ce qu’il faut pour titiller, je l’espère, la curiosité de ceux qui ont encore la chance de pouvoir le découvrir d’un oeil neuf.

    PS: si tu as aimé Nastassja Kinski dans ce film, et si tu ne l’as pas déjà vu, je ne peux que te conseiller de découvrir « Tess », dans un tout autre genre, certes, un peu moins accessible peut-être, mais presque aussi émouvant d’après moi.

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  5. @ Ronnie :
    Oh mon dieu, Ronnie, mais tu dis enfin du bien d’un film ! Ca doit faire des siècles que tu ne l’as pas fait sur mon blog ! 😀 😀 😀 Je vais faire péter le champagne ! 😀

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  6. @ Borat :
    J’ai beau être hétéro, je partage totalement ton avis sur Kinski (son prénom est chiant à écrire avec tous les S). D’ailleurs, c’est après avoir vu ce film que j’ai vraiment décidé d’assumer vraiment mon blond (j’avais déjà fait un test mais ça restait liiight, là je ne suis pas allée de main morte – même si je pourrais être encooooore plus mais bon pas envie de bousiller non plus mes cheveux) et de couper encore mes cheveux. Bon je ne ressemble pas du tout à Kinskiii heiiin faut pas déconner mais ce film m’a vraiment aidée à sauter un peu, i’m proud of me 😀 Oui le cinéma et la mode peuvent faire bon ménage !

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  7. @ Potzina :
    En ce qui concerne Les Ailes du Désir, honnêtement ça me fait chier de ne pas aimer ce film parce que j’aime vraiment le fond, je le trouve beau esthétiquement, il y a vraiment des scènes indéniablement réussies. Mais voilà parfois on n’accroche pas, on s’ennuie devant de bons films, c’est la vie 🙂

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  8. @ Martin :
    Merci beaucoup pour ton commentaire car j’avais peur de faire ma critique comme je te l’avais dit ! Quand j’aime vraiment un film, c’est très difficile d’en parler parce que je me dis : 1/ Spoilers ou non ? (parfois c’est pas évident) 2/ Il faut être à la hauteur, ne pas dire trop de banalités et se contenter de dire « woow trop beau, trop génial ». Mais bon je suis quand même contente d’avoir écrit cette modeste critique en peu de temps, en faisant au feeling ! (car parfois je mets des plombes à écrire des critiques pourtant pas troooop longues).
    Ouuuuui il faut que je voie Tess (en plus Chonchon m’incite trèèès fortement à le regarder), là j’ai vraiment envie, il faut que je me le procure maintenant !

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  9. @ Borat :
    Ouuuuuais mec ! (oui, je teste toutes les colo et coupes de cheveux possibles 😮 ). Mais bon, apparemment, cette coupe rencontre un certain succès, c’est déjà ça ! 🙂

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  10. pas vu mais cette critique dithyrambique donne très envie de découvrir ce petit bijou visiblement. Et puis rien que pour la trop rare Nastassja Kinski, je suis preneur !

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  11. Wim Wenders a su filmer l’Amérique comme peu d’Américains ont pu le faire. Ce film est tout simplement sublime de bout en bout. Même si j’avoue avoir une préférence pour Les Ailes du désir. Je ne peux tout simplement pas résister à un beau noir et blanc granuleux, encore moins à la présence de sa majesté Nick Cave

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  12. @ Girlie Cinéphilie :
    Tu as totalement raison, cela peut d’ailleurs paraître étonnant de la part d’un Allemand.
    J’avoue ne pas être trop fan de Nick Cave (on ne me fraaaappe pas). En fait, c’est la lecture de l’un de ses romans qui m’a un peu dégoûtée de lui, même si je lui reconnais un véritable talent de musicien et un certain talent de scénariste aussi.

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