Youth

réalisé par Paolo Sorrentino

avec Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda, Mark Kozelek, Robert Seethaler, Alex MacQueen, Luna Zimic Mijovic, Tom Lipinski, Chloe Pirrie, Alex Beckett, Nate Dern, Mark Gessner, Paloma Faith, Ed Stoppard, Sonia Gessner, Madalina Ghenea, Sumi Jo…

titre original : La Giovinezza

Drame italien, britannique, suisse, français. 1h58. 2015.

sortie française : 9 septembre 2015

Youth

Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble.
Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

Youth : Photo

Youth, présenté en compétition au dernier festival de Cannes, était évidemment un des films que j’attendais le plus cette année. Je dis « évidemment » car si vous suivez mon blog depuis un moment, vous devez donc savoir à quel point j’aime les films de Paolo Sorrentino et j’ai généralement toujours défendu ce réalisateur face à ses nombreux détracteurs. J’aime énormément Il Divo et This must be the place, quant à la La Grande Bellezza, je n’ai pas peur de dire qu’il s’agit pour moi d’un chef-d’oeuvre et qu’il s’agit toujours de MA Palme d’or 2013. C’est pour moi si rare d’éprouver autant d’émotions en regardant un film, de voyager comme une âme errante au coeur d’une ville avec ses personnages. Je me rappelle être sortie de la séance émue, en me disant « pétard, le film est déjà terminé ? ». Le film durait 2h20 mais honnêtement, je n’avais vraiment pas vu le temps passer et j’avais l’impression que je pouvais encore rester dans la salle ! J’ai d’ailleurs revu le film récemment et je ressens toujours la même chose, le résultat est pour moi toujours aussi intense et je trouve ses significations de plus en plus profondes. Bref, pour ma part, j’attendais donc logiquement ce Youth. Je ne m’attendais pas forcément à un film aussi bon que La Grande Bellezza (je ne sais pas si Sorrentino pourra un jour faire mieux) mais j’espérais tout de même voir un bon film, voire même un très bon film car je sais tout simplement de quoi Sorrentino est capable. Comme vous l’aurez peut-être compris à travers cette longue introduction, j’ai été déçue par ce Youth (et là pour une fois, c’est totalement justifié qu’il n’ait rien remporté à Cannes). Je ne dis pas que le film est mauvais, juste décevant. On retrouve la patte de Sorrentino mais la magie fonctionne beaucoup moins qu’avant. Au niveau de la mise en scène et de la technique, il n’y a pourtant rien à dire, on retrouve donc tout ce qui a contribué au succès des films de Sorrentino. J’ai effectivement retrouvé tout ce que j’aime chez Sorrentino, c’est-à-dire sa mise en scène grandiloquente et virtuose (même si elle est souvent associée à quelque chose de clippesque et prétentieux).

Youth : Photo Harvey Keitel, Michael Caine

Encore une fois, lui et son équipe ont vraiment fait du bon boulot en ce qui concerne la photographie, la lumière, la maîtrise évidente d’un grand nombre de plans, la manière de s’approprier des lieux ou encore la manière de faire intervenir des personnages parfois trèèès secondaires. Cependant, contrairement à ses précédents longs-métrages, pour une fois, je vais rejoindre l’avis des détracteurs de Sorrentino : j’ai trouvé ce film assez prétentieux, clippesque et pas aussi profond que prévu. Je sais ce que certains vont me répondre : c’était déjà le cas dans ses autres films. Ahaha. Je ne nie pas cette possibilité. Seulement, comme je le disais, il se passait quelque chose émotionnellement, j’étais envoûtée. Surtout, je trouvais à chaque fois le résultat fluide. Je m’explique. Pour moi, l’émotion même de ces films venait de la manière dont les scènes s’enchaînaient, comme si tout était d’une logique imparable, comme s’il n’y avait finalement aucun calcul. C’est vraiment une incroyable expérience d’entrer dans ses films et d’avoir cette impression de flotter, de vagabonder, c’est difficile de décrire toutes mes émotions, je fais de mon mieux, j’espère être claire. Bref, là, pour la première fois, premier vrai blocage : je ne vois qu’une succession de techniques et de pseudo-philosophie. Pour la première fois chez Sorrentino, je vois effectivement de bonnes scènes, parfois touchantes, parfois très drôles, mais c’est comme s’il n’y avait vraiment de lien entre elles. Il y a des moments où je me disais : « j’ai raté une scène ? » ou encore « mais pourquoi on passe déjà à cette scène ? ». Peut-être que le problème vient alors du montage. Puis, en analysant bien mes impressions, je dirais que ce sont finalement les personnages qui m’ont déçue (enfin il n’y a pas que ça non plus). Je ne viens pas du tout d’un milieu aisé mais les précédents personnages richissimes de Sorrentino parvenaient tout de même à me toucher, j’arrivais à comprendre leur détresse et surtout j’aimais vraiment leur cynisme.

Youth : Photo Paul Dano

Dans Youth, on retrouve bien tout ça, des personnages riches, même célèbres, cyniques mais malheureux. Seulement, moi qui adore le cynisme chez les personnages, je n’y ai pas vraiment cru cette fois-ci. Je n’ai pas non plus cru à la peine qu’ils éprouvent. En fait, pour clarifier mon propos, je dirais qu’il y a un problème d’écriture, du coup les personnages en ont pris un coup, et par conséquent le film aussi. Encore une fois, même si je ne nie pas cette possibilité, je ne trouvais pas forcément les précédents longs-métrages de Sorrentino superficiels. Certes, on voyait déjà que le réalisateur était préoccupé par ses créations esthétiques (en soi, ce n’est pas forcément une mauvaise idée) mais pour moi même si les personnages sont superficiels, ses films avaient encore une fois une véritable profondeur. Là, pour la première fois, j’ai eu du mal à voir une véritable profondeur dans les personnages, même si on sent que Sorrentino a pourtant envie de leur en donner. Je trouve qu’il a du mal à trouver un bon équilibre dans ses dialogues. Je sais pourtant à quel point les dialogues sont importants dans ses films mais j’avais l’impression qu’il savait s’arrêter juste quand il le fallait. Or là, j’ai eu l’impression que ses personnages en disaient trop, que leur cynisme était ultra forcé, comme si une pancarte était affichée devant la caméra : « attention, il est cynique ». Je dirais aussi qu’il y a un déséquilibre dans la manière de nous présenter les personnages. On sent bien que le personnage incarné par Michael Caine est le point de l’histoire et qu’autour de lui gravitent les personnages. Or, le personnage de Keitel s’impose parfois un peu trop, au point qu’on oublie son partenaire. Cela m’a encore plus gênée étant donné que j’ai trouvé le personnage incarné par Keitel (un réalisateur en train de préparer avec ses jeunes scénaristes son film-testament) inintéressant. Il y a même un moment où tu as envie de lui gueuler : « Putain, on s’en fout de ta putain de fin que tu cherches depuis 3 heures ! ». Oui, parce que son personnage et ses jeunes scénaristes cherchent donc une putain de fin pour son dernier chef-d’oeuvre à venir (ou pas). Et les scènes autour de ce problèmes deviennent rapidement ultra-répétitives.

Youth : Photo Ed Stoppard, Paloma Faith

Sorrentino aime aussi mettre en scène des personnages qui parfois ne disent pas grand chose, sont trèèès secondaires, mais pourtant apportent vraiment quelque chose au propos. Attention, ces seconds rôles en question (Paloma Faith, la masseuse, la Miss Univers etc…) ne sont pas forcément déplaisants mais je ne vois pas trop où il a voulu en venir, leur intérêt m’a paru là encore un poil superficiel. La présence de Jane Fonda m’a également gênée. Alors, certes, son personnage est très attendu vu qu’on ne fait que parler d’elle. Cependant, quand elle apparaît enfin, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « boudi, mais elle déboule de nulle part ! ». On a vraiment l’impression que c’est une guest star pour être une guest star, que c’est une apparition un peu gratuite juste pour essayer de dire un max de saloperies en très peu de temps. J’ai également trouvé le film vraiment trop long, on a l’impression que Sorrentino a dû mal à finir son film. Pourtant, je reconnais que la scène finale (certes également étirée) avec Sumi Jo est formidable. Surtout, alors que je trouvais les films de Sorrentino intelligents jusqu’à présents, j’avoue ne pas vraiment voir où il a voulu en venir avec cette vague réflexion autour de la jeunesse et de la vieillesse. Avec toute cette bouillasse, il y a certes des choses intéressantes ou qui fonctionnent. L’ensemble n’est pas non plus désagréable, encore une fois le savoir-faire de Sorrentino sauve pas mal les meubles, il y a des scènes vraiment réjouissantes qui m’ont rappelé pourquoi j’aimais Sorrentino. Enfin, même s’ils ne rivalisent pas avec les interprétations de Toni Servillo ni celle de Sean Penn dans This must be the place, les acteurs sont également tous très bons, alors qu’ils ont la lourde tâche d’interpréter des personnages superficiels et pas suffisamment approfondis par le scénario.

Youth : Photo Jane Fonda

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15 réflexions au sujet de « Youth »

  1. J’hésite aussi à y aller, je n’ai vu aucun film du réal’ donc je ne sais pas quoi à m’attendre. Il y a Michael Caine et Harvey Keitel que j’aime beaucoup, l’histoire me branche mais d’un autre côté j’ai lu des avis plutôt froids et des tweets cinglants donc je me dis que pour faire connaissance avec le travail de ce cinéaste, Youth n’est peut-être pas recommandé.

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  2. Perso, ce film me tentait pas mal, mais finalement, vu que je suis toujours attiré par ce qui brille (Guy Ritchie, notamment), et bien, j’ai préférè faire l’impasse sur la « jeunesse » de Sorrentino. Et finalement, au vu de ta critique, je n’ai pas raté grand chose.

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  3. @ 2flicsamiami :
    Je pense que tu devrais plutôt privilégier les précédents films de Sorrentino. Après, j’ai quand même lu des critiques très positives alors c’est difficile de dire si tu peux aimer ce film ou non. Comme je l’ai toujours dit, Sorrentino, ça passe ou ça casse en général ^^

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  4. @ Girlie Cinéphilie :
    J’ai failli aller voir Miss Hokusai mais finalement ça ne s’est pas fait, j’avais juste envie de me balader 😀 Mais apparemment il faudrait que j’aille le voir, huhuhu faut que je me bouge le popotin 😀

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  5. J’avais très envie de voir celui avec Sean Penn mais les critiques m’avaient refroidi. Tu le conseille ? En tout cas c’est toujours agréable de lire ce genre de critiques basées sur le fond et non sur des formules générales lapidaires.

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  6. Je l’ai vu et je l’ai fort apprécié, même si je n’ai pas été non plus « envoutée » comme avec La Grande Bellezza, qui est à mon sens plus clippesque que Youth. Les personnages principaux ne sont effectivement pas tellement cyniques mais simplement pathétiques j’ai envie de dire. J’ai trouvé ce film plus intimiste que les autres, dans lequel les questionnements en tant que réalisateur (créateur) se font la part belle, mais pas seulement. Je t’invite à lire mon billet pour connaître plus en détails mon avis sur ce film, notamment sur le personnage de la masseuse, qui est dans doute le personnage le plus essentiel du film. Un quatre étoiles en ce qui me concerne en tout cas, pas déçue donc du voyage 😉

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  7. @ Sentinelle :
    Je vais lire ton avis de ce pas sur ton charmant blog (je continue du coup la possible conversation chez toi vu que ça sera plus détaillé 🙂 ).
    C’est en tout cas chouette que tu aies (plus) aimé ce film (que moi) !

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