Dheepan

réalisé par Jacques Audiard

avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga, Franck Falise, Tarik Lamli…

Drame français. 1h54. 2014.

sortie française : 26 août 2015

Dheepan

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan, Claudine Vinasithamby

Je n’ai pas eu la possibilité de regarder toute la filmographie du réalisateur tant acclamé par la critique et les cinéphiles Jacques Audiard, loin de là. Avant d’aller voir Dheepan, je n’avais vu que De rouille et d’os, qui m’avait beaucoup plu mais je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre ainsi qu’Un Prophète que j’ai toujours trouvé très surestimé (booouh qu’on me frappe !). Bref, je n’étais pas plus enthousiaste que ça à l’idée de voir le dernier film d’Audiard. Mais, comme toutes les années, j’étais tout de même curieuse de découvrir cette fameuse Palme d’or : le jury présidé par les frères Coen a-t-il fait le bon choix ? Il est toujours difficile de juger un palmarès sans avoir vu tous les jours mais ce qui est certain en ce qui me concerne, c’est que la réponse à ma question est certainement non. Honnêtement, je me demande même ce qu’il fiche tout court dans ce palmarès cannois. Attention, je ne dis pas que ce film est nécessairement mauvais, peut-être que certains seront sensibles à l’histoire. Personnellement, j’ai eu l’impression d’être passée à côté de ce long-métrage pour moi oubliable qui a quand même le mérite d’être tourné en grande partie en langue tamoul (cela nous permet d’être immergé dans le quotidien de cette « famille » sri-lankaise débarquant en France en attendant de pouvoir s’installer en Angleterre). Je n’ai rien contre des histoires pas toujours originales (je veux dire, au bout d’un moment il n’existe pas non plus trois mille sujet), le principal est de voir tout simplement un bon film. Mais là rien que le sujet m’a barbé, c’est peut-être méchant, gratuit et pas justifié ce que je vais dire, mais il n’y a vraiment rien d’inédit (et pas uniquement les sujets, même la manière dont ils sont traités n’a rien de très innovant), que ce soit à propos de l’immigration ou des banlieues. J’ai presque envie de dire : c’est très cliché. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes chez les immigrés ou dans les banlieues, mais on n’a pas attendu Audiard pour le savoir. Au-delà de nous montrer des scènes vues mille fois, je ne vois surtout pas trop où Audiard a voulu nous dire, notamment sur les banlieues.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

La métaphore sur la banlieue qui devient une zone de guerre, avec le parallèle avec la guerre que fuit Dheepan et sa pseudo famille, est franchement lourde. Par ailleurs, les scènes oniriques avec l’éléphant dans la jungle (probablement une métaphore de Ganesh), montrant à la fois le déracinement du personnage principal et  le symbole de la sagesse de Dheepan (ce qui peut paraître dingue quand on voit la fin du film, d’une improbable niaiserie), ne sont pas non plus d’une grande subtilité. Bref, je reviens donc sur les banlieues. Certes, nous savons tous qu’il y a des problèmes dans certains quartier blablabla. Mais qu’a-t-il voulu montrer Audiard ? Qu’on doit définitivement faire la guerre à toutes les racailles ? Que c’est lamentable de voir ces jeunes rien foutre et tout casser alors qu’il y a des pauvres migrants qui veulent s’adapter à la société occidentale ? Que la cité est aussi une zone de guerre en Occident, voire même une jungle ? Que la terre d’accueil est à peine mieux que la terre quittée avec douleur ? J’exagère peut-être un peu à travers ces interrogation mais j’avoue avoir trouvé les intentions de ce film assez floues finalement, sans mauvaise foi, à travers ces scènes en banlieue (surtout en ce qui concerne la deuxième partie du long-métrage), je ne comprends pas vraiment le discours d’Audiard. J’espère juste ne pas voir un message trop douteux. Après, heureusement, il y a tout de même quelques points positifs, même si je ne pense pas qu’ils justifient une Palme d’or. En effet, même s’il n’y a absolument rien de révolutionnaire, je trouve tout de même qu’Audiard a bien su capter l’expérience de l’exil, notamment dans la toute première partie du film. Ainsi, il filme avec une certaine perspicacité la découverte de l’étranger, les observations étranges voire même cocasses de la part de la « famille » sri-lankaise en France, tout simplement le choc des cultures. Il y a quelque chose dans ce regard de l’exil à la fois naïf et dur. On retrouve bien l’esprit des Lettres Persanes de Montesquieu, roman épistolaire qui aurait été une véritable source d’inspiration pour l’élaboration du scénario. En ce qui concerne la mise en scène, Audiard a su par son énergie créer une atmosphère étouffante, mais peut-être qu’elle l’est un peu trop au point de nuire à une possible émotion.

Dheepan : Photo Kalieaswari Srinivasan, Vincent Rottiers

Néanmoins, je reconnais que le réalisateur a quand même du talent, j’apprécie sa mise en scène dynamique, qui oscille plutôt bien entre la fiction (même si, encore une fois, je ne suis pas cliente des passages oniriques, mais le reste par contre rien à dire) et le style « documentaire », c’est-à-dire s’approchant au plus près de la réalité, comme si on suivait vraiment de près les personnages (sans écoeurer ou perdre le spectateur). La manière de traiter du thème de la famille me semble également intéressante. Encore une fois, Audiard joue avec malice avec la fiction, c’est-à-dire ici cette fausse famille créée dans le but de pouvoir immigrer. Ainsi, chaque membre de la « famille » a ses caractéristiques, ses différences, son histoire, son passé. Chacun va devoir apprendre à se connaître, à cohabiter et finalement à s’aimer. Dans un sens, la famille est aussi un bon moyen de continuer à explorer le thème de l’exil, celui de l’autre, mais cette fois-ci dans un même groupe. Les personnages sont d’ailleurs intéressants car malgré le « gentil » discours sur les bons migrants, ils ne sont pas manichéens, on ne les aime pas forcément tout de suite mais finalement comme au sein de cette « famille », on apprend à les connaître et à les aimer. C’est d’ailleurs dommage d’intituler le film Dheepan alors que les autres membres de la famille, notamment « l’épouse », jouent tout de même un rôle important. Il faut dire que le trio d’acteurs sri-lankais Antonythasan Jesuthasan (un acteur amateur), Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby (oui, pour les noms, j’ai bêtement fait un copier-coller), sont tous impeccables et criants de vérité. Notons également enfin la bonne interprétation de Vincent Rottiers, qui évite à ma grande surprise la caricature.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

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42 réflexions au sujet de « Dheepan »

  1. MDR !!! Je loue ton objectivité, comme d’habitude, et ton franc-parler. Moi non plus je ne suis pas fan d’Audiard et j’ai trouvé Un prophète également très surestimé (ainsi que les autres)… Mais là je me laisse encore prendre par le battage médiatique autour du film et je me dis « Ah il est peut-être bien, celui-là ? » A lire ton article… ah ah ah, je sens que ça va me plaire aussi ! 😀 Et puis le sujet est « facile » : ça fait pleurer dans les chaumières… mais dans la réalité, tout le monde s’en contrefout de ces pauvres migrants.

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  2. Je viens te taper pour avoir osé dire que Un prophète est surestimé.
    Personnellement, j’ai aimé (et vu) tous les films d’Audiard. Celui-ci est de loin le moins bon.
    Comme tu dis sans émotion entre autre surprise.
    Et cette fin : AU S’COURS !!!

    Et Kalieaswari Srinivasan (copier/coller) est comédienne de théâtre en son pays.

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  3. Après l’accueil très chaleureux réservé par notre Prince, voici la douche froide de Tina. De Audiard, je n’ai vu que Sur Mes Lèvres, que j’avais beaucoup aimé, à l’époque de sa sortie. Par la suite, aucune de ses propositions n’ont réellement accroché mon intêret. Je n’ai vu ni De Battre Mon Cœur S’est Arrêté, ni Un Prophète, ni De Rouille Et d’Os. Et celui ci n’a pas fait exception. Peut-être n’avais-je tout simplement pas envie de me faire cette toile tissée autour du drame de l’immigration.

    Sinon, comme Chonchon, j’apprécie énormément ta franchise 🙂

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  4. Bizarrement je ferais les mêmes reproches que toi à ce film d’Audiard qui n’est assurément pas son meilleur (et quoi que tu en dises, « un prophète » était un grand film, « de rouille et d’os », « de battre… », tout autant) et pourtant je ne considère pas ce film comme mauvais, loin de là. A côté de bon nombre de productions françaises, de polars à peine dignes d’être diffusés à la télé qui se retrouvent sur grand écran, je suis désolé mais là on est en face d’un vrai metteur en scène, d’un cinéaste qui ne filme pas comme les autres. Quant à certains choix stylistiques (comme toi, le gros éléphant dans la jungle, pas très fan), cette sensation de vrai qui sonne faux, je crois que, contrairement à ce que tu répètes en long en large et en travers dans ton premier paragraphe, tu as je pense parfaitement saisi l’intention formelle du metteur en scène. Mais pour sa perception sensible du rapprochement des êtres, sa très émouvante chronique d’une famille de « fiction » (c’est quand même le cœur du film), pour ce rapport à la guerre (oui, la cité est une jungle, et la violence n’est pas qu’un produit d’importation) qui s’achève sur une conclusion à mon avis bien moins évidente qu’elle n’en a l’air, j’ai trouvé « Dheepan » très bon.

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  5. Je ne suis pas spécialement fanatique du ciné d’Audiard. Ses films (ceux que j’ai vu) sont bons mais je trouve l’enthousiasme qu’il génère démesuré. Tout ça pour dire que je n’ai pas vraiment envie de voir ce film, Palme ou pas. D’autant que j’ai déjà lu une critique assez tiède avant la tienne 🙂

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  6. Je ne suis pas fan non plus d’Audiard. Le seul talent que je lui reconnais, c’est de mettre en avant des acteurs talentueux pas encore très connus comme Tahar Rahim ou Matthias Schoenaerts. Donc je passe mon tour sur ce film!

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  7. @ Yuko :
    Oui c’est ça le problème… Ceci dit, j’avais quand même l’impression qu’il y avait mieux en face (je veux dire, il y avait quand même en tout une vingtaine de films, qu’on ne me dise pas qu’il y avait pas mieux 😮 ! ).

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  8. @ Pascale :
    Je tends la joue, j’ai cherché ma baffe 😮 😀
    Merci pour la précision, du coup j’ai légèrement modifié la fin de ma critique histoire d’être plus précise 🙂

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  9. @ Chonchon :
    OOoooh tu trouves Un Prophète surestimé ? Décidément, nous sommes souvent coupiiines 😀
    Comme tu le dis, vu ce qu’il se passe dans l’actu, en vrai tout le monde s’en fout, c’est déplorable…

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  10. @ 2flics :
    Les avis sont assez divers en lisant différentes critiques (dont celle de notre ami Prince). Après, c’est clair qu’il y a une part de sensibilité personnelle et d’intérêt pour le sujet. Ceci dit, j’ai l’impression que beaucoup s’accordent sur le fait qu’il s’agit d’un film mineur d’Audiard, c’est pas très rassurant.
    Mais de rien pour ma franchise 😉

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  11. @ Prince :
    Je ne dis pas que tout est mauvais dans Un Prophète, je lui reconnais ses qualités, mais j’accroche vraiment pas, ce qui est étonnant vu que j’aime bien ce type de film. Je le trouve vraiment trop long, je me suis fait chier, je trouve la structure pas totalement nette. Et pourtant j’ai vu le film trois fois histoire de ne pas passer à côté. Bon après, c’est peut-être personnel aussi. Mais c’est vrai qu’il me laisse vraiment insensible !
    Oui c’est un bon metteur en scène, je ne le nie pas et je complimente d’ailleurs son travail de mise en scène. C’est juste que ça manque pour moi d’émotions (attention je n’aime pas la niaiserie mais là je trouve ça limite froid alors que le sujet fait directement référence à l’humain).
    Si j’ai saisi ce qu’il a voulu faire, je ne sais pas trop réagir justement : dois-je m’inquiéter ? 😀
    En tout cas, tu défends sacrément bien ce film 😉

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  12. Je crois que Audiard et moi même avançons sur des routes tout à fait parallèles… Je n’ai jamais, jamais réussi à accrocher à un de ses films (et j’ai vraiment, vraiment essayer), même un Prophète (alors que comme toi j’adore ce genre de films)! De plus les sujets qu’il aborde dans ses films m’intéresse de moins en moins… Je n’ai peut-être pas de coeur et la sensibilité d’une huître, mais aucune de ses oeuvres ne m’a touché.
    Bref qu’on vienne me baffer moi aussi car je n’irai pas voir Dheepan.

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  13. C’est intéressant car ton avis est complètement différent de celui de Princécranoir que je viens d’aller lire. Néanmoins, si tu n’as pas vu tous les films de Jacques Audiard, je te conseille de te rattraper 🙂

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  14. Oui j’ai vu Regarde les hommes Tomber, Sur mes lèvres, De battre mon cœur s’est arrêté et un prophète et à part ce dernier je n’en ai apprécié aucun. Et encore depuis le temps je trouve Un prophète surfait.

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  15. à Tina: Honnêtement je ne comprends pas son ciné, puis l’image du père plane au dessus et Michel Audiard était tellement franc et direct que ça surprend peut être de voir son fils si différent.

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  16. Et bien ton commentaire ne m’incite pas vraiment à aller le voir, car il conforte plus qu’autre chose mes craintes. Enfin, je peux toujours me décider au dernier moment mais j’ai un doute quand même. Du réalisateur, j’avais adoré De rouille et d’os et Sur mes lèvres. Je n’ai jamais vu Un prophète, car je n’ai jamais eu envie de le voir, tout simplement.

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  17. @ Sentinelle :
    Si tu as un doute, vaut mieux aller le voir histoire d’avoir ton propre avis. Et si ça se trouve, tu apprécieras vraiment ce film, c’est difficile à savoir 🙂

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  18. Et bim! Tina, ta sincerité fait toujours mouche et ça fait plaisir.
    Personnellement, j’aime beaucoup Audiard, surtout Regarde les hommes tomber, Un prophète et Sur mes lèvres. Comme toi, c’est surtout son travail de mise en scène que je trouve assez époustouflant et somme toute assez rare dans le cinéma français actuel pour être souligné. Mais c’est vrai que chez lui, l’émotion est souvent assez rentrée et j’ai toujours du mal à accrocher à ses personnages qui me sont rarement sympathiques. Mais bizarrement, ça fonctionne sur moi.
    Après, je n’ai pas encore vu Dheepan, mais je vais peut être y aller quand même…

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  19. @ Girlie Cinéphilie :
    Oooh déjà merci miss 🙂
    Si tu aimes le travail d’Audiard, je pense que tu devrais quand même aller le voir. Si ça se trouve, tu aimeras ce film. J’avoue que je n’arrive pas à deviner ton avis d’avance.

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