Archive | septembre 2015

Coup de gueule contre les anti-adaptations

Les adaptations cinématographiques m’ont toujours fascinée. C’est grâce au cinéma que je suis devenue une grande lectrice (enfin, faut peut-être pas déconner non plus). Certes, comme tout le monde, je ne peux pas m’empêcher de comparer un film à son livre d’origine mais ce que j’aime, même si je le fais de manière inconsciente, c’est d’observer tout le processus d’adaptation, de voir ce qu’on peut garder dans un film, ce qu’on peut transformer, supprimer, déplacer etc… Certes, il y a de mauvaises adaptations, c’est un fait. Cependant, je commence à en avoir ras-le-bol des puristes, d’entendre toujours cette même phrase, comme un leitmotiv : « Je préfère le livre au film ». En fait, certains ne seront jamais satisfaits par les adaptations cinématographiques dans tous les cas possibles ! Alors que je souhaitais écrire un article plus poussé sur les adaptations cinématographiques (du genre 1. Les bonnes adaptations, 2. Les mauvaises, bref, le truc chiant comme la mort), je préfère plutôt essayer de faire prendre conscience à certains lecteurs à quel point ils ont une vision trop fermée. Après, je préfère être claire dès le début : il y a des mauvaises adaptations. C’est un fait. Et je peux en citer un paquet. Mais avec le recul, le problème n’est pas toujours un problème d’adaptation : il faut tout simplement se dire que ces films en question sont juste mauvais.

Disgrace disgrace

L’argument qui revient évidemment le plus chez les puristes est évidemment celui de la fidélité : « C’est pas fidèle au bouquin donc c’est nul. » Raaah.  Alors, on va mettre les choses au clair : on ne trompe pas son ou sa partenaire. Or, nous sommes bien d’accord : un film n’est PAS une meuf ni un mec. Il serait temps de comprendre à quel point la fidélité n’est pas un gage de qualité. Il y a des tas de films hyper fidèles aux bouquins et ce n’est pas pour ça qu’ils sont bons. Je pense, de tête, à La Voleuse de livres de Brian Percival ou à Disgrace de Steve Jacobs. Oui, ils sont fidèles mais les films, sans dire qu’ils sont mauvais, sont fades et impersonnels. Un film n’est pas censé être une copie d’un texte, du genre on est tellement paresseux qu’on n’arrive plus à lire au point que le film remplace les mots. Non, ça ne marche pas comme ça ! Pour moi, un film est plutôt une relecture, une vision personnelle d’un texte. De plus, être trop fidèle à un texte peut parfois rendre les scénaristes prisonniers de l’histoire. Après, il y a heureusement des films très fidèles aux textes (je pense par exemple à Gone Girl de David Fincher), je ne veux pas faire de généralités et dire que tous les films fidèles aux romans sont insipides. Je dis juste qu’il y a des fois où un film ne peut pas être fidèle et heureusement la fidélité n’a pas toujours un intérêt. Il faut savoir prendre des risques. Parfois, il vaut mieux un très bon film pas fidèle au livre qu’un film fidèle mais mauvais.

La Voleuse de livres 9782266175968

Les puristes oublient aussi quelque chose qui me semble pourtant essentiel : les spectateurs n’ont pas forcément lu le livre d’origine. Les spectateurs vont alors se contrefoutre si X est blonde dans le livre mais brune dans le livre. Ils s’en fichent également de voir s’il y a une modification dans l’histoire. Le principal est ce qu’il voit : est-ce que cette histoire, qu’ils découvrent eux pour la première fois, fonctionne, les fait réagir, est cohérente ? Est-ce qu’il y a une sorte de magie qui se produit dans la salle obscure ? Raison de plus pour juger le film pour ce qu’il est. Certes, encore une fois, et moi la première, c’est normal de s’amuser à voir les points communs et les différences entre le film et le livre. On peut avoir une préférence pour l’un ou pour l’autre. Il peut bien sûr y avoir de mauvais choix scénaristiques. Mais les puristes oublient tout simplement de regarder le film en lui-même, en délaissant le livre. Personnellement, même si je « compare », quand je regarde un film dont je connais déjà l’histoire de A à Z, je me concentre d’abord sur le travail de mise en scène, le jeu des acteurs, la complexité ou non des personnages. Je tente de voir si le propos est toujours pertinent, si l’angle abordé (qui peut changer d’un livre à un film) est intéressant et si le film provoque surtout une quelconque émotion.

Gone Girl LesApparences basse déf

Cela me fait penser alors à un autre débat : selon les puristes, un film serait donc mauvais à cause de son casting. On va emmerder un film parce qu’un tel est blond alors que dans le livre il est brun. Je pense notamment à cette polémique autour de Hunger Games : des fans ont été déçus, voire choqués de voir plusieurs personnages du roman devenir noirs dans le film. Alors, parfois, c’est vrai qu’un trait physique peut avoir son importance, pour l’intrigue ou pour donner une certaine signification à un personnage. Mais après, il ne faut pas non plus tout le temps se focaliser sur un détail qui parfois dans un roman n’a pas vraiment de sens. Personnellement, je préfère avoir un acteur qui ne ressemble pas forcément à la description du bouquin mais qui arrive à retranscrire les traits psychologiques du personnage plutôt qu’un acteur qui ressemble physiquement au personnage du livre mais qui joue comme son pied gauche. Regardez par exemple Javier Bardem dans No Country for Old Men. Il ne ressemble pas du tout à la description faite par Cormac McCarthy dans le bouquin. Il est censé avoir des yeux bleus glaçants et n’a pas du tout cette coupe de cheveux à la Mireille Mathieu. Et alors ? Est-ce si grave qu’il ait un autre physique que le livre ? Nous sommes bien d’accord, cela n’a pas d’importance, le principal est de voir le résultat et quelle réussite. Par son interprétation, Bardem a su retranscrire toute la froideur et la violence du personnage, on croit tellement à son personnage de psychopathe. De plus, on retrouve vraiment dans cette transformation physique l’univers même des Coen. Finalement, encore une fois, le plus important ait que le film ait sa propre personnalité, quitte à s’éloigner du texte original. Finalement, c’est un peu comme pour les biopics : ce n’est pas si grave si l’acteur n’est pas forcément le sosie de la personnalité qu’il incarne. Le plus important est de voir une interprétation convaincante et qui a du sens par rapport à l’histoire et à son propos.

No Country for Old Men - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme 21892720

On compare naturellement un livre et son adaptation cinématographique. La question qu’on se pose souvent est alors : qui est supérieur à qui (ou plutôt à quoi ?). Or, peut-être que cela serait bien d’envisager le fait qu’un film puisse être complémentaire à l’oeuvre littéraire originale. Je pense notamment à ce que disait Philip K. Dick à propos de l’adaptation de son roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, Blade Runner ainsi que le réalisateur Ridley Scott. En effet, tous les deux avaient conscience que le film était très différent du roman (il n’est d’ailleurs même plus question de « moutons électriques » dans le long-métrage) mais tous deux disaient que ces deux oeuvres étaient finalement complémentaires (et je pense que c’est le ressenti général des spectateurs qui ont lu le bouquin). Philip K. Dick racontait même que les images qu’il avait pu avoir durant le montage correspondaient à la vision qu’il avait lorsqu’il a écrit son roman. Là encore, ce qui est intéressant, c’est de voir à quel point l’essentiel, le ressenti général est finalement plus important que s’accorder à des détails finalement pas toujours intéressants ou qui ne serviront pas nécessairement son adaptation cinématographique. En tout cas, depuis que je connais cette anecdote, j’arrive vraiment à comprendre ce qui me plait dans cet exercice de « comparaison » et je comprends mieux le travail des scénaristes.

Blade Runner les-androides-revent-ils-de-moutons-electriques---140288

Enfin, je crois qu’il faudrait se dire que le cinéma a tout simplement des codes différents de ceux de la littérature tout comme il a des codes différents des autres arts. Par exemple, parmi les plus basiques, on peut écrire des tonnes de descriptions et des tonnes de rebondissements au sein d’un même roman, bref un roman pourra faire mille pages s’il le faut. Alors, je ne dis pas qu’il n’existe pas de très looooongs films. C’est peut-être aussi pour cela que les séries ont explosé (même si les séries ont aussi le droit de s’éloigner des oeuvres littéraires) car quelque part, c’est un des seuls moyens pour raconter une histoire sur une « longue durée » (mettons des guillemets pour des raisons de clarté car évidemment un épisode a une durée limitée, je parle ici en terme de saisons), comme si chaque épisode pouvait être l’équivalent d’un chapitre de roman, voire même le chapitre du chapitre. Mais en général, contrairement à un roman, un film a une durée limitée, surtout actuellement. Nous ne sommes plus dans une époque où on diffuse dans des salles de cinéma des films de 4 heures comme Autant en emporte le vent. On est dans une époque où on veut tout rapidement, en général les films durent donc entre 1h30 et 2h, allez, grand max 2h30. Ceux qui dépassent vraiment cette durée sont une poignée. Donc, quand on est face à une durée limitée, il faut aussi tout simplement comprendre que les scénaristes doivent faire des choix, ils doivent aller à l’essentiel, ils ne peuvent pas tout caler. Alors, tant pis si on enlève un passage sympathique ou si on fait du deux en un, le principal est encore une fois d’aller à l’essentiel. Après, évidemment, il ne faut pas couper n’importe comment, mais là encore une fois c’est un débat.

Autant en emporte le ventautantenemporte

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