Kamikaze, le dernier assaut

réalisé par Takashi Yamazaki

avec Junichi Okada, Haruma Miura, Mao Inoue, Shôta Sometani, Takahiro Miura…

titre original : Eien no zero

Drame, guerre japonais. 2h17. 2013.

sortie française (dvd) : 24 août 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinetrafic et à Condor.

Liste des films de guerre en 2015 et en prison.

Kamikaze, le dernier assaut

Depuis l’attaque de Pearl Harbor, la guerre fait rage dans le Pacifique entre l’armée japonaise et les troupes américaines. Face à l’avancée inexorable des forces alliées, le jeune pilote Kyuzo Miyabe est contraint de rejoindre les unités d’attaque spéciales: les Kamikazes.
Leur mission : détruire la flotte ennemie, quel qu’en soit le prix. A bord de leurs redoutables Zéros, l’heure est venue de livrer l’ultime assaut…

Kamikaze, le dernier assaut : Photo

La rentrée approchant à grands pas, l’opération de Dvdtrafic « spéciale été » est en train de conclure, il est temps que je vous présente le dernier film de ce cycle. Je suis toujours aussi heureuse de participer à toutes ces découvertes cinématographiques, toutes enrichissantes à leur façon. Je vous parle aujourd’hui de Kamikaze. Quand j’ai vu le titre du film avec l’affiche, j’ai un peu tiré la gueule, je l’avoue (malgré la gentillesse du distributeur). Mais bon, je devais jouer le jeu un peu à contre-coeur. Ca a pris du temps mais j’ai réussi à regarder ce film. Dans l’ensemble, ce n’était pas aussi « merdique » que je l’imaginais mais je préfère préciser une chose afin que ce film ne s’en prenne pas trop la gueule gratuitement : je fais un blocage rien qu’à cause du sujet (même si je ne suis pas « anti » film de guerre, j’en aime même certains). Je précise alors d’emblée que ce film n’est peut-être pas forcément mauvais (même si je vais revenir sur les points qui m’ont gênée) mais je suis sûre que certains spectateurs, moins réfractaires à ce genre de films, apprécieront ce film plus que moi. Disons que je trouve qu’il y a du bon et du moins bon. Le film est en fait présenté sous forme de flashbacks, c’est-à-dire qu’on va suivre le parcours d’un jeune homme avec sa soeur à comprendre l’histoire de son grand-père. On va donc voir plein de vieux – dont beaucoup sont sur le point de claquer – raconter l’histoire afin de remettre en place le puzzle.

Kamikaze, le dernier assaut : Photo

Le vieux qui parle en se souvenant des choses, ça fait quand même cliché et franchement je craignais le pire. Je dois avouer que ce procédé très récurrent au cinéma est quand même assez lourdingue. Au-delà de la pseudo émotion suscitée, il faut avouer que le film est parfois un peu trop explicatif. Ceci dit, je ne connais pas forcément comment ce sujet si délicat – les kamikazes – est réellement perçu au Japon. Dans le film, on sent d’ailleurs que ça reste un sujet très tabou, notamment à travers les différentes réactions des personnages (quel que soit leur âge). On sent alors malgré tout une envie de la part du réalisateur de vouloir parler d’un sujet encore « frais » au Japon. Certes, le procédé est alors parfois un peu trop démonstratif mais on sent derrière de bonnes intentions et une envie de faire un film en quelque sorte ludique. Le long-métrage semble alors s’interroger sur l’identité même de kamikaze et son devoir patriotique à travers une opposition certes basique mais à peu près efficace entre la vie et la mort (ou plutôt, pour rester en vie, il faut éviter de mourir, t’as pigé cette phrase très claire dans ma tête mais qui n’a aucun sens en réalité ?). Pour résumer, il s’agit pour moi d’un film correct, sauvé par ses bonnes intentions et des scènes d’action et de bataille tout de même assez réussies. Sans dire que je suis fan de ce film parfois trop long et trop larmoyant, Kamikaze possède quelques scènes assez touchantes et ne méritait pas forcément de sortir directement en dvd en France. Après, étant donné que j’avais un peu peur de découvrir ce film, parce que ça m’arrive d’être une feignasse, j’ai vu le film en version française et finalement j’aurais dû privilégier la version originale : le doublage ne m’a pas peut-être pas toujours aidée à apprécier réellement ce film (d’ailleurs, les films asiatiques bénéficient souvent de mauvais doublages).

Kamikaze, le dernier assaut : Photo

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La face cachée de Margo

réalisé par Jake Schreier

avec Nat Wolff, Cara Delevingne, Halston Sage, Justice Smith, Austin Abrams, Jaz Sinclair, Ansel Elgort…

titre original : Paper Towns

Comédie dramatique, romance américaine. 1h50. 2015.

sortie française : 12 août 2015

La Face cachée de Margo

D’après le best-seller de John Green, La Face Cachée de Margo est l’histoire de Quentin et de Margo, sa voisine énigmatique, qui aimait tant les mystères qu’elle en est devenue un. Après l’avoir entraîné avec elle toute la nuit dans une expédition vengeresse à travers leur ville, Margo disparaît subitement – laissant derrière elle des indices qu’il devra déchiffrer. Sa recherche entraîne Quentin et sa bande de copains dans une aventure exaltante à la fois drôle et émouvante. Pour trouver Margo, Quentin va devoir découvrir le vrai sens de l’amitié… et de l’amour.

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

A peine un an après la sortie de Nos étoiles contraires, une nouvelle adaptation d’un roman de John Green sort dans les salles obscures, La face cachée de Margo (mais je préfère largement son titre original, Paper Towns). Je dois vous avouer que j’ai longuement hésité à aller voir ce film au cinéma. Je n’ai rien contre Nos étoiles contraires, j’ai même bien aimé le bouquin, mais en ce qui concerne le film, je l’avais trouvé assez moyen, lisse, limite un peu trop mignon et surtout vraiment trop larmoyant (du genre si tu n’as pas pleuré en sortant de la salle, tu n’as pas de coeur). Et puis je ne suis pas forcément fan des mannequins qui deviennent actrices, dans le lot, il y a quand même un paquet de ces jeunes filles qui n’ont vraiment aucun talent pour la comédie et qui sont juste là parce qu’elles ont un physique agréable à regarder. Mais Cara Delevingne est une jeune fille différente, déjà à l’origine un des seuls mannequins du moment que j’aime bien et pas uniquement à cause de ses célèbres sourcils. Pourtant j’étais sceptique à l’idée qu’elle fasse du cinéma. Mais elle possède une telle personnalité que j’avais envie de lui donner sa chance. Surtout, j’ai lu des critiques positives de la part de blogueurs qui n’avaient pas été tendres avec Nos étoiles contraires. Et effectivement, même s’il a quelques défauts, Paper Towns est une bonne surprise. A première vue, il s’agirait d’une énième romance entre deux ados et même plus généralement sur plusieurs couples d’ados. Finalement, il s’agit plus moi d’une ode touchante à l’amitié. Le réalisateur joue également avec une certaine intelligence avec les codes du teen movie et du road movie pour pouvoir nous livrer un joli récit initiatique sur le devenir d’un adolescent à la fin du lycée. Mais le point fort du film est certainement son traitement sur le rapport entre la fiction et la réalité. Je ne vais évidemment rien spoiler mais j’ai en tout cas trouvé l’écriture très surprenante (la fin du film l’est également au passage, en tout cas elle n’est pas aussi attendue que prévue), surtout pour ce type de production.

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

La mise en scène de Jake Schreier (réalisateur de Robot and Frank) n’est pas forcément exceptionnelle mais elle reste tout de même assez réussie, surtout encore pour une grosse production pour adolescents. Le film parvient également à trouver un juste équilibre entre l’émotion, la tendresse et l’humour (je pense notamment à la scène du pipi dans la voiture ou encore à l’apparition très drôle d’Ansel Elgort !) et tente d’éviter la caricature en essayant de donner de la complexité aux personnages et c’est pour cette raison qu’on s’attache tous à eux. Il faut dire que les acteurs sont tous très bons. Je confirme que les producteurs ont eu du flair en donnant le rôle de la Margo du titre français à Cara Delevingne. Certes, finalement on ne la voit pas tant que ça mais pourtant Margo semble être omniprésente et pas uniquement parce que les personnages la cherchent. La (désormais) jeune actrice possède un véritable charisme qui passe très bien sur grand écran, elle a réellement du potentiel. Je ne sais pas du tout comment va se dérouler sa carrière cinématographique (visiblement elle est sur pas mal de projets) mais je pense qu’elle pourra aller loin. En tout cas, son interprétation est tout le temps impeccable. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de son partenaire (le véritable premier rôle) Nat Wolff. Je l’avais (comme pas mal de gens) repéré dans Nos étoiles contraires dans lequel il était déjà excellent dans le rôle de l’ami aveugle. Il est tout simplement impeccable, a largement le charisme pour tenir un premier rôle et décidément lui aussi a un vrai potentiel. Je ne vais pas forcément revenir sur tous les autres secondaires mais en tout cas tous m’ont également convaincu. Ceci dit, malgré tous ces compliments, je dois avouer (comme je le disais un peu plus haut) que le film n’est pas non plus parfait, il y a quelques trucs qui vont pas et il ne faut pas non plus les ignorer. Je dirais qu’il y a quand même quelques petites longueurs. En fait, disons qu’on voit ces possibles longueurs à cause de quelques problèmes d’équilibre rythmique. Après, sans dire qu’il s’agit d’un grand film, cela ne m’a pas empêchée d’être très fortement enthousiasmée par ce film qui possède par ailleurs une bande-originale très sympathique et rafraîchissante. J’ai très hâte de découvrir le livre de John Green maintenant !

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

Mad Max 2

réalisé par George Miller

avec Mel Gibson, Bruce Spence, Vernon Wells…

titre original : Mad Max 2 : The Road Warrior

Film d’action, science-fiction australien. 1h37. 1981. 

sortie française : 11 août 1982

Mad Max 2

Dans un futur non défini, les réserves de pétrole sont épuisées et la violence règne sur le monde. Max, un ancien de la sécurité routière, se porte aux secours d’une communauté de fuyards aux prises avec des pirates de la route. La bataille se concentre autour d’une citerne de raffinerie.

Mad Max 2 : Photo

Après avoir parlé du premier Mad Max ainsi que du quatrième volet Fury Road, je compte enfin (!!) aborder les deux autres films de la saga culte australienne de George Miller. Juste après avoir vu ce film, je pensais l’avoir autant adoré que le premier mais finalement avec le recul nécessaire des vacances, même si j’ai beaucoup aimé ce second opus, il m’a tout de même moins marqué que le précédent (peut-être est-ce pour cette raison que j’ai mis autant de temps à écrire cette critique si « attendue »). Mais ce n’est pas non plus bien dramatique, j’ai quand même trouvé cette suite très bonne. On prend toujours un certain plaisir à retrouver cet anti-héros qu’est Max Rockatansky, un homme pas au premier plan de l’action, qui a vécu des choses très douloureuses (comme nous l’avons vu à la fin du 1) mais qui va de nouveau mettre sa force et sa rage au service d’une communauté. Il faut dire que Mel Gibson est de nouveau parfait dans le rôle principal, il possède un tel charisme ! Je trouve les seconds rôles également bons même si je trouve les interprétations et les personnages moins forts que ceux du premier volet (d’où peut-être aussi ce petit quelque chose que je reproche à ce second film). Puis, encore une fois, même si je suis de nouveau plus convaincue par l’écriture du premier, le scénario de cette suite va à l’essentiel, c’est un choix qui fonctionne lorsqu’on connait le caractère même du personnage principal. De plus, j’adhère également de nouveau à l’univers présenté par George Miller, qui prend plus de place que le scénario en lui-même. Quand on enchaîne les films de la saga, il est intéressant de voir l’évolution même de cet univers.

Mad Max 2 : Photo Mel Gibson

On retrouve bien les éléments mis en place dans le premier film mais sans qu’on ait l’impression de voir une sorte de remake déguisé, il s’agit bien de la continuité du premier : cela peut paraître paradoxal et pourtant ces éléments fonctionnent bien ensemble. J’ai d’ailleurs lu sur quelques blogs que Miller n’était apparemment pas totalement satisfait du premier volet et que dans un sens, ce second volet serait comme une version améliorée du premier. C’est vrai que c’est quelque chose qu’on arrive à ressentir (notamment en ce qui concerne l’esthétique, bien plus soignée contrairement au premier film aux allures plus modestes – il faut dire que le budget est bien plus conséquent ici) même sans connaître cette information. L’esthétique m’a vraiment convaincue malgré parfois le côté kitsch de certains costumes notamment. Mais cela ne m’a pas dérangée, cela donne un certain charme à ce second volet. Le spectateur est toujours plongé dans un monde post-apocalyptique, il y a toujours ce combat pour le pétrole, cette violence inouïe, ce goût pour la vitesse. Le réalisateur australien parvient de nouveau à mettre en scène cette violence et brutalité qui caractérise tant cette saga mythique, en trouvant un très bon équilibre : les personnages en prennent plein la gueule, le spectateur en a parfaitement conscience, c’est même choquant (j’imagine surtout à l’époque) mais on ne tombe pas non plus dans le mauvais goût qui pourrait nous écoeurer. Mais Miller joue davantage avec les codes du western et réussit son pari, le mélange des genres et des univers cinématographiques étant efficace et explosif pour notre plus grand bonheur. Il faut évidemment parler des scènes d’action, indispensables dans la saga culte. Je pense surtout la longue course-poursuite finale génialement dingue ! Là encore, George Miller et son équipe ont de nouveau mis le paquet. Enfin, la bande-originale, toujours signée par le génial Brian May, est également excellente, permettant de nouveau d’être plongé dans un monde chaotique.

Mad Max 2 : Photo Mel Gibson

Avis aux lecteurs ! (non, ce n’est pas un titre de film, je parle de vous)

Bonjour tout le monde !

Alors que je profite encore de mes vacances et que je tente de fuir la rentrée (perso, je n’ai absolument pas envie de reprendre les cours), tout en continuant de publier régulièrement des critiques (trois critiques seront d’ailleurs publiées d’ici la fin du mois, et dès septembre, je reprends tout simplement mon rythme habituel), j’avais aussi envie de sortir un peu de ce schéma des critiques, de me lancer de nouveaux défis. J’ai la chance de pouvoir écrire des articles (sur tout et n’importe quoi – vraiment) dans mon journal local et je me suis dit récemment : pourquoi ne pas écrire des articles (évidemment toujours associés au cinéma) qui te parlent vraiment sur ton propre blog ? J’en ai de plus en plus envie mais j’ai aussi peur de faire n’importe quoi, que cela ne plaise pas, je ne sais pas par où commencer etc… Par exemple, je ne sais pas encore si je devrais écrire des articles très généraux sur le cinéma, faire des tops, associer le cinéma à des parties de ma vie, ou de ce que j’observe au quotidien etc… Je n’ai pas non plus envie que ça parte dans tous les sens.

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Au lieu de rester dans mon coin à me poser trois tonnes de questions, je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée de demander directement à mes lecteurs (que ce soit les réguliers ou les occasionnels). Je vous offre ici un espace où vous pourrez me dire avec honnêteté ce que vous en pensez. Par exemple : Est-ce une bonne idée d’écrire autre chose que des critiques ? Est-ce qu’il y a des sujets que vous avez envie de voir sur ce blog ? Au contraire, est-ce qu’il y a des sujets qui ont tendance à vous exaspérer ? Est-ce que vous aimerez des articles assez « neutres » ou plutôt le contraire etc… ?

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Je vous laisse vraiment la liberté de vous exprimer, que ce soit ici, par mail ou sur mon mur Hellocoton. Je ne vais pas forcément suivre les avis comme un mouton, il y a sûrement des points de vue différents et je devrais de toute façon faire des choix, mais avoir plusieurs avis me guideront certainement dans cette nouvelle expérience d’écriture. Je vous demande vraiment d’être honnête, je suis prête à entendre un grand nombre d’avis et je ne suis pas susceptible, sinon je n’aurais jamais demandé votre aide !

Merci beaucoup et à très vite sur ce blog !

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La Isla Minima

réalisé par Alberto Rodriguez

avec Raul Arevalo, Javier Gutierrez, Antonio de la Torre…

Film policier, thriller espagnol. 1h44. 2014.

sortie française : 15 juillet 2015

La Isla mínima

Deux flics que tout oppose, dans l’Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie  pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu’à l’absurde et où règne la loi du silence,  ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

La Isla mínima : Photo Javier Gutiérrez (II), Raúl Arévalo

La Isla Minima (ou Marshland en anglais) a rencontré un joli succès chez lui (en Espagne), notamment en raflant dix Goya (c’est-à-dire l’équivalent des César en Espagne) dont celui du meilleur film. Il a également été récompensé par deux prix au festival du Film Policier de Beaune. En tout cas, j’ai toujours essayé de m’intéresser aux autres académies cinématographiques (car il n’y a que les César et les Oscar qui sont « importants »), de voir ce qui se fait et ce qui plait ailleurs. De plus, les très bonnes critiques m’ont encouragée à découvrir dans une salle pleine en ce qui me concerne (je suis toujours ravie de voir des films d’art et essai qui marchent en salle, même si je sais que mes cinémas ne sont pas toujours représentatifs du box-office du reste de la France). Effectivement, la presse a bien fait d’avoir écrit tant de louanges sur ce film qui mérite vraiment d’être vu. A priori, il s’agit d’un thriller de ce qu’il y a de plus classique : un duo de flics (évidemment opposés) enquête sur les meurtres sordides de plusieurs jeunes filles. Mais Alberto Rodriguez est parvenu à combiner cette enquête policière, passionnante jusqu’au bout (même si elle n’a rien de révolutionnaire en soi mais on se laisse prendre par l’histoire) malgré une ambiguïté à la fin du film qui a pu gêner quelques spectateurs (j’ai entendu certaines réflexions en sortant de la salle et lu quelques critiques sur des blogs qui s’interrogeaient sur cette fin), avec l’histoire même de l’Espagne, nous prouvant de nouveau la complexité de l’homme. Le duo de flics fonctionne d’ailleurs à merveille, montrant encore plus la confrontation de l’homme face à son passé et à son futur, aux choix qu’il fait ou qu’il aurait dû faire. Pour mieux comprendre où le film veut en venir, il faut savoir que La Isla Minima se situe dans les années 1980, c’est-à-dire juste après la chute de Franco. L’Espagne est à ce moment-là en pleine transition : on veut aller de l’avant et pourtant il est encore difficile de se débarrasser des fantômes de son propre passé.

La Isla mínima : Photo

D’un côté, Pedro est un jeune policier qui rêve de retourner à Madrid voir sa femme qui est enceinte. Il représente cette Espagne démocratique en train de se mettre en place (quelque part, la future naissance de cet enfant qu’on ne verra pourtant jamais en est le symbole, comme s’il s’agissait d’un nouveau départ), il préfère parler pour enquêter et trouver la vérité. De l’autre, Juan préfère utiliser la violence pour obtenir des réponses et représente une Espagne encore marquée par le franquisme : il a d’ailleurs fait partie de la police de Franco et a donc fait des actes insoutenables. Cependant, les personnages n’ont rien de manichéens, l’écriture a su mettre des nuances. Ainsi, chaque personnage a sa part d’ombre et de lumière. Par ailleurs, la fin du film illustre parfaitement cette complexité : peut-on fermer les yeux pour avancer ? Les deux acteurs principaux, Raul Arevalo et Javier Gutierrez, sont en tout cas excellents, ils réussissent à donner beaucoup de profondeur à leurs personnages. Par ailleurs, je rebondis sur cette histoire de démocratie et d’Espagne hantée par les fantômes de son passé. Ce point, essentiel pour apprécier ce film comme il se doit, passe aussi par le rôle des femmes. Ce n’est certainement pas un hasard si le scénario reprend le schéma classique de jeunes filles assassinées. La femme sous Franco est littéralement effacée et l’est encore durant cette période de transition alors qu’elle tente de se libérer : elle va devoir se battre pour trouver sa place dans cette nouvelle société (de nombreux films espagnols exposent parfaitement ce point). Or, alors que la mère des deux jeunes soeurs assassinées est elle-même effacée par son mari, c’est tout de même elle qui va guider à plusieurs reprises la police à retrouver l’identité du tueur. On pensera aussi à l’étrange médium qui parvient probablement à connaître le futur sombre de l’un des deux policiers. Les femmes semblent alors être une sorte de représentation de la vérité qui permet d’avancer et de reconstruire un futur, même s’il faudra en payer le prix.

La Isla mínima : Photo

Les tourments humains sont également merveilleusement bien représentés à travers de magnifiques décors, sublimés par une somptueuse photographie et un important jeu de lumière, ainsi que certaines prises de vue qui montrent des formes étranges. Le générique en est d’ailleurs un parfait exemple : ainsi, cette partie marécageuse de l’Andalousie est à la fois belle et troublante (cette dualité présente d’ailleurs au sein des personnages et de la temporalité) et rien que ce lieu va contribuer à l’atmosphère si particulière du film. L’esthétique de ce film est en tout cas à tomber par terre sans avoir cette horrible impression de superficialité, on sent que la part visuelle joue un rôle important dans la réflexion mise en place tout au long du film par le réalisateur. J’ai en tout cas énormément aimé ce long-métrage qui possède une écriture remarquable et profonde ainsi qu’une excellente mise en scène. C’est un film qui parle évidemment de son histoire, comme je l’ai expliqué, mais à travers son passé fait aussi référence à ce qui se passe maintenant en Espagne : cette double fonction temporelle prouve de nouveau la réussite de ce long-métrage audacieux. La Isla Minima fera évidemment penser à l’excellent film coréen Memories of Murder de Bong Joon-ho (le réalisateur assume d’ailleurs cette référence) ou encore à la première saison de True Detective (là par contre, il s’agit d’une coïncidence). Ceci dit, le film ne se laisse pas crouler à travers cette grosse référence (et j’imagine d’autres), possédant ainsi sa propre personnalité, étant donné que le réalisateur a une véritable envie de communiquer quelque chose et nous livre une incroyable proposition cinématographique.

La Isla mínima : Photo Javier Gutiérrez (II), Raúl Arévalo

Loin de la foule déchaînée (2015)

réalisé par Thomas Vinterberg

avec Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, Tom Sturridge, Juno Temple, Jessica Barden…

titre original : Far from the Madding Crowd

Drame, romance, historique britannique, américain. 2h. 2015.

sortie française : 3 juin 2015

Loin de la foule déchaînée

Dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake, le riche voisin Mr Boldwood et le Sergent Troy.

Loin de la foule déchaînée : Photo Carey Mulligan, Tom Sturridge

J’aurais pu écrire ma critique de ce film il y a déjà pas mal de semaines maintenant mais je tenais à découvrir rapidement le roman du même nom de Thomas Hardy, publié en 1874. C’était tout d’abord l’occasion ou jamais de connaître l’univers de cet auteur dont j’en entends tant parler et puis je trouve que c’est toujours bien de comparer le roman et son adaptation pour mieux comprendre comment ont travaillé le réalisateur Thomas Vinterberg et le scénariste David Nicholls. Ce n’est pas la première fois que ce roman est adapté, que ce soit pour la télévision ou le cinéma, pour être plus précis, il s’agit de sa sixième adaptation. On pourra notamment citer le film de John Schlesinger sorti en 1967 avec Julie Christie dans le rôle principal. Ce nombre d’adaptations pourra étonner sur le papier mais on peut comprendre la fascination des scénaristes pour ce fabuleux roman de Hardy. Ce roman a beau avoir été au cours du XIXe siècle, il semble toujours d’actualité notamment à travers le féminisme avant-gardiste de l’héroïne Bathsheeba Everdeene dont le nom a par ailleurs inspiré le personnage principal de la saga Hunger Games, Katniss Everdeen. Je n’ai pas vu les autres adaptations en question mais j’ai beaucoup aimé ce long-métrage. J’avais pourtant peur de le voir car je ne suis pas forcément fan des films classiques avec des costumes et tout ça. Mais Vinterberg a beaucoup de mérite : son adaptation est certes classique mais pourtant il a su apporter un véritable souffle et tout en restant fidèle au texte de Thomas Hardy il apporte beaucoup de modernité à l’histoire sans que ce soit anachronique. Il a su couper certains passages un peu trop longs dans le roman – en tout cas qui auraient de trop dans cette nouvelle adaptation qui se veut plus fraîche – pour que l’histoire soit encore plus dynamique.

Loin de la foule déchaînée : Photo Matthias Schoenaerts

Justement, en raccourcissant certains passages, Vinterberg prenait le risque de débouler son histoire, en se contentant de reprendre uniquement les faits et ne pas mettre d’émotion. Or, je trouve que l’émotion est également présente. Je ne dis pas que j’ai pleuré ou quoi que ce soit, mais j’ai réellement vécu ce film que j’ai trouvé très intense car les personnages sont présentés avec beaucoup de complexités. Je ne veux paraître niaise (never) mais j’étais limite émoustillée par l’histoire de Bathsheeba, cette femme forte, qui semble savoir ce qu’elle veut, qui est indépendante, et pourtant va avoir ses moments de faiblesse, va être confrontée à ses propres désirs et se remettre en question. Mais ce qui provoque également cette émotion (en tout cas en ce qui me concerne), c’est la manière d’avoir mis en avant le berger Oak, de voir qu’il est toujours présent quoiqu’il arrive. L’idée était certes déjà plus ou moins présente dans le roman mais j’ai l’impression que Vinterberg a davantage insisté sur ce point, ce qui n’est pas du tout déplaisant, loin de là, au contraire, cela contribue encore plus au charme de ce long-métrage. La mise en scène est pour moi réussie, classique mais vivante. Le film séduit également par ses beaux décors et costumes, sa jolie lumière ou encore par sa splendide photographie. Enfin, j’ai beaucoup aimé le casting, à commencer par la lumineuse Carey Mulligan, parfaite dans le rôle de Bathsheeba. Les seconds rôles sont également tous très bons : Matthias Schoenaerts (Gabriel Oak), qu’on voit décidément partout depuis plusieurs mois, est également la très bonne surprise de ce film, Michael Sheen (Mr Boldwood) fait ici pour moi son « grand » retour au cinéma, Tom Sturridge (Troy) s’en sort également très bien et Juno Temple confirme de plus en plus son potentiel même si on la voit peu.

Loin de la foule déchaînée : Photo Carey Mulligan, Michael Sheen