Valley of Love

réalisé par Guillaume Nicloux

avec Isabelle Huppert, Gérard Depardieu, Dan Warner…

Drame français. 1h32. 2014.

sortie française : 17 juin 2015

Valley of Love

Isabelle et Gérard se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils Michael, photographe, qu’ils ont reçue après son suicide, 6 mois auparavant.
Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre la programme initiatique imaginé par Michael…

Valley of Love : Photo Isabelle Huppert

Valley of Love a été présenté au dernier festival de Cannes en compétition mais est reparti les mains vides. J’avais envie de le découvrir car le sujet et le duo formé par Isabelle Huppert et Gérard Depardieu m’intéressaient. De plus, j’ai eu la chance de gagner des places en participant à un concours (sur le blog de Papillote si je ne dis pas de bêtises), je tenais vraiment à remercier Le Pacte. C’est toujours difficile de juger un palmarès cannois surtout quand on n’a pas encore pu découvrir tous les films mais j’ai la sensation que le jury ait pu passer à côté de ce long-métrage. En tout cas il méritait bien sa place en compétition. Même si je ne le trouve pas parfait et qu’en sortant de la salle je n’ai pas crié au chef-d’oeuvre, j’ai étrangement énormément aimé ce film, en tout cas, il ne m’a pas laissée indifférente et plus les jours passent, plus je lui trouve des qualités. Certes, Valley of Love manque parfois un peu de rythme, on pourra dire qu’il est mou, je suis sûre que certains se sont emmerdés durant leur séance et je peux les comprendre. Pourtant, il s’agit pour moi d’une magnifique expérience à vivre, surtout en salle de cinéma et Valley of Love a le mérite d’être original (ce qui est important à souligner vu les daubes ou films peu inspirés qui sortent trop souvent en salles). C’est un film qui joue beaucoup sur les sensations, nos perceptions et sur ce qu’il y a de plus profond et de plus intime chez l’homme. Malgré quelques imperfections, je suis persuadée que c’est le type de long-métrage à regarder une deuxième fois pour ne pas passer à côté de certains détails. Au début, à cause de certains plans un peu trop longs, je pensais que le travail de Nicloux était maladroit. Certes, même s’ils sont parfois un peu trop insistants, plus on avance dans le film, plus on comprend que chaque plan a vraiment une signification (je pense notamment à la toute première scène, quand Huppert marche et est filmée de dos – à la fin du film, je pense avoir compris la démarche de Nicloux). Le réalisateur a réussi à s’emparer des magnifiques et démesurés décors américains pour pouvoir raconter son histoire et mettre en avant son propos. Malgré la clim’ dans la salle, j’avais chaud pour les spectateurs, je transpirais pour eux et avec eux et cette chaleur qui émane tout le long du film joue un rôle important dans la quête des personnages à se retrouver (le « se » ayant un sens varié) et participe à cette ambiance écrasante et étouffante.

Valley of Love : Photo Gérard Depardieu, Isabelle Huppert

Je suis ressortie de la salle assez émue, non pas à cause du sujet de base en lui-même (le suicide du fils), mais plutôt pour la réflexion derrière, qui ressort encore plus grâce à une mise en scène vertigineuse. Guillaume Nicloux n’a pas la prétention de répondre à des questions mais il a su montrer les limites floues entre la fiction et la réalité, entre le rêve et la réalité, entre la vie et la mort, entre solitude et retrouvailles ou entre les différents mondes (Paradis/Purgatoire/Enfer). De plus, il souligne avec une étonnante justesse à quel point notre rapport à la spiritualité et au deuil reste finalement extrêmement personnel. Est-ce que les personnages joués par Isabelle Huppert et Gérard Depardieu ont vraiment « revu » leur fils Michael au cours de ces derniers rendez-vous fixés par Michael lui-même avant de se suicider ? Pourquoi avoir fixé les rendez-vous à des dates et heures en particulier ? Pourquoi d’ailleurs Michael s’est-il suicidé ? Certaines questions resteront volontairement en suspens, à l’image du temps et de l’espace qui sont eux-même dans cet état-là. Mais justement, c’est ce flou qui est intéressant dans ce film et pour une fois on ne se sent pas forcément frustré de ne pas tout savoir, le principal est que les personnages pensent qu’ils ont vécu cette expérience spirituelle et qu’ils ont pu se rapprocher d’une certaine façon de leur enfant disparu. Ceci dit, la mise en scène des « rapprochements » entre ce « fantôme » et leurs parents est assez remarquable. Tout en restant un drame, il y a tout de même des fois où Valley of Love m’a fait penser à des films fantastiques voire même à l’univers de Lynch, ce qui confirme de nouveau ce sentiment de vertige et de pertes de repères et de sens. Il y a aussi la remarquable musique de Charles Ives qui va dans ce même sens : elle est à la fois magnifique et très troublante. Au-delà de la question du deuil et de la spiritualité, traitée avec beaucoup d’intelligence et de subtilité, sans être larmoyant ou sans misérabilisme, Nicloux a aussi su traiter de notre connaissance de soi qui passe à travers l’autre, d’où aussi cette réunion entre ces deux êtres qui se sont aimés. Valley of Love est également porté par ces deux monstres du cinéma, Isabelle Huppert et Gérard Depardieu, bouleversants comme jamais. De plus, leurs performances sont sûrement encore plus touchantes étant donné qu’il y a une part « autobiographique » : les personnages s’appellent Isabelle et Gérard, ils sont tous les deux acteurs et nous connaissons tous l’histoire personnelle de Depardieu avec son fils Guillaume. Pour conclure, Valley of Love est un film qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, je le conçois. Mais j’ai vraiment beaucoup aimé ce film qui semble simple mais finalement est très profond, émouvant, surtout vertigineux et sensoriel.

Valley of Love : Photo Gérard Depardieu, Isabelle Huppert

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17 réflexions au sujet de « Valley of Love »

  1. Je l’ai vu hier et je l’ai beaucoup apprécié également. Plusieurs thématiques se côtoient mais j’ai surtout apprécié ce rapport à la foi, croire sans voir vraiment mais en cherchant des signes, des sensations. C’est bête ce que je vais dire mais j’ai trouve ça beau et bien traité. Ceci dit, comme tu le soulignes bien, pas mal de spectateurs pourront le trouver tout simplement chiant. Moi il me questionne et je suis un peu comme les personnages, je cherche des signes également pour mieux comprendre ce qui se passe sous mes yeux. Puis les retrouvailles entre la crevette et la montagne vaut à lui seul le déplacement.

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  2. totalement d’accord avec toi ( ca se fête non?), le film est une très belle expérience qui pourra sans doute en laisser sur la route mais qui m’a personnellement enchanté du début à la fin, grâce à son décor extraordinaire, la qualité de la mise en scène de Nicloux et la réunion de ses deux acteurs qui dépassent l’entendement..je reviendrais évidemment longuement sur ce film dans une chronique à venir… j’ai aussi un peu de mal à comprendre l’accueil plus que tiède réservé ce film à cannes qui personnellement m’a bien plus emballé que la loi du marché si on compare avec les films en compétition que j’ai pu voir… du coup ca donne très envie de voir les autres films mal aimés de cannes en se disant que ca sera peut etre la meme chose :o) très beau billet chère tina et très belle journée à toi

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  3. @ Yuko :
    Ouuuuais je me rattrape (même si je suis toujours occupée à côté mais quand même moins depuis la fin des cours) ! D’ailleurs, j’ai des tonnes de critiques en retard !

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  4. @ Sentinelle :
    Tout ce que tu soulignes (notamment sur le rapport avec les signes) est très juste (au passage, hâte de lire ta chronique).
    Mais non, rien de bête, c’est effectivement beau et bien traité ! 😀

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  5. @ Filou :
    Ouiiii faisons péter le champaaaagne ! 😀 😀
    Effectivement, je ne comprends pas son accueil peu sympathique à Cannes, parfois faut pas trop chercher à comprendre j’ai l’impression… Après j’ai toujours remarqué que des films descendus en compet’ étaient parfois mieux reçus les mois qui suivent…

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  6. @ Vince :
    Je ne peux pas garantir que tu aimeras ce film mais je pense que tu pourras aimer Depardieu, grandiose (comme souvent – malgré tout ce qu’on dit sur lui).

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  7. Le film divise la critique mais pas les deux acteurs visiblement. Deux monstres sacrés qu’on pourrait retrouver dans la suite de « Jurassic World » ? 🙂

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  8. Une critique qui fait envie ! 🙂 Ce film m’avais déjà un peu tapé dans l’œil lorsque j’en avais découvert la bande annonce en salle, mais je crois que je me laisserais tenté par ce voyage ésotérique dans la vallée de la mort.

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  9. oui c’est bien chez moi que tu as gagné les places 😉 d’ailleurs j’en ai même pas demandé pour moi en fait, j’ai pas vu le film ! j’ai de nouvelles places à faire gagner demain pour un super film, la isla minima, je l’ai vu cette fois 😉

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  10. @ Papillote :
    Ahhh je ne suis pas totalement folle ! C’est génial tes partenariats n’empêche ! 😀
    La Isla Minima a l’air bien, après j’hésite à participer car en ce moment je ne suis pas trop chez moi (période de vacances), si je gagne (ce qui peut arriver), j’ai peur de ne pas pouvoir y aller, je préfère laisser la chance à quelqu’un d’autre.

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