Phoenix

réalisé par Christian Petzold

avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf…

Drame allemand. 1h38. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et à Diaphana Distribution

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Phoenix

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie…

Phoenix : Photo Nina Hoss, Ronald Zehrfeld

Je ne connais pas toute la filmographie de Christian Petzold, loin de là, mais j’avais été séduite par Jerichow et Barbara, tous les deux diffusés sur Arte il y a quelques mois. Je souhaitais découvrir le dernier film du réalisateur allemand avec ses acteurs fétiches en salle mais je n’ai pas eu le temps de le voir. Je suis alors très heureuse que Cinetrafic ait proposé ce film et je voulais vraiment recevoir ce dvd. Christian Petzold s’est inspiré du roman Le Retour des Cendres de l’écrivain français Hubert Monteilhet ainsi que d’un autre texte intitulé Une Expérience d’amour d’Alexander Kluge. Phoenix est également traversé par d’autres influences. Il semble évident que Petzold revisite à sa façon le mythe de Pygmalion. J’ai évidemment pensé à Sueurs Froides de Hitchcock et j’imagine que je suis probablement passée à côté de certaines références. En tout cas, j’ai senti toutes ces références, j’ai également conscience que Petzold s’est inspiré de plusieurs textes littéraires et la Seconde Guerre Mondiale (ou ici plutôt l’après-guerre) n’est plus un sujet nouveau. Pourtant, paradoxalement, ce film a quelque chose d’original, je trouve qu’il sort du lot et disons les choses clairement : il s’agit d’un des meilleurs films sortis cette année au cinéma, je l’ai mis très haut dans mon classement. Possédant une mise en scène à la fois précise, sobre et élégante et un scénario fluide, Phoenix est un film poignant tout en restant pudique (la fin, avec l’interprétation de Speak Low, est vraiment magnifique), qui est à la fois accessible d’accès (l’histoire semble assez simple et le film a le mérite d’être court, allant à l’essentiel) et profond. Dans le film, « Phoenix » est le nom d’un cabaret situé dans le secteur américain de Berlin. Mais on comprend bien qu’il s’agit d’une métaphore et j’ai même envie de dire que le film fonctionne énormément à partir de ce procédé. Je précise que le réalisateur utilise ce procédé avec soin et subtilité. En effet, à travers la relation malsaine qu’elle entretient avec son mari lors de ses retrouvailles (ce dernier ne la reconnait pas pensant qu’elle est morte mais veut qu’elle se fasse passer pour sa femme pour toucher l’héritage de cette dernière) et surtout à travers sa reconstitution physique, Nelly va petit à petit pouvoir renaître de ses cendres.

Phoenix : Photo Nina Hoss

Certaines critiques ont souligné l’invraisemblance de l’histoire : est-ce possible qu’un homme ne puisse pas reconnaître sa propre femme, surtout que son nouveau physique n’est pas si éloigné de son ancien ? Avec le recul, c’est vrai que cela peut sembler un peu dingue mais personnellement le film m’a tellement captivée que cette question d’invraisemblance ne m’a même pas traversée l’esprit ! Je ne sais pas si cela serait vraiment possible dans la réalité (même si, franchement, à l’heure actuelle, tout me semble possible) mais en tout cas j’ai rapidement accepté ce fait présenté dans le film. D’ailleurs, en prenant le temps d’installer son intrigue, Petzold fait quand même tout que le spectateur puisse croire à cette histoire. Surtout, le plus important est à mon avis le propos derrière. A travers ce simple fait (le fait de ne pas reconnaître sa propre épouse), on comprend rapidement que Johnny n’a jamais aimé la femme qu’il a pourtant côtoyé durant des années ou en tout cas cet amour n’était pas suffisamment fort. Phoenix est alors une réussite car le réalisateur parvient à combiner l’histoire collective et l’histoire individuelle, ou à raconter une histoire universelle dans un contexte historique. En effet, il montre avec une sobriété bienvenue les conséquences de l’Holocauste, la difficulté de surmonter cette épreuve inimaginable : comment retrouver son identité lorsqu’on n’a pas été considéré comme un humain ? De l’autre côté, les personnages sont face à un amour non partagé, qui ne marche que dans un sens et qui ne pourra pas triompher. L’amour ne peut pas cicatriser certaines blessures, le pardon est parfois impossible et la redécouverte de l’identité passe finalement par une quête plus personnelle. Cette combinaison entre l’histoire collective et l’histoire personnelle est en partie équilibrée car, toujours dans le but de rester sobre, les outils de reconstitution historiques parviennent à plonger les spectateurs dans une époque surprise mais on n’a jamais l’impression qu’ils nous étouffent. Au-delà d’un très grand nombre de qualités, d’un véritable savoir-faire de la part de Petzold, qui n’est jamais prétentieux ou trop démonstratif et de l’émotion, Phoenix est également servi par les excellentes interprétations de Nina Hoss et de Ronald Zehrfeld.

Phoenix : Photo Nina Hoss

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16 réflexions au sujet de « Phoenix »

  1. Hello Tina. Je partage presque totalement ton avis sur le film (et sur « Speak low »). Je mets juste un petit bémol, mais je ne sais pas vraiment où. L’invraisemblance ne m’a pas dérangé, en tout cas: je me suis dit que Johnny la reconnaissait finalement, mais que, compte tenu de son comportement, il préférait laisser croire que non, parce qu’il n’a pas à être fier de son attitude passée… simple hypothèse, pas forcément plus vraisemblable…

    La fin est très bien, d’autant que je la trouve assez ouverte, et, auparavant, les « retrouvailles » avec la bande d’amis. Un film sobre qui parle avec intelligence d’une chose importante et difficile: la reconquête de soi.

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  2. @ Martin :
    Je n’avais pas forcément pensé à cette hypothèse (mais qui semble crédible maintenant que tu le dis). Pour moi, je me suis vraiment dit que ce type n’avait jamais aimé sa femme, qu’elle lui a toujours été étrangère et que sa trahison n’était pas très étonnante…

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  3. Bonsoir Tina, j’ai vu ce film à sa sortie et suis resté scotché. Par cette incroyable interprétation de Nina Hoss qui me bouleverse à chaque fois, la mise en scène implacable et magnifique. la musique de Kurt Weill. Bref, en ce qui me concerne un excellent film À voir et à revoir. Bonne soirée.

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  4. Pas vu mais le sujet est très intéressant, visiblement traité avec bcp d’intelligence et de sobriété. J’en prends bonne note !

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  5. Je n’ai pas vu ce film, il est passé comme un éclair avant que je puisse y aller. Je vais donc attendre de le voir en dvd: tu es la deuxième personne qui me donne très envie de le voir!

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