Papa ou maman

réalisé par Martin Bourboulon

avec Marina Foïs, Laurent Lafitte, Alexandre Desrousseaux, Anna Lemarchand, Achille Potier, Judith El Zein, Michaël Abiteboul, Michel Vuillermoz, Vanessa Guide, Anne Le Ny, Yves Verhoeven, Yannick Choirat, Lilly-Fleur Pointeaux, Anne Le Nen…

Comédie française. 1h25. 2015.

sortie française : 4 février 2015

Papa ou maman

Florence et Vincent Leroy ont tout réussi. Leurs métiers, leur mariage, leurs enfants. Et aujourd’hui, c’est leur divorce qu’ils veulent réussir. Mais quand ils reçoivent simultanément la promotion dont ils ont toujours rêvée, leur vie de couple vire au cauchemar. Dès lors, plus de quartier, les ex-époux modèles se déclarent la guerre : et ils vont tout faire pour NE PAS avoir la garde des enfants.

Papa ou maman : Photo Achille Potier, Alexandre Desrousseaux, Anna Lemarchand

Papa ou maman, le premier long-métrage de Martin Bourboulon, dont le scénario a été écrit par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière (les réalisateurs du Prénom) a rencontré un joli succès : plus de deux millions de spectateurs se sont déplacés dans les salles obscures françaises. J’étais alors curieuse de découvrir ce film, histoire de ne pas me sentir totalement à la ramasse. De plus, je trouvais le sujet sur le papier très sympa : alors que nous avons l’habitude de voir des parents se battre pour avoir la garde de leurs enfants, les parents incarnés font surtout tout pour ne pas l’avoir ! Dans l’ensemble, Papa ou maman s’en tire bien en tant que divertissement voire même en tant que comédie sympathique qu’on regardera un dimanche soir. Je dois avouer que j’ai tout de même pas mal ri face à de nombreuses situations présentées. Beaucoup ont dit que c’était « trash », je n’irai quand même pas jusque-là mais effectivement voir ces parents vachards envers leurs propres gosses reste quand même réjouissant ! En plus, le film est quand même court (il dépasse à peine les 1h20), du coup, on ne se lasse pas des gags et des vannes et l’ensemble est bien rythmé. Papa ou maman est également servi par un très bon casting. Le couple en train de se déchirer est formé par les formidables Marina Foïs et Laurent Lafitte, géniaux en parents quarantenaires encore jeunes dans leurs têtes et un peu dépassés par l’éducation de leurs mômes. Les jeunes acteurs qui interprètent les mômes en question – Alexandre Desrousseaux, Anna Lemarchand (Du vent dans mes mollets, Qui c’est les plus forts ?) et Achille Potier – sont également plutôt bons. Ils arrivent à être très têtes à claques et en même temps, quand ils se font humiliés par leurs propres parents, on les plaint énormément ! Les seconds rôles (je pense notamment à Michel Vuillermoz et à Anne Le Ny) sont également très convaincants.

Papa ou maman : Photo Laurent Lafitte, Marina Foïs

Hélas, même si j’étais plutôt contente une fois le film fini (on passe plutôt un bon moment), je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il ne va pas totalement au bout de ses bonnes idées, qu’il y a même quelques maladresses, qu’il aurait pu aller plus loin dans sa réflexion. En effet, même si je ne me suis pas ennuyée, le début est tout de même un peu long à se mettre en place. Finalement, l’idée de base – c’est-à-dire le fait que des parents ne veulent pas avoir la garde de leurs enfants – n’est exploitée que durant la deuxième partie du film. Finalement, même si le film a le mérite d’être court, c’est quand même vraiment peu quand on y pense. Certes, le réalisateur a probablement montré autre chose : un couple qui traverse une crise. En ce qui concerne ce point-là, Martin Bourboulon s’en tire pas si mal (même si la fin peut sembler un peu trop conventionnelle par rapport à ce qu’on nous a vendu), notamment à travers une scène (celle de l’anniversaire qui tourne au chaos) qui répond à la toute première scène : le couple serait alors quelque chose qui serait sans cesse en lutte, cette lutte en question peut à la fois être source de séparation mais aussi une forme d’amour. Ceci dit, ce choix peut être frustrant pour le spectateur qui peut avoir l’impression de regarder deux films en un ! De plus, ce sujet plutôt original pouvait avoir du fond, notamment en montrant le comportement égoïste des parents, mais finalement, à force de vouloir créer des gags (certes réussis), Martin Bourboulon ne creuse pas vraiment son sujet qui avait pourtant beaucoup de potentiel. En ne tirant pas son film vers le haut, le réalisateur ne signe qu’une comédie sympathique alors qu’on aurait pu avoir droit à une véritable bonne comédie qui analyse davantage des faits sociétaux.

Papa ou maman : Photo Marina Foïs

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Valley of Love

réalisé par Guillaume Nicloux

avec Isabelle Huppert, Gérard Depardieu, Dan Warner…

Drame français. 1h32. 2014.

sortie française : 17 juin 2015

Valley of Love

Isabelle et Gérard se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils Michael, photographe, qu’ils ont reçue après son suicide, 6 mois auparavant.
Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre la programme initiatique imaginé par Michael…

Valley of Love : Photo Isabelle Huppert

Valley of Love a été présenté au dernier festival de Cannes en compétition mais est reparti les mains vides. J’avais envie de le découvrir car le sujet et le duo formé par Isabelle Huppert et Gérard Depardieu m’intéressaient. De plus, j’ai eu la chance de gagner des places en participant à un concours (sur le blog de Papillote si je ne dis pas de bêtises), je tenais vraiment à remercier Le Pacte. C’est toujours difficile de juger un palmarès cannois surtout quand on n’a pas encore pu découvrir tous les films mais j’ai la sensation que le jury ait pu passer à côté de ce long-métrage. En tout cas il méritait bien sa place en compétition. Même si je ne le trouve pas parfait et qu’en sortant de la salle je n’ai pas crié au chef-d’oeuvre, j’ai étrangement énormément aimé ce film, en tout cas, il ne m’a pas laissée indifférente et plus les jours passent, plus je lui trouve des qualités. Certes, Valley of Love manque parfois un peu de rythme, on pourra dire qu’il est mou, je suis sûre que certains se sont emmerdés durant leur séance et je peux les comprendre. Pourtant, il s’agit pour moi d’une magnifique expérience à vivre, surtout en salle de cinéma et Valley of Love a le mérite d’être original (ce qui est important à souligner vu les daubes ou films peu inspirés qui sortent trop souvent en salles). C’est un film qui joue beaucoup sur les sensations, nos perceptions et sur ce qu’il y a de plus profond et de plus intime chez l’homme. Malgré quelques imperfections, je suis persuadée que c’est le type de long-métrage à regarder une deuxième fois pour ne pas passer à côté de certains détails. Au début, à cause de certains plans un peu trop longs, je pensais que le travail de Nicloux était maladroit. Certes, même s’ils sont parfois un peu trop insistants, plus on avance dans le film, plus on comprend que chaque plan a vraiment une signification (je pense notamment à la toute première scène, quand Huppert marche et est filmée de dos – à la fin du film, je pense avoir compris la démarche de Nicloux). Le réalisateur a réussi à s’emparer des magnifiques et démesurés décors américains pour pouvoir raconter son histoire et mettre en avant son propos. Malgré la clim’ dans la salle, j’avais chaud pour les spectateurs, je transpirais pour eux et avec eux et cette chaleur qui émane tout le long du film joue un rôle important dans la quête des personnages à se retrouver (le « se » ayant un sens varié) et participe à cette ambiance écrasante et étouffante.

Valley of Love : Photo Gérard Depardieu, Isabelle Huppert

Je suis ressortie de la salle assez émue, non pas à cause du sujet de base en lui-même (le suicide du fils), mais plutôt pour la réflexion derrière, qui ressort encore plus grâce à une mise en scène vertigineuse. Guillaume Nicloux n’a pas la prétention de répondre à des questions mais il a su montrer les limites floues entre la fiction et la réalité, entre le rêve et la réalité, entre la vie et la mort, entre solitude et retrouvailles ou entre les différents mondes (Paradis/Purgatoire/Enfer). De plus, il souligne avec une étonnante justesse à quel point notre rapport à la spiritualité et au deuil reste finalement extrêmement personnel. Est-ce que les personnages joués par Isabelle Huppert et Gérard Depardieu ont vraiment « revu » leur fils Michael au cours de ces derniers rendez-vous fixés par Michael lui-même avant de se suicider ? Pourquoi avoir fixé les rendez-vous à des dates et heures en particulier ? Pourquoi d’ailleurs Michael s’est-il suicidé ? Certaines questions resteront volontairement en suspens, à l’image du temps et de l’espace qui sont eux-même dans cet état-là. Mais justement, c’est ce flou qui est intéressant dans ce film et pour une fois on ne se sent pas forcément frustré de ne pas tout savoir, le principal est que les personnages pensent qu’ils ont vécu cette expérience spirituelle et qu’ils ont pu se rapprocher d’une certaine façon de leur enfant disparu. Ceci dit, la mise en scène des « rapprochements » entre ce « fantôme » et leurs parents est assez remarquable. Tout en restant un drame, il y a tout de même des fois où Valley of Love m’a fait penser à des films fantastiques voire même à l’univers de Lynch, ce qui confirme de nouveau ce sentiment de vertige et de pertes de repères et de sens. Il y a aussi la remarquable musique de Charles Ives qui va dans ce même sens : elle est à la fois magnifique et très troublante. Au-delà de la question du deuil et de la spiritualité, traitée avec beaucoup d’intelligence et de subtilité, sans être larmoyant ou sans misérabilisme, Nicloux a aussi su traiter de notre connaissance de soi qui passe à travers l’autre, d’où aussi cette réunion entre ces deux êtres qui se sont aimés. Valley of Love est également porté par ces deux monstres du cinéma, Isabelle Huppert et Gérard Depardieu, bouleversants comme jamais. De plus, leurs performances sont sûrement encore plus touchantes étant donné qu’il y a une part « autobiographique » : les personnages s’appellent Isabelle et Gérard, ils sont tous les deux acteurs et nous connaissons tous l’histoire personnelle de Depardieu avec son fils Guillaume. Pour conclure, Valley of Love est un film qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, je le conçois. Mais j’ai vraiment beaucoup aimé ce film qui semble simple mais finalement est très profond, émouvant, surtout vertigineux et sensoriel.

Valley of Love : Photo Gérard Depardieu, Isabelle Huppert

Phoenix

réalisé par Christian Petzold

avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf…

Drame allemand. 1h38. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et à Diaphana Distribution

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Sur Cinetrafic : Liste de film de filles + Films d’amour

Phoenix

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie…

Phoenix : Photo Nina Hoss, Ronald Zehrfeld

Je ne connais pas toute la filmographie de Christian Petzold, loin de là, mais j’avais été séduite par Jerichow et Barbara, tous les deux diffusés sur Arte il y a quelques mois. Je souhaitais découvrir le dernier film du réalisateur allemand avec ses acteurs fétiches en salle mais je n’ai pas eu le temps de le voir. Je suis alors très heureuse que Cinetrafic ait proposé ce film et je voulais vraiment recevoir ce dvd. Christian Petzold s’est inspiré du roman Le Retour des Cendres de l’écrivain français Hubert Monteilhet ainsi que d’un autre texte intitulé Une Expérience d’amour d’Alexander Kluge. Phoenix est également traversé par d’autres influences. Il semble évident que Petzold revisite à sa façon le mythe de Pygmalion. J’ai évidemment pensé à Sueurs Froides de Hitchcock et j’imagine que je suis probablement passée à côté de certaines références. En tout cas, j’ai senti toutes ces références, j’ai également conscience que Petzold s’est inspiré de plusieurs textes littéraires et la Seconde Guerre Mondiale (ou ici plutôt l’après-guerre) n’est plus un sujet nouveau. Pourtant, paradoxalement, ce film a quelque chose d’original, je trouve qu’il sort du lot et disons les choses clairement : il s’agit d’un des meilleurs films sortis cette année au cinéma, je l’ai mis très haut dans mon classement. Possédant une mise en scène à la fois précise, sobre et élégante et un scénario fluide, Phoenix est un film poignant tout en restant pudique (la fin, avec l’interprétation de Speak Low, est vraiment magnifique), qui est à la fois accessible d’accès (l’histoire semble assez simple et le film a le mérite d’être court, allant à l’essentiel) et profond. Dans le film, « Phoenix » est le nom d’un cabaret situé dans le secteur américain de Berlin. Mais on comprend bien qu’il s’agit d’une métaphore et j’ai même envie de dire que le film fonctionne énormément à partir de ce procédé. Je précise que le réalisateur utilise ce procédé avec soin et subtilité. En effet, à travers la relation malsaine qu’elle entretient avec son mari lors de ses retrouvailles (ce dernier ne la reconnait pas pensant qu’elle est morte mais veut qu’elle se fasse passer pour sa femme pour toucher l’héritage de cette dernière) et surtout à travers sa reconstitution physique, Nelly va petit à petit pouvoir renaître de ses cendres.

Phoenix : Photo Nina Hoss

Certaines critiques ont souligné l’invraisemblance de l’histoire : est-ce possible qu’un homme ne puisse pas reconnaître sa propre femme, surtout que son nouveau physique n’est pas si éloigné de son ancien ? Avec le recul, c’est vrai que cela peut sembler un peu dingue mais personnellement le film m’a tellement captivée que cette question d’invraisemblance ne m’a même pas traversée l’esprit ! Je ne sais pas si cela serait vraiment possible dans la réalité (même si, franchement, à l’heure actuelle, tout me semble possible) mais en tout cas j’ai rapidement accepté ce fait présenté dans le film. D’ailleurs, en prenant le temps d’installer son intrigue, Petzold fait quand même tout que le spectateur puisse croire à cette histoire. Surtout, le plus important est à mon avis le propos derrière. A travers ce simple fait (le fait de ne pas reconnaître sa propre épouse), on comprend rapidement que Johnny n’a jamais aimé la femme qu’il a pourtant côtoyé durant des années ou en tout cas cet amour n’était pas suffisamment fort. Phoenix est alors une réussite car le réalisateur parvient à combiner l’histoire collective et l’histoire individuelle, ou à raconter une histoire universelle dans un contexte historique. En effet, il montre avec une sobriété bienvenue les conséquences de l’Holocauste, la difficulté de surmonter cette épreuve inimaginable : comment retrouver son identité lorsqu’on n’a pas été considéré comme un humain ? De l’autre côté, les personnages sont face à un amour non partagé, qui ne marche que dans un sens et qui ne pourra pas triompher. L’amour ne peut pas cicatriser certaines blessures, le pardon est parfois impossible et la redécouverte de l’identité passe finalement par une quête plus personnelle. Cette combinaison entre l’histoire collective et l’histoire personnelle est en partie équilibrée car, toujours dans le but de rester sobre, les outils de reconstitution historiques parviennent à plonger les spectateurs dans une époque surprise mais on n’a jamais l’impression qu’ils nous étouffent. Au-delà d’un très grand nombre de qualités, d’un véritable savoir-faire de la part de Petzold, qui n’est jamais prétentieux ou trop démonstratif et de l’émotion, Phoenix est également servi par les excellentes interprétations de Nina Hoss et de Ronald Zehrfeld.

Phoenix : Photo Nina Hoss

Mad Max : Fury Road

réalisé par George Miller

avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Zoe Kravitz, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Nathan Jones, Josh Helman, Megan Gale, Angus Sampson, Abbey Lee, Courtney Eaton, Coco Jack Gillies, Gillian Jones…

Film de science-fiction, action australien, américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 mai 2015

Mad Max: Fury Road

Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d’un véhicule militaire piloté par l’Imperator Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s’est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…

Mad Max: Fury Road : Photo Hugh Keays-Byrne

Voulant rester un minimum dans l’actualité, je livre déjà ma critique du dernier Mad Max mais je précise d’emblée que vous découvrirez mes impressions sur Mad Max 2 et 3 sur ce blog au cours de ces deux mois d’été. Il est difficile de classer concrètement ce Mad Max : Fury Road, présenté en hors compétition au dernier festival de Cannes. Est-ce une suite ? Un remake ? Un reboot ? Miller préfère dire qu’il revisite la saga culte qu’il a créée. En tout cas, peu importe le nom, un nouveau film des années après peut toujours effrayer. Or, ce quatrième volet est selon moi le meilleur de la saga ! Il m’a vraiment enthousiasmée et est pour l’instant le meilleur blockbuster de l’année. Je précise que je l’ai vu en 3D, ce gadget n’était pas vraiment utile – comme pratiquement souvent – mais le film n’était pas désagréable à regarder avec ces lunettes et je n’ai pas eu trop mal à la tête en sortant bizarrement avec que ça pète dans tous les sens. En tout cas, il s’agit tout d’abord d’un excellent divertissement. Personnellement, alors que j’avais déjà regardé pour être à jour tous les autres Mad Max, j’avais quand même peur que toute cette vitesse, annoncée notamment dans la bande-annonce (je n’ai pas pu y échapper), me fatigue rapidement. Or, Miller arrive à filmer des scènes d’action bluffantes et violentes d’une grande richesse visuelle et vraiment rythmées : entre vitesse, virtuosité et fureur, ces scènes d’action en question, qui ne semblent jamais s’arrêter pour notre plus grand bonheur, ont en plus le mérite de ne perdre son spectateur en route, au contraire, l’action est toujours très lisible. On ne pourra pas non plus échapper à l’esthétique du film. Franchement, c’est d’une beauté inouïe ! Entre des décors écrasants, des costumes et le maquillage soignés, la musique explosive ou encore la lumineuse photographie, on en prend plein les yeux !

Mad Max: Fury Road : Photo Charlize Theron

Au fil de la saga, les Mad Max appartiennent de plus en plus au genre post-apocalyptique et dans cet épisode, Miller ne le fait que le confirmer. En présentant un univers aussi époustouflant, le réalisateur est également parvenu à montrer à la fois la destruction, la monstruosité ou encore le désespoir. Face à ce chaos jouissif, Miller a également su ajouter à la fois de l’humour et de l’émotion, l’ensemble paraît du coup très bien dosé. Mais on ne peut résumer ce dernier volet de Mad Max à de l’action et de beaux décors. L’histoire racontée est également très riche. Le scénario semble simple, voire même trop simple quand on lit certaines critiques. Je peux comprendre cette impression étant donné qu’on en prend plein la vue non-stop pendant deux bonnes heures. Mais il serait injuste de dire qu’il n’y a pas de scénario. Au contraire, je pense que sa qualité, en tant que grand divertissement, est justement de livrer une histoire en apparence simple, accessible, mais qui comporte en réalité des enjeux plus profonds. Comme dans les précédents épisodes, Miller raconte avec une véritable efficacité les conséquences de la bêtise et de la folie humaine. Mieux, il va encore plus au bout de toutes les idées qu’il avait mises en place auparavant. Le scénario (et pas que) met également énormément en avant l’action des femmes, on peut même carrément parler d’oeuvre féministe. Quand on voit à quel point Hollywood est sexiste, je dois avouer que de voir un film féministe fait vraiment du bien et surtout Miller, qui a beau être un homme, livre ce type de discours avec beaucoup de pertinence. Je pense que le scénario est bien plus remarquable qu’il en a l’air et que le film en lui-même ne fonctionnerait pas totalement sans cette écriture plus riche qu’elle en a l’air.

Mad Max: Fury Road : Photo Tom Hardy

Mad Max : Fury Road fonctionne également grâce à des personnages forts, tous très bien interprétés. Tom Hardy s’en sort vraiment bien dans le rôle de Max. On ne pourra évidemment pas oublier Mel Gibson, qui était franchement formidable dans ce rôle mais Hardy ne se fait pas écraser par les performances de son prédécesseur, il parvient à redonner vie à ce personnage mythique, notamment par son charisme. On retiendra surtout sa partenaire féminine, Charlize Theron, qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Je crois qu’on est déjà tous fan de Furiosa, un personnage qui restera dans les annales ! Tellement qu’elle écrase parfois un peu trop Hardy. Il faut dire que Max a toujours été un héros, ou plutôt un anti-héros, en retrait, là c’est peut-être un petit plus visible. Mais ce n’est pas non plus dramatique et réjouissons-nous de voir un personnage féminin avec autant de couilles dans un tel blockbuster. Les seconds rôles sont également très bons. Comme beaucoup, j’étais contente de revoir l’impressionnant Hugh Keays-Byrne, alias Toecutter dans le premier volet. Il incarne cette fois-ci un autre méchant (ce qui est possible vu qu’il est méconnaissable avec son maquillage sacrément bien foutu, disons les choses), le (également) déjà culte Immortal Joe. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation de Nicholas Hoult, dont le personnage est attachant et rempli de nuances. Enfin, je trouve que la bande de filles qui accompagne Furiosa (Rosie Huntington-Whiteley, Zoe Kravitz, Riley Keough…) assez convaincante. J’avais au début peur que ce soit vite un défilé de mode mais finalement on les sent toutes investies et défendent toutes bien leurs personnages. Encore une fois, c’est bien de voir de jolis rôles féminins. Comme quoi, les belles actrices ne sont pas juste des potiches. George Miller a dit qu’il avait voulu réinventer le mythe qu’il a crée et il a totalement réussi son pari, dans un sens, on pourrait même aller plus loin en parlant d’invention. Je trouve cela formidable un papi de plus de 70 ans réaliser un film aussi audacieux et contemporain. Cela fait du bien de voir un grand blockbuster, réellement divertissant, accessible et profond à la fois, écrasant vraiment les gros films d’action bien fades à côté de cette magnifique proposition de cinéma.

Mad Max: Fury Road : Photo Nicholas Hoult, Riley Keough

Mad Max

réalisé par George Miller

avec Mel Gisbon, Joanne Samuel, Hugh Keays-Byrne, Steve Bisley…

Film d’action, science-fiction australien. 1h25. 1979. 

sortie française : 13 janvier 1982

Mad Max

Sur les autoroutes désertées d’une Australie méconnaissable, une guerre sans merci oppose motards hors-la-loi et policiers Interceptor, qui tentent de triompher de la vermine au volant de voitures aux moteurs surgonflés. Dans ce monde en pleine décadence, les bons, les méchants, le manichéisme disparaissent…

madmax

Suite à la sortie de Mad Max : Fury Road, je me suis dit qu’il était enfin temps que je découvre cette saga culte qui a permis au grand public de découvrir Mel Gibson. J’avais les dvd chez moi depuis longtemps mais je ne sais pas trop pourquoi, je n’avais pas ressenti l’envie de les regarder. Alors, commençons par le commencement, c’est-à-dire par le premier volet qui s’intitule tout bêtement Mad Max. Je dois avouer que je ne l’ai pas tout de suite adoré même si j’ai tout de même rapidement beaucoup aimé ce film. En effet, je trouve que l’action met un peu de temps à arriver. Vu depuis quelques semaines maintenant, je commence vraiment à comprendre son succès et finalement je peux affirmer que j’aime de plus en plus ce long-métrage. Le scénario est assez classique mais finalement il est très efficace, il va à l’essentiel ce qui rend encore plus le film captivant, confirmant l’univers présenté, c’est-à-dire assez brut. Mais ce sont surtout la mise en scène, l’univers et un habile mélange des genres qui est selon moi réellement intéressant et qui peut expliquer cet enthousiasme général pour ce film à faible budget. En effet, le réalisateur combine à merveille à la fois le film post apocalyptique, le road movie, le western et le film de vengeance. Après, le film a tendance à être très axé sur l’action, la vitesse et des histoires de vendetta. Pour moi, il s’agit bien d’un film post apocalyptique mais on conviendra que cet univers sera de plus en plus développé au fil des films (et le dernier volet ne fait que le confirmer) tout comme cette histoire sur la guerre du pétrole sera davantage mise en avant dans le second film. Malgré quelques lenteurs au début de ce premier film, j’ai trouvé le résultat jouissif.

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Je dois avouer que j’avais principalement peur de regarder ce film de peur que toutes ces bagnoles et routes finissent par me gaver. Mais la mise en scène nerveuse de George Miller permet de rester scotcher, sans jamais être lassé, face à ces scènes de vitesse montrant la folie, la bêtise et les déviances d’une société en perdition. La violence est évidemment au coeur de ce film et même des années après, alors que nous sommes dans une époque où on voit tout et n’importe quoi à la télé, cette violence dans Mad Max a toujours un impact de nos jours. Je dirais que Miller est parvenu à montrer la violence gratuite des hommes, ce qui parvient à secouer les spectateurs, qui comprend encore plus la situation, mais on n’a pas l’impression que cette violence soit gratuite car, au-delà de son rôle esthétique, elle a une véritable signification. Justement, parlons-en de l’esthétique du film. Il faut quand même le dire : elle est très réussie. Comme je l’ai dit, Miller a su parfaitement filmer la route, ses dangers, sa violence, son côté brut, voire presque un peu crasseux. Il faut dire qu’au-delà d’un véritable savoir-faire de la part de Miller, le film possède de magnifiques décors et une remarquable photographie, permettant encore une fois d’appuyer sur le contexte post-apocalyptique. La bande-originale de Brian May est également très réussie et correspond très bien à l’univers proposé par Miller. Enfin, les acteurs sont tous excellents à commencer par Mel Gibson, très charismatique et attachant dans le rôle de cet anti-héros. Steve Bisley, qui incarne l’ami de Max, est également très convaincant. On retiendra également l’interprétation remarquable de Hugh Keays-Byrne (qui joue d’ailleurs de nouveau le rôle du méchant dans Mad Max : Fury Road).

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L’Affaire SK1

réalisé par Frédéric Tellier

avec Raphaël Personnaz, Nathalie Baye, Olivier Gourmet, Michel Vuillermoz, Adama Niane, Christa Theret, Thierry Neuvic, William Nadylam, Marianne Denicourt, Chloé Stefani, Norah Lehembre…

Film policier, drame français. 2h. 2013.

sortie française : 7 janvier 2015

L’ Affaire SK1

Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble. Il est vite confronté à la réalité du travail d’enquêteur : le manque de moyens, les longs horaires, la bureaucratie… Pendant 8 ans, obsédé par cette enquête, il traquera ce tueur en série auquel personne ne croit. Au fil d’une décennie, les victimes se multiplient. Les pistes se brouillent. Les meurtres sauvages se rapprochent. Franck Magne traque le monstre qui se dessine pour le stopper. Le policier de la Brigade Criminelle devient l’architecte de l’enquête la plus complexe et la plus vaste qu’ait jamais connu la police judiciaire française. Il va croiser la route de Frédérique Pons, une avocate passionnée, décidée à comprendre le destin de l’homme qui se cache derrière cet assassin sans pitié. Une plongée au cœur de 10 ans d’enquête, au milieu de policiers opiniâtres, de juges déterminés, de policiers scientifiques consciencieux, d’avocats ardents qui, tous, resteront marqués par cette affaire devenue retentissante : « l’affaire Guy Georges, le tueur de l’est parisien ».

L’ Affaire SK1 : Photo Olivier Gourmet, Raphaël Personnaz

L’Affaire Guy Georges est certainement une des affaires criminelles les plus connues et les plus terrifiantes que la France a pu connaître. Ce fut une enquête assez éprouvante et compliquée car la police a mis du temps à faire le lien entre sept crimes entre 1991 et 1998. L’Affaire SK1 retrace cette enquête qui a permis d’arrêter le tristement connu Guy Georges, alias le « tueur de l’est parisien », jusqu’à son procès où il a finalement avoué tous ses crimes. Pour être plus précis, le film est monté à partir de flashbacks, c’est-à-dire qu’il alterne les scènes de procès et celles sur l’enquête jusqu’à ce que les deux parties (donc deux temps) se rejoignent naturellement. Je dois avouer que ce procédé m’effrayait un peu au début du film, j’avais peur qu’il soit un peu superficiel. Mais en réalité, le montage est très bon et permet au film de donner une véritable dynamique, surtout lorsqu’on connait déjà l’histoire. De plus, je trouve que cela donne une certaine cohérence au film qui aurait pu devenir très brouillon quand on sait à quel point la police a rencontré de nombreuses pistes. Du coup, la partie sur l’enquête face à ses difficultés réussit à montrer toutes les difficultés rencontrées par les policiers mais sans que les idées apparaissent de manière éparpillée. Mais surtout, je crois que ce qui est plaisant dans ce film, c’est toute la documentation autour de ce film mais sans avoir eu la sensation de regarder un énième épisode de Faites entrer l’accusé (même si j’adore cette émission). Frédéric Tellier ne signe ici que son premier long-métrage mais on sent bien que ce bonhomme connait bien le milieu policier et judiciaire. Il a d’ailleurs été conseiller technique et directeur artistique de 36, quai des Orfèvres d’Olivier Marchal ou encore a réalisé des épisodes pour les séries Un flic et Les Hommes de l’ombre. J’ai vraiment apprécié de voir un film très bien documenté (d’ailleurs, un grand nombre de personnes ayant participé à l’enquête ou au procès – dont les véritables « Charlie » Magne et Frédérique Pons – ont fourni de nombreuses informations à l’équipe du film) tout en possédant de réelles qualités de mise en scène et d’écriture. Il n’était pas évident de condenser cette histoire complexe et passionnante en deux heures et pourtant Tellier a réussi à relever ce challenge, on prend même un certain plaisir à la redécouvrir grâce à un rythme soutenu, on se sent impliqué dans cette histoire.

L’ Affaire SK1 : Photo Nathalie Baye, Raphaël Personnaz

Frédéric Tellier parvient aussi à retranscrire cette histoire complexe en la rendant compréhensible. Je trouve également que le réalisateur arrive à montrer la sordidité des meurtres mais sans entrer forcément dans le sensationnel. De plus, sans être tire-larmes, je trouve qu’il y a de l’émotion, juste ce qu’il en faut. Il est certain qu’il faut vraiment prendre en compte la dimension humaine de cette histoire, d’où aussi l’intérêt de la partie se déroulant durant le procès. Tellier interroge avec justesse sur l’homme, capable de commettre des actes monstrueux, notamment grâce au personnage de Frédérique Pons, qui ne croit pas au monstre mais plutôt à des actes ignobles et à des circonstances qui amènent l’homme à ne plus être lui-même, quitte à avoir une double personnalité. Que l’on soit d’accord ou non avec cette théorie, elle a au moins le mérite d’être bien exposée et l’idéologie ne semble jamais douteuse face à ces crimes inexcusables. J’ai été alors ravie de voir que ce film ne se résumait pas uniquement à un divertissement malsain qui pourrait être diffusé en prime-time, mais qu’il y a une véritable volonté d’interroger sur l’humain. Le film n’a rien de révolutionnaire mais le travail reste bien fait et ambitieux. C’est un film français qui fait en tout cas plaisir à voir, surtout dans ce genre-là. Enfin, dans l’ensemble, les interprétations m’ont également beaucoup plu. Raphaël Personnaz confirme tout le bien que je pense de lui et même si son personnage n’a rien en soi de nouveau (le flic obsédé par l’enquête), il l’incarne tout de même avec conviction sans tomber dans la caricature. J’ai également beaucoup aimé les interprétations d’Olivier Gourmet et de Michel Vuillermoz. La performance de Nathalie Baye m’a également beaucoup plu (il faut que le personnage est vraiment intéressant et charismatique), en revanche j’ai été moins convaincue par son partenaire William Nadylam, qui incarne l’autre avocat. D’autres seconds rôles, comme Christa Theret (qui incarne la seule survivante de Guy Georges) ou Marianne Denicourt, sont également très bons. Je crois qu’il faut surtout retenir l’excellente interprétation d’Adama Niane, qui a la lourde tâche d’incarner Guy Georges. Il est vraiment impeccable, jamais caricatural, au contraire, son jeu est rempli de nuances.

L’ Affaire SK1 : Photo Marianne Denicourt

Entre amis

réalisé par Olivier Baroux

avec Daniel Auteuil, Gérard Jugnot, François Berléand, Zabou Breitman, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey, Justine Bruneau de la Salle, Jean-Philippe Ricci…

Comédie française. 1h30. 2014.

sortie française : 22 avril 2015

Entre amis

Richard, Gilles et Philippe sont amis depuis près de cinquante ans. Le temps d’un été, ils embarquent avec leurs compagnes sur un magnifique voilier pour une croisière vers la Corse. Mais la cohabitation à bord d’un bateau n’est pas toujours facile. D’autant que chaque couple a ses problèmes, et que la météo leur réserve de grosses surprises… Entre rires et confessions, griefs et jalousies vont remonter à la surface. Chacun va devoir faire le point sur sa vie et sur ses relations aux autres. L’amitié résistera-t-elle au gros temps ?

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Aujourd’hui, je vous livre la critique de Entre amis (pétard, il est sorti pour mon anniversaire, je ne sais pas trop comment je dois voir la chose), nouvelle bouse d’Olivier Baroux, que j’aimais pourtant bien dans les sketchs de Kad & O. Là, je vois vos yeux s’écarquiller : mais comment ai-je pu aller voir ce machin ? Je ne vais pas forcément vous raconter ma vie dans les détails mais en gros, j’ai vu ce film à cause de ma mère. Le film passait pas loin de chez moi (les prix étaient en plus attractifs), ma maman avait beaucoup travaillé ces derniers temps, elle voulait juste se détendre en regardant un film pas trop intelligent. Bref, il ne faut pas me blâmer (j’ai fait mon devoir de fille, qui passe un « bon » moment avec sa mère) ni ma mère capable de regarder des débilités sans nom à cause de la fatigue (nous sommes tous passés par là, n’est-ce pas ?). Bref, je me doutais bien que je n’allais pas voir un très bon film, en vérité, rien ne m’inspirait : ni le titre, l’affiche, ni l’histoire, ni le casting, nada. De plus, la carrière d’Olivier Baroux en tant que « réalisateur » est à la limite du catastrophique (je sauverai à peu près Les Tuche et Mais qui a retué Pamela Rose ?, lourdingues mais à peu près sympathiques) : j’ai vu un bon morceau de L’Italien (je n’ose pas aller jusqu’au bout) qui était débile (pourtant les critiques n’étaient pas dégueulasses dans mes souvenirs) et Baroux avait touché le fond avec Ce soir je dors chez toi (là encore plutôt défendu par les critiques, je crois rêver…) et Safari (bon là c’est évident : c’est une daube). Je n’ai pas encore eu l’occasion de regarder On a marché sur Bangkok (je ne suis pas pressée…) mais il a une très mauvaise réputation (ce qui ne m’étonne pas). Pour ne rien arranger, même si elles ne détiennent pas forcément la vérité, les critiques n’ont pas épargné ce film. Et là il faut leur donner raison : c’est un naufrage (désolée, c’était facile)Entre amis ne va évidemment pas révolutionner la comédie française et n’avait certainement pas cette ambition. Rien de bien nouveau à l’horizon : trois vieux cons qui gagnent bien leur vie, en compagnie de leurs femmes (évidemment toutes bien plus jeunes qu’eux ou en tout cas sont quand même mieux conservées qu’eux – alors ok elles n’ont pas forcément la vingtaine mais je crois que ça veut en dire long), vont passer quelques jours ensemble en bateau (avec le soleil et tout ça – du genre on vous vend du rêve). Mais évidemment, ils vont se disputer et des merdes vont arriver en cours de route.

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Déjà, rien que le pitch exaspère. Je ne comprends pas déjà tous ces films de potes dont on se demande comment ces débiles ont pu rester amis durant tout ce temps. Mais bon, il y a des tas de films pas forcément originaux mais à peu près sympathiques ou tolérables. Non seulement il n’a rien de bien neuf mais en plus on ne passe pas un bon moment devant (même ma mère – très très bon public – était consternée). La mise en scène est naze mais jusque là, on n’est pas surpris et ce n’est pas forcément ce qu’il y a de pire. Dans la salle – ok, il n’y avait pas foule – les rires étaient très rares, ce qui devient gênant quand on sait qu’il s’agit à l’origine d’une comédie. Mais surtout, l’écriture du film est hyper lourde et d’une bêtise sans nom, tout est prévisible à des kilomètres, que ce soit le déroulement de l’histoire, les « gags » ou l’écriture même des personnages, tous très caricaturaux et tellement cons qu’on se contrefout de leur sort, on a envie qu’ils crèvent de noyade ou qu’ils s’étouffent en bouffant du thon. Il y a aussi quelques incohérences ou invraisemblances, du genre à la fin le personnage de Breitman qui réussit à appeler les secours via son portable en sachant que son téléphone est tellement trempé que cela m’étonnerait qu’il puisse encore marcher ! A cause d’une très mauvaise écriture, le film a du mal à divertir, surtout qu’il manque de rythme. Pour ne rien arranger, le casting est assez mauvais. Encore, les actrices s’en sortent pas si mal même si elles passent malgré elles pour les potiches de service. Même Mélanie Doutey qui a tendance à m’insupporter arrive à être à peu près spontanée. Par contre, les acteurs sont ultra mauvais et coulent pratiquement le film. Déjà, Berléand et Jugnot ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là, ils ne sont pas inspirés, on sent qu’ils viennent que pour le chèque. Mais à côté d’Auteuil, Berléand et Jugnot mériteraient un César (bon j’exagère carrément, je veux juste vous montrer à quel point Auteuil est ultra mauvais). Je n’ai rien contre Daniel Auteuil, comme beaucoup, je l’ai aimé dans de nombreux films. Mais là depuis un certain temps, il m’agace et surtout il surjoue à mort et force son accent sudiste sans aucune raison. Le peu de gags qui auraient pu fonctionner tombent du coup complètement à plat parce que monsieur joue comme un pied…

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Maggie

réalisé par Henry Hobson

avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin, Joely Richardson, J.D. Evermore…

Drame, épouvante-horreur américain, suisse. 1h35. 2014.

sortie française : 27 mai 2015

Maggie

Alors qu’une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, où ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde. Lorsque Maggie, 16 ans, apprend qu’elle a été contaminée, elle s’enfuit. Mais son père, Wade Vogel, est déterminé à la retrouver et à la protéger coûte que coûte, même s’il lui faut affronter les forces de police…

Maggie : Photo Abigail Breslin, Arnold Schwarzenegger

Etant une fan de films de zombie, j’étais très curieuse de découvrir Maggie, le premier long-métrage de Henry Hobson. Je préfère mettre les choses au clair : je savais très bien que je n’allais pas voir un film qui allait bouger et saigner dans tous les sens, j’avais conscience qu’il s’agissait avant tout d’un drame intimiste entre un père et sa fille en train de mourir. Mais cela ne me dérangeait pas de voir le genre « zombie » en second plan, comme prétexte. Même si ce n’est pas du Romero, je trouvais que ça restait tout de même une façon de s’inscrire dans ce genre si spécifique, de le renouveler, même si ce n’était pas nécessairement sa priorité. Hélas, Maggie est une énorme déception et passe pour moi à côté de ses objectifs. Encore une fois, ne pas voir les personnages se taper sur la gueule (ou plutôt mordre) ne me dérangeait pas du tout. Cependant, Hobson pense que le drame intimiste signifie emmerder les spectateurs. Je ne suis jamais parvenue à rentrer dans l’histoire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le film est quand même très lent. Alors, certes, peut-être qu’on peut mettre cette lenteur en parallèle avec les pas lents des zombies voire même la longue agonie de la mourante du titre, mais là on patine pour de bon. Puis, il n’y a pas réellement d’histoire, en tout cas elle est mal développée. Effectivement, en voulant concentrer à tout prix son histoire entre ce père et sa fille, ce qui était encore une fois à l’origine légitime, Hobson ne raconte pas grand-chose, surtout il parvient trop rarement à poser des enjeux qui auraient pu un minimum nous intéresser et nous interroger. En effet, dès le début, on nous fait comprendre que la Maggie du titre est condamnée, qu’il n’y a aucune solution, aucun espoir possible. Certes, en montrant Wade (le père donc puisqu’il a un petit nom) retarder sans cesse la mise en quarantaine de sa fille, Hobson a certainement montré la difficulté de perdre un enfant, d’accepter sa mort et on pourrait même y voir une métaphore de l’euthanasie. Mais, et c’est là où j’en arrive à mon deuxième point, au fond, on se fiche totalement du sort des personnages, on ne sent pas suffisamment Wade se battre pour sa fille et les seuls moments de lutte ne sont pas toujours crédibles : en effet, à force de se dire qu’il ne s’agit pas d’un pur film de zombies, Hobson semble totalement oublier son contexte.

Maggie : Photo Abigail Breslin

En effet, au-delà de ne pas savoir grand-chose sur cette épidémie, le film tombe dans certaines incohérences. En effet, le seul intérêt de ce film tournerait donc autour de la mise en quarantaine des personnes infectées. Ce choix est logique car il faut bien protéger les populations. Or, un des flics répète un trop grand nombre de fois à Wade de placer sa fille en quarantaine. Pourtant, lorsque Maggie débarque à l’extérieur de la maison dans un état de transformation avancé, ce même flic en question se contente de dire à Wade : « bon allez je te laisse encore du temps, tu t’en occuperas quand le moment sera venu ». Il faut préciser qu’il y a eu juste avant deux zombies (pratiquement les seuls autres qu’on verra dans ce film) se promener parce que justement un des membres de cette famille a refusé de placer les contaminés en quarantaine. Le comportement du flic ne me paraît pas très cohérent, surtout dans un climat de peur (le départ de la belle-mère de Maggie, trop mal exploitée), qu’on a d’ailleurs du mal à ressentir. Quant aux quelques bonnes idées ou à certains choix artistiques, ils sont également peu approfondis. En effet, comme l’explique un des amis de Maggie, également condamné, la quarantaine serait un endroit déshumanisé, cela expliquerait alors l’acharnement de Wade à garder sa fille chez lui jusqu’au bout malgré le danger qu’il encourt pour lui et les autres. Mais il ne s’agit que de paroles, on a finalement aucune image concrète de ce lieu, même pas par notre imagination. Puis, voir petit à petit la transformation de Maggie, qui passe à travers différents sens, était à l’origine une bonne idée (surtout que je dois reconnaître le maquillage très réussi) mais encore une fois, à part en ce qui concerne les cinq dernières minutes du film, il n’y a pas vraiment de tension, donc finalement je suis restée trop pépère face à cette métamorphose trop inévitable. On sent aussi que Hobson s’est attaché à l’esthétique du film, notamment par ce gris qui domine le film, mais la mise en scène a du mal à exister, finalement cette couleur rend encore plus terne ce film, on a encore plus envie de quitter la salle en courant. Enfin, même s’ils ne jouent pas forcément mal, j’avoue que je n’ai pas été très convaincue par les performances d’Arnold Schwarzenegger (je n’ai rien contre lui – au contraire – mais là il est à la limite de la monoexpressivité) et d’Abigail Breslin (elle aussi je l’aime bien mais elle a du mal à s’imposer alors qu’elle incarne quand même la Maggie du titre !). A l’origine, Paddy Considine et Chloe Grace Moretz devaient jouer les rôles principaux. Je n’aime pas trop refaire le casting idéal après le film fait (après tout, c’est comme ça, il faut accepter les choses) mais je ne peux m’empêcher de trouver le casting initial plus intéressant sur le papier…

Maggie : Photo Arnold Schwarzenegger

The Room

réalisé par Tommy Wiseau

avec Tommy Wiseau, Juliette Danielle, Greg Sestero…

Drame américain. 1h40. 2003.

The Room

Johnny est fou amoureux de Lisa mais elle le trompe avec Mark, le meilleur ami de Johnny.

Room

Avant de commencer ma chronique, je tenais à remercier Borat pour m’avoir fait découvrir cette perle involontairement hilarante du début jusqu’à la fin ! Je vous conseille également de lire l’excellente critique de Nanarland et de regarder la critique vidéo (avec les sous-titres français pour vous aider) de Doug Walker du Nostalgia Critic (première partie ici et deuxième partie ). Ma chronique ne prétend pas rivaliser avec celles que je viens de citer mais elle a tout d’abord pour but de confirmer ce que tout le monde pense de ce film, puis peut inciter les gens qui ne connaissent pas ce film de le découvrir. Oui, je conseille de regarder un film clairement mauvais parce qu’on ne peut imaginer à quel point c’est possible de se rater à ce point. Déjà quand on regarde l’affiche, avec la gueule fatiguée en gros plan du mystérieux Tommy Wiseau (mais on sent que le gars se trouve beau), on se pose sérieusement des questions sur le contenu du film. Qui est alors ce fameux Wiseau ? Personne ne sait vraiment qui il est. On ne connait pas vraiment son âge, ni d’où il vient (mais son accent est effroyable), ni comment il a pu obtenir un budget de 6 millions de dollars (ce qui est énorme pour un petit film d’auteur avec que des acteurs inconnus !). Ce qui est sûr, c’est que le gars s’aime à mort malgré son look très particulier (je vais en rester là car je risque d’être blessante et je n’aime pas m’attaquer au physique des gens). Et il croit en son « talent » : il est ainsi l’acteur principal, le réalisateur, le producteur et le scénariste de ce film, rien que ça ! Et évidemment, il s’est attribué le beau rôle : celui de Johnny, un gars trop beau (enfin, pas selon mes goûts, mais encore une fois Wiseau a très confiance en lui : tant de narcissisme est magnifique à voir), qui sort avec cette pétasse de Lisa (bah je crois que c’est le message du film, non ?), qui le trompe avec son meilleur ami Mark (à lui, pas elle, hein). Mais pourquoi le trompe-t-elle alors qu’il est parfait, irréprochable, qu’il l’aime, lui offre des fleurs, la baise comme un dieu (oui, parce que Wiseau aime montrer son cul, il en est fier !) etc… ?

wiseau

A l’origine, il ne s’agit que d’une banale histoire d’adultère. Sauf que… certaines choses étranges (qui ont participé à la réputation de ce nanar) apparaissent au fil du film. Ainsi, certains personnages, dont on ne connaît pas vraiment leur identité, débarquent comme ça, sans aucune raison, chez Johnny et Lisa (ou plutôt « Hi Johnny », répété au moins 300 fois). Par exemple, on a aucune idée de l’identité de ce fameux Denny, ce voisin trèèèès bizarre (vraiment, le gars est effrayant avec son sourire de psychopathe) qui s’incruste vraiment chez Lisa et Johnny jusqu’au… pieu. Autre exemple : on passe d’une conversation à l’autre sans raison. Par exemple, la mère de Lisa évoque son cancer du sein, mais bon Lisa s’en fout royalement (elle n’a pas l’air trop touchée) et visiblement Wiseau aussi puisque cette information est totalement inutile ! Ou encore dans une autre scène, Johnny parle de ses problèmes au travail (au passage, on ne sait pas trop où il bosse, mais bon là encore une fois, on s’en cogne !) et puis tout d’un coup, sans aucune raison, il demande tout naturellement à Mark : « How is your sex life ? ». WHAAAT ? En parlant de sexe, il est alors intéressant de se pencher sur les scènes « érotiques » du film, nombreuses et inutiles (parce que là, c’est la cerise sur le gâteau). On a l’impression de revoir les téléfilms érotiques qui passaient sur M6 le dimanche soir, vous voyez le genre ? Le film date de 2003 mais il était déjà dépassé, les scènes en question sont d’une rare ringardise ! En plus, elles sont assez longues (en gros Wiseau met une plombe à filmer les « préliminaires », que c’est intéressant) et très répétitives (parfois on se demande si Wiseau n’a pas remis volontairement la même scène – histoire qu’on admire à plusieurs reprises son cul – je vous le confirme, il aime ses fesses). Elles sont également toutes mal filmées, du genre quand Mark et Lisa font l’amour dans les escaliers, la caméra filme surtout… la rampe des escaliers (c’est très… intéressant ?), ou encore Wiseau nous ressort tous les pires clichés possibles : musique épouvantablement niaise, le décor idyllique avec le voile blanc sur le lit etc… Evidemment, les relations entre Mark (l’amant au physique de mannequin) et Lisa ne se résument qu’à leurs nuits au lit, mais évidemment, le scénario étant très creux, on ne saura jamais rien de leur véritable relation (je pense qu’il n’y a rien à comprendre).

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Je me suis également marrée face à certains enchaînements, du genre après une scène de jambes en l’air entre Lisa et Johnny (donc jusque là tout va bien entre eux), Lisa va se plaindre auprès de sa mère « oooh Johnny is so boriiiing » (et cette relou de mère qui ne fait que répéter comme un perroquet « mais Johnny est bien blablabla », putain ta fille te dit qu’elle ne l’aime plus, écoute-la bordel !). Ce film, qui se prend beaucoup au sérieux (non, Wiseau, personne ne te croit quand tu parles de « comédie noire »), part vraiment dans des délires incroyables où le non-talent triomphe. Evidemment, face à un tel désastre « artistique » (mettons des guillemets un peu partout), les acteurs ne peuvent que jouer comme des cochons. Mais la palme revient de nouveau à Wiseau. Non seulement il a un accent improbable mais en plus il grogne sans aucune raison et on a l’impression que chaque mot est mal prononcé, a une mauvaise intonation, rien n’est naturel (ça a lui demandé des efforts pour manquer à ce point de spontanéité ?). Et attention, les gestes grotesques accompagnent les répliques de choc (la plus culte reste « YOU ARE TEARING ME APART, LISA » avec les cheveux et les bras qui se balancent fortement pour montrer son désarroi). En parlant de répliques, on remarquera également que certaines sont d’une rare évidence (« Mais il est mort ? », s’interroge Lisa en voyant le cadavre de son mec inanimé avec une balle dans la tête et ses vêtements baignant le sang, tout va bien – cette scène de mort est d’ailleurs incroyablement mal filmée avec les ralentis pourris et tout ça) ou encore que d’autres n’ont pas l’air… dans le bon ordre. Si, si ! Du coup, ça donne des scènes vraiment chelou ! Mais j’ai envie de dire, tout est bizarre dans ce film, on parle de beaucoup de sujets sans trop comprendre pourquoi, comme de football ou de drogue. Greg Sestero, qui « joue » Mark, a co-écrit (avec Tom Bissell) suite au « succès » de ce film (oui dans un sens, il a au moins le mérite d’avoir une réputation chez les amateurs de nanars !) The Disaster Artist (qui a remporté de sérieuses récompenses littéraires). D’après ce que j’ai lu, la société de production de Seth Rogen a acquis les droits du livre et on parle des frères Franco pour interpréter Wiseau et Sestero. En septembre dernier, on a appris que les scénaristes Scott Neustadter et Michael H. Weber devaient faire partie de l’aventure. Affaire à suivre…

Mark-and-Johnny

La Tête haute

réalisé par Emmanuelle Bercot

avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoit Magimel, Sara Forestier, Diane Rouxel, Anne Suarez, Christophe Meynet, Elizabeth Mazev, Martin Loizillon, Catherine Salée…

Drame français. 2h. 2014.

sortie française : 13 mai 2015

La Tête haute

Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

La Tête haute : Photo

La Tête haute a été présenté il y a maintenant quelques semaines en ouverture du festival de Cannes (en hors compétition). Même s’il a selon moi quelques défauts (j’y reviendrai plus tard), le film d’Emmanuelle Bercot avait largement sa place en compétition. En tant que grande amatrice de cinéma social, ce film ne m’a pas du tout déçue. Bercot signe un film coup de poing, elle ne lâche jamais ses personnages, surtout Malony, le protagoniste principal. Mais elle ne se contente pas de mettre en scène la rage et la violence d’un adolescence sans aucun repère. J’ai aimé la rencontre entre la douceur, la sensibilité et cette violence qui ressort sans cesse chez Malony. Le mélange entre tous ces états est efficace, permettant de dessiner le portrait complexe et l’évolution de Malony. Même s’il n’agit pas toujours bien, je me suis tout de même rapidement attachée à cet adolescent difficile. Mais au-delà d’avoir signé un portrait percutant sur un jeune homme, Emmanuelle Bercot parvient aussi à montrer avec beaucoup d’authenticité la difficulté des métiers autour de la justice et de l’éducation. La réalisatrice a clairement déclaré en conférence de presse ou dans des interviews ce qu’elle défend dans son film (et cela s’en ressent dans le film) : « Chaque enfant a besoin d’une éducation ». A travers son film, Bercot montre alors les conséquences du manque d’éducation, qui conduit forcément à la violence et à la délinquance. Elle croit aussi profondément aux institutions (d’ailleurs, elle ne s’en est pas cachée) et met en scène avec justesse les juges et les éducateurs qui croient en ce qu’ils font. Elle montre alors toute la complexité et le charabia des administrations, véritable frein à ceux qui veulent s’en sortir et ceux qui font leur travail avec sincérité. J’ai en tout cas aimé toute cette documentation, nécessaire pour nourrir le scénario et pour rester un maximum crédible. On sent vraiment que Bercot maîtrise son sujet, qu’elle sait de quoi elle parle. Ceci dit, le film possède tout de même quelques défauts, non négligeables. Même si j’ai beaucoup aimé la mise en scène, énergique, qui ne laisse aucun répit en étant proche des personnages et de leurs actions sans qu’on étouffe, j’ai trouvé cela regrettable les quelques scènes pseudo-grandiloquentes, en insérant notamment de la musique classique. Je suis sûre que cela avait certainement du sens pour Bercot mais pour moi, cette forme de décalage ne fonctionne pas vraiment car cela brise tout ce que la réalisatrice a su mettre en place.

La Tête haute : Photo

Surtout, c’est la fin qui m’a gênée, qui détruit vraiment tout le formidable travail de Bercot jusqu’à présent. Désolée, je vais un peu spoiler donc si vous n’avez pas envie d’en savoir plus, ne lisez pas les lignes suivantes. Normalement, si mon interprétation est juste, cette fin serait optimiste, surtout si je suis le raisonnement de Bercot durant ses interviews. Or, alors que la réalisatrice avait le mérite de rendre son film réaliste, voilà que sa fin est très éloignée de toutes les bonnes choses qui ont été mises en place auparavant. Certes, je peux comprendre la démarche, c’est-à-dire qu’il y aurait malgré tout un espoir, la possibilité de s’en sortir, mais pourquoi cette rédemption devrait-elle nécessairement par la paternité ? C’est limite un peu douteux et sans vouloir être méchante, on a quand même du mal à croire que devenir père va réellement aider Malony à devenir un adulte responsable, il lui reste encore du chemin à parcourir (je ne suis pas pessimiste, juste réaliste en ce qui concerne sa situation). Ce qui aurait pu être intéressant, c’est de mettre par exemple cette paternité avec le personnage de la mère de Malony, quelque chose de plus pertinent aurait pu en sortir. Or, en plus de cette fin franchement pas réussie, on ne nous expliquera jamais le comportement immature de la mère, on se pose sans cesse des questions sur ses réactions. Ces défauts m’ont du coup empêchée d’avoir un véritable coup de coeur pour ce film même si je l’ai tout de même beaucoup aimé. De plus, La Tête haute a un très bon casting. Dans le rôle principal, le jeune Rod Paradot est vraiment excellent, on peut parler de révélation. J’espère qu’on le verra dans d’autres rôles au cinéma. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de Catherine Deneuve, qui est très crédible en juge et en même temps, tout en restant professionnelle, est tendre et même maternelle envers Paradot. Benoit Magimel est également très surprenant, également très convaincant en éducateur dont on comprend rapidement son passé et donc son comportement envers Malony. En revanche, Sara Forestier est un peu dessous du reste du casting, même si elle sort tout de même pas si mal. Encore une fois, alors que le scénario reste pourtant réussi sur certains points, le manque d’épaisseur de ce personnage et surtout d’informations (contrairement justement au personnage de Magimel) s’en ressent sur son interprétation, sans excuser l’actrice, je ne pense pas que le scénario l’ait aidée à bien jouer.

La Tête haute : Photo Catherine Deneuve

Unbreakable Kimmy Schmidt (saison 1)

Créée par Robert Carlock et Tina Fey

avec Ellie Kemper, Tituss Burgess, Carol Kane, Jane Krakowski, Sara Chase, Lauren Adams, Dylan Gelula, Sol Miranda, Martin Short, Jon Hamm…

Série comique américaine.  1ere saison. 2015. 

unbreakable-Kimmy-Schmidt

Kidnappée lorsqu’elle était adolescente, Kimmy a passé 15 ans au sein d’une secte, entourée de quatre autres filles de son âge, en pensant qu’elle était l’une des seules survivantes de l’Apocalypse. Le jour où elle est enfin libérée, c’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à elle, rempli d’infinis possibilités. Devant ses yeux innocents et éblouis, New York lui semble gigantesque et c’est là qu’elle est bien décidée à refaire sa vie, même si elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut en faire…

Photo Ellie Kemper, Tituss Burgess

A peine deux ans après l’arrêt de la série culte (même si j’ai toujours eu du mal à accrocher) 30 Rock, Tina Fey lance, avec Robert Carlock, sa nouvelle série sur Netflix, Unbreakable Kimmy Schmidt. J’avais entendu parler de cette série lors de son passage sur Netflix mais elle ne m’attirait pas plus que ça. C’est étrangement une critique négative que j’ai lu d’abord sur son compte Hellocoton puis son blog qui m’a donné envie de jeter un coup d’oeil à cette première saison. Si je ne partage pas totalement son avis, je comprends cependant ce qu’elle veut dire. Dans l’ensemble, même si je ne l’ai pas forcément adorée, car il y a pour moi quelques défauts, j’ai plutôt bien aimé cette première saison et j’ai tout de même hâte de découvrir la suite des aventures de Kimmy et de ses amis (même si je l’appréhende). En effet, le sujet (revenir à la vraie vie après avoir été kidnappée et être restée durant des années dans un bunker au coeur d’une secte) n’a rien de drôle. Pourtant, sans jamais mettre mal à l’aise ou sans jamais déraper, les scénaristes sont parvenus à créer des situations comiques à partir d’une histoire sombre, proche de sordides faits divers. Evidemment, cette première saison aurait pu approfondir davantage ce drame, mais j’imagine que cela a dû être difficile d’aller plus loin dans les failles de Kimmy à cause de son format comique (et au fond, cette saison ne s’en sort pas si mal en ce qui concerne ce point). De plus, j’ai beaucoup aimé le discours féministe, vraiment juste et tapant là où il le faut et ça fait du bien mine de rien. Ceci dit, même si j’ai trouvé l’ensemble drôle, frais et sympathique, contrairement aux dernières sitcoms que j’ai pu chroniquer sur ce blog, je n’ai pas plus ri jusqu’aux larmes (oui, ça m’arrive quand je trouve une série ou un film vraiment drôle). C’est à ce moment-là que je rebondis sur la critique qu’a écrite ma collègue blogueuse. Certes, je ne partage pas son avis tranché mais effectivement, selon moi l’humour ne fonctionne pas totalement – même si encore une fois (j’insiste, histoire qu’il n’y ait pas de mauvaises interprétations de votre part – ce qui serait compréhensible), j’ai quand même aimé cette série. Mon sentiment est un peu difficile à décrire mais je vais essayer d’être la plus claire possible.

Photo Carol Kane, Tituss Burgess

Effectivement, même si j’ai accroché au ton léger dès le premier épisode, j’avais parfois du mal à me détendre totalement, j’observais, malgré moi, certaines mécaniques mises en place. D’habitude, quand je regarde une sitcom, d’abord je me détends et je ris sans trop me poser de questions parce que je trouve la situation drôle, puis avec le temps ou y en pensant, j’analyse les épisodes et je comprends comment les scénaristes ont travaillé et pourquoi telle scène arrive à nous faire rire. Là j’étais focalisée sans le vouloir sur la manière dont les scénaristes avaient travaillé avant même de profiter pleinement d’une scène. Après, au fil des épisodes, j’ai compris que les créateurs avaient voulu situer les personnages dans un monde qui serait entre la réalité et le cartoon et j’ai réussi petit à petit à m’adapter. Pour résumer, la série reste drôle, il y a notamment des répliques parfois délirantes, des situations déjantées, sinon je n’aurais pas du tout accroché et je ne me serais pas non plus forcée à regarder jusqu’au dernier épisode de cette saison. Je regrette justement parfois un manque de fluidité et de spontanéité, j’espère que ce point-là sera réellement amélioré au fil de la deuxième saison. Je vous rassure, j’ai quand même ri, certains gags fonctionnent quand même bien. La parodie du docteur des stars Fredric Brandt (qui, hélas, se serait suicidé après avoir vu l’épisode en question) par Martin Short, Kimmy qui danse en boite avec un look d’écolière, les origines révélées de Jacqueline, les scènes de procès avec le génial Jon Hamm et généralement toutes les scènes avec Titus, le colocataire de Kimmy sont vraiment drôles (allez, je vous mets Peeno Noir, histoire de l’avoir en tête toute la journée – un grand moment de poésie). A croire même que Titus, merveilleusement interprété par Tituss Burgess, est sur le point de voler la vedette à la toute mimi et attachante Ellie Kemper. Attention également que cela ne tue pas la série comme cela a pu arriver à d’autres séries. Pour conclure, cette série m’a pour l’instant plu, elle est fraîche, a un sujet plutôt original et on se marre pas mal malgré quelques défauts selon moi en ce qui concerne l’humour. Elle a également l’avantage d’être plutôt courte (13 épisodes), ce qui permet de garder un certain rythme et de ne pas être lassée tout de suite.

Photo Ellie Kemper, Lauren Adams, Sol Miranda

Bilan – mai 2015

Cinéma

* Les films sortis au cinéma

La Tête haute (Emmanuelle Bercot, 2015) 3/4

Shaun le mouton (Mark Burton, Richard Starzak, 2015) 4/4

A la poursuite de demain (Brad Bird, 2015) 2/4

– Girls only (Lynn Shelton, 2015) 1/4

Maggie (Henry Hobson, 2015) 0/4

Shaun le mouton La Tête haute À la poursuite de demain

* Rattrapages

Le Secret de la Pyramide (Barry Levinson, 1985) 3/4

Requiem for a Dream (Darren Aronosky, 2000) 2/4

Les Passagers (Rodrigo Garcia, 2008) 1/4

Théorème (Pier Paolo Pasolini, 1968) 2/4

Le tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1988) 4/4

Laurence Anyways (Xavier Dolan, 2012) 4/4

Braquage à l’italienne (F. Gary Gray, 2003) 3/4

La vie rêvée des anges (Erick Zonca, 1998) 2/4

Playboy à saisir (Tom Dey, 2006) 1/4

Benvenuti al Sud (Luca Miniero, 2010) 3/4

Morning Glory (Roger Mitchell, 2010) 2/4

27 robes (Anne Fletcher, 2008) 2/4

Rosetta (Jean-Pierre & Luc Dardenne, 1999) 1/4

Adventureland (Greg Mottola, 2008) 1/4

Mad Max (George Miller, 1979) 4/4

Love, Rosie (Christian Ditter, 2014) 2/4

Un plan parfait (Pascal Chaumeil, 2012) 1/4

Populaire (Régis Roinsard, 2012) 3/4

Le Tombeau des lucioles Laurence Anyways Mad Max

Télévision

Disparue (saison 1, 2015) 3/4

DISPARUE

 

Lectures

La Route (Cormac McCarthy, 2006) 3/4

La Jambe gauche de Joe Strummer (Caryl Férey, 2007) 3/4