Laurence Anyways

réalisé par Xavier Dolan

avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Monia Chokri, Susie Almgren…

Drame canadien, français. 2h48. 2012.

sortie française : 18 juillet 2012

Laurence Anyways

C’est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et un homme, après que celui-ci a décidé de changer de sexe. Dans les années 1990, Laurence décide de devenir une femme mais, paradoxalement, tente néanmoins de sauver sa relation amoureuse avec Fred (Frédérique), laquelle accepte fort mal la décision de Laurence et la cascade des désagréments qu’elle suscite.

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Deux ans après l’insupportable Les Amours Imaginaires, le jeune prodige québécois Xavier Dolan réalise son déjà troisième long-métrage, Laurence Anyways, présenté au festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard » (dans cette catégorie, Suzanne Clément avait remporté le prix d’interprétation féminine). Le film a remporté la Queer Palm, prix refusé par le réalisateur, affirmant qu’il s’agissait en réalité d’un marqueur d’exclusion (et pour être honnête, je suis totalement d’accord avec ce qu’il dit, même s’il l’a dit avec une certaine violence). De plus, Dolan, qui passe de nouveau pour un petit con (on ne se défait pas d’une réputation comme ça), était énervé, souhaitant voir son film dans la sélection officielle en compétition. Certes, le comportement qu’a eu Dolan n’est pas forcément génial, je l’accorde. Cela dit, je trouve également que Laurence Anyways pouvait largement rejoindre la sélection officielle. Je vous le confirme : je me suis bien réconciliée avec Dolan. Certes, son meilleur film reste pour l’instant le bouleversant Mommy mais Laurence Anyways est vraiment un petit bijou, une incroyable tornade d’émotions, confirmant le talent indéniable de Dolan, qui a appris à ne plus faire des films pour ses amis hipsters en contemplant son nombril. Au contraire, avec un sujet pourtant assez précis, qui ne concerne pas nécessairement tout le monde, loin de là (la transsexualité), Dolan réussit à réaliser un film très universel. Il est intéressant de voir l’évolution positive entre Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways. Esthétiquement, Les Amours Imaginaires était pourtant réussi, on sentait bien la maîtrise technique du réalisateur, mais Dolan ne parvenait pas à sortir de sa culture cinématographique, on sentait trop ses influences. Du coup, le résultat était horriblement superficiel et prétentieux (et pour ne rien arranger, le scénario était abominable).

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Evidemment, Dolan fait partie de ces réalisateurs qui veulent montrer ce qu’ils savent faire avec une caméra, il veut absolument faire esthétiquement un beau film, ce qui est tout à fait à son honneur. Mais on a enfin l’impression que cette esthétique n’est pas gratuite. Dolan a enfin compris que cette esthétique pouvait être compatible avec le thème central de ce film, c’est-à-dire la mutation, qui concerne à la fois chaque personnage ainsi que le couple. Ainsi, Laurence, figure (pas lourdingue) du papillon, né dans un corps d’homme, se transforme pour pouvoir devenir la femme qu’elle a toujours été. Fred aimerait supporter la transsexualité de Laurence mais elle ne supporte pas le regard des autres. Mais en s’enfermant dans un schéma social traditionnel, Fred mute aussi en quelque sorte, en perdant peu à peu son extravagance. Pour schématiser, Laurence doit vivre dans la marginalité pour réussir sa transformation tandis que Fred croit que son bonheur doit passer par la conformité et le regard des gens. Dolan a su mettre en scène dans cette passionnante fresque de presque trois heures toute la complexité d’une histoire d’amour, sur une dizaine d’années, qui ne parvient pas aboutir à cause des exigences de chacun. Laurence et Fred veulent obtenir ce que tout individu cherche dans sa vie, c’est-à-dire le bonheur. Mais ce bonheur est incompatible entre les désirs de chacun (en quelque sorte une forme d’égoïsme, mais sans la connotation négative) et le regard des autres. Au-delà d’une esthétique époustouflante, qui retranscrit cette mutation comme une expérience proche de l’onirisme, ainsi que toutes les étapes émotives des personnages, comme dans Mommy, j’ai été étonnée de la maturité de Dolan dans le traitement de ses sujets. L’amour impossible était clairement au coeur des Amours Imaginaires mais son traitement était trop superficiel. Ici, il reprend ce thème, visiblement si cher, mais en le traitant cette fois-ci avec une forme de subtilité et surtout en comprenant réellement sa complexité. Melvil Poupaud (en jetant un coup d’oeil à sa filmographie, je m’aperçois que je connais mal cet acteur) et Suzanne Clément sont tous les deux excellents et illuminent à chaque scène ce film déjà lumineux de sensibilité et d’une réelle intelligence.

Laurence Anyways : Photo Melvil Poupaud

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20 réflexions au sujet de « Laurence Anyways »

  1. J’avais adoré ce film, vu au cinéma dans une petite salle spéciale, allongée dans une sorte de transat face au grand écran sans personne à côté de moi. Je me suis plongée comme rarement dans cette histoire et je me suis enivrée de toutes les émotions que ce film a suscitées en moi. Et j’ai souvent été au bord des larmes. Bref je suis absolument ravie de tes quatre étoiles 🙂

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  2. Un tout p’tit peu moins enthousiaste, pour ma part, mais c’est quand même très bon. C’est en te relisant que j’ai enfin compris le pourquoi du papillon dans le film – c’était pourtant évident !!!

    « Mommy » reste un bon cran au-dessus pour moi. Xavier Dolan sait quand même tenir une caméra et en sortir des images qui n’appartiennent qu’à lui. Celle de la visite de l’Île au noir que tu as choisi pour illustrer ta chronique, avec tous ses tissus qui dégringolent, est d’une beauté stupéfiante. Et n’oublions pas l’importance de la musique dans ce film !

    Auto-promo: ma chronique à moi paraîtra dans une quinzaine de jours 😉

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  3. @ Sentinelle :
    Héhéhé ça m’arrive d’avoir du coeur !! Je ne me voyais pas m’être moins en même temps vu à quel point j’ai aimé ce film 😀

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  4. @ Martin :
    Je suis d’accord, Mommy reste au-dessus mais je n’ai vraiment pas boudé mon plaisir. Ouiii tu as raison pour la musique (je me disais qu’il manquait un truc dans ma critique), oui exact, très bien utilisée là encore !
    Ohoh décidément tu fais des chroniques proches des miennes !

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  5. Si je puis me permettre une petite correction à cette phrase qui résume parfaitement mon sentiment pour ce film :  » Esthétiquement, « Laurence anyways » est pourtant réussi, on sent bien la maîtrise technique du réalisateur, mais Dolan ne parvient pas à sortir de sa culture cinématographique, on sent trop ses influences. Du coup, le résultat est horriblement superficiel et prétentieux « 

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  6. @ Princécranoir :
    Ahahah j’ai dû relire ma phrase à plusieurs reprises, j’ai buggé lol lol
    Peut-être que tu t’es réconcilié avec Dolan (ou dans le futur ?) avec Mommy 😮

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  7. Pour ma part je pense que Dolan me laisse perplexe. J’ai aimé ce film, mais je crois qu’il y un petit quelque chose qui me manque pour être totalement conquise. Disons que ces films ne me donne pas envie de me rouler par terre, mais bon, c’est interessant anyway

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  8. Bonjour Tina, j’avoue que le film aurait gagné à être plus court. C’est trop long et je ne peux pas dire que l’histoire m’ait intéressée. En revanche, les acteurs sont irréprochables. Bon dimanche.

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  9. Ravie que tu aies aimé ! Dolan m’enchante totalement… mais je n’ai toujours pas vu Mommy. Par contre, j’ai Les amours imaginaires dans ma pile…

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  10. Je n’ai pas du tout aimé Mommy, je suis donc un peu réticente à l’idée de voir ce film. Mais ton article est très convaincant et me donnerait presque envie de laisser une chance à ce film.

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  11. @ Girlie Cinéphilie :
    Ah merde si t’as pas aimé Mommy (disons que je trouve qu’il y a un lien entre ces deux films, un quelque chose que je ne parviens pas à expliquer). Après, évidemment, ça ne veut rien dire mais ça ne va pas te faciliter la tâche !

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  12. J’aime beaucoup Xavier Dolan… Mais je n’ai toujours pas vu Laurence Anyways (ni Tom à la ferme)… J’ai les deux en dvd ! Il va falloir que j’y remédie ! 🙂
    Merci pour ton billet !

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  13. Je ne sais pas comment je me suis débrouillée pour ne jamais voir ce film que j’avais pourtant noté dès sa sortie. J’ai découvert Dolan avec Tom à la ferme, thriller que j’ai beaucoup aimé, un film complexe et très mature. Mommy m’a émue également, et la réalisation est remarquable. En revanche, les amours imaginaires …. Comme toi ce film m’a gavée complètement, qu’est ce que c’est pompeux. Me reste  » J’ai tué ma mère » à découvrir également.

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  14. @ Anything is possible :
    Je n’ai pas encore vu Tom à la ferme, j’ai hâte de le découvrir même si j’ai de l’appréhension. Par contre, n’hésite pas à regarde Laurence Anyways dès que tu en auras le temps, le film est long mais passe vite je trouve 🙂
    A bientôt 🙂

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  15. @ Auroreinparis :
    Il y a des films comme ça qu’on n’arrive jamais à regarder alors qu’on en a envie et même parfois les occasions mais je suis sûre que tu finiras par le voir un de ces jours !
    Je remarque qu’il y a beaucoup de gens qui ont détesté Les Amours Imaginaires mais qui aiment beaucoup Laurence Anyways et/ou Mommy… comme quoi, le bonhomme est capable de s’améliorer !

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