Post Tenebras Lux

réalisé par Carlos Reygadas

avec Adolfo Jimenez Castro, Natalia Acevedo, Rut Reygadas, Eleazar Reygadas…

Drame mexicain, français, allemand, néerlandais. 1h53. 2012. 

sortie française : 8 mai 2013

Post Tenebras Lux

Au Mexique, Juan et sa jeune famille ont quitté la ville pour s’installer à la campagne. Là, ils profitent et souffrent d’un monde qui voit la vie différemment. Juan se demande si ces mondes sont complémentaires, ou bien s’ils s’affrontent inconsciemment pour s’éliminer entre eux.

Post Tenebras Lux : Photo

A l’occasion du festival de Cannes, Arte a récemment diffusé en deuxième partie de soirée un film sorti plus que discrètement dans les salles françaises en 2013 : Post Tenebras Lux. Pourtant, le film avait remporté le Prix de la mise en scène à Cannes en 2012 malgré son accueil plus que chaotique pendant la projection. Je dois avouer que cette petite polémique a attiré mon attention, je voulais savoir si c’était si lamentable que ça ou au contraire, rejoindre les quelques critiques qui le défendent avec conviction. Effectivement, sur le papier, le prix de la mise en scène n’est pas forcément illogique car le travail de Reygadas est intéressant et par ailleurs esthétiquement le film est réussi. Ainsi, la précision des cadres, parfois aux contours flous, comme si les personnages étaient observés ou comme s’il s’agit d’un rêve, les jeux avec la symétrie, la sorte de séquence animée pour représenter le Diable, la photographie parfois sublime montrent que Reygadas et son équipe ne sont pas forcément une bande d’incapables et qu’ils avaient les cartes en main pour faire un grand film. Je n’ai en plus rien contre les films expérimentaux, surtout dans le but de montrer les actes destructeurs de l’homme (d’où la représentation du Diable), éternel insatisfait alors qu’il possède tout. Reygadas affirme également avoir voulu décrire un Mexique actuel sombre. Les intentions de Reygadas sont sur le papier louable, son savoir-faire est également indéniable. Cependant, comme beaucoup, je m’interroge sur la présence de ce film au palmarès cannois, bien qu’avec le recul et mes souvenirs j’arriverais à reconstituer le parcours de ce film.

Post Tenebras Lux : Photo

Apparemment, le président du jury Nanni Moretti ne serait pas plus fan que ça de ce film, ce serait certains membres du jury qui auraient bataillé pour le foutre au palmarès (et la conférence de presse du jury après le palmarès va plutôt dans ce sens). De plus, le réalisateur italien avait d’ailleurs avoué que ce film avait divisé le jury. Bref, déjà on sent qu’il y a quand même un souci. Je reviens sur le film après cette parenthèse. La technique et une soi-disant réflexion ne suffisent pas toujours. Etre déroutée ne me dérange pas, sortir des schémas narratifs habituels non plus. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut totalement se foutre de l’histoire ni des personnages. D’ailleurs, Reygadas dit qu’il a privilégié l’esthétique. Peut-être un peu trop au bout d’un moment. Je souhaitais avoir des sensations fortes, à l’image des cinq premières minutes, qui mettent en place une atmosphère envoûtante, probablement remplie de symboles mystiques (surtout avec un tel titre !). Or, le reste du film n’est surtout qu’ennui et prétention. J’ai vraiment passé un sale moment, l’impression d’avoir perdu deux heures de ma vie. Le plafond de ma chambre était parfois ma seule distraction tellement que ce film ne captive jamais. Il faut dire que Reygadas regarde plus son nombril que son film qui avait pourtant du potentiel. A force de vouloir bouleverser son schéma narratif, Reygadas ne propose qu’une succession de scènes sans lien entre elles (du genre tu passes d’une scène à l’autre d’un claquement de doigt, tu vois pas le rapport !) d’un ennui à mourir et sans saveur.

Post Tenebras Lux : Photo

Au programme (histoire que ceux qui n’auraient pas tenté de regarder ce film – à juste titre – comprennent mon calvaire) ? Des gens qui jouent au rugby, un passage aux alcooliques anonymes, le couple qui se dispute parce que madame ne veut pas baiser (elle est tout le temps fatiguée, peuchère, il doit se masturber tous les soirs, ooooh), une scène de partouze dans un sauna français (j’ai d’ailleurs toujours pas compris comment on est passé du Mexique à la France), des gosses qu’on giflerait volontiers (d’après ce que j’ai compris, les propres gosses du réalisateur – ça promet), le héros qui frappe ses chiens, sa femme qui massacre du Neil Young ou encore un arrachage de tête avec le sang qui dégouline sous la pluie. Voilà, ça c’est le scénario. Il n’y a pratiquement pas de rapport entre toutes ces scènes que je cite. Je veux bien croire qu’il y a une réflexion derrière ces scènes sans queue ni tête, j’ai essayé de la voir, je me suis documentée pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose, mais elle paraît bien mince. Faire des films beaux et ambitieux ne me dérange pas, au contraire, le cinéma est un art visuel, il ne faut pas l’oublier. Mais la prétention, le vide et le racolage m’énervent très sérieusement. A chaque scène Reygadas étale sa technique en méprisant son spectateur du genre « regardez ce que je sais faire, je fais du bizarre parce que c’est de l’art avec un grand A et ta gueule si tu n’as rien compris ou rien ressenti ». D’ailleurs, sa réponse aux journalistes qui avaient hué son film à Cannes était quand même méprisante (bien que ce genre d’accueil reste toujours difficile pour un réalisateur, je l’accorde). En étant trop prétentieux, Reygadas ne parvient pas à plonger ses spectateurs dans une sorte de voyage intérieur. D’ailleurs, il y a même un moment où je me suis demandée s’il s’agissait toujours des mêmes personnages ou carrément d’un autre film tellement que l’histoire est totalement dispatchée dans tous les coins (pour ne pas dire inexistante). Forcément, avec un manque cruel de scénario, qui fait un mal fou au film et au peu de choses valables mis en place, les personnages paraissent vides. On ne peut pas s’intéresser à eux. C’est vraiment regrettable car je suis sûre qu’un minimum de cohérence narrative aurait déjà relevé le niveau du film. Les acteurs sont également très mauvais, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font.

Post Tenebras Lux : Photo

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22 réflexions au sujet de « Post Tenebras Lux »

  1. Pas tentée à la base, j’ai bien vu que qu’il y avait une option de rattrapage avec cette récente diffusion à la télé mais j’ai laissé tomber également. J’ai trop vu de mauvais films ces derniers temps, alors je ne voulais pas prendre de risque. Et euh ton billet me conforte dans mon opinion 🙂

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  2. Bien bien bien… donc encore une fois nous sommes d’accord. J’ai vu ce film à Cannes et il reste l’un de mes pires souvenirs…Je n’en pouvais plus, ça n’avait ni queue ni tête, ça partait dans tous les sens, on se demandait ce qu’on faisait là. Franchement, aucun intérêt si ce n’est me fâcher sérieusement avec le cinéma de Reygadas…

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  3. Je n’en ai pas entendu parlé, pourtant je suis chaque année le festival 🙂 Cependant, il ne me tente absolument pas ^^

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  4. Ah ah j’adore quand tu dézingues les films ! J’ai zappé ce truc sur Arte et j’ai eu peur en voyant ton intro d’avoir loupé quelque chose. Ouf, ce n’est pas le cas ! 😉

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  5. Tu as donc passé une bonne soirée. J’aime bien les films sur les sociétés, leur déliquescence, leur hypocrisie, mais ta description fait penser à un tel bordel que je n’ai même pas envie de voir la bande-annonce d’après ton constat et le synopsis je crois qu’il est trop ambitieux, le point de départ est louable sauf si l’équipe ne sait où aller.

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  6. Mmmmmh, tu nous l’as assaisonné comme on aime celui-là. Et puis un film qui massacre Neil Young relève forcément de l’hérésie pure et simple. J’ai donc bien raison de me méfier de ce Reygadas, encore un imposteur qui se la pète avec sa caméra (un pote d’Inarritu ?)

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  7. @ Yuko :
    Je me suis rappelée de ton avis (dans un de tes bilans me semble-t-il). Bon, maintenant je comprends mieux ta souffrance ! Tu n’es plus retournée à Cannes depuis ? 😮

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  8. @ Les délices de Minie :
    Ah mince tu ne te rappelles pas de la petite polémique 😮 😮 je te rassure, tu ne rates rien !
    Une idée du palmarès cette année ? 😀

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  9. @ Princécranoir :
    Huuum possible qu’il soit pote avec Inarritu (rien qu’écrire son nom me fait mal au coeur). Même si étrangement, dans mon esprit, j’associe immédiatement Inarritu à Aronofsky (lui non plus je ne l’aime pas).
    Je dirais que ce Reygadas serait plutôt pote avec le réalisateur d’Oncle Boonmee (son nom est impossible à écrire).

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  10. Je suis toujours attiré par les œuvres mexicaines, cependant je dois avouer que je ne connaissais pas ce film. Je tenterai peut être de le voir malgré ta chronique tranchante

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  11. @ Aronofsky :
    Honnêtement, à part The Wrestler (et encore), je n’aime pas Aronofsky. On va dire que je tolère certains films. D’autres moins.
    Ah noooon pas Apichatpong ! Je lui en veux pour son Oncle Boonmee ! (je me suis vraiment sentie seule le jour où je suis allée le voir au ciné…).

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