A la poursuite de demain

réalisé par Brad Bird

avec George Clooney, Britt Robertson, Hugh Laurie, Raffey Cassidy, Tim McGraw, Kathryn Hahn, Keegan-Michael Key, Chris Bauer, Judy Greer, Thomas Robinson, Mathieu Lardier…

titre original : Tomorrowland

Film de science-fiction, aventure américain. 2h10. 2015.

sortie française : 20 mai 2015

À la poursuite de demain

Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune… Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

A la poursuite de demain s’inspire de la section futuriste « Tomorrowland », commune aux parcs Disneyland dans le monde. Brad Bird, surtout habitué aux films d’animation (Les Indestructibles en 2004, Ratatouille en 2007), réalise ici son deuxième film de fiction (après Mission Impossible : Protocole Fantôme en 2011). Je n’attendais pas spécialement ce film mais je dois avouer que j’aimais l’idée de découvrir un film « original », c’est-à-dire qu’il ne s’agissait pas d’un remake, d’une suite ou d’un préquel. Surtout, je suis allée le voir dans le but de me divertir. Hélas, A la poursuite de demain n’est pas pour moi l’un des grands divertissements de l’année annoncé depuis des mois. Je n’ai pas forcément détesté le film, il y a des choses très louables dans ce film et on sent derrière l’implication et la sincérité de Brad Bird, qui a préféré ne pas réaliser le prochain Star Wars pour se consacrer à ce film. Mais beaucoup de choses m’ont tout de même dérangée, on va dire que j’ai trouvé le film moyen et très oubliable. Tout d’abord, je me suis tout de même beaucoup ennuyée, surtout dans la première partie du film. J’avais l’impression que le film ne démarrait jamais, le scénario aurait dû, à mon avis, recentrer certaines choses, au lieu de faire du blabla inutile (notamment le fait qu’on voit au début George Clooney et Britt Robertson présenter leur histoire, puis après il n’y a aucun retour dans cette narration mise en place). Le parallèle entre les deux personnages n’est pas très réussi, on a presque l’impression de voir deux films en un tellement que les histoires des deux personnages ont du mal à coller ensemble. Je dois avouer que j’étais à deux doigts de m’endormir au bout d’un moment (et hélas, les nombreux placements de produit ne permettent pas de nous tenir éveiller). La personne qui m’a accompagnée s’est d’ailleurs endormie tout comme d’autres personnes dans la salle, ce qui ne m’a pas du tout étonnée. J’ai d’ailleurs essayé de me mettre à la place des mômes dans la salle. On sait très bien que leur temps de concentration est assez faible, je pense que le film a dû leur paraître très long (et à mon avis pas toujours compréhensible en plus alors que les enfants font tout de même partie du public visé – malgré une lecture adulte).

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

C’est dommage car la seconde partie du film est plus active et plus réussie, heureusement elle relève pour moi un peu le niveau. En effet, je dois avouer que les scènes d’action en jettent vraiment, elles sont bien calibrées, les effets spéciaux sont bluffants, les décors sont époustouflants, il y a également une dose d’humour juste comme il en faut. Ceci dit, si je peux me permettre, malgré les moyens déployer qui permettent aux spectateurs de retourner en enfance, d’être émerveillés par les images projetées (et je fais partie de ces spectateurs en question), j’ai tout de même trouvé le film un peu désuet (je parle ici dans le mauvais sens du terme). Attention, j’aime les films qui sont « vintage » ou qui rendent hommage à certaines périodes etc… Mais là, pour caricaturer mon idée, il y a un moment où j’ai l’impression que le film était arrivé un peu après la bataille, c’est assez étrange comme sensation, ça tue presque l’originalité du film. Heureusement, pour dissimuler ce sentiment, j’ai pu me rattraper sur le « message » qui est finalement à contre-courant de ce que les films « futuristes » nous proposent actuellement. Brad Bird nous présente avec honnêteté ce que nous faisons à la planète mais le pessimisme ne sauvera pas la Terre. En revanche, sans prétendre apporter de solutions concrètes, l’optimisme, l’imagination et la solidarité nous aideront à reprendre notre planète en main. Cela dit, Brad Bird confond parfois optimisme et niaiserie. La fin en est un parfait exemple : et vas-y la musique très lourdingue de Michael Giacchino (déjà que sa musique m’avait saoulée dans Jupiter Ascending) à fond les ballons en nous présentant des gens des quatre coins de la planète avec des phrases vraiment au ras des pâquerettes ! Malgré un spectacle qui ne m’a pas totalement satisfaite, le casting m’a tout de même plutôt emballé. Le duo entre George Clooney et Britt Robertson (sosie officiel de Jennifer Lawrence ?) fonctionne très bien et même si on ne le voit pas beaucoup, j’ai beaucoup apprécié voir Hugh Laurie dans le rôle du méchant. Cependant, à mon avis, la vraie bonne surprise de ce film est la jeune Raffey Cassidy, qui joue son rôle avec plus de nuances et apporte un peu d’émotion.

À la poursuite de demain : Photo George Clooney, Raffey Cassidy

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Shaun le mouton – le film

réalisé par Mark Burton et Richard Starzak

avec les voix de Justin Fletcher, John B. Sparkes, Omid Djalili, Andy Nyman…

titre original : Shaun the Sheep Movie

Film d’animation britannique, français. 1h25. 2015.

sortie française : 1 avril 2015

Shaun le mouton

Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville… Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ?

Shaun le mouton : Photo

Shaun le mouton est un personnage apparu pour la première fois dans Wallace et Gromit : Rasé de près de Nick Park en 1995. Après cette apparition, Shaun (en anglais, « Shaun » sonne comme « shorn » qui signifie « tondu ») est devenu populaire, notamment en apparaissant sur divers objets (pubs, cartes de voeux, livres etc…). Puis, il a même été la vedette de sa propre série en 2007 intitulée tout simplement Shaun le mouton (et toujours créée par Nick Park et actuellement à sa 4e saison). La logique des choses a donc voulu que Shaun le mouton ait carrément son propre long-métrage. Le film a donc été réalisé en pâte à modeler et en stop-motion sans aucun dialogue (il y a par contre des sons qui sortent de la bouche des personnages en guise de voix). L’humour repose alors principalement sur des gags visuels. En tout cas, face à ces nombreux défis, le nouveau film des studios Aardman est une véritable réussite, pour l’instant dans mon top de l’année. Tout d’abord, sans entrer dans des détails techniques, je dois avouer que l’animation m’a bluffée. D’ailleurs, à l’image du reste du film, j’apprécie toujours l’authenticité et la créativité des techniques d’animation utilisées. Puis, c’est un film qui m’a énormément fait rire, du début jusqu’à la fin. Il est vraiment destiné à tous les publics, que ce soit les enfants et les adultes. Rendant à la fois hommage au cinéma muet et burlesque, le film joue donc sur des gags visuels, mais aussi sonores (la musique, les onomatopées, les bruitages etc…), le film est donc truffé de références très plaisantes sans que ces dernières envahissent l’inventivité même du scénario, plutôt simple sur le papier mais en réalité vraiment efficace.

Shaun le mouton : Photo

Effectivement, Shaun le mouton aurait pu se contenter de réunir une succession de sketchs (ce qui aurait été très pénible), heureusement ce n’est pas le cas, il n’y a pas du gag pour avoir du gag, l’humour va évidemment de pair avec l’histoire, il la nourrit même. Surtout, la réflexion derrière, le « message » pour caricaturer (l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs) passe très bien sans que ce soit dégoulinant de bons sentiments. Si la comparaison entre la campagne et la ville n’a rien d’original en soi, elle reste tout de même ici pertinente. Les gags fonctionnent aussi parce que le film est rythmé, sans aucun temps mort mais sans qu’on en ressorte non plus épuisé dans le mauvais sens du terme. De plus, vu qu’il s’agit d’un film familial, j’ai apprécié de voir un film plutôt court, avoisinant les 1h20. Au-delà d’avoir passé un excellent moment devant ce divertissement hilarant, j’ai également apprécié la tendresse et l’humanité dégagées dans ce film et je trouve qu’il y a même quelques scènes émouvantes à la fin du film. Comme quoi, on peut définitivement faire des films pour enfants sans tomber dans la niaiserie. Je dois également ajouter que je ne suis pas une fan des films (que ce soit des films d’animation ou « live ») mettant en scène des animaux (je suis parfois très terre-à-terre). Or, dès le début, ce qui serait pour moi un obstacle ne m’a pas du tout gênée ! J’ai tout de suite aimé ces animaux attachants, malins et expressifs. Enfin, j’ai également apprécié la bande-originale composée par Ilan Eshkeri et comportant quelques chansons pop-rock très sympa comme « Feels like summer » de Tim Wheeler.

Shaun le mouton : Photo

Girls Only

réalisé par Lynn Shelton

avec Keira Knightley, Chloe Grace Moretz, Sam Rockwell, Mark Webber, Ellie Kemper, Jeff Garlin, Gretchen Mol, Daniel Zovatto, Kaitlyn Dever…

Titre original : Laggies

Comédie américaine. 1h40. 2014.

sortie française : 13 mai 2015

Girls Only

A l’aube de ses 30 ans, on ne peut pas dire que Megan soit fixée sur son avenir. Avec son groupe d’amies déjà bien installées dans la vie, le décalage se creuse de jour en jour. Et ce n’est pas le comportement des hommes qui va l’apaiser ! Au point qu’elle se réfugie chez Annika, une nouvelle amie… de 16 ans. Fuyant avec joie ses responsabilités, elle préfère partager le quotidien insouciant de l’adolescente et ses copines. Jusqu’à croiser le père d’Annika au petit-déjeuner…

Girls Only : Photo Keira Knightley

Après Humpday et Ma meilleure amie, sa soeur et moi, Lynn Shelton, qui commence à se faire un nom au sein du cinéma américain indépendant, réalise Laggies. Oui, j’insiste sur le titre original car ce titre « français » (en gros, traduire par de l’anglais, mouahahaha) est vraiment dégueulasse. On ne peut pas autant duper le spectateur, ou plutôt la spectatrice. Non, Laggies n’est pas un film destiné aux gamines de 12 ans pendant une soirée pyjama en train de se gaver de bonbecs. Trouver une traduction convenable de « laggies » est très difficile, mais en cherchant sur le net, j’ai tout de même compris ce qu’il signifie. En gros, il y a l’idée de « retard », de « traîner ». Cela correspond effectivement à la vie de Megan, le personnage principal. En effet, à presque 30 piges, Megan est un peu à la ramasse par rapport au reste de son entourage : elle n’a pas vraiment de travail fixe, elle a certes un petit ami mais n’a aucune envie de se marier avec lui et ses abominables amies sont toutes mariées et mères de famille. Bref, elle fuit et se met à traîner avec des ados qu’elle a croisés par hasard. Bref, à partir de là, on voit bien où veut en venir Lynn Shelton. La réalisatrice traite de l’éternel difficile passage à l’âge adulte. Elle veut aussi montrer que les gens sont parfois coincés dans leur propre vie à cause des diktats de la société alors que pour trouver leur voie (personnelle et professionnelle), il faut qu’ils écoutent leurs propres désirs et aspirations. C’est un film qui semble également interroger sur la maturité et la responsabilité : quand la jeunesse se termine-t-elle ? Peut-on être responsable tout en restant insouciant ? Enfin, chaque individu semble traverser une période floue pour pouvoir reprendre sa vie en main. Certes, rien de bien nouveau dans ces thèmes mais on pouvait tout de même espérer une nouvelle manière de les traiter. Je ne m’attendais pas spécialement au film du siècle mais j’espérais tout de même voir un film sympathique qui pouvait parler un minimum aux spectateurs (oui, même les mecs peuvent être concernés – malgré ce titre français crétin).

Girls Only : Photo Keira Knightley

Certes, Laggies se laisse tout de même regarder, en tout cas, personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Cependant, cela ne signifie pas que le film est bon. Le film aurait pu être intéressant en revisitant en quelque sorte le teen-movie chez un personnage adulte ou encore il aurait pu s’amuser du décalage entre Megan la trentenaire et Annika l’adolescente. Hélas, Lynn Shelton passe à côté du potentiel de son film. Hélas, les thèmes pas nouveaux restent alors… des thèmes pas nouveaux. Le film est à l’image des « amies » de Megan : superficiel. Les thèmes intéressants ne sont que survolés, la question du travail est même au bout d’un moment totalement délaissée de côté. Il n’y a vraiment aucune originalité, on a l’impression d’avoir vu ce film des milliers de fois et la mise en scène est trop plate. Les facilités de scénario sont vraiment regrettables, on n’a vraiment aucune surprise. Pire, les clichés véhiculés sont déplorables. Certes, ce que souligne sur le papier Shelton est juste : effectivement, la société dicte bien le comportement des individus. On sait très bien que certains construisent une vie de famille, se marient etc… juste pour entrer dans un moule et non pour écouter leurs propres envies. On sait bien aussi que ces personnes en question n’hésitent pas à critiquer celles qui ne font pas comme elles. Mais là, Shelton nous présente tous les trentenaires comme des coincés, des gens autoritaires, totalement égocentriques. Les amies de Megan sont des sortes de clones des personnages de Desperate Housewives. Il n’y a absolument aucune nuance chez ces personnages alors qu’on peut être trentenaire, avoir une vie rangée et tout de même rire un minimum, non ? Là, non, les ados sont forcément tous cool et sympas (et font même du skateboard !) et les adultes sont tous vilains ! Comment le film peut-il être crédible avec ce ramassis de bêtises ? De plus, à part être sympathique, on reste vraiment indifférent au sort des personnages. On ne rit pas vraiment, on n’est pas non plus ému. Le spectateur se fiche royalement du sort de chacun. Face à tant de clichés, de superficialité et de vide, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Keira Knightley reste sympathique même si elle sourit parfois bêtement, Chloe Grace Moretz est également crédible en ado cool même si ça serait chouette qu’elle arrête de jouer les ados attardées, je pense qu’elle vaut mieux que ça. Sam Rockwell est pour moi celui qui s’en sort le mieux mais son personnage est totalement sous-exploité. En revanche, les seconds rôles comme Ellie Kemper ou Mark Webber sont franchement catastrophiques.

Girls Only : Photo Keira Knightley

Laurence Anyways

réalisé par Xavier Dolan

avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Monia Chokri, Susie Almgren…

Drame canadien, français. 2h48. 2012.

sortie française : 18 juillet 2012

Laurence Anyways

C’est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et un homme, après que celui-ci a décidé de changer de sexe. Dans les années 1990, Laurence décide de devenir une femme mais, paradoxalement, tente néanmoins de sauver sa relation amoureuse avec Fred (Frédérique), laquelle accepte fort mal la décision de Laurence et la cascade des désagréments qu’elle suscite.

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Deux ans après l’insupportable Les Amours Imaginaires, le jeune prodige québécois Xavier Dolan réalise son déjà troisième long-métrage, Laurence Anyways, présenté au festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard » (dans cette catégorie, Suzanne Clément avait remporté le prix d’interprétation féminine). Le film a remporté la Queer Palm, prix refusé par le réalisateur, affirmant qu’il s’agissait en réalité d’un marqueur d’exclusion (et pour être honnête, je suis totalement d’accord avec ce qu’il dit, même s’il l’a dit avec une certaine violence). De plus, Dolan, qui passe de nouveau pour un petit con (on ne se défait pas d’une réputation comme ça), était énervé, souhaitant voir son film dans la sélection officielle en compétition. Certes, le comportement qu’a eu Dolan n’est pas forcément génial, je l’accorde. Cela dit, je trouve également que Laurence Anyways pouvait largement rejoindre la sélection officielle. Je vous le confirme : je me suis bien réconciliée avec Dolan. Certes, son meilleur film reste pour l’instant le bouleversant Mommy mais Laurence Anyways est vraiment un petit bijou, une incroyable tornade d’émotions, confirmant le talent indéniable de Dolan, qui a appris à ne plus faire des films pour ses amis hipsters en contemplant son nombril. Au contraire, avec un sujet pourtant assez précis, qui ne concerne pas nécessairement tout le monde, loin de là (la transsexualité), Dolan réussit à réaliser un film très universel. Il est intéressant de voir l’évolution positive entre Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways. Esthétiquement, Les Amours Imaginaires était pourtant réussi, on sentait bien la maîtrise technique du réalisateur, mais Dolan ne parvenait pas à sortir de sa culture cinématographique, on sentait trop ses influences. Du coup, le résultat était horriblement superficiel et prétentieux (et pour ne rien arranger, le scénario était abominable).

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Evidemment, Dolan fait partie de ces réalisateurs qui veulent montrer ce qu’ils savent faire avec une caméra, il veut absolument faire esthétiquement un beau film, ce qui est tout à fait à son honneur. Mais on a enfin l’impression que cette esthétique n’est pas gratuite. Dolan a enfin compris que cette esthétique pouvait être compatible avec le thème central de ce film, c’est-à-dire la mutation, qui concerne à la fois chaque personnage ainsi que le couple. Ainsi, Laurence, figure (pas lourdingue) du papillon, né dans un corps d’homme, se transforme pour pouvoir devenir la femme qu’elle a toujours été. Fred aimerait supporter la transsexualité de Laurence mais elle ne supporte pas le regard des autres. Mais en s’enfermant dans un schéma social traditionnel, Fred mute aussi en quelque sorte, en perdant peu à peu son extravagance. Pour schématiser, Laurence doit vivre dans la marginalité pour réussir sa transformation tandis que Fred croit que son bonheur doit passer par la conformité et le regard des gens. Dolan a su mettre en scène dans cette passionnante fresque de presque trois heures toute la complexité d’une histoire d’amour, sur une dizaine d’années, qui ne parvient pas aboutir à cause des exigences de chacun. Laurence et Fred veulent obtenir ce que tout individu cherche dans sa vie, c’est-à-dire le bonheur. Mais ce bonheur est incompatible entre les désirs de chacun (en quelque sorte une forme d’égoïsme, mais sans la connotation négative) et le regard des autres. Au-delà d’une esthétique époustouflante, qui retranscrit cette mutation comme une expérience proche de l’onirisme, ainsi que toutes les étapes émotives des personnages, comme dans Mommy, j’ai été étonnée de la maturité de Dolan dans le traitement de ses sujets. L’amour impossible était clairement au coeur des Amours Imaginaires mais son traitement était trop superficiel. Ici, il reprend ce thème, visiblement si cher, mais en le traitant cette fois-ci avec une forme de subtilité et surtout en comprenant réellement sa complexité. Melvil Poupaud (en jetant un coup d’oeil à sa filmographie, je m’aperçois que je connais mal cet acteur) et Suzanne Clément sont tous les deux excellents et illuminent à chaque scène ce film déjà lumineux de sensibilité et d’une réelle intelligence.

Laurence Anyways : Photo Melvil Poupaud

Post Tenebras Lux

réalisé par Carlos Reygadas

avec Adolfo Jimenez Castro, Natalia Acevedo, Rut Reygadas, Eleazar Reygadas…

Drame mexicain, français, allemand, néerlandais. 1h53. 2012. 

sortie française : 8 mai 2013

Post Tenebras Lux

Au Mexique, Juan et sa jeune famille ont quitté la ville pour s’installer à la campagne. Là, ils profitent et souffrent d’un monde qui voit la vie différemment. Juan se demande si ces mondes sont complémentaires, ou bien s’ils s’affrontent inconsciemment pour s’éliminer entre eux.

Post Tenebras Lux : Photo

A l’occasion du festival de Cannes, Arte a récemment diffusé en deuxième partie de soirée un film sorti plus que discrètement dans les salles françaises en 2013 : Post Tenebras Lux. Pourtant, le film avait remporté le Prix de la mise en scène à Cannes en 2012 malgré son accueil plus que chaotique pendant la projection. Je dois avouer que cette petite polémique a attiré mon attention, je voulais savoir si c’était si lamentable que ça ou au contraire, rejoindre les quelques critiques qui le défendent avec conviction. Effectivement, sur le papier, le prix de la mise en scène n’est pas forcément illogique car le travail de Reygadas est intéressant et par ailleurs esthétiquement le film est réussi. Ainsi, la précision des cadres, parfois aux contours flous, comme si les personnages étaient observés ou comme s’il s’agit d’un rêve, les jeux avec la symétrie, la sorte de séquence animée pour représenter le Diable, la photographie parfois sublime montrent que Reygadas et son équipe ne sont pas forcément une bande d’incapables et qu’ils avaient les cartes en main pour faire un grand film. Je n’ai en plus rien contre les films expérimentaux, surtout dans le but de montrer les actes destructeurs de l’homme (d’où la représentation du Diable), éternel insatisfait alors qu’il possède tout. Reygadas affirme également avoir voulu décrire un Mexique actuel sombre. Les intentions de Reygadas sont sur le papier louable, son savoir-faire est également indéniable. Cependant, comme beaucoup, je m’interroge sur la présence de ce film au palmarès cannois, bien qu’avec le recul et mes souvenirs j’arriverais à reconstituer le parcours de ce film.

Post Tenebras Lux : Photo

Apparemment, le président du jury Nanni Moretti ne serait pas plus fan que ça de ce film, ce serait certains membres du jury qui auraient bataillé pour le foutre au palmarès (et la conférence de presse du jury après le palmarès va plutôt dans ce sens). De plus, le réalisateur italien avait d’ailleurs avoué que ce film avait divisé le jury. Bref, déjà on sent qu’il y a quand même un souci. Je reviens sur le film après cette parenthèse. La technique et une soi-disant réflexion ne suffisent pas toujours. Etre déroutée ne me dérange pas, sortir des schémas narratifs habituels non plus. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut totalement se foutre de l’histoire ni des personnages. D’ailleurs, Reygadas dit qu’il a privilégié l’esthétique. Peut-être un peu trop au bout d’un moment. Je souhaitais avoir des sensations fortes, à l’image des cinq premières minutes, qui mettent en place une atmosphère envoûtante, probablement remplie de symboles mystiques (surtout avec un tel titre !). Or, le reste du film n’est surtout qu’ennui et prétention. J’ai vraiment passé un sale moment, l’impression d’avoir perdu deux heures de ma vie. Le plafond de ma chambre était parfois ma seule distraction tellement que ce film ne captive jamais. Il faut dire que Reygadas regarde plus son nombril que son film qui avait pourtant du potentiel. A force de vouloir bouleverser son schéma narratif, Reygadas ne propose qu’une succession de scènes sans lien entre elles (du genre tu passes d’une scène à l’autre d’un claquement de doigt, tu vois pas le rapport !) d’un ennui à mourir et sans saveur.

Post Tenebras Lux : Photo

Au programme (histoire que ceux qui n’auraient pas tenté de regarder ce film – à juste titre – comprennent mon calvaire) ? Des gens qui jouent au rugby, un passage aux alcooliques anonymes, le couple qui se dispute parce que madame ne veut pas baiser (elle est tout le temps fatiguée, peuchère, il doit se masturber tous les soirs, ooooh), une scène de partouze dans un sauna français (j’ai d’ailleurs toujours pas compris comment on est passé du Mexique à la France), des gosses qu’on giflerait volontiers (d’après ce que j’ai compris, les propres gosses du réalisateur – ça promet), le héros qui frappe ses chiens, sa femme qui massacre du Neil Young ou encore un arrachage de tête avec le sang qui dégouline sous la pluie. Voilà, ça c’est le scénario. Il n’y a pratiquement pas de rapport entre toutes ces scènes que je cite. Je veux bien croire qu’il y a une réflexion derrière ces scènes sans queue ni tête, j’ai essayé de la voir, je me suis documentée pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose, mais elle paraît bien mince. Faire des films beaux et ambitieux ne me dérange pas, au contraire, le cinéma est un art visuel, il ne faut pas l’oublier. Mais la prétention, le vide et le racolage m’énervent très sérieusement. A chaque scène Reygadas étale sa technique en méprisant son spectateur du genre « regardez ce que je sais faire, je fais du bizarre parce que c’est de l’art avec un grand A et ta gueule si tu n’as rien compris ou rien ressenti ». D’ailleurs, sa réponse aux journalistes qui avaient hué son film à Cannes était quand même méprisante (bien que ce genre d’accueil reste toujours difficile pour un réalisateur, je l’accorde). En étant trop prétentieux, Reygadas ne parvient pas à plonger ses spectateurs dans une sorte de voyage intérieur. D’ailleurs, il y a même un moment où je me suis demandée s’il s’agissait toujours des mêmes personnages ou carrément d’un autre film tellement que l’histoire est totalement dispatchée dans tous les coins (pour ne pas dire inexistante). Forcément, avec un manque cruel de scénario, qui fait un mal fou au film et au peu de choses valables mis en place, les personnages paraissent vides. On ne peut pas s’intéresser à eux. C’est vraiment regrettable car je suis sûre qu’un minimum de cohérence narrative aurait déjà relevé le niveau du film. Les acteurs sont également très mauvais, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font.

Post Tenebras Lux : Photo

La Grande Bellezza

réalisé par Paolo Sorrentino

avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Iaia Forte, Isabella Ferrari, Vernon Dobtcheff, Giorgio Pasotti, Luca Marinelli, Galatea Ranzi…

Comédie dramatique italienne, française. 2h20. 2013.

sortie française : 22 mai 2013

La Grande Bellezza

Rome dans la splendeur de l’été. Les touristes se pressent sur le Janicule : un Japonais s’effondre foudroyé par tant de beauté. Jep Gambardella – un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse – jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes, son esprit fait merveille et sa compagnie recherchée. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré : il cache son désarroi derrière une attitude cynique et désabusée qui l’amène à poser sur le monde un regard d’une amère lucidité. Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes où se met à nu « l’appareil humain » – c’est le titre de son roman – et se joue la comédie du néant. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ? Surmontera-t-il son profond dégoût de lui-même et des autres dans une ville dont l’aveuglante beauté a quelque chose de paralysant…

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

Le réalisateur napolitain Paolo Sorrentino (actuellement en compétition à Cannes pour Youth – La Giovinezza) présente son sixième long-métrage, La Grande Bellezza, au festival de Cannes en 2013. Comme l’a dit très justement une critique de Première, soit on adore ce film, soit on le déteste. Ceci dit, ce film possède pour moi tellement de qualités que j’avoue ne pas comprendre son absence au palmarès (tout ça pour remettre la Palme d’or à l’interminable La vie d’Adèle… oui, toi lecteur qui commence à me connaître, je suis désolée, je te saoûle parce que je te parle trop de Kechiche). Je pense tout particulièrement à l’énième absence de Toni Servillo au palmarès alors que cela fait des années qu’il mérite de le remporter et là il s’agissait de l’occasion idéale pour lui en remettre un. Je précise que je comprends pourtant qu’on puisse détester ce film (ce qui peut sembler paradoxal). Depuis, j’ai une dent contre le président du jury de l’époque, Steven Spielberg, ainsi qu’à son jury (raaaahhhh). Heureusement, d’autres académies ont remarqué les qualités louables de ce film que je considère déjà comme un chef-d’oeuvre et dont je ne me lasse pas de revoir. Ainsi, il a reçu l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film étranger, ainsi que plusieurs Donatello (les équivalents des César en Italie) dont meilleurs réalisateur et acteur (le Donatello du meilleur film a été remis au très bon Les Opportunistes) ou encore plusieurs European Film Awards. Pourtant, cela pourrait paraître étrange que j’aime autant ce film. Sur le papier, il n’y aurait pas d’histoire : le spectateur suit une partie de l’existence de Jep Gambardella face à la vieillesse et à la mort. Pourtant, au fond, dire qu’il n’existe aucune histoire serait faux : il s’agit de l’histoire de Jep. Nuance.

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

Malgré ce « rien » en apparence, qui met en avant le vide existentiel du personnage principal, il y a derrière un véritable travail d’écriture, nous trouvons notamment une progression dans ce « rien » narratif, ou encore les différentes interventions des personnages permettent à l’histoire d’avancer. En général, j’ai horreur des films qui mettent en scène l’ennui des personnages car justement souvent je m’emmerde avec eux. Or, ce long-métrage ne m’ennuie pas, au contraire, je suis emportée par cette odyssée au coeur de la ville éternelle. Cela m’a émue de me retrouver pratiquement à l’intérieur de la conscience de Jep, qui vagabonde dans Rome entre le présent et le passé. Sorrentino a su filmer tous les paradoxes même d’une existence, voire même d’une société (en l’occurrence la société romaine), oscillant ainsi entre la mort et la vie, le profane et le sacré, l’ancien et le moderne, la beauté et la superficialité / le grotesque. Le mélange des différentes émotions que le spectateur peut ressentir est alors cohérent par rapport à la complexité et dans un sens la misère intérieure de l’homme seul face à la métropole. Qu’est-ce que la grande beauté évoquée dans le titre ? La beauté de Rome, qui parvient à garder ses traces historiques dans une époque moderne et superficielle, au point de tuer un touriste japonais ? S’agit-il d’un titre ironique, soulignant ainsi une beauté disparue à cause du renoncement des personnages ? S’agit-il plutôt de la beauté intérieure, plus importante que la superficialité ? Ou encore, la grande beauté ne désignerait-elle pas la quête du bonheur ? Cette beauté en question apparaît évidemment aussi à travers l’art et les nombreuses références cinématographiques et littéraires qui construisent ce film. On pensera évidemment à La Dolce Vita de Fellini mais aussi à Huysmans (la référence ultime sur la décadence), Proust (dans le voyage du souvenir), Céline (dont un extrait de Voyage au bout de la nuit est cité au début du film) ou encore Flaubert (sur le néant).

La Grande Bellezza : Photo Luciano Virgilio, Toni Servillo

Cependant, il ne s’agit pas de références pour faire des références. Ces références servent à montrer l’importance même de cette recherche de l’art absolu qui parvient à rester éternel, comme Rome, contrairement à l’homme, confronté à la mort, que ce soit la sienne ou celle des autres. Le mélange de tous ces arts ensemble (cinéma, littérature, photographie, peinture, architecture, musique) est explosif mais sans jamais s’éparpiller, comme si chaque art apportait un nouveau regard sur l’histoire, mais apportait aussi des réponses même au cinéma ou se complétant sans cesse. Surtout, Paolo Sorrentino ne se laisse pas écraser par ses connaissances qui trouvent ici une véritable utilité, il a clairement son propre univers, chaque scène est précise, chaque plan a son utilité, son détail, sa richesse, on sait où le réalisateur mène son film. La mise en scène de Sorrentino pourra évidemment agacer et être accusée de superficialité. Pour ma part, je l’ai trouvée virtuose, parvenant à retranscrire le tourbillon existentiel du personnage principal. De plus, son style parfois « tapageur » sert réellement le propos du film. Non seulement, il réussit à montrer la décadence de la société romaine à son paroxysme mais surtout il surcharge volontairement la réalité pour pouvoir en retirer l’essentiel. De plus, Sorrentino a beau filmer des riches avec parfois une certaine tendresse (je fais ici une référence à une réplique explosive de Jep), grâce notamment au cynisme désabusé du personnage principal, le réalisateur n’est pas, selon moi, hautain avec ses spectateurs. La musique va également de pair avec cette mise en scène, confirmant cette avalanche de sentiments parfois contradictoires au sein d’un même individu. Enfin, qu’on aime ou qu’on déteste ce film (et encore une fois, je comprends qu’on puisse en avoir horreur), impossible de passer à côté l’époustouflante interprétation de Toni Servillo, pour moi l’un (voire même le) des meilleurs acteurs de sa génération.

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

We need to talk about Kevin

réalisé par Lynne Ramsay

avec Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Jasper Newell…

Drame américain, britannique. 1h50. 2011.

sortie française : 28 septembre 2011

interdit aux moins de 12 ans

We Need to Talk About Kevin

Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire.

We Need to Talk About Kevin : Photo Lynne Ramsay, Tilda Swinton

We need to talk about Kevin, adaptation du brillant et passionnant roman de Lionel Shriver, qui avait suscité la polémique à sa sortie, avait été présenté en compétition au festival de Cannes en 2011. Hélas, il est reparti les mains vides. Pourtant, selon moi, il avait sa place dans le palmarès final (après évidemment, on ne peut pas caler tous les films au palmarès). J’ai vraiment adoré ce film bouleversant et d’une intelligence redoutable. Dès le début, on sait que le Kevin du titre a fait une connerie, laquelle, on ne sait pas, mais on se doute bien que c’est grave. On saura au fur et à mesure ce qu’il a fait. Tout en suivant l’esprit de la mère de Kevin, Eva, le film alterne alors entre le présent et le passé.  Par ailleurs, on peut remettre en question ses souvenirs : sont-ils tous réels ? Eva tente alors de comprendre comment son propre fils a pu devenir un monstre à travers d’une série d’interrogations. En est-elle responsable ? Qu’est-ce qu’elle aurait dû faire ? Le drame aurait-il pu être évité ? Kevin est-il diabolique ? Naît-on naturellement mauvais ? Est-ce que seule la mère est responsable des actes de son enfant ? Est-ce que le fait qu’elle ne l’ait pas désiré a pu avoir des conséquences sur le futur de cet enfant ? Il est difficile de répondre concrètement à toutes ces questions, très ancrées dans notre société actuelle, car il n’y a peut-être pas de réponses. Beaucoup de réponses se reposent sur le ressenti et l’expérience même du spectateur. D’ailleurs, Kevin ne répondra jamais à la question que se pose sa mère : « Pourquoi as-tu fait ça ? ». La réalisatrice Lynne Ramsay aurait pu se contenter de balancer un peu n’importe comment des interrogations s’en savoir en faire. Mais heureusement, elle arrive à dépasser ce problème grâce à une mise en scène particulièrement efficace et inspirée, qui joue beaucoup sur les effets de rupture, les couleurs (le rouge étant la couleur dominante du film), les effets de flottement pour montrer la conscience d’Eva. L’alternance entre le passé et le présent aurait pu être perturbant, mais grâce à une écriture remarquable et un très bon montage, on s’habitue rapidement au procédé et on n’est jamais perdu.

We Need to Talk About Kevin : Photo John C. Reilly, Lynne Ramsay, Tilda Swinton

Ramsay interroge également sur une question toujours très sociétale : l’instinct maternel. Il est clair qu’Eva ne l’a pas, ce qui va compliquer encore plus sa relation avec son fils qui, dès sa naissance, est un emmerdeur de première. Cependant, même si elle ne l’a pas, Eva ne laisse jamais tomber et essaie de se rapprocher de son fils, même s’il la rejette sans cesse. D’ailleurs, ce qui est beau dans ce film, c’est de voir Eva et Kevin qui n’arrivent pas à s’aimer alors qu’au fond ils aimeraient s’aimer pour être plus heureux. Le titre d’ailleurs est intéressant : Il faut qu’on parle de Kevin. Le problème justement, c’est que ni Eva et son mari n’arrivent pas à en parler (peut-être est-ce ça qui a conduit Kevin à commettre l’irréparable ?). Et surtout, Eva n’arrive absolument pas à communiquer avec Kevin. D’ailleurs, au début du film, elle pense qu’il est autiste. Cependant, la seule fois où Eva va pouvoir avoir une vraie discussion avec son fils et que les deux vont enfin démontrer l’amour qu’ils ressentent envers l’autre se déroule après le drame. On ne sait pas si Kevin continuera à être un monstre après ce qu’il a fait, il est clairement perturbé et on ne pense pas qu’il puisse un jour s’adapter à la société. Mais la seule chose qu’il restera finalement, c’est l’amour que lui porte sa mère, malgré le rejet constant dont elle a été victime. J’ai adoré l’interprétation de Tilda Swinton qui est bouleversante dans le rôle de cette mère qui se remet en question. Jasper Newell et Ezra Miller, qui incarnent Kevin à différentes périodes, sont également excellents dans ce rôle inquiétant. On voit peu John C. Reilly, mais en même temps, cette absence est très importante pour montrer que le père a aussi peut-être sa part de responsabilité et qu’il ne s’est pas réellement chargé de l’éducation de son fils. Cependant, du peu qu’on le voit, Reilly est également convaincant.

We Need to Talk About Kevin : Photo Ezra Miller, Lynne Ramsay

La Chambre du fils

réalisé par Nanni Moretti

avec Nanni Moretti, Laura Morante, Jasmine Trinca, Giuseppe Sanfelice, Silvio Orlando, Stefano Accorsi…

Titre original : La stanza del figlio

Drame italien. 1h40. 2001.

sortie française : 18 mai 2001

La Chambre du fils

Dans une petite ville du Nord de l’Italie, Giovanni mène une vie paisible, entouré de sa femme, Paola, et de ses deux enfants déjà adolescents : Irene, l’aînée, et Andrea, le cadet.
Giovanni est psychanalyste. Dans son cabinet qui jouxte son appartement, ses patients lui confient leurs névroses, tandis que sa vie privée est réglée par un tissu d’habitudes : lire, écouter de la musique et s’épuiser dans de longues courses à travers la ville.
Un dimanche matin, Giovanni est appelé en urgence par un patient. Il ne peut aller courir avec son fils, comme il le lui avait proposé. Andrea part plonger avec ses amis. Il ne reviendra pas…

La Chambre du fils : Photo

Comme vous le savez probablement, le Festival de Cannes commence aujourd’hui. C’est l’occasion pour moi de consacrer quelques lignes à quelques films, sélectionnés voire même récompensés par le jury. Certains se réjouissent de voir de nombreuses dindes stars hollywoodiennes fouler le tapis rouge (comme si le cinéma se résumait à l’Amérique). Quant à moi, j’ai hâte de découvrir la sélection italienne. Certes, certains râlent car mes amis Nanni Moretti, Paolo Sorrentino et Matteo Garrone sont souvent / tout le temps sélectionnés dès qu’ils sortent un nouveau film. Cependant, même si je suis totalement pour la découverte de nouveaux talents, ces trois messieurs font pour moi partie des meilleurs réalisateurs européens actuellement. Et non, le cinéma italien n’est pas mort ! Je fais donc une première critique « cannoise » sur la Palme d’or attribuée par le jury de Liv Ullmann en 2001, c’est-à-dire La Chambre du fils. C’est une Palme d’or qui a tendance à emmerder les cinéphiles. Et il y a de quoi : la concurrence était rude, pas mal de films avaient largement le niveau pour remporter cette fameuse Palme qui fait tant rêver (et dans le lot, je considère certains comme des chefs-d’oeuvre). Pourtant, je défends fermement cette Palme d’or. Il s’agit d’un des meilleurs films de Nanni Moretti (je dis « un » car j’avoue que j’ai du mal à en avoir un préféré). Au passage, La Chambre du fils avait également remporté le prix FIPRESCI du festival de Cannes ainsi que 3 récompenses sur 12 nominations aux Donatello (les César italiens) : meilleur film, meilleure actrice pour Laura Morante et meilleure musique (composée par Nicola Piovani). Nanni Moretti était jusqu’à présent connu pour être une sorte de Woody Allen grognon, très engagé politiquement et qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense (son passage à Cannes en 2012 en tant que Président du jury nous l’a récemment prouvé lors des conférences de presse  qu’on aime ou non son verdict). Même s’il n’y a pas nécessairement un changement radical, selon moi La Chambre du fils représenterait une sorte de renouveau dans la carrière de Nanni Moretti, dans le sens où son cinéma s’ouvre au fil des années à un public un peu plus large.

La Chambre du fils : Photo

Malgré une émotion qui peut paraître d’emblée dans son sujet (la perte d’un enfant), ce film avait tout pour se casser la gueule : comment filmer le deuil sans en faire des tonnes ? Comment rendre cette chronique familiale captivante ? Pourtant, Moretti s’en sort avec brio. Le film se veut simple notamment en prenant le temps de présenter chaque membre de la famille, leurs habitudes etc… La réalisation joue également sur la sobriété. Cependant, malgré cette simplicité en apparence, La Chambre du fils est vraiment émouvant. En réalité, c’est même cette sobriété qui permet au film de toucher le public. On aurait pu s’attendre à un film tire-larmes mais heureusement Moretti évite ce piège. Puis, surtout, cette sobriété, ce côté banal n’est qu’une apparence. En réalité, la mise en scène est exigeante et l’écriture remarquable, permettant de mettre en avant toute la complexité des sentiments humains. Le film est alors construit en trois parties. Dans la première partie, on nous présente la vie quotidienne d’une famille banale comme on en voit souvent, chacun ayant ses habitudes. Ce quotidien sera alors bouleversé par le décès du fils Andrea dans un accident de plongée. Dans la seconde partie, la cellule familiale est en crise, chacun réagit différemment suite à ce décès soudain : le père culpabilise, la mère s’effondre très rapidement et la soeur se défoule en jouant au basket. En ce qui concerne le père, il est intéressant de voir la confrontation entre la vie professionnelle et la vie privée. Le père (Giovanni) a l’habitude dans le cadre de son travail de voir la douleur des autres. Il pense qu’il pourra continuer à travailler après le décès de son fils. Mais sa douleur ne lui permet plus d’être compétent. La situation devient alors ironique, lui qui écoute les autres ne parvient pas à partager sa douleur en parlant avec quelqu’un d’autre. Cette deuxième partie présenterait alors une étude sur le comportement humain face au deuil, il y aurait alors une mise en abyme avec le travail de psychanalyste du père de famille.

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Enfin, dans la dernière partie, la famille aide Arianna, l’ancienne petite amie d’Andrea, à rejoindre la frontière française avec son Paul. Le voyage symbolise clairement la nouvelle vie de cette famille sans Andrea. Arianna est clairement une référence au fil d’Ariane, comme si l’âme d’Andrea s’était rattachée à elle : quand elle part, c’est comme si l’âme du fils pouvait partir à son tour définitivement, comme si la famille acceptait enfin sa mort. Même si chacun marche séparément dans le même cadre, la mer calme au dernier plan peut indiquer cet apaisement et surtout la possibilité d’un rapprochement entre chaque membre et par conséquent de la reconstruction de la cellule familiale : cela prendra encore du temps mais cette famille a désormais la possibilité de surmonter son drame et continuer sa vie. Il n’y a pas que la construction du scénario ou encore toutes les métaphores possibles qui sont intéressantes. Chaque détail, chaque dialogue, chaque plan compte et a une réelle signification. Par exemple, il est intéressant de voir comment la mort est omniprésente avant le décès d’Andrea : Giovanni roule en voiture pour se rendre chez un patient, un camion roule dangereusement sur la route, un voleur pousse violemment la mère au marché aux puces, la soeur a une conduite dangereuse sur sa motocyclette. Pourtant Andrea meurt dans un paysage qui n’a pas l’air dangereux, d’un calme effroyable. Pour conclure, La Chambre du fils est un magnifique film, accessible mais pas simpliste, profond, généreux, précis et rigoureux, mais jamais prétentieux ni méprisant avec ses spectateurs, au contraire. L’ensemble est juste, puissant, intelligent et émouvant, sans foutre un couteau sous la gorge aux spectateurs. Enfin, le casting est impeccable, la musique de Nicola Piovani est magnifique sans être envahissante et certains choix musicaux (Insieme a te non ci sto più de Caterina Caselli, By this river de Brian Eno etc…) sont pertinents.

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La Famille Bélier

réalisé par Eric Lartigau

avec Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino, Luca Gelberg, Roxane Duran, Ilian Bergala, Stephan Wojtowicz, Jérôme Kircher…

Comédie française, belge. 1h46. 2014.

sortie française : 17 décembre 2014

La Famille Bélier

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à
ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard, Louane Emera, Luca Gelberg

Les médias nous ont bassinés avec La Famille Bélier, bien avant sa sortie officielle au point de voir la gueule de Louane à peu près partout tous les jours. Cette surmédiatisation a été payante puisque le film a réuni dans les salles françaises plus de sept millions de spectateurs. Nommé en tout dans six catégories aux César, il a permis à Louane Emera, révélée dans This is the Voice The Voice (et elle m’agaçait énormément, mais passons), de remporter le César du meilleur espoir féminin. Cependant, je dois avouer que j’ai tendance à me méfier de ces films trop aimés par la presse et cette surmédiatisation m’a plus fait fuir qu’autre chose. Et en plus, j’ai un mal fou avec les chansons de Michel Sardou (j’exaspère pratiquement toutes les semaines mon entourage depuis très longtemps en disant que je n’aime pas ce type, je vais essayer de ne pas être relou durant cette chronique). Mais tout le monde sait ici que je suis plutôt curieuse (même si j’ai mes limites, parce que, faut pas trop déconner non plus), je me suis alors rattrapée quelques mois après sa sortie ciné. Au début, je dois avouer que j’étais sceptique. J’avais peur de voir un téléfilm tout mignon et déjà vu. Certes, on ne va pas se mentir : la mise en scène, pourtant correcte pour ce type de film, n’a rien d’exceptionnel. Quant à l’histoire, elle est assez basique sur le papier : une jeune fille découvre un talent pour la chanson et va devoir voler de ses propres ailes. Bref, le passage de l’adolescence à l’âge adulte n’a rien d’inédit. Cependant, je décide tout de même de laisser sa chance à ce film. Au début, quelques défauts me sautent aux yeux : par exemple, je trouve que Karin Viard et François Damiens gigotent un peu trop dans tous les sens ou encore le portrait des agriculteurs n’est pas toujours très flatteur (à côté, les agriculteurs de L’amour est dans le pré paraissent élégants, sans vouloir les offenser). Mais je réussis à laisser de côté ces quelques problème car le film est pour moi d’emblée drôle et frais. Je dois même vous dire qu’au fur et à mesure de mon visionnage, je tombe de plus en plus sous le charme de cette comédie plus mélancolique qu’elle en a l’air.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard

Il faut dire que le scénario, écrit par Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, reste tout de même assez réussi et efface la banalité de la mise en scène. Comme on dit, c’est simple mais efficace. Et simple n’est pas synonyme d’idiot. Ainsi, la situation paradoxale dans laquelle se situe la jeune Paula (être chanteuse dans une famille de sourds!) fonctionne malgré sa simplicité, il s’agit en tout cas d’une bonne base scénaristique et dans l’ensemble les scénaristes l’exploitent plutôt bien. Je trouve que les scénaristes ont su mettre en avant cet handicap avec humour (la gestuelle des parents et le contraste avec ce que dit Paula font partie de ces procédés comiques) mais sans se moquer. Surtout j’ai apprécié qu’on ne victimise pas les sourds (cela pourrait notamment expliquer le comportement parfois exagéré ou grossier des parents Bélier). Surtout au fil du film, le scénario fait de plus en plus de place à une certaine sensibilité bienvenue, et contrairement à certains gags, elle est loin d’être lourde. Par exemple, l’évolution de Paula reste subtile dans le sens où la découverte de son talent n’est pas brutale (contrairement à un grand nombre de films dans la même veine). Surtout, le film s’éloigne de plus en plus de la comédie pour faire place à une réelle émotion. Même la mise en scène, pourtant assez banale jusqu’à présent, s’améliore dans la seconde partie du long-métrage. La scène avec les parents qui assistent au concert de l’école est par exemple simple mais finalement assez ingénieuse : ils n’entendent pas leur fille chanter mais en observant la réaction du public autour d’eux dans le silence, ils savent que leur fille a du talent dans la chanson. Et, quitte à me faire passer pour une dépressive, j’ai pleuré comme une madeleine de cette scène en question jusqu’à l’avant-dernière scène, dans laquelle Paula reprend Je vole de Michel Sardou. Dans The Voice, j’avais vraiment du mal avec les prestations (assez niaises) de Louane. Puis, même si ses chansons restent pas mal en tête (oui, quand je suis seule dans ma voiture et que je mets RTL2, ça m’arrive de chanter super fort Avenir, je l’assume), je ne trouve pas son album très bon (oui, je l’ai écouté, merci Spotify !).

La Famille Bélier : Photo Ilian Bergala, Louane Emera

Or, dans le film, ses performances musicales ne m’ont pas déçue. Non seulement sa voix me parait plus pure mais surtout on sent qu’elle comprend vraiment ce qu’elle chante, il est merveilleux de voir comment les chansons de ce cher Michel Sardou intègrent le scénario. De plus, même si son jeu n’est pas impeccable (mais heureusement j’ai vite oublié ses quelques maladresses), Louane s’en sort franchement bien. Certes, je peux comprendre les détracteurs de son César, même s’il ne me semble pas honteux : la jeune fille n’a peut-être pas nécessairement envie de devenir actrice et rien ne dit qu’elle fera carrière dans le cinéma. De plus, il parait qu’il y avait en face de sérieuses concurrentes (notamment celles de Respire), des actrices déjà plus professionnelles malgré leur jeunesse. Ce que je veux dire, c’est que je ne peux pas dire à l’heure actuelle si Louane Emera méritait son César. Mais cela n’empêche pas que son interprétation m’a tout de même énormément touchée malgré quelques imperfections. On sent la jeune fille investie dans ce rôle et sa fraîcheur et sa sensibilité la rendent touchante. Depuis, j’ai beaucoup de sympathie et d’estime pour elle. Le reste du casting est également à la hauteur. Certes, comme je le disais au début, Karin Viard et François Damiens exagèrent beaucoup leurs mouvements (même si ça m’a quand même fait rire, heureusement pas tous les sourds s’agitent ainsi !). Cependant, sans faire de grimaces, ils restent expressifs et parviennent également à rendre leurs personnages émouvants. Les seconds rôles sont également très bons. Eric Elmosnino (décidément, les films musicaux, c’est son truc) est vraiment excellent dans le rôle de ce prof de musique raté et blasé féru de chansons françaises. Luca Gelberg (réellement sourd) est également bon même si son personnage aurait pu être plus développé. Pour conclure, La Famille Bélier a certes clairement ses défauts (la romance avec son bellâtre est effectivement un peu trop mignonne), mais je comprends mieux son succès (ce film m’a conquise, pourtant je suis compliquée) malgré un matraquage médiatique agaçant. Il s’agit selon moi d’un bon feel good movie, mieux écrit qu’il en a l’air malgré quelques facilités, souvent drôle et surtout très émouvant.

La Famille Bélier : Photo Eric Elmosnino

Connasse, Princesse des coeurs

réalisé par Eloïse Lang et Noémie Saglio

avec Camille Cottin, Stéphane Bern, Marie-Christine Adam…

Comédie française. 1h20. 2014.

sortie française : 29 avril 2015

Connasse, Princesse des coeurs

Camilla, 30 ans, Connasse née, se rend compte qu’elle n’a pas la vie qu’elle mérite et décide que le seul destin à sa hauteur est celui d’une altesse royale.

Connasse, Princesse des coeurs : Photo

A part vivre dans une grotte, même sans avoir la télé, on connaît à peu près tous le programme court de Canal +, Connasse, ne serait-ce que de nom (pour ceux qui aimeraient découvrir ou revoir les épisodes, ils sont disponibles sur youtube). Camille Cottin interprète alors la connasse en question, à savoir une trentenaire culottée et insolente, qui n’hésite pas à dire ce que tout le monde pense tout bas. Le truc en plus ? Les sketchs de deux minutes en moyenne sont filmés en caméra cachée. Au-delà du comportement odieux de la Connasse, ce sont aussi les réactions des gens qui sont très drôles : certains sont à bout, d’autres stupéfaits. Au final, beaucoup se retiennent et entrent malgré eux dans le jeu de Cottin ! Sans aller dans une analyse profonde de ce programme surtout drôle et sans prétention, Connasse est un programme qui me plaît énormément car on a tous connu ou vu une fille de ce genre dans certaines situations dans lesquelles on ne savait pas toujours comment réagir, ou alors parfois, étonnamment on aimerait aussi se comporter comme elle, c’est-à-dire dire tout ce qu’on pense sans se priver ! Contrairement à ce que pense Florence Foresti (même si je respecte totalement son opinion), Connasse n’a pour moi rien de sexiste, au contraire, je trouve qu’il faut rire de cette figure de femme insupportable et paradoxalement on pourra parfois se reconnaître en elle. Même si j’appréhendais le résultat (ce qui marche à la télé ne fonctionne pas toujours au cinéma), j’avais tout de même hâte de voir l’adaptation cinématographique (donc longue) de la série. Sans dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre (j’ai pour l’instant une préférence pour la version courte), j’ai tout de même été agréablement surprise par ce passage sur grand écran. Evidemment, avec ce procédé de caméra cachée et de sketchs, je ne vais pas juger ce film comme pour un film plus traditionnel. Mais quand on voit la pauvreté des comédies françaises actuellement, Connasse, Princesse des coeurs a au moins le mérite de faire rire et de divertir pendant 1h20 tout en étant un petit exploit explique, c’est-à-dire être un long-métrage filmé intégralement en caméra cachée.

Connasse, Princesse des coeurs : Photo Camille Cottin

On ne va pas s’attarder sur la mise en scène puisqu’il n’y en a pas réellement et c’est normal vu comme est tourné le film. En revanche, nous pouvons discuter du scénario. On serait tenté de le démonter puisqu’il s’agirait avant tout de tourner des scènes en mettant en avant la réaction spontanée des gens qui ne sont pas au courant qu’ils deviennent des personnages. Cependant, grâce à un fil conducteur et au déplacement de l’action en Angleterre, on découvre au fur et à mesure une histoire plutôt valable avec une véritable intrigue. Ce n’est peut-être pas grand-chose mais le film évite de tourner trop simplement au banal film à sketchs ou qu’on voit bêtement des gags pour voir des gags même si le but premier de cette comédie est de faire rire. La voix off de Camille Cottin, pas lourde, permet aussi de créer une unité narrative cohérente. De plus, son personnage gagne en épaisseur. Même s’il faut prendre ce film au 36e degré, sans vouloir détailler ma vie, son personnage fait écho à des gens que je connais, que j’ai croisés ou on peut même penser à certains pauvres imbéciles qu’on voit encore temps dans des émissions crétines. De plus, dire qu’il n’existe aucun scénario serait faux lorsque l’on sait qu’il a fallu à chaque fois préparer trois types d’histoire vu pour mieux réagir aux réactions des piégés et donc pour pouvoir mieux faire avancer l’intrigue mise en place. Les répliques, souvent drôles et piquantes, montrent aussi que ce scénario existe et peut quelque part être revendiqué malgré les apparences et malgré une évidente part d’improvisation, cette dernière a également le mérite de fonctionner. Malgré des imperfections évidentes et quelque part attendues, ce Connasse m’a éclatée tout le long. Les gags, plutôt inspirés et divers (allant de la réplique odieuse à des situations plus délirantes jusqu’à la parodie ou au déguisement), s’enchaînent sans temps mort mais sans épuiser non plus le spectateur. Au-delà de réelles qualités scénaristiques et d’une certaine ingéniosité technique, comme à la télé, le long-métrage repose également beaucoup sur les épaules de la talentueuse de Camille Cottin.

Connasse, Princesse des coeurs : Photo Camille Cottin

Bilan – avril 2015

Cinéma

* Les films sortis au cinéma

Big Eyes (Tim Burton, 2015) 3/4

Les Nouveaux Héros (Don Hall & Chris Williams, 2015) 4/4

Dark Places (Gilles Paquet-Brenner, 2015) 1/4

Enfant 44 (Daniel Espinosa, 2015) 2/4

Une belle fin (Uberto Pasolini, 2015) 4/4

Connasse, Princesse des coeurs (Eloïse Lang & Noémie Saglio, 2015) 3/4

Une belle fin Les Nouveaux Héros Big Eyes

* Rattrapages

White Bird (Gregg Araki, 2014) 3/4

Les saveurs du palais (Christian Vincent, 2012) 2/4

Les âmes silencieuses (John Pogue, 2014) 1/4

Night Call (Dan Gilroy, 2014) 3/4

La famille Bélier (Eric Lartigau, 2014) 3/4

Don’t Be Afraid of the Dark (Troy Nixey, 2010) 1/4

Secret d’état (Michael Cuesta, 2014) 3/4

Very Bad Cops (Adam McKay, 2010) 2/4

20 ans d’écart (David Moreau, 2013) 2/4

White Bird Night Call La Famille Bélier

Télévision

Les Témoins (saison 1, 2015) 2/4

The Wrong Mans (saison 1, 2013) 3/4

Broadchurch (saison 2, 2015) 4/4

The Walking Dead (saison 5, 2014) 2/4

Unbreakable Kimmy Schmidt (saison 1, 2015) 3/4

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Lecture

Vespéras (Adriana Lunardi, 2005) 2/5