Une belle fin

réalisé par Uberto Pasolini

avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza, Paul Anderson, Tim Potter…

titre original : Still Life

Comédie dramatique britannique, italien. 1h27. 2013.

sortie française : 15 avril 2015

Une belle fin

Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

Uberto Pasolini n’a rien à voir avec Pier Paolo Pasolini. En revanche, il est le neveu de Luchino Visconti. Il est également producteur du fabuleux The Full Monty. Malgré ses liens étroits avec le cinéma, il est pratiquement un débutant derrière la caméra. Cela ne l’a pas empêché de signer un des plus meilleurs films de l’année pour l’instant, Une belle fin. Je dois avouer que je ne l’ai pourtant pas adoré tout de suite, je trouvais notamment sa première partie un peu lente et l’histoire assez déprimante. Mais en réalité, je crois que j’ai voulu me préserver face à tant d’émotions, d’humanité et de vérités. Le film est simple, ou plutôt a l’air simple, mais en réalité il est bien foutu. On comprend vite que la simplicité, la banalité même dégagée tout au long du film est volontaire de la part de Pasolini, notamment en nous mettant en scène un personnage avec un nom commun (John May, sorte de John Doe). Pourtant, ce type qui semble banal (même si son visage ne l’est pas tant que ça) ne fait pas un métier habituel et par ses actes, sa sincérité et son humanité, John May n’est pas un type comme les autres. Grâce à son métier, il nous fait comprendre que chaque vie compte (d’où l’un des sens de Still Life, « encore la vie »). Puis, simple ne signifie pas simpliste. Il y a tout de même un véritable travail de mise en scène. En effet, l’autre sens de Still Life est « nature morte ». Pasolini réussit à mettre en scène littéralement la « vie immobile » du héros : ainsi, le choix des plans fixes est pertinent car il correspond à la vision de John May sur son existence. Les références à la nature morte sont évidemment nombreuses, notamment à travers les gestes minimalistes du personnage principal qui mange régulièrement des pommes et ou encore quand il assemble les photos des morts dans son album. Certains plans ressemblent même à des tableaux. Le réalisateur italien joue également discrètement avec les couleurs, notamment au début avec des couleurs froides (le bleu et le gris).

Une belle fin : Photo Eddie Marsan, Joanne Froggatt

Cependant, même si Still Life est un très beau film, à la fois doux, féroce, tendre, triste et optimiste (cela est étrange de mettre ces adjectifs ensemble, pourtant nous retrouvons bien ces différents sentiments et aspects dans ce long-métrage), le discours social n’a rien de mignon, au contraire, il est assez féroce. Pasolini nous présente l’isolement social des gens dans une société individualiste, matérialiste et égoïste ainsi que la perte des responsabilités morales et sociales face à la disparition d’un proche. Pourtant, le film fait aussi écho aux propres peurs des vivants : que personne ne se déplace pour son enterrement. Comme tout le reste, le scénario a l’air simple mais encore une fois, il est très efficace, cohérent, n’oubliant jamais les détails tout en restant subtil et va au bout de ses idées. La fin est vraiment réussie, à la fois magnifique, onirique et ironique. Enfin, le casting est très bon. Eddie Marsan, toujours abonné aux seconds rôles, est excellent dans le rôle principal. Il l’était déjà très bon dans ses autres films mais là il est vraiment épatant. Il y a beaucoup de pudeur dans son interprétation, ce qui rend d’autant plus son personnage attachant et touchant (attouchant ?) et on sent l’acteur investi, précis et naturel à la fois. Les seconds rôles sont également très bons, notamment Joanne Froggatt. Pour conclure, Une belle fin est une des plus belles réussites de l’année. Certes, le sujet n’est pas forcément joyeux et malgré la tristesse que j’ai eu pendant tout le long de ma séance, Une belle fin est aussi et même surtout une ode à la vie. Il s’agit d’un film modeste, abouti et très profond, qui nous concerne tous et qui est réellement émouvant mais jamais larmoyant alors qu’il l’aurait facilement tomber dans ce piège.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

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20 réflexions au sujet de « Une belle fin »

  1. @ Chonchon :
    J’ai pensé justement à toi en écrivant ma critique ! Je pense que tu ne vas peut-être pas adorer, il y aurait toujours cette barrière qui te gênera (enfin je pense) mais comme il y a quand même une véritable mise en scène (qui fait que ce n’est pas filmer banalement, ce qui peut aussi peut-être t’agacer), une écriture assez remarquable (encore une fois, la fin, qui clôt bien le film), peut-être que tu surmonteras cet obstacle.

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  2. Il a tout pour me plaire. Des gens, des vrais, de l’humanité et un propos peu commun. Jamais vu Eddie Marsan, mais Andrew Buchan étant de la partie j’ai hâte de voir ce dont il est capable. Par contre, selon la bande annonce, la dominante semble être bleu/gris, chose que je déteste, en général je déteste les filtres.

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  3. Comme Chonchon, je n’aime pas les films avec « des gens qui vivent », & même si ton billet pourrait éventuellement sur un malentendu donner envie, je ne franchirai pas le pas … 😉

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  4. J’avoue avoir pensé à Pier Paolo en voyant le nom, mais visiblement aucun rapport. Ppur ce qui est du film je ne l’ai pas vu mais je dois avouer que ta chronique donne envie. Simple mais efficace visiblement.

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  5. @ Amandine :
    Sérieusement, tu n’as jamais vu Eddie Marsan ? Parce qu’il apparaît dans un paquet de films mine de rien ! Andrew Buchan a un petit rôle mais on le remarque (c’est un salauuud). C’est vrai qu’il y a quelques filtres bleu/gris mais je trouve que ça sert le film (et on n’est pas non plus chez Soderbergh).

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  6. @ Vince :
    Mais il y a quand même toujours un lien avec un grand réa italien 😮
    Je ne sais pas du tout si ce genre de films te branche mais je ne peux que te le conseiller.

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  7. mais qu’est qui vous arrive, chère Tina? vous vous amadouez me semble t-il…je m’attendais en cliquant sur ton lien, à lire une critique féroce de ta part, et elle est super enthousiasme encore plus que la mienne c’est dire :o) Personnellement j’ai beaucoup aimé aussi mais j’avais quand même trouvé que le début du film mettait un peu de temps à s’installer, qu’on avait bien compris la routine de ce personnage mais qu’il y avait peut etre une ou deux scènes en trop sur ses habitudes notamment alimentaires :o)… enfin la dernière partie m’avait semblé vraiment très très belle ( surtout quand il rencontre l’amour c’est mon coté cucu…euh fleur bleue), et notamment la fin vraiment émouvante, et du coup le film m’avait largement convaincu, mais je ne pense quand meme que comme toi ce film restera parmi les plus belles réussites de l’année :o) très bonne journée à toi

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  8. @ Filou :
    Tu as vu ? J’AI UN COEURRRRR ❤ Non, là en fait, j'ai juste la chance de tomber sur de "bons" films selon moi. Mais la méchante Tina peut revenir à n'importe quel moment (je parle comme une schizophrène, c'est effrayant). D'accord sur le début, peut-être quelques longueurs (pour rester objectif) mais cela ne m'a pas empêchée d'aimer énormément ce film 🙂

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  9. J’aime bien cet acteur méconnu qui apparaît souvent dans des seconds rôles, capable d’être à la fois drôle ou inquiétant en tueur.

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  10. Ma foi, tout ce que j’ai lu dans ta chronique correspond bien à ce que j’ai ressenti. Eddie Marsan est vraiment un excellent acteur, avec sa tête incroyable, et il porte à merveille de personnage. Ce film est aussi cruel que doux, ça forme un mélange étonnant et vraiment réussi.

    Content que ça t’ait plu, encore plus qu’à moi, visiblement ! 🙂

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