Crash

réalisé par David Cronenberg

avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Kara Unger, Rosanna Arquette…

Drame érotique canadien, britannique. 1h40. 1996.

sortie française : 17 juillet 1996

interdit aux moins de 16 ans

Crash

James et Catherine Ballard, un couple dont la vie sexuelle s’essouffle quelque peu, va trouver un chemin nouveau et tortueux pour exprimer son amour grâce aux accidents de voiture. A la suite d’une violente collision, ils vont en effet se lier avec des adeptes des accidents…

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Crash, le film tant controversé de David Cronenberg, est l’adaptation du roman du même nom de J.G. Ballard, premier volet de la « Trilogie de béton » et publié en 1973. Il avait également remporté au festival de Cannes en 1996 le prix spécial du jury. Je ne connais pas forcément la filmographie de David Cronenberg de A à Z (même si je m’aperçois que j’ai tout de même vu dix de ses films – il faut que je découvre plus ses premiers films) mais je m’étais déjà aperçue que le réalisateur canadien s’intéressait aux liens réunissant la violence, le sexe et la mort. Ainsi, le contact avec les voitures et la provocation volontaire d’accidents de voiture vont permettre aux personnages de trouver la jouissance. En étant sans cesse à la recherche d’une nouvelle forme de sexualité, en multipliant les expériences, les personnages cherchent à s’épanouir, mais pour pouvoir y arriver, il faut passer par la mort. On peut alors rappeler le surnom – non anodin – de l’orgasme : « la petite mort ». En adaptant le livre de Ballard (également personnage principal de l’histoire), David Cronenberg a voulu exploiter, à sa manière, des théories de psychanalyse, que nous pouvons notamment trouver chez Sigmund Freud. Effectivement, Freud nomme « Thanatos » la pulsion de la mort du plaisir (qui serait alors la frustration) qui habiterait chaque être humain. Il l’oppose à l’ « éros », la pulsion de la vie du plaisir (c’est-à-dire la libido). Si on suit alors ce raisonnement, Eros et Thanatos représentent les deux extrémités de la sexualité de l’homme. Cependant, chez Cronenberg, la frontière entre ces deux notions semble volontairement floue, pour mieux montrer toute la complexité même de l’être humain, comme si l’un répondait et se confondait à l’autre et vice et versa.

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La psychanalyse n’est pas toujours intéressante, cela peut vite devenir bavard (comme dans un autre film de Cronenberg, A Dangerous Method). Heureusement, la mise en scène de Cronenberg est très réussie, parvenant à montrer la voiture, symbole phallique et synonyme de performance et de puissance, instrumentalise l’existence de l’homme par le sexe. Le réalisateur parvient également à filmer les collisions de voiture en tant que représentations de l’acte sexuel (la jouissance passe ainsi par la mort). Crash propose alors une intéressante réflexion sur l’homme dominé par la technologie, le sexe et ses pulsions. Les scènes de sexe sont également réussies même s’il ne faut pas montrer ce film à n’importe qui. Evidemment que certains pourront être choqués. Pour ma part (et pourtant je n’hésite pas à pousser mes coups de gueule quand ce type de scènes me dérange dans certains films), elles ne m’ont pas choquée esthétiquement car elles ne sont vulgaires. Cronenberg ne les filme pas de manière perverse (malgré des personnages tordus), ces scènes ont une véritable signification. De plus, elles sont réellement érotiques, sensuelles et osées tout en restant plutôt violentes ou dérangeantes. Dans l’ensemble, le casting m’a également convaincue. James Spader et Holly Hunter sont toujours impeccables dans la peau de ces personnages tourmentés. Elias Koteas est vraiment la très bonne surprise de ce film, vraiment bluffant. En revanche, j’ai toujours autant de mal avec Deborah Kara Unger, que j’ai toujours trouvée mauvaise et même naturellement vulgaire (et c’est pas une question de sexe : je la trouverais même vulgaire en mère Teresa), hélas cela ne s’arrange pas dans ce film. Même si elle peut être lassante à la longue, j’ai également apprécié la musique composée par Howard Shore.

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Malgré des qualités évidentes et une réflexion psychanalytique sur le rapport entre le sexe et la mort réellement riche, je ne peux pas dire que Crash m’ait réellement plu. La psychologie est au coeur de ce film, elle apparaît dans les thèmes dégagés et même en général dans la mise en scène de Cronenberg. Je crois qu’on arrive aussi à apercevoir ce lien fort entre la mort et le sexe parce qu’on sait ce qu’on regarde, ce sont les contextes extérieurs au film qui nous aident à réfléchir. En revanche, le réalisateur passe selon moi à côté de la psychologie des personnages. Les personnages ne semblent qu’agir, mais j’ai eu du mal à comprendre vraiment ce qu’il se passe dans leur tête. Je vois où veut en venir Cronenberg, c’est-à-dire qu’il veut probablement lier les relations sexuelles devenues mécaniques avec la mécanique des automobiles. Mais tout est si froid, on a du mal à s’attacher ou à s’identifier à cette bande de pervers totalement déshumanisée, on ne comprend pas leurs réactions. En plus, par un gros coup de bol, les Ballard arrivent à trouver, non pas une seule personne aussi timbré qu’eux mais plusieurs personnes ! Certes, les scènes de sexe ne m’ont pas en elles-mêmes dérangées ni concrètement choquées. Cependant, elles ne sont pas assez espacées entre elles, on n’a pas le temps de respirer ou de reprendre le fil de l’histoire. Je ne pourrais pas dire que je me suis ennuyée (le film a l’avantage d’être court) mais j’ai trouvé les scènes très répétitives, surtout dans la seconde partie. J’imagine encore une fois que c’est une volonté de Cronenberg, pour montrer une forme d’addiction, le fait que le sexe soit devenu littéralement mécanique mais l’effet ne fonctionne pas réellement. Enfin, si d’un point de vue purement « visuel » les scènes de sexe ne m’ont pas choquée, le scénario ressemble parfois à du porno stylisé (du genre tout le monde couche avec tout le monde sans se poser de questions, en testant toutes les possibilités possibles). Je ne connais pas les intentions exactes de Cronenberg, avec lui rien ne me semble impossible. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi mais à condition que ce soit véritablement efficace. Or, encore une fois, j’étais plus lassée que réellement impressionnée ou captivée.

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26 réflexions au sujet de « Crash »

  1. J’ai absolument ADORE ce film, qui a déclenché chez moi une vraie dissert sur mon blog ! Un film culte. Contente en tous cas que tu aies saisi le message de Cro et apprécié sa réalisation, même si globalement tu n’as pas trop aimé. Le film a tellement été controversé que je suis toujours heureuse quand quelqu’un le regarde avec un œil objectif.

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  2. Film malaise par excellence et pas pour tout le monde. Soit on adore, soit on déteste. Perso, j’aime bien le rapport entre le sexe et la tôle froissée pourtant Cronenberg n’est pas, de loin, mon réal favori. Le film eut un certain succès lors de sa sortie vidéo en 97.

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  3. J’ai eu exactement la même réaction que toi sur ce film. Je pensais que j’aillais vraiment accrocher, mais je sais pas, je n’y ai pas cru. Le débat était pourtant intéressant, mais c’est peut être un brin prétentieux.

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  4. @ Eelsoliver :
    En tout cas, de ce que j’ai vu, c’est pas le film de Cronenberg que je préfère même s’il reste supérieur à d’autres films qu’il a pu faire.

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  5. @ Yuko :
    Je ne sais pas si c’est une question de genre. Si je vois autant de films de ce genre, c’est parce qu’au fond je les réclame. La question serait plutôt : est-ce que ce type de sujet est réellement cinématographique ? Et s’il est (je pars du principe que oui), n’est-il pas casse-gueule ?

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  6. @ Chonchon :
    Je viens de lire ta critique de Crash sur ton blog, effectivement elle est bien argumentée ! C’est vraiment ça : j’ai été sensible à la réflexion, mais pas spécialement à la forme.

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  7. @ Sentinelle :
    Même si je n’ai vraiment aimé ce film (ni détesté, vraiment je l’ai trouvé moyen) et même si j’ai trouvé certaines scènes répétitives, je ne me suis pas concrètement ennuyée, surtout que le film ne dure pas trop longtemps.

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  8. @ Inthemoodforgore :
    Paradoxalement, je pense que tu as raison sur le fait que c’est un film qui tranche les spectateurs et bizarrement je me trouve vraiment au milieu de ces deux avis extrêmes !

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  9. @ Vince :
    Même si je ne l’ai pas ressenti en regardant le film, effectivement la prétention est toujours quelque chose à envisager. Je dirais en tout cas que c’est trop froid, trop concentré sur la mise en scène et la réflexion et que Cronenberg délaisse trop ses personnages. Sur un sujet similaire, j’ai pratiquement eu le même ressenti sur L’Empire des sens.

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  10. J’aime beaucoup ce film de Cronenberg. en ce qui me concerne, je ne le trouve pas si psychologique que ça. Sa partie psy arrive à mon avis plus tard dans sa carrière (l’actuelle, celle qui m’intéresse le moins).
    Ici, on est dans ma période préférée de Cronenberg, celle qui va chercher l’organique dans la mécanique, qui voit dans la machine quelque chose de vivant, de sensuel. Pour moi, ce Cronenberg là, c’est le grand prêtre du bio méca (voire Videodrôme ou le formidable Existenz) Plus que montrer le sexe comme mécanique, je pense que son but est plutôt l’inverse, de montrer la mécanique comme formidablement sexuelle. Montrer l’homme moderne comme une sorte de fétichiste technophile qui voudrait s’allier corporellement avec la machine, et enfanter le cyborg. A l’heure du tout virtuel, c’est aujourd’hui un peu daté, mais à l’époque, quelle claque dans la tronche (en même temps, j’étais même pas majeure quand je l’ai vu, tu penses s’il m’a marquée…).
    Ici, le véhicule est vu comme une extension du corps, et le « crash », cette encastrement est le summum pour les personnages de l’érotisme. J’avais lu le bouquin de Ballard aussi, mais j’avoue que je l’avais trouvé plus froid, et surtout plus difficile à comprendre que le film (J’avoue que je ne comprends pas comment on peut choisir, volontairement, de faire une telle adaptation. Mais en même temps, Cronenberg s’est bien essayé au Festin nu, qui est probablement le truc le plus cryptique que j’ai jamais lu…)

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  11. James Spader Mmmmm… A quand un vrai retour au lieu de s’encroûter dans cette connerie de The Blacklist ! Même si le temps à fait son œuvre il conserve ce charisme et cette sensualité. Faut croire que les grands acteurs ont tous le syndrome Gary Oldman arrivé 50 ans.

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  12. @ Girlie Cinéphilie :
    Je pense qu’il y a tout de même une dimension psychologique / psychanalytique / sexologique (?? bref dans ce domaine-là 😮 ). Je pense qu’il a toujours été dans ce domaine, au fond, on retrouve toujours les mêmes thématiques, les mêmes pensées qui obsèdent Cronenberg, mais je crois que son cinéma a juste évolué en forme. Maintenant il est plus dans le blabla (et ça m’agace d’ailleurs). Avant, ses autres films n’étaient pas pénibles car il mêlait justement toute sa réflexion psychologique (selon moi) à d’autres types de réflexion, toujours dans cette envie de décortiquer l’humain, sa relation avec le monde moderne et le sexe (en fait, tout ce que tu dis dans ton commentaire, très pertinent et juste au passage 🙂 ). Personnellement, si je n’ai pas forcément aimé tous les choix qu’a fait Cronenberg, je trouve en revanche que son film reste très moderne !
    « Plus que montrer le sexe comme mécanique, je pense que son but est plutôt l’inverse, de montrer la mécanique comme formidablement sexuelle. » = en fait, je pense qu’on peut ça en relation entre le sexe et la mort : je pense que les deux se répondent !
    « (J’avoue que je ne comprends pas comment on peut choisir, volontairement, de faire une telle adaptation. Mais en même temps, Cronenberg s’est bien essayé au Festin nu, qui est probablement le truc le plus cryptique que j’ai jamais lu…) » : disons que Cronenberg semble être… torturé !
    Contente de voir une fan d’Existenz ! (tellement de gens ne l’aiment pas, alors on se soutient 😮 ).

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  13. @ Amandine Dismoimedia :
    Je n’ai pas regardé Blacklist, j’avoue que ça ne me tentait pas, j’avais l’impression que c’était du déjà vu ! Par contre, je trouve que Spader était mieux avant, là je trouve qu’il a mal vieilli !

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  14. A cette critique en demi-teinte, j’ajoute mon avis bien plus enthousiaste : il s’agit pour moi d’un des fleurons de la filmo du Canadien. Quand Cronenberg met du Ballard dans son moteur ça carbure du tonnerre ! et bien mieux que dans les limousines de DeLillo. Je reste aujourd’hui un fan du réalisateur, un des rares qui a su toujours renouveler son cinéma sur la forme tout en explorant différentes zones de la psyché humaine. Tu évoques d’ailleurs très justement « A dangerous method » (un titre qui aurait parfaitement collé à ces accouplements de carrosseries) qui fraye avec la psychanalyse (tout comme « spider » avant cela), autre film mal-aimé auquel j’apporte évidemment un soutien sans faille.

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  15. @ Crash :
    Ah ça je suis d’accord, Crash est quand mieux que Cosmopolis, même si je trouve ce dernier intéressant (mais trop baaaavaaaard, crèèèèèève).
    C’est difficile pour moi d’affirmer si j’aime ce réa vu que j’ai quand même pas vu sa première période (enfin pas tout, loin de là). En gros, j’ai vu surtout ses plus récents et j’avoue ne pas être fan même s’il propose des choses intéressantes. Par exemple, j’ai bien aimé son dernier Maps to the stars, je défends également Existenz, en revanche, je déteeeeste Spider et je trouve A history of violence hyper surestimé. En revanche, j’adore La Mouche et Dead Zone.

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  16. Il garde quand même son charme mais il s’est un peu laissé aller. Comme pour sa carrière, il se bouge quand il a besoin de pognon. De son propre aveu il est très fainéant d’où ce j’men foutisme. C’est d’ailleurs un truc qui m’intéresse, un spécialiste ou journaliste devrait nous expliquer ce qui se passe avec ces grands acteurs, capables d’excellents choix, dont la carrière décline mystérieusement.
    Et tu ne perds rien avec The Blacklist, vide et dans le moule des soupes policières.

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  17. Tiens, c’est curieux cette répulsion pour « spider », qui n’est pourtant pas le film le plus désagréable de Cronenberg (un sentiment plus compréhensible pour « Crash » par exemple).

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  18. @ Amandine Dismoimedia :
    Je te laisse le vieux Spaaader, je préfère le James beau, lisse et sa sexytude de l’époque mouahahaha.
    Je suis totalement pour ce type d’explications !
    C’était l’impression que me donnait Blacklist, je ne regreeeette pas (et puis j’ai trop de séries à regarder, je ne m’en sors plus!).

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  19. @ Princécranoir :
    Spider est pour moi d’un ennui à mourir, j’ai vraiment cru crever, j’ai lutté de toutes mes forces pour ne pas sombrer ! Et puis Ralph Fiennes me faisait penser à Ben Stiller en Simple Jack dans Tonnerre sous les tropiques, j’en pouvais plus !

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