Secret d’état

réalisé par Michael Cuesta

avec Jeremy Renner, Rosemarie DeWitt, Oliver Platt, Mary Elizabeth Winstead, Ray Liotta, Tim Blake Nelson, Barry Pepper, Michael Sheen, Paz Vega, Andy Garcia…

titre original : Kill the Messenger

Biopic, drame américain. 1h52. 2014.

sortie française : 26 novembre 2014

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et Metropolitan Filmexport.

Sur Cinétrafic : Les films d’action dont ceux de 2015.

Secret d'état

Une vérité incroyable se dessine : les rebelles du Nicaragua travailleraient directement avec la CIA pour introduire de la cocaïne aux Etats-Unis et l’argent résultant de ce trafic servirait à armer les milices des Contras que veulent soutenir les Etats-Unis. Pour faire exploser la vérité, Webb prend tous les risques et se rend au Nicaragua afin de soutirer des informations essentielles au baron de la drogue Norwin Meneses. Il écrit bientôt une série d’articles qui secoue l’Amérique tout entière…
Webb devient alors une cible pour les journalistes rivaux mais aussi pour les responsables du trafic : un véritable complot se trame contre lui…

Secret d'état : Photo Jeremy Renner

Secret d’état est sorti dans les salles françaises en fin novembre dernier dans l’indiscrétion la plus totale. Il faut dire que le titre français est un peu trop passe-partout (il faut voir le nombre de films qui s’intitule « secret de quelque chose » ou « machin d’état », forcément ça n’inspire plus au bout d’un moment). Le titre original, Kill the Messenger, a déjà bien plus de sens, surtout une fois qu’on a vu le film. En tout cas, même s’il ne s’agit évidemment pas du film du siècle, Secret d’état est pour moi un bon film qui mérite d’être vu rien que par son sujet. Je peux même dire qu’il s’agit même d’une bonne surprise vu que je n’en attendais rien. Pour écrire le scénario, le scénariste et ancien journaliste Peter Landesman s’est appuyé sur deux ouvrages : Dark Alliance de Gary Webb et Kill the Messenger: How the CIA’s Crack-cocaine Controversy Destroyed Journalist Gary Webb de Nick Schou. Ainsi, le film est tiré de l’histoire vraie de Gary Webb, un journaliste qui a publié une série d’articles nommés « Dark Alliance » à partir de 1996 dans le San Jose Mercury News. Au cours de son enquête, Webb a alors découvert le financement des contras au Nicaragua par des narcotrafiquants couverts par la CIA. Ainsi, la CIA a favorisé la distribution du crack dans les banlieues noires de Los Angeles, ce qui a provoqué une « épidémie de crack ». Cependant, cette vérité a évidemment un prix, chacun voulant se préserver, notamment son propre journal qui ne va pas avoir le courage d’assumer les articles. Suite à cette affaire, Webb démissionne du Mercury News et a délaissé le journalisme. En 2004, il est retrouvé à Sacramento avec deux balles dans la tête (mais la police dit qu’il s’agit d’un suicide : je ne suis pas forcément adepte de la théorie du complot mais il faut avouer que c’est très étrange).

Secret d'état : Photo Mary Elizabeth Winstead

Rien que le résumé nous fait comprendre que l’affaire en elle-même est passionnante. Evidemment, le scénario a apparemment romancé le récit mais il a tout de même sur retranscrire les différents enjeux des enquêtes journalistiques de Gary Webb. Le film réussit à trouver un bon équilibre entre le thriller politique et le drame. De plus, le langage reste accessible pour ceux qui ne connaissent pas forcément cette affaire (vraiment importante et étonnamment pas si connue que ça) tout en utilisant un jargon crédible. Grâce à une mise en scène solide et un scénario plutôt efficace, Michael Cuesta, réalisateur de 12 and Holding (avec déjà Jeremy Renner au casting) et du polémique Long Island Express (L.I.E.), réussit aussi à dresser le portrait fascinant d’un homme courageux, passionné et intègre, seul contre tous et pris un tourbillon médiatique et politique. Dans le rôle principal, Jeremy Renner est vraiment impeccable et a vraiment les épaules pour tenir un tel rôle. Certains seconds rôles sont également remarquables, comme par exemple ceux tenus par Mary Elizabeth Winstead, Oliver Platt ou encore Michael Sheen. Je note tout de même quelques défauts : même si le film est captivant et parvient à tenir le spectateur en haleine, il y a tout de même quelques longueurs. Puis, on a quand même l’impression que Webb a eu de la chance de tomber sur LE sujet de l’année et se découvre un talent pour l’investigation. Il ne faut pas oublier que Webb avait déjà une solide carrière de journaliste. De plus, sa participation au reportage collectif sur le tremblement de terre de Loma Prieta lui a permis de remporter en 1990 le Prix Pulitzer avec d’autres collègues. Malgré ces maladresses, Secret d’état est un film captivant, engagé, important pour la liberté de la presse.

Secret d'état : Photo Jeremy Renner

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Une belle fin

réalisé par Uberto Pasolini

avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza, Paul Anderson, Tim Potter…

titre original : Still Life

Comédie dramatique britannique, italien. 1h27. 2013.

sortie française : 15 avril 2015

Une belle fin

Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

Uberto Pasolini n’a rien à voir avec Pier Paolo Pasolini. En revanche, il est le neveu de Luchino Visconti. Il est également producteur du fabuleux The Full Monty. Malgré ses liens étroits avec le cinéma, il est pratiquement un débutant derrière la caméra. Cela ne l’a pas empêché de signer un des plus meilleurs films de l’année pour l’instant, Une belle fin. Je dois avouer que je ne l’ai pourtant pas adoré tout de suite, je trouvais notamment sa première partie un peu lente et l’histoire assez déprimante. Mais en réalité, je crois que j’ai voulu me préserver face à tant d’émotions, d’humanité et de vérités. Le film est simple, ou plutôt a l’air simple, mais en réalité il est bien foutu. On comprend vite que la simplicité, la banalité même dégagée tout au long du film est volontaire de la part de Pasolini, notamment en nous mettant en scène un personnage avec un nom commun (John May, sorte de John Doe). Pourtant, ce type qui semble banal (même si son visage ne l’est pas tant que ça) ne fait pas un métier habituel et par ses actes, sa sincérité et son humanité, John May n’est pas un type comme les autres. Grâce à son métier, il nous fait comprendre que chaque vie compte (d’où l’un des sens de Still Life, « encore la vie »). Puis, simple ne signifie pas simpliste. Il y a tout de même un véritable travail de mise en scène. En effet, l’autre sens de Still Life est « nature morte ». Pasolini réussit à mettre en scène littéralement la « vie immobile » du héros : ainsi, le choix des plans fixes est pertinent car il correspond à la vision de John May sur son existence. Les références à la nature morte sont évidemment nombreuses, notamment à travers les gestes minimalistes du personnage principal qui mange régulièrement des pommes et ou encore quand il assemble les photos des morts dans son album. Certains plans ressemblent même à des tableaux. Le réalisateur italien joue également discrètement avec les couleurs, notamment au début avec des couleurs froides (le bleu et le gris).

Une belle fin : Photo Eddie Marsan, Joanne Froggatt

Cependant, même si Still Life est un très beau film, à la fois doux, féroce, tendre, triste et optimiste (cela est étrange de mettre ces adjectifs ensemble, pourtant nous retrouvons bien ces différents sentiments et aspects dans ce long-métrage), le discours social n’a rien de mignon, au contraire, il est assez féroce. Pasolini nous présente l’isolement social des gens dans une société individualiste, matérialiste et égoïste ainsi que la perte des responsabilités morales et sociales face à la disparition d’un proche. Pourtant, le film fait aussi écho aux propres peurs des vivants : que personne ne se déplace pour son enterrement. Comme tout le reste, le scénario a l’air simple mais encore une fois, il est très efficace, cohérent, n’oubliant jamais les détails tout en restant subtil et va au bout de ses idées. La fin est vraiment réussie, à la fois magnifique, onirique et ironique. Enfin, le casting est très bon. Eddie Marsan, toujours abonné aux seconds rôles, est excellent dans le rôle principal. Il l’était déjà très bon dans ses autres films mais là il est vraiment épatant. Il y a beaucoup de pudeur dans son interprétation, ce qui rend d’autant plus son personnage attachant et touchant (attouchant ?) et on sent l’acteur investi, précis et naturel à la fois. Les seconds rôles sont également très bons, notamment Joanne Froggatt. Pour conclure, Une belle fin est une des plus belles réussites de l’année. Certes, le sujet n’est pas forcément joyeux et malgré la tristesse que j’ai eu pendant tout le long de ma séance, Une belle fin est aussi et même surtout une ode à la vie. Il s’agit d’un film modeste, abouti et très profond, qui nous concerne tous et qui est réellement émouvant mais jamais larmoyant alors qu’il l’aurait facilement tomber dans ce piège.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

Big Eyes

réalisé par Tim Burton

avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schwartzman, Terence Stamp, Jon Polito, James Saito, Delaney Raye, Guido Furlani, Madeleine Arthur…

Biopic, comédie dramatique américaine, canadienne. 1h47. 2014.

sortie française : 18 mars 2015

Big Eyes

BIG EYES raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail.

Big Eyes : Photo Amy Adams, Christoph Waltz

J’aime bien Sweeney Todd (malgré des chansons abominables), Les Noces Funèbres et Frankenweenie (même si je préfère le court-métrage). Cependant, depuis une dizaine d’années, Tim Burton nous offrait des films pas à la hauteur de son immense talent. Son Alice au pays des merveilles et Dark Shadows font partie de ses films les plus désespérants, Burton qui réussit à caricaturer son propre univers jusqu’au foutage de gueule. Evidemment, je redoutais énormément ce Big Eyes. Plutôt apprécié par la presse, le film a été en revanche boudé par un grand nombre de blogueurs. J’ai vraiment hésité à aller le voir. Le sujet était intéressant mais sur le papier j’avais du mal à voir ce que venait foutre Burton dans ce projet, surtout visiblement un film de commande. Comme je suis tout de même curieuse, je me suis tout de même déplacée pour le voir en salles. Et, à ma plus grande surprise, Big Eyes m’a vraiment plu, j’ai l’impression que Burton s’était enfin réveillé. Je sais que certains parmi vous vont hurler après la lecture de ce billet (« quooooi ? Tu t’appelles Tinalakiller et tu ne tues pas ce film ? »), je me prépare éventuellement à un débat acharné, à m’arracher les cheveux, à m’engueuler (la routine quoi). Mais je tenais à défendre ce film qui m’a emballée et que je considère comme le meilleur long-métrage de Burton depuis des lustres. Certes, je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre et au fond, je comprends la déception que certains ont pu ressentir. Mais, contrairement à un Dark Shadows qui, en apparence, ressemblait à du Burton mais était surtout un énorme foutage de gueule, Big Eyes ne serait pas à première vue un pur Burton. Pourtant, plus j’avançais dans le film, plus je retrouvais étrangement son univers. Certes, la mise en scène n’est pas autant marquée que ses autres films, il manque effectivement le petit grain de folie que nous connaissons tous chez Burton. Nous pouvons même dire que la mise en scène reste très classique. Cependant, il n’y a rien d’insultant dans ce terme (il le devient quand j’ajoute « trop » devant). La mise en scène reste pour moi plus que convaincante et est cohérente avec le scénario écrit par deux Scott Alexander et Larry Karaszewski (les scénaristes de Larry Flynt, Man on the Moon et… Ed Wood). Evidemment, le scénario est classique dans le sens où il retrace l’histoire des Keane chronologiquement. Cependant, j’ai tout de même l’impression que certains (je dis bien certains, pas tous) ont été déçus par le scénario parce qu’il s’agit d’un film de Tim Burton et donc pensaient que l’histoire serait plus funky.

Big Eyes : Photo Amy Adams

Certes, le scénario n’apprend rien de nouveau sur l’affaire Keane mais en même temps, un biopic n’a jamais prétendu être un cours d’histoire et un grand nombre de très bons biopics ont des scénarios très traditionnels et chronologiques et cela ne dérange personne. Donc pour moi, il n’y a rien de choquant ou d’abominable dans le scénario, qui tient à la fois la route pour intéresser les spectateurs sur cette histoire et qui parvient à introduire plusieurs types de réflexion. J’ai en tout cas aimé la réflexion, que j’ai trouvée intelligente et pertinente, sur les liens étroits entre l’art et le marketing. D’un côté, Margaret est l’artiste qui crée en fonction de son imagination, ses sentiments, son vécu etc… De l’autre, Walter est celui qui parvient à vendre l’art de sa femme par un autre type d’art : la rhétorique (étymologiquement : l’art du discours). Le film est également rempli de références à Andy Warhol, dont son oeuvre consistait à mettre en avant le rôle que joue la société de consommation. A l’image de la scène dans laquelle les oeuvres de Margaret sont accrochées dans le couloir d’un restaurant menant aux toilettes (mais c’est seul Walter restera dans ce couloir… et parviendra à faire vendre les premières toiles de sa femme), l’art du marketing, associé à celui de la parole, est écoeurant et littéralement merdique. Mine de rien, même s’il ne s’agit que d’un film de commande, Burton semble vraiment impliquer dans ce projet en livrant une critique envers le milieu du cinéma : après tout, beaucoup ont transformé son immense talent créatif en objets purement marketing. J’ai en tout cas ressenti cette correspondance entre sa carrière et celle de Margaret Keane. Contrairement à un certain Inarritu dont je disais beaucoup de mal dans ma critique de Birdman, Burton n’est jamais hautain même s’il n’hésite pas à dire du mal des critiques élitistes méprisants. Personnellement, j’ai trouvé qu’il y avait pas mal d’humour dans le film. Du coup, la critique passe bien et en milieu le film est davantage plaisant. J’ai également trouvé qu’il y avait un lien intéressant entre le « I » et le « eye », un motif assez récurrent en littérature. Certes, je reconnais que Burton aurait pu encore plus accentuer ce point (on voit effectivement les visions de Margaret, qui voient littéralement des yeux énormes chez les gens qu’elle rencontre) mais ce point est tout de même traité. Que ce soit chez Margaret ou Keane, l’ego de l’artiste touché est un point mis en avant dans le film. J’ai également été touchée par le traitement de Margaret. Je ne compte pas vraiment Alice au pays des merveilles étant donné qu’Alice est inexistante (à cause du Johnny Depp show) donc pour moi, Burton met en scène pour la première fois de sa carrière un personnage féminin dans un véritable premier rôle. Et Burton s’en sort vraiment bien.

Big Eyes : Photo Christoph Waltz, Terence Stamp

Le film a beau avoir été réalisé par un homme et scénarisé par des hommes, il s’agit pour moi d’une oeuvre féministe, qui interroge la place de la femme artiste dans l’histoire de l’art. Margaret est donc tiraillée entre son activité et sa passivité. Avant de rencontrer Walter, Margaret était une femme différente puisqu’elle était divorcée et mère célibataire. Comment cette femme, qui semblait quand même avoir du cran, a t-elle pu se laisse autant embobinée et prisonnière de cet escroc qu’est Walter ? Si Margaret est dans un premier passive et victime de ce mensonge, elle va tout de même réussir à rebondir et la manière dont elle va battre Walter est assez captivante et jubilatoire. Cette femme a alors toujours été marginalisée, ce dont a toujours affectionné Burton : Margaret est marginalisée par les hommes qu’elle rencontre et son art qui l’isole de tous. J’ai beaucoup aimé l’interprétation d’Amy Adams, qui a quelque chose d’enfantin, de fragile et paradoxalement elle est forte. Je trouve qu’elle interprète ce personnage avec une large palette d’émotions. Beaucoup ont été agacés par l’interprétation de Christoph Waltz, disant qu’il cabotinait. Je comprends ce qu’ils veulent dire mais je ne l’ai pas totalement perçu de cette manière. Déjà, je suis vraiment fan de cet acteur, donc c’est toujours pour moi un plaisir de le revoir et je ne me lasse pas de son jeu. Oui, nous pouvons avoir cette impression de cabotinage mais il y a quelque chose de cohérent dans cette interprétation dans le sens où son personnage est en lui-même un cabotineur ! Cependant, pour moi, il ne joue pas mal, je trouve qu’il arrive bien à faire son show habituel et toujours aussi plaisant sans tomber dans une mauvaise interprétation. Et puis bordel, ça nous change un peu de l’insupportable Depp et de cette pauvre Helena Bonham Carter qui semblait s’emmerder dans les pseudo-trouvailles de son ex-compagnon. Les seconds rôles sont également plutôt bons même si certains sont un peu trop anecdotiques. La musique d’Elfman n’est pas époustouflante mais dans le film elle fonctionne tout de même bien et pour relativiser on entend au moins ce qu’il a composé (contrairement à son « travail » dans le merveilleusement naze Cinquante Nuances de Grey). Par contre, j’ai quand même regretté la présence de la voix off, inutile et trop dans la vague du biopic traditionnel. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, et ayant conscience de certains de ses défauts, Big Eyes m’a tout de même beaucoup plu. A première vue, un film qui ne semble pas Burtonien, presque une trahison et finalement, via les thèmes, dans l’ensemble bien traités, j’ai tout de même réussi à retrouver l’univers de ce réalisateur, même s’il s’agit d’un film de commande. Burton semble changer de direction et avoir mûri et ce n’est pas une mauvaise chose.

Big Eyes : Photo Amy Adams, Christoph Waltz

Enfant 44

réalisé par Daniel Espinosa

avec Tom Hardy, Noomi Rapace, Gary Oldman, Joel Kinnaman, Paddy Considine, Jason Clarke, Vincent Cassel, Charles Dance, Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares…

Titre original : Child 44

Thriller américain, britannique, roumain, tchèque. 2h17. 2015.

sortie française : 15 avril 2015

Enfant 44

Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Enfant 44 : Photo Tom Hardy

Enfant 44 est l’adaptation cinématographique du roman du même nom écrit par le charmant auteur britannique Tom Rob Smith. Sorti en 2008, il s’agit du premier volet de la trilogie Leo Demidov. Le tueur de l’histoire est inspiré par Andreï Tchikatilo alias « Le monstre de Rostov ». C’est le réalisateur suédois d’origine chilienne Daniel Espinosa (Easy Money, Sécurité Rapprochée) qui a eu la responsabilité de mettre en scène ce film, en partie produit par Ridley Scott. Enfant 44 est dans l’ensemble un thriller historique correct mais qui a tout de même ses défauts. Je n’attendais rien de ce film alors disons que je n’ai pas été déçue mais que j’ai conscience de ses défauts. Pour moi, il est à peu près divertissant mais une fois sortie de la salle, je l’avais déjà plus ou moins oubliée. Dans l’ensemble, la mise en scène m’a convaincue par son efficacité même si on regrettera des scènes parfois trop classiques, dans le mauvais sens du terme. Daniel Espinosa fait le job comme on le dit mais son travail manque de puissance alors que l’histoire est en elle-même riche. Je n’ai pas lu le roman de Smith et pourtant j’ai senti que Daniel Espinosa et son scénariste Richard Price avaient été dépassés par l’outil littéraire. Heureusement, le réalisateur et le scénariste sont tout de même parvenus à donner une âme au personnage principal Leo Demidov, ce qui prouve pour moi que le scénario et la mise en scène ont tout de même un potentiel en ce qui concerne certains points. De plus, l’histoire proposée est très intéressante, avec des thèmes riches, même si elle met du temps à se mettre en place. J’ai notamment apprécié la sorte de boucle formée entre le début et la fin : disons qu’à la fin on comprend mieux les longueurs, même si on aurait pu trouver une solution pour les raccourcir.

Enfant 44 : Photo Noomi Rapace, Tom Hardy

Je ne sais pas du tout comment cette partie est développée dans le roman mais je m’attendais à voir davantage l’enquête autour des meurtres d’enfants. En revanche, c’est le contexte historique qui est intéressant, qui donne du rythme et guide les actes de ce personnage. Il y a un lien intéressant entre la fiction et la réalité et on comprend mieux pourquoi les studios se sont intéressés au roman de Smith, ce dernier s’intéressant lui-même à l’histoire de l’Union Soviétique. Espinosa met bien en avant ce contexte historique qui est déjà en soi un thriller, dans lequel la peur règne sans cesse. Enfin, revenons sur le casting, alléchant sur le papier. Dans le rôle de Leo Demidov, Tom Hardy est impeccable. Il est décidément capable d’être une tête d’affiche. Il est à la fois charismatique, attachant et effrayant, ce qui rend son personnage complexe, avec une réelle consistance. J’ai également bien aimé l’interprétation de Noomi Rapace. Certes, elle est plus inspirée dans d’autres films mais elle défend tout de même bien son personnage, qui n’a rien d’une potiche de service comme on le voit souvent dans le cinéma américain actuellement. Dans le rôle d’un des méchants, Joel Kinnaman s’en tire également plutôt bien. Certes, il y a quelque chose de caricatural chez son personnage et il ne s’agit pas d’une grande interprétation mais j’ai tout de même été convaincue. Gary Oldman et Paddy Considine sont également bons même si leurs personnages auraient pu être plus développés. Dans des rôles encore plus secondaires, j’ai également apprécié la présence des acteurs scandinaves Fares Fares et Nikolaj Lie Kaas. En revanche, ce pauvre Vincent Cassel, qui a dû remplacer Philip Seymour Hoffman (ce dernier est mort avant le tournage), est inexistant, son personnage semble avoir été sacrifié.

Enfant 44 : Photo Gary Oldman, Tom Hardy

Dark Places

réalisé par Gilles Paquet-Brenner

avec Charlize Theron, Tye Sheridan, Nicholas Hoult, Chloe Grace Moretz, Christina Hendricks, Corey Stoll, Drea de Matteo, Andrea Roth, Sterling Jerins, Sean Bridgers…

Thriller américain, français. 1h53. 2015.

sortie française : 8 avril 2015

Dark Places

1985. Libby Day a huit ans lorsqu’elle assiste au meurtre de sa mère et de ses sœurs dans la ferme familiale. Son témoignage accablant désigne son frère Ben, alors âgé de seize ans, comme le meurtrier. 30 ans plus tard, un groupe d’enquêteurs amateurs appelé le Kill Club convainc Libby de se replonger dans le souvenir de cette nuit cauchemardesque. De nouvelles vérités vont émerger, remettant en cause son témoignage clé dans la condamnation de son frère.

Dark Places : Photo Charlize Theron, Nicholas Hoult

Quelques mois après le génial Gone Girl de David Fincher, voici qu’une nouvelle adaptation d’un roman de Gillian Flynn, Les Lieux Sombres en VF. Certes, Gilles Paquet-Brenner n’est pas Fincher (son nom a même tendance à me faire fuir… souvenez-vous de Gomez et Tavarès…) mais j’espérais tout de même voir un thriller intéressant et à peu près divertissant. Je ne sais pas du tout ce que donne le roman et même si je connais l’intrigue, je serais curieuse de le lire (parce que durant toute la séance, j’imaginais ce qu’avait pu écrire Flynn), peut-être qu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas dans l’histoire à l’origine. Ce qui est sûr, c’est que j’ai trouvé ce long-métrage plutôt raté. Pourtant, après ma séance, même si le film ne m’avait réellement emballée, je ne suis pas ressortie insatisfaite. Après tout, je voulais un film sans prise de tête et pas trop exigeant car j’étais un peu crevée ce soir-là. Au fond de moi, je savais que je serai déçue. Plus tard, j’ai compris que Dark Places était un petit ratage. En tant que divertissement qui passe un lundi soir sur M6, le film n’est pas si dégueulasse que ça, je pense que certains spectateurs (pas trop exigeants) ne seront pas trop mécontents. Mais en tant qu’objet cinématographique, le film est trop décevant, il manque trop d’ambitions. Je ne veux pas m’acharner sur Gilles Paquet-Brenner (à la fois réalisateur et scénariste) mais selon moi il est en partie responsable de cet échec artistique. Les thèmes abordés sont intéressants, qui étaient déjà présents dans Gone Girl, comme par exemple la présentation d’une Amérique frappée par la crise, les mensonges familiaux ou encore l’influence des médias.

Dark Places : Photo Chloë Grace Moretz, Tye Sheridan

Mais le réalisateur ne fait que survoler ces thèmes, il ne se contente que de résoudre une enquête. Il n’a pas envie de donner de la profondeur à son long-métrage, qui aurait pourtant gagné en puissance et en consistance, il ne joue pas non plus avec son titre qui a sur le papier plusieurs significations. Il en avait pourtant la possibilité et à de nombreuses reprises. Au passage, le film passe aussi à côté du satanisme. La seule scène réussie et un peu plus pertinente que le reste est une des scènes finales dans laquelle Libby, adulte, revit un instant ce qu’elle a vécu (toi, spectateur, tu vois de quoi je parle ?). Jusqu’ici, Dark Places ne serait qu’un banal film policier avec une mise en scène moyenne. En soi, ce n’est pas génial mais cela aurait pu à peu près passer. Mais certains points m’ont vraiment dérangée. Tout d’abord, j’ai trouvé les flashbacks très mal intégrés. On retrouve en fait deux points de vue : celui de Libby, celui de sa mère Patty (décédée, je vous rappelle) et celui de son frère Ben. En soi, ce procédé peut être très intéressant. Mais ces flashbacks sont balancés n’importe comment, sans aucune logique, au pif-o-mètre ! Honnêtement, les flashbacks étaient mieux intégrés dans les épisodes de Cold Case ! Pire, Paquet-Brenner rate des transitions entre les scènes du présent et du passé, qui étaient pourtant évidentes et qui auraient pu être efficaces. Surtout le spectateur se laisse trop entraîné par les flashbacks. Finalement, comme l’héroïne, on reste trop passif. On nous raconte une histoire, on a évidemment envie d’en connaître le dénouement mais on ne nous invite pas à élaborer des hypothèses.

Dark Places : Photo Corey Stoll

De plus, le scénario n’est pas vraiment efficace dans le sens où rien ne nous surprend, les rebondissements ne fonctionnent pas non plus. Sans vouloir révéler un élément important de l’intrigue, le choix d’une actrice n’est pas très pertinent, peinant à rendre son personnage crédible. J’ai également regretté d’entendre des répliques vraiment navrantes et d’un cliché. J’aurais dû me méfier : celle dans la bande-annonce (« Tu vis en prison toi aussi ») laissait présager le pire… Enfin, je me suis posée une question cruciale pendant tout le long du film : à quoi sert le Kill Club ? Le casting n’est pas ce qu’il y a de pire (heureusement, cela m’aurait achevée) mais je n’en suis pas non plus ressortie totalement satisfaite. Charlize Theron est plutôt à l’aise dans le rôle principal mais j’ai tout de même regretté de voir son personnage parfois caricatural (et puis, enlève cette putain de casquette !). Le pauvre Nicholas Hoult ne sert à rien (c’est un membre du Kill Club, le club le plus inutile et le plus mou du monde) mais il a une bonne tête et malgré ses cinq minutes de présence (franchement, je ne pense pas exagérer), ça va il passe, donc, je l’intègre dans mes points positifs (quoi, vous me trouvez gentille ?). Sans dire que sa prestation m’a éblouie, j’ai bien aimé Corey Stoll qui joue Ben adulte, en tout cas rien de choquant dans sa prestation. Dans le même rôle mais plus jeune, j’ai également apprécié l’interprétation de Tye Sheridan, même si je l’ai vu plus inspiré dans d’autres films. Par contre, même si je n’ai rien contre cette fille, j’ai trouvé Chloe Grace Moretz très mauvaise. Heureusement, Christina Hendricks est la seule bonne surprise de ce film, étant réellement investie dansle rôle de cette mère courage. 

Dark Places : Photo Christina Hendricks

White Bird

réalisé par Gregg Araki

avec Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni, Shiloh Fernandez, Gabourey Sidibe, Thomas Jane, Dale Dickey, Angela Bassett, Mark Indelicato, Sheryl Lee, Brenda Koo, Jacob Artist, Ava Acres, Michael Patrick McGill…

titre original : White Bird in a Blizzard

Drame américain. 1h30. 2014.

sortie française : 15 octobre 2014

sortie dvd : 17 mars 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et à Bac Films.

Page Facebook de Bac Films + Boutique.

Liste des films sur l’adolescence dont ceux sortis en 2014.

White Bird

Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…

White Bird : Photo Shailene Woodley, Shiloh Fernandez

Je connais mal la filmographie de Gregg Araki. J’avais vu il y a maintenant quelques années un de ses films les plus connus, Mysterious Skin. Même si je me sens incapable de le revoir (je crois que vous pouvez comprendre pourquoi), ce film est une claque. Hélas, étrangement, il ne m’a pas donné envie de découvrir les autres films de Gregg Araki. Je dois avouer que son univers me faisait même un peu peur, peur de voir trop de jeunes drogués couchant avec tout et n’importe quoi (oui, je déshumanise les gens, je sais). Bref, White Bird ne faisait pas partie de mon programme. Sauf que je participe à l’opération Dvdtrafic du site Cinétrafic et que j’ai mis ce film un peu par hasard dans la liste des films que je voudrais voir parmi ceux qui étaient proposés. Et évidemment, on m’envoie le dvd, je dois donc le regarder. Je vous raconte alors cette petite histoire, si passionnante et émouvante, pour vous dire que White Bird est finalement pour moi une bonne surprise, qui me donne envie de découvrir pour de bon la filmographie de Gregg Araki (oui, tout ça pour ça). White Bird est donc une adaptation d’un roman de Laura Kasischke. Le nom de cette romancière ne vous est peut-être pas totalement inconnu : elle est également l’auteur de La Vie devant ses yeux, adapté en 2007 par Vadim Perelman avec Uma Thurman et Rachel Evan Wood. Ce film n’était pas terrible, principalement à cause d’une mise en scène médiocre, mais l’histoire était tout de même intéressante. Mine de rien, quand j’ai appris cette information avant d’introduire le dvd dans le lecteur, j’étais tout de même curieuse de découvrir l’histoire.

White Bird : Photo

White Bird est découpé en deux parties. La première se situe à la fin des années 1980. Eve Connors vient de disparaître. Son mari et sa fille Kat signalent sa disparition, certes inquiétante mais probablement prévisible (on comprend par des flashbacks que madame, devenue cinglée, ne supporte plus son existence). Malgré ce drame, Kat continue sa vie le plus normalement possible, notamment en explorant sa sexualité et sa féminité. La jeune fille tente de se détacher de cet événement, comme si elle le vivait bien. En réalité, Kat est une ado qui manque de repères. De plus, avant sa disparition, Eve et Kat étaient devenues rivales : la mère, commençant à vieillir, commence à voir développer le corps et le pouvoir sexuel de sa fille. Malgré des petites touches soulignant la souffrance psychologique de la jeune fille, la première partie ressemble à un classique teen-movie. Ce n’est pas désagréable mais rien de totalement transcendant, même si on reste curieux : après tout, on espère en savoir plus sur la disparition d’Eve et en général sur sa personnalité. Intervient alors la seconde partie (début années 1990), qui se déroule quelques années après : Kat n’est plus une lycéenne mais elle est étudiante dans une autre ville et revient chez elle le temps de quelques jours de vacances. Gregg Araki va alors donner un sacré tour de force à ce qui aurait pu être un banal teen-movie : White Bird prend alors des allures de thriller même si nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’il appartienne à ce genre cinématographique. Je dois avouer que je suis restée scotchée et sur le cul jusqu’à la dernière seconde. Certes, le film donne clairement des indices, peut-être que certains spectateurs ont compris le dénouement et quelque part, tant mieux pour eux. Personnellement, captivée par le film, je n’avais rien vu venir et j’ai adoré être surprise par les dernières secondes du film. Le mélange des genres (teen-movie / drame / thriller) fonctionne alors bien car on n’a pas cette sensation de déséquilibre, au contraire, on voit où Gregg Araki veut en venir et mener son film.

White Bird : Photo

Avoir un scénario surprenant, riche en rebondissements, est évidemment un atout mais connaître la raison de la disparition d’Eve n’est pas le but principal de ce long-métrage, il ne s’agit que d’un prétexte pour montrer à la fois l’échec du rêve américain et la difficulté de devenir une femme. Evidemment, rien de bien nouveau dans le sujet sur le papier, sauf que la mise en scène et le scénario sont redoutablement efficaces, le film devenant plus complexe qu’il en a l’air. Le charme de ce film vient probablement de sa dimension onirique, qui lie subtilement les différents genres que j’ai pu énumérer entre eux. Ainsi, les rêves de Kat vont évidemment lui permettre de trouver la vérité. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un moyen pour résoudre une énigme. Les rêves ont une utilité pour connaître la vérité étant donné que la réalité est faussée (tout le monde a ses secrets, Kat refuse de voir une vérité si évidente quand on y réfléchit bien), notamment par toutes ces couleurs criardes, parfois pénibles mais qui traduisent bien la superficialité des habitants de cette banlieue. La dualité, qui rend définitivement ce film enrichissant, fonctionne alors sur plusieurs plans : entre le rêve et la réalité, entre la mère et la fille, entre ce que les personnages veulent faire croire et ce qu’ils sont réellement, entre les époques, entre l’adolescence et l’âge adulte. Quelque part, il y a quelque chose de schizophrène dans cette oeuvre (on pense beaucoup à l’univers de David Lynch), sans que ce soit bizarre juste pour faire bizarre, au contraire cette sensation permet de tirer réellement quelque chose sur les personnages, pas aussi lisses qu’ils en ont l’air, et sur la critique sociale. White Bird a vraiment beaucoup de qualités et comme vous pouvez le deviner, je vous encourage vraiment à le découvrir si vous n’en avez pas eu la possibilité. Au-delà d’un travail d’écriture remarquable, d’une mise en scène réussie, de qualités techniques et d’une bande-originale sympa, permettant de situer l’action dans une époque précise (renforçant à la fois les dimensions sociale et onirique), j’ai également beaucoup aimé le casting, interprétant des personnages réellement complexes et intéressants.

White Bird : Photo Eva Green

Kat n’est pas nécessairement un personnage sympathique et attachant, dans le sens où il s’agit d’une ado méprisante qui semble vouloir grandir trop vite. On aurait pu s’attendre à un personnage actif, en réalité, seuls ses rêves lui permettent d’essayer d’agir. Et même quand elle veut agir, elle refuse de voir la vérité. Cela aurait pu être énervant puisque c’est toujours désagréable de voir des personnages principaux passifs et antipathiques, sauf qu’encore une fois, les caractéristiques distribués à ce personnage servent réellement le propos du film. Quelque part, il ne s’agit pas simplement de la disparition concrète d’Eve, mais encore une fois (je reviens encore à la dualité omniprésente), il s’agit quelque part des disparitions métaphoriques de certaines parties de Kat : perte de sa virginité, disparition de son adolescence pour devenir une femme et déni d’un amour évident de cette jeune fille envers sa mère (principalement à cause de l’adolescence), qui va devoir se construire avec ce manque maternel. De plus, cette disparition de Kat est également concrétisée par son départ dans une autre ville. Son interprète, la toujours formidable Shailene Woodley, parvient à rendre ce personnage attachant, pourtant la tâche n’était pas évidente. D’habitude, je ne suis pas très fan d’Eva Green. Ce n’est pas qu’elle joue mal, mais j’ai l’impression qu’elle joue toujours la même chose depuis un certain temps (les femmes ténébreuuuses avec une voix grave et sexyyyy). Certes, au début, avec son look classe et sexy, je n’étais pas très rassurée. Puis, petit à petit, même si elle n’apparaît pas tant que ça à l’écran, j’ai enfin vu la Eva Green que j’espérais tant voir depuis des lustres : naturelle et fragile. De plus, j’avais un peu peur puisque techniquement, Green (née en 1980) ne pourrait pas interpréter la mère de Woodley (née en 1991). Or, ce problème est vite résolu car Green a quelque chose de mature, et ce n’est pas juste une question d’apparence physique. Les seconds rôles sont également excellents et surprenants, notamment Christopher Meloni et Shiloh Fernandez.

White Bird : Photo Shailene Woodley, Shiloh Fernandez

Les âmes silencieuses

réalisé par John Pogue

avec Jared Harris, Sam Claflin, Olivia Cooke, Erin Richards, Rory Fleck-Byrne…

titre : The Quiet Ones

Film d’épouvante-horreur britannique, américain. 1h42. 2014.

sortie (dvd) : 26 mars 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : un grand merci à Cinetrafic et Metropolitan Filmexport.

Sur Cinetrafic : les films sortis récemment et d’autres du même genre

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Inspirée de faits réels, l’histoire d’un professeur qui utilise des méthodes peu conventionnelles en se servant de ses meilleurs élèves pour tenter une expérience des plus risquées sur une jeune patiente dérangée.

Les âmes silencieuses : Photo Jared Harris, Olivia Cooke

La Dame en Noir de James Watkins (qui m’avait bien plu – oui certains ne comprennent pas pourquoi je l’aime bien) avait permis à la Hammer, le célèbre studio britannique, de se remettre sur les rails. Je n’étais alors pas contre de découvrir un de leurs derniers films, Les âmes silencieuses, réalisé par un certain John Pogue, réalisateur de En Quarantaine 2 et scénariste de U.S. Marshals, The Skulls, Rollerball ou encore Le vaisseau de l’angoisse. Sur le papier, ce n’est quand même pas trop rassurant (surtout quand tu vois la note de Rollerball sur Imdb, tu t’étrangles !). Le long-métrage a été présenté au dernier festival de Gérardmer en hors compétition et sorti en France directement en dvd. Je précise que sans l’opération de Cinétrafic, je n’aurais pas eu l’idée de regarder ce film. Vu le nombre de films d’horreur daubesques qui sortent régulièrement dans les salles obscures, je trouve quand même le sort réservé à ce film relativement sévère : après tout, il n’est pas plus mauvais que d’autres appartenant au même genre. Etant donné que je n’attendais rien de ce long-métrage, on ne peut pas parler ici de déception mais j’ai tout de même trouvé Les âmes silencieuses pas très bon. Tout d’abord, le film met vraiment trop de temps à se mettre en place, c’est trop mou et même trop bavard. J’ai failli décrocher à plusieurs reprises. Heureusement, la seconde partie est plus intéressante, active et rythmée : on a au moins envie d’aller jusqu’à la fin. Puis, Les âmes silencieuses n’est pas très effrayant, ce qui est un peu bête pour un film dans le genre épouvante-horreur. Hélas, ce n’est pas une porte qui claque, quelques cris, le son qui augmente d’un coup et une morsure étrange qui feront peur aux spectateurs. Ensuite, le film n’est pas du tout original.

Les âmes silencieuses : Photo Erin Richards, Jared Harris, Rory Fleck-Byrne

En réalité, on a cette horrible impression de déjà vu : on se retrouve devant une énième histoire de possession de la part d’un esprit malfaisant, dans laquelle l’action est parfois filmée par une caméra-témoin (dans certaines situations, ce procédé semble faux). Par conséquent, nous ne sommes pas vraiment surpris par le déroulement du scénario, qui aurait pourtant pu être intéressant mais qui manque cruellement de saveur et de consistance. Evidemment, l’avertissement « tiré de faits réels », censé être la garantie de frayeurs, est devenu maintenant un classique dans les films d’horreur, même si c’est le type d’informations à prendre avec des pincettes. L’histoire se déroule dans les années 1970. La reconstitution de l’époque n’est pas déplorable mais nous ne retrouvons pas ce charme qui était présent par exemple dans le réussi Conjuring de James Wan. Il faut dire que la mise en scène n’est vraiment pas à la hauteur. John Pogue ne parvient pas à retranscrire une atmosphère angoissante et venue d’un autre temps et filme les pièces de cette maison, lieu important puisque nous sommes parfois presque dans un huis-clos, trop banalement. Heureusement, le casting n’est pourtant pas mauvais et parvient à relever un peu le niveau. Jared Harris (je viens d’apprendre qu’il est le fils de Richard Harris – ouais je sors de ma grotte), vu dans la série Mad Men et Moriarty dans Sherlock Holmes 2 de Guy Ritchie est très convaincant dans le rôle de ce professeur à la fois charismatique et malsain. Sam Claflin, qui m’avait laissée indifférente dans les Hunger Games (même s’il n’était pas non plus mauvais), s’en tire plutôt bien et pour une fois j’ai senti qu’il avait un certain potentiel. Enfin, ça m’a fait plaisir de revoir Olivia Cooke (Emma de la série Bates Motel), qui est certainement une actrice à suivre.

Les âmes silencieuses : Photo Sam Claflin

Les Nouveaux Héros

réalisé par Don Hall et Chris Williams

avec les voix V.O. de Scott Adsit, Ryan Potter, Daniel Henney, T.J. Miller, Jamie Chung, Damon Wayans Jr., Genesis Rodriguez, James Cromwell, Alan Tudyk, Maya Rudolph, Katie Lowes, Abraham Benrubi…

avec les voix V.F. de Kyan Khojandi, Maxime Baudouin, Damien Ferrette…

Film d’animation américain. 1h42. 2014.

sortie française : 11 février 2015

Les Nouveaux Héros

Un petit génie de la robotique nommé Hiro Hamada découvre qu’un complot criminel menace de détruire la ville de San Fransokyo. Avec l’aide de son plus proche ami, Baymax le robot infirmier, et de ses compagnons qu’il va transformer en une bande de superhéros high-tech, Hiro va tout faire pour sauver la ville et sa population de l’infâme Yokai…

Les Nouveaux Héros : Photo

Lorsque j’ai découvert la bande-annonce des Nouveaux Héros au cinéma (en allant voir la première partie de Hunger Games 3), je dois avouer qu’il ne me tentait absolument pas (déjà le titre français me faisait fuir). Je n’ai pourtant rien contre les histoires de robots mais l’histoire ne me parlait pas plus que cela et l’animation en elle-même ne me séduisait pas vraiment. J’ai commencé à m’intéresser à ce film lorsqu’il a remporté l’Oscar du meilleur film d’animation il y a deux mois. Je pensais que ça serait Dragons 2 qui l’aurait à la place. Surtout je voulais connaître le film qui avait osé battre mon chouchou (Le conte de la Princesse Kaguya). Petite présentation rapide des Nouveaux Héros : il s’agit d’une adaptation du comics Big Hero 6 (également le titre original de ce film d’animation) . Depuis le rachat de Marvel Entertainment par la Walt Disney Company en fin 2009, il s’agit aussi du premier Disney qui adapte un Marvel Comics. Pour des raisons de droit d’auteur, certains personnages du comics n’apparaissent pas dans cette adaptation. Certains noms de personnages ou de lieux ont également été modifiés pour les besoins du film. Cependant, sans avoir lu les comics, je trouve que les scénaristes ont trouvé une bonne solution pour garder à la fois l’esprit des comics tout en s’adaptant à un public américain. En effet, l’action se déroulait à Tokyo dans le comics. Cette fois-ci, les studios ont situé l’histoire à San Fransokyo (vous l’aurez compris, un mélange de San Francisco et de Tokyo). Evidemment, face au Conte de la Princesse Kaguya, je ne peux pas affirmer que Les Nouveaux Héros mérite son Oscar. Et pourtant, à ma plus grande surprise, j’ai adoré ce dernier Disney, pour moi bien plus intéressant que les récents qui ont été faits (comme La Reine des Neiges qui est en train de m’horripiler).

Les Nouveaux Héros : Photo

Je m’attendais à un gentil film d’animation assez moyen, avec des gags lourds, en réalité Les Nouveaux Héros est un très bon film, et je peux même dire qu’il s’agit d’un de mes préférés sortis cette année. Il est à la fois divertissant, rythmé, accessible pour tout le monde (les enfants, les adultes, les geeks, les fans de science et d’autres types de gens j’imagine), intelligent et profond. Même si l’humour est souvent au rendez-vous et est dosé juste comme il le faut, le long-métrage est aussi étonnamment sombre et même très émouvant (je dois avouer que j’ai versé quelques larmes à la fin). Sans vouloir trop en dire, je ne m’attendais à voir un film qui traiterait surtout de la mort, et plus précisément, du deuil et de l’absence. Cela prouve bien à quel point les films d’animation n’ont rien d’enfantin à l’origine. Je me demande d’ailleurs comment ont pu réagir les enfants en découvrant certains éléments du scénario. Cette noirceur apparaît aussi à travers le thème de la vengeance. Sur le papier, il semble y avoir un méchant et un gentil (et même des gentils), sauf que les réalisateurs ont réussi à ne pas rendre les personnages aussi manichéens que ça. En réalité, le méchant et le gentil (Hiro) agissent pour la même raison (la vengeance donc, puisque je parlais de ça à l’instant) et on s’aperçoit que le gentil peut basculer à n’importe quel moment du côté du méchant (et étrangement, on peut même s’inquiéter du sort du méchant !). Le procédé, simple et pourtant pas si original que ça (la dualité), fonctionne à merveille et permet d’humaniser les personnages. Je n’aime pas trop ce terme un peu naïf et bêbête mais on va dire que le « message » passe aussi du coup parfaitement et s’adapte pour n’importe quel public (les adultes et les enfants).

Les Nouveaux Héros : Photo

L’amitié est également au coeur de ce film. Certes, il n’y a rien d’original mais le thème est traité de manière efficace, du coup j’ai été touchée par la relation entre Hiro et Baymax, deux personnages intelligents et attachants. Baymax a beau être un robot, il est réellement attendrissant, que ce soit avec son look de Chamallow et sa morale (il a été pour soigner les gens). Ce personnage est réellement réussi car paradoxalement il est à la fois adulte (c’est un personnage imposant, rassurant et qui va réellement guider Hiro à faire les bons choix) et enfant (à chaque fois qu’il a l’occasion d’apprendre de nouveaux gestes ou de nouvelles expressions) Il est vrai que le long-métrage se concentre beaucoup sur ces deux personnages (allez, ça serait son seul petit défaut mais j’ai tellement aimé ce film que je lui pardonne cette petite faute) mais je trouve que les seconds rôles arrivent quand même à trouver leur place. Ils sont également très attachants et apportent aussi pas mal d’humour. J’ai en tout cas cru à cette bande soudée, qui permet aussi au héros de ne pas basculer du mauvais côté. Je reviens aussi juste aussi un instant sur le travail d’animation. Contrairement à ce que je pensais en regardant la bande-annonce, l’animation est en réalité très réussie tout comme les décors. Je craignais de voir un film froid ou tape-à-l’oeil visuellement mais en réalité, tout en restant précise et en n’oubliant pas les détails pour croire à ce monde futuriste, l’esthétique a quelque chose de fluide. Du coup c’est très agréable à regarder ! De plus, la musique de Henry Jackman correspond également à cet univers futuriste mais n’est pas non plus envahissante ou trop robotisée. En fait, les croisements entre les cultures américaines et japonaises et entre Disney et Marvel ont été réalisés très habilement. Enfin, en ce qui concerne le doublage, je n’ai pas vu le film en V.O. mais la V.F. est réussie, en tout cas, rien d’alarmant à signaler.

Les Nouveaux Héros : Photo

Spaced

Créée par Simon Pegg et Jessica Stevenson

réalisée par Edgar Wright

avec Simon Pegg, Jessica Stevenson, Julia Deakin, Nick Frost, Mark Heap, Katy Carmichael, Bill Bailey…

Série comique britannique.  2 saisons. 1999-2001.

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Tim et Daisy sont deux losers complètement paumés. Décidés à se serrer les coudes pour s’en sortir, ils se font passer pour un couple honnête sous tous rapports afin de trouver un logement. Ils réussissent à convaincre Marsha Klein de leur louer un appartement dans une pension. C’est le début des ennuis…

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Pour tous (ce qui est tout à fait logique et incompréhensible), le trio Edgar Wright-Simon Pegg-Nick Frost est connu uniquement pour sa trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et The World’s End). Beaucoup ont finalement oublié ou alors ne connaissent pas la série dans laquelle ils ont débuté : Spaced. En français, son titre a été traduit par Les Allumés. La traduction n’est pas si scandaleuse que ça mais il a avoué qu’elle ne rend pas totalement justice à cette série injustement méconnue en France. Spaced n’est pas selon moi la meilleure sitcom britannique, en tout cas ce n’est pas ma préférée (je vous renvoie à des critiques de séries que j’ai publiées sur ce blog) mais ça reste tout de même une excellente série, au-dessus de ce qu’on nous propose habituellement. Si on est vraiment fan du trio et qu’on souhaite comprendre le travail effectué sur la trilogie Cornetto ainsi que sur Scott Pilgrim, il me semble que c’est indispensable de regarder cette série (et en VO of course), surtout qu’elle a l’avantage d’être courte : il n’y a que 14 épisodes (dans l’ensemble très bons) d’une vingtaine de minutes, étalés sur deux saisons. Spaced présente, sur le papier, une situation plutôt banale, c’est-à-dire qu’on suit les aventures de Tim et Daisy (deux colocataires, qui se font passer pour un couple afin d’obtenir un appartement), de leurs amis respectifs (Mike et Twist) ainsi que leurs voisins (Marsha et Brian). Jusqu’où là, rien de fabuleux : une colocation et des amis déjantés, on l’a vu un paquet de fois dans des séries. Cependant, Spaced n’est pas réellement une sitcom comme les autres. Elle ne présente pas des jeunes qui vivent confortablement en coloc, comme dans Friends ou The Big Bang Theory (attention, ce n’est pas une critique contre ces séries !).

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Au contraire, le mensonge en question (mentir pour obtenir un appartement) montre déjà un certain malaise social : Daisy est une auteure et journaliste ratée tandis que Tim, dessinateur, travaille dans une petite boutique de comics. Quant à leurs amis et voisins, ce n’est pas non plus la gloire : Mike se prend pour un militaire mais n’est pas militaire, Twist « travaille dans la mode », c’est-à-dire dans un pressing et Brian est un artiste torturé et incompris. On peut également dire que l’appartement de Tim et Daisy n’a rien de glorieux (même s’il reste correct par rapport à l’ancien squat dans lequel vivait Daisy). Mais surtout, c’est la construction du scénario en fonction de la culture geek ou populaire qui permet de rendre Spaced bien mieux qu’une énième série de potes. Effectivement, une grande partie de l’humour repose sur ces références, hommages ou parodies. Ainsi, Star Wars, Manhattan, Matrix, Pulp Fiction, TerminatorVol au-dessus d’un nid de coucou, 2001 : L’Odyssée de l’espace, Scooby-Doo, Tron ou encore The Rocky Horror Picture Show sont des références cinématographiques qui seront au coeur de ces quatorze épisodes. Il y a évidemment d’autres types de références, comme à des jeux vidéos ou plus généralement à la culture des années 1990. Et, comme on s’en était aperçu dans Scott Pilgrim et la trilogie Cornetto, qui sont dans la continuité de la série mais en version améliorée, nous ne sommes pas uniquement dans la référence simpliste, histoire d’étaler sa culture. Il y a derrière une véritable mise en scène ainsi qu’un scénario, pas forcément profond mais qui ne repose pas uniquement sur des gags qui parleraient aux geeks et autres. Ces références nourrissent réellement le récit, qui font qu’on dépasse le stade de banale sitcom.

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D’ailleurs, le fait qu’il n’y ait pas de rires enregistrés confirment la volonté de l’équipe à ne pas tomber dans la sitcom facile. Cependant, malgré un travail ambitieux pour une sitcom, Spaced ne se prend pas au sérieux et c’est pour ça que cette série est infiniment drôle et sympathique. La série repose également beaucoup sur ses personnages. A part Twist, qui est mal exploitée (pourtant, son interprète, Katy Carmichael, joue bien), je trouve les personnages tous attachants et drôles et sont tous interprétés par des acteurs très en forme. On ne doute évidemment plus du talent de Simon Pegg et Nick Frost, délirants respectivement en geek qui se sent trahi par La Menace Fantôme (comme beaucoup de fans de Star Wars) et en pseudo-militaire (ahah l’épisode dans lequel il fait du paintball est mythique !). Il ne faudrait également pas oublier Jessica Stevenson (aujourd’hui Jessica Hynes – elle a pris le nom de son mari), la co-créatrice de la série. Actrice plutôt méconnue en France (elle apparaît pourtant dans Shaun of the Dead et dans un épisode de Harry Potter), elle est pourtant excellente dans le rôle de Daisy, dans laquelle beaucoup de femmes (dont moi) pourront s’identifier. Julia Deakin (qui apparaît dans les trois épisodes de la trilogie Cornetto) est également très drôle en Marsha, la propriétaire alcoolo, qui se dispute souvent avec sa fille. Enfin, j’ai également adoré Mark Heap (vu dans The World’s End, Pour un garçon, Charlie et la chocolaterie…), hilarant dans le rôle de Brian, l’artiste qui crée à partir de quatre thèmes : la peur, la colère, la douleur et l’agression. J’ai également une petite pensée pour Colin, ce formidable chien devenu un personnage à part ! Une petite vidéo pour vous faire une idée si vous n’avez pas encore regardé Spaced ici.

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Crash

réalisé par David Cronenberg

avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Kara Unger, Rosanna Arquette…

Drame érotique canadien, britannique. 1h40. 1996.

sortie française : 17 juillet 1996

interdit aux moins de 16 ans

Crash

James et Catherine Ballard, un couple dont la vie sexuelle s’essouffle quelque peu, va trouver un chemin nouveau et tortueux pour exprimer son amour grâce aux accidents de voiture. A la suite d’une violente collision, ils vont en effet se lier avec des adeptes des accidents…

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Crash, le film tant controversé de David Cronenberg, est l’adaptation du roman du même nom de J.G. Ballard, premier volet de la « Trilogie de béton » et publié en 1973. Il avait également remporté au festival de Cannes en 1996 le prix spécial du jury. Je ne connais pas forcément la filmographie de David Cronenberg de A à Z (même si je m’aperçois que j’ai tout de même vu dix de ses films – il faut que je découvre plus ses premiers films) mais je m’étais déjà aperçue que le réalisateur canadien s’intéressait aux liens réunissant la violence, le sexe et la mort. Ainsi, le contact avec les voitures et la provocation volontaire d’accidents de voiture vont permettre aux personnages de trouver la jouissance. En étant sans cesse à la recherche d’une nouvelle forme de sexualité, en multipliant les expériences, les personnages cherchent à s’épanouir, mais pour pouvoir y arriver, il faut passer par la mort. On peut alors rappeler le surnom – non anodin – de l’orgasme : « la petite mort ». En adaptant le livre de Ballard (également personnage principal de l’histoire), David Cronenberg a voulu exploiter, à sa manière, des théories de psychanalyse, que nous pouvons notamment trouver chez Sigmund Freud. Effectivement, Freud nomme « Thanatos » la pulsion de la mort du plaisir (qui serait alors la frustration) qui habiterait chaque être humain. Il l’oppose à l’ « éros », la pulsion de la vie du plaisir (c’est-à-dire la libido). Si on suit alors ce raisonnement, Eros et Thanatos représentent les deux extrémités de la sexualité de l’homme. Cependant, chez Cronenberg, la frontière entre ces deux notions semble volontairement floue, pour mieux montrer toute la complexité même de l’être humain, comme si l’un répondait et se confondait à l’autre et vice et versa.

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La psychanalyse n’est pas toujours intéressante, cela peut vite devenir bavard (comme dans un autre film de Cronenberg, A Dangerous Method). Heureusement, la mise en scène de Cronenberg est très réussie, parvenant à montrer la voiture, symbole phallique et synonyme de performance et de puissance, instrumentalise l’existence de l’homme par le sexe. Le réalisateur parvient également à filmer les collisions de voiture en tant que représentations de l’acte sexuel (la jouissance passe ainsi par la mort). Crash propose alors une intéressante réflexion sur l’homme dominé par la technologie, le sexe et ses pulsions. Les scènes de sexe sont également réussies même s’il ne faut pas montrer ce film à n’importe qui. Evidemment que certains pourront être choqués. Pour ma part (et pourtant je n’hésite pas à pousser mes coups de gueule quand ce type de scènes me dérange dans certains films), elles ne m’ont pas choquée esthétiquement car elles ne sont vulgaires. Cronenberg ne les filme pas de manière perverse (malgré des personnages tordus), ces scènes ont une véritable signification. De plus, elles sont réellement érotiques, sensuelles et osées tout en restant plutôt violentes ou dérangeantes. Dans l’ensemble, le casting m’a également convaincue. James Spader et Holly Hunter sont toujours impeccables dans la peau de ces personnages tourmentés. Elias Koteas est vraiment la très bonne surprise de ce film, vraiment bluffant. En revanche, j’ai toujours autant de mal avec Deborah Kara Unger, que j’ai toujours trouvée mauvaise et même naturellement vulgaire (et c’est pas une question de sexe : je la trouverais même vulgaire en mère Teresa), hélas cela ne s’arrange pas dans ce film. Même si elle peut être lassante à la longue, j’ai également apprécié la musique composée par Howard Shore.

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Malgré des qualités évidentes et une réflexion psychanalytique sur le rapport entre le sexe et la mort réellement riche, je ne peux pas dire que Crash m’ait réellement plu. La psychologie est au coeur de ce film, elle apparaît dans les thèmes dégagés et même en général dans la mise en scène de Cronenberg. Je crois qu’on arrive aussi à apercevoir ce lien fort entre la mort et le sexe parce qu’on sait ce qu’on regarde, ce sont les contextes extérieurs au film qui nous aident à réfléchir. En revanche, le réalisateur passe selon moi à côté de la psychologie des personnages. Les personnages ne semblent qu’agir, mais j’ai eu du mal à comprendre vraiment ce qu’il se passe dans leur tête. Je vois où veut en venir Cronenberg, c’est-à-dire qu’il veut probablement lier les relations sexuelles devenues mécaniques avec la mécanique des automobiles. Mais tout est si froid, on a du mal à s’attacher ou à s’identifier à cette bande de pervers totalement déshumanisée, on ne comprend pas leurs réactions. En plus, par un gros coup de bol, les Ballard arrivent à trouver, non pas une seule personne aussi timbré qu’eux mais plusieurs personnes ! Certes, les scènes de sexe ne m’ont pas en elles-mêmes dérangées ni concrètement choquées. Cependant, elles ne sont pas assez espacées entre elles, on n’a pas le temps de respirer ou de reprendre le fil de l’histoire. Je ne pourrais pas dire que je me suis ennuyée (le film a l’avantage d’être court) mais j’ai trouvé les scènes très répétitives, surtout dans la seconde partie. J’imagine encore une fois que c’est une volonté de Cronenberg, pour montrer une forme d’addiction, le fait que le sexe soit devenu littéralement mécanique mais l’effet ne fonctionne pas réellement. Enfin, si d’un point de vue purement « visuel » les scènes de sexe ne m’ont pas choquée, le scénario ressemble parfois à du porno stylisé (du genre tout le monde couche avec tout le monde sans se poser de questions, en testant toutes les possibilités possibles). Je ne connais pas les intentions exactes de Cronenberg, avec lui rien ne me semble impossible. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi mais à condition que ce soit véritablement efficace. Or, encore une fois, j’étais plus lassée que réellement impressionnée ou captivée.

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American Sniper

réalisé par Clint Eastwood

avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman, Jonathan Groff…

Biopic, guerre, drame américain. 2h12. 2015.

sortie française : 18 février 2015

American Sniper

Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

American Sniper : Photo Bradley Cooper

Clint Eastwood a beau vieillir, il ne prend décidément jamais sa retraite pour notre plus grand bonheur ! Quelques mois après le discret Jersey Boys, papi Clint revient en force avec American Sniper, l’adaptation de l’autobiographie de Chris Kyle intitulée American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History (en VF American Sniper, l’autobiographie du sniper le plus redoutable de l’histoire militaire américaine). Le long-métrage, nommé à six reprises aux Oscars (il repartira avec une statuette – meilleur montage sonore), a cassé la baraque, devenant ainsi le plus grand succès cinéma de l’année 2014 aux Etats-Unis (devant Hunger Games : La Révolte la plus chiante de l’histoire du cinéma, héhéhé). Chris Kyle, sous-officier de la marine américaine, revendique avoir abattu 255 personnes durant la guerre d’Irak. Le Pentagone a officiellement confirmé 160 tirs : ces chiffres font de Kyle le tireur d’élite ayant tué le plus de personnes dans toute l’histoire militaire des Etats-Unis. Après son retour de la guerre, après avoir un centre de formation pour apprentis tireurs d’élite au Texas, il finira par être assassiné le 2 février 2013 (avec Chad Littlefield) par Eddie Ray Routh, un ex-marine souffrant de trouble de stress post-traumatique. Dernièrement, le tueur de Kyle a été condamné à une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle. Le personnage est polémique : a-t-il réellement tué tous ces gens par devoir patriotique ? Est-il un héros ou un guerrier meurtrier ? En tout cas, dans son autobiographie, il confesse ne regrette aucun de ses actes. Pire : son seul regret est de ne pas avoir pu tuer plus de gens.

American Sniper : Photo Bradley Cooper, Sienna Miller

Malgré son succès, American Sniper a été marqué par des polémiques autour des pensées et actes autour de ce personnage qui ne serait pas aussi héroïque. Pour ceux qui n’auraient pas du tout suivi la controverse autour de ce film, les détracteurs lui reprochent de faire l’apologie du meurtre et de véhiculer des idéaux racistes. Effectivement, contrairement à Démineurs (que je n’aime pas, je le précise), les Irakiens ne sont pas réellement vus comme les gentils de l’histoire (même si certaines répliques venant de personnages secondaires tentent de faire comprendre qu’eux-mêmes sont des victimes de guerre, mais elles restent minimes. Cependant, je ne pense pas que cela montre une quelconque idéologie de la part de Clint Eastwood. Au pire, cela peut montrer le point de vue de Kyle : il s’agit alors de la position d’un personnage et non du réalisateur et cela ne va pas forcément dire qu’Eastwood l’approuve. Cela ne peut que renforcer la complexité même du personnage. De plus, il faut tout de même savoir que la famille de Kyle a pas mal rôdé autour du tournage et souhaitait que sa mémoire soit respectée. Cela peut alors expliquer pourquoi Eastwood ne dresse pas un portrait davantage plus sombre de Kyle et qu’il reste plutôt bienveillant. Cela expliquerait également pourquoi j’ai pu trouver ce film patriotique, surtout en ce qui concerne la fin (cependant, rien de scandaleux, il n’y a pas de propagande, je pense que ça transcrit un sentiment très américain, difficile à cerner pour nous qui sommes européens). Je ne comprends absolument pas cette polémique, qui me semble injustifiée. Cependant, il est tout de même regrettable de voir un Eastwood qui semble se censurer. Il n’ose même pas reprendre la phrase écrite de Kyle sur le fait qu’il aurait aimé tuer encore plus de gens, et préfère plutôt la détournée d’une autre manière, en la mettant sur le compte du devoir patriotique. 

American Sniper : Photo Sienna Miller

Malgré cela, Clint Eastwood arrive tout de même à dresser le portrait complexe d’un soldat. Parti par devoir patriotique, découvrant toutes les horreurs possibles (de ce côté-là, le film n’est pas du tout light), Chris Kyle prend rapidement goût à la guerre qui lui procure une adrénaline pratiquement indispensable, au point d’être un étranger au sein de sa propre famille lorsqu’il retourne chez lui au Texas : en réalité, sa véritable famille est l’armée. Le sujet n’est pas évidemment pas nouveau mais il reste bien exploité et de nouveau captivant. Au fond, peu importe si on trouvera ce film patriotique ou non (je crois qu’on touche ici à une question très personnelle, qui ne dépendra que des convictions personnelles des spectateurs), American Sniper réussit à parler de patriotisme. Au-delà des questions soulevées, à la fois justes et pertinentes, sur le patriotisme, la nécessité ou non de la guerre et du devoir (la guerre est-elle un mal nécessaire ?), le retour des soldats chez eux ou encore du problème des armes à feu aux Etats-Unis, la film séduit par sa mise en scène remarquable, réaliste, énergique et coup de poing. Eastwood s’est d’ailleurs très bien renseigné sur les scènes de batailles, en engageant notamment sur le tournage Kevin Lacz (qui interprète son propre rôle !), qui a connu Chris Kyle en Irak. Bradley Cooper (également l’un des producteurs du film) livre une interprétation remarquable (et avec un chouette accent texan) : sa nomination aux Oscars me semble parfaitement justifiée. Sa partenaire Sienna Miller, qui incarne encore une fois cette année « la femme de » (rappelez-vous dans le déjà oubliable Foxcatcher), s’en tire également bien dans ce rôle secondaire sans passer pour une potiche.

American Sniper : Photo Bradley Cooper

Bilan – mars 2015

Cinéma

* Les films sortis au cinéma

Une merveilleuse histoire du temps (James Marsh, 2015) 3/4

Birdman (Alejandro González Iñárritu, 2015) 0/4

The Voices (Marjane Satrapi, 2015) 3/4

American Sniper (Clint Eastwood, 2015) 3/4

American Sniper Une merveilleuse histoire du temps  The Voices

* Rattrapages

Anthony Zimmer (Jérôme Salle, 2005) 2/4

Crash (David Cronenberg, 1996) 2/4

Popeye (Robert Altman, 1980) 0/4

Full Metal Jacket (Stanley Kubrick, 1987) 4/4

Ida (Pawel Pawlikowski, 2014) 3/4

De l’autre côté du lit (Pascale Pouzadoux, 2008) 0/4

Salsa Fury (James Griffiths, 2013) 2/4

Full Metal JacketIda crash

* Télévision

Girls (saison 4, 2015) 3/4

girls

 

* Lectures

Dans la colonie pénitentiaire (Frank Kafka, 1919) 3/4

Lettre d’une inconnue (Stefan Zweig, 1922) 4/4