Blancanieves

 réalisé par Pablo Berger

avec Maribel Verdu, Macarena Garcia, Sofia Oria, Daniel Gimenez Cacho, Angela Molina, Josep Maria Pou…

Drame espagnol. 1h45. 2012.

sortie française : 23 janvier 2013

Blancanieves

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de « Blancanieves ». C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable…

Blancanieves : photo Macarena García

L’année 2012 a été marqué par le succès mondial de The Artist. Le film de Michel Hazanivicius a prouvé que le public s’intéressait encore aux films muets et en noir et blanc. Blancanieves, un film espagnol tourné dans le même format et sorti en France à peine trois mois après la sortie de The Artist, a eu du mal à échapper à la comparaison. Cependant, au-delà de la forme, ces deux films n’ont rien à voir. Cependant, bien que j’aime énormément The Artist, Blancanieves me paraît encore plus ambitieux et également plus réussi. De plus, Blancanieves est également sorti après les deux dernières versions américaines de Blanche-Neige (la première réalisée par Tarsem Singh avec Julia Roberts et Lily Collins, la seconde par Rupert Sanders avec Kristen Stewart et Chazlize Theron). Mais une fois encore, Pablo Berger (réalisateur de l’étonnant Torremolinos 73) n’a pas eu de mal à affronter ses concurrents. Au final, Blancanieves a cartonné aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en repartant avec dix statuettes amplement méritées ! La réécriture de Blanche-Neige est très originale : en effet, cette histoire se déroule cette fois-ci dans les années 1920 dans l’univers de la corrida. Signer son film en noir et blanc et en muet est toujours un sacré défi. Techniquement, c’est évidemment très réussi : on a vraiment l’impression de voir un vieux film et on apprécie toujours de remarquer de nombreuses références cinématographiques. Le travail technique et esthétique (photographie, lumière…) permet de nous plonger dans cette période cinématographique avec une certaine élégance. C’était également un sacré pari de revoir ce conte qu’on connait tous par coeur. Comment nous surprendre à nouveau ? Pablo Berger a compris qu’il ne s’agissait pas simplement de donner du style et d’être original par rapport aux autres films qui ont déjà été faits sur ce même sujet. Il a réussi à donner énormément de force et d’émotion à son film. Les scènes entre la jeune Blanche-Neige et son père sont par exemple particulièrement touchantes. Il y a peu de « dialogues » mais pourtant on comprend toujours les enjeux de cette histoire. Et même si on connait les péripéties de l’histoire, Berger arrive à insérer dans son film une forme de suspense. Bref, malgré les difficiles exercices du muet, du noir et blanc et de la réécriture, le film m’a surprise et ne m’a pas ennuyée car j’ai trouvé l’ensemble rythmé.

Blancanieves : photo Maribel Verdú

Après avoir lu certaines critiques négatives, je précise une chose : même si la corrida est présente dans le film, il ne faut pas essayer de faire de débat pour ou contre. Je respecte évidemment les avis négatifs et ceux qui sont contre la corrida (j’en fais d’ailleurs partie). C’est mignon de défendre cette cause, je respecte totalement cette opinion, mais je ne pense pas que ce soit le but du film. La corrida, cette sorte de course, est typiquement espagnole et permet à cette réécriture de Blanche-Neige de s’ancrer dans une dimension culturelle, presque nationale. De plus, ici la corrida est un bon moyen pour aborder certains sujets comme l’héritage familial ou le danger. En effet, Blanche-Neige a raté certains moments avec son père lorsqu’elle était enfant mais elle essaie de rattraper ce temps perdu une fois qu’elle est devenue adulte. La corrida, c’est le métier de son père et c’est aussi grâce à cette activité qu’elle va se rapprocher de lui. Même s’il a du mal à bouger, le père arrive encore à vivre en lui transmettant sa passion. Lui transmettre cette passion, c’est en quelque sorte une belle preuve d’amour. De plus, on comprend bien que Carmen/Blanche-Neige a ça dans le sang et c’est grâce à son talent qu’elle va pouvoir en quelque sorte s’émanciper et échapper à sa belle-mère. Elle se met aussi en danger en affrontant cet énorme taureau, mais ne se méfiera pas d’une simple pomme qui est en réalité empoisonnée. Enfin, dans ce type de film, la musique est évidemment primordiale. Ici, le travail d’Alfonso de Villalonga est très réussi car il réussi à nous transmettre les « dialogues manquants » et de renforcer également l’émotion. Et même si elle est omniprésente, elle n’est pas envahissante, dans le sens où elle ne nous lasse à aucun moment. Les acteurs sont également tous excellents car sans prononcer de paroles, ils arrivent également à transmettre de l’émotion et tout ce que ressentent et font les personnages. Ils arrivent à être expressifs mais sans en faire des caisses. Maribul Verdu est géniale dans le rôle de la méchante belle-mère de Blanche-Neige. Ce qui est fabuleux, c’est que même si le film ne parle pas directement de la vieillesse (elle ne dit pas toutes les deux minutes « ohhhh que je suis laiiiide, j’ai la peau qui pendouille », on n’est pas chez les américains), la présence de ce thème reste fort : le maquillage est discret mais pourtant, on voit bien la présence de rides au fur et à mesure qu’on avance dans le film, et Verdu ressemble par moments à une sorte de Lady Gaga/Anna Wintour/Victoria Beckham tout en restant classe et adapté aux années 1920, son look ne parait pas anachronique. J’ai également beaucoup aimé les deux actrices qui jouent Blanche-Neige : la première, la jeune Sofia Oria, est toute mignonne et très touchante; et la deuxième, la très fraîche Macarena Garcia, est une véritable révélation. Daniel Gimenez-Cacho est également très émouvant dans le rôle du mari en deuil et du père qui essaie de se dévouer pour sa jeune fille même s’il est cloué dans son fauteuil roulant et qu’il a du mal à faire face à sa nouvelle femme. J’ai également apprécié la petite apparition d’Angela Molina et les nains toreros sont très attachants (notamment Josefa et le nain amoureux de Blanche-Neige).

Blancanieves : photo Macarena García

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20 réflexions au sujet de « Blancanieves »

  1. Le film n’est pas forcément facile d’accès par le parti pris du muet et du noir et blanc. Malgré quelques scènes un peu longues, il fonctionne quand même et, comme tu l’écris, la corrida n’est ici qu’un contexte social. Une œuvre originale au final.

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  2. Je suis contente que tu aies vu ce film qui est une jolie perle de cinéma. Le n&B est vraiment un parti pris intéressant. L’ensemble revisite bien le mythe de blanche neige, c’est audacieux et magnifique !

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  3. Tu es dans un cycle noir et blanc ? Chouette ! Je n’ai pas vu ce « Blancanieves », mais ce n’est pas l’envie qui me manque de me rattraper. Ta très bonne chronique ne pourra que m’y inciter davantage.

    Avec tout ça, ça fait un bail que je me dis qu’il est temps que j’explore plus avant le cinéma muet dès années 10-20-30. Il est très possible que je vois « Loulou » très bientôt, d’ailleurs…

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  4. @ Roggy :
    Contente de voir ton enthousiasme (du coup, pour répondre à ta question de tout à l’heure, regarde Ida, peut-être que tu l’aimeras 🙂 ).

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  5. @ Yuko :
    Je l’ai vu il y a un moment (là j’avoue ressortir quelques critiques de mon ancien blog, en les remaniant, histoire de préparer de nouvelles bonnes critiques prochainement) mais j’en garde vraiment un très bon souvenir, il m’a vraiment marquée. En fait, j’ai profité de ma critique d’Ida pour ressortir cette critique, cela m’a semblé bienvenu 🙂
    Yeaaah on est d’accord 🙂

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  6. @ Martin :
    Disons que j’ai regardé Ida par curiosité. Et comme je me suis longuement exprimée sur le blog de Chonchon, j’ai décidé d’écrire ma critique ici. Du coup, cela m’a fait penser à Blancanieves, que j’avais adoré. Et comme je prépare en ce moment de nouvelles critiques (je manque un peu de temps donc je m’organise comme je peux), j’ai ressorti une critique de Blancanieves venant de mon ancien blog (en l’améliorant).
    Pareil, il faudrait aussi que je m’y replonge, surtout que j’adore ce cinéma-là.
    Merci pour ma critique 🙂

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  7. @ Martin :
    Il y en a un, faut aller dans « catégories », tu sélectionnes et t’as touuut ! (peut-être devrais-je trouver un autre système, qu’en penses-tu ?)

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  8. Ce que j’en pense ? Plusieurs choses:
    1 – Je n’avais jamais consulté « catégories » et je n’aurais pas pensé y trouver un index.
    2 – Maintenant que tu le dis, j’y penserai et ça m’a l’air complet, effectivement.
    3 – Peut-être que tu peux essayer de lui donner un peu plus de visibilité.

    Merci pour le tuyau, en tout cas. Jusqu’alors, je passais par le moteur de recherche.

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  9. Je dois dire que là encore, les images donnent plutôt envie. L’image avec les nains peut même un peu évoquer le cinéma de Tod Browning. Quand au sujet il a l’air lui aussi très intéressant.

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  10. @ Martin :
    Tu as raison, je le note. Si tu as eu du mal à trouver l’index, cela signifie qu’il y a un problème, je vais y réfléchir, merci en tout cas de me l’avoir signalé ! 🙂

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  11. @ Vince :
    Oui, la référence à Freaks est assumée, mais tout le film est un hommage au cinéma ! En tout cas, je te conseille vivement ce film, une pépite espagnole hélas passée inaperçue.

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