Ida

réalisé par Pawel Pawlikowski

avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza, Dawid Ogrodnik, Joanna Kulig…

Drame polonais. 1h22. 2013.

sortie française : 12 février 2014

Ida

Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska

Ida est un film qui semble être sorti de nulle part et finalement, grâce à un étonnant bouche-à-oreilles, ce petit film polonais en noir et blanc a réussi à trouver son public (tout de même 500 000 entrées en France). Il a évidemment remporté un grand nombre de prix (il a notamment tout raflé aux European Film Awards), sa consécration finale étant l’Oscar du meilleur étranger, au passage, une première pour la Pologne. La bande-annonce m’avait déjà intriguée à l’époque et j’avais lu de très bonnes critiques, que ce soit dans la presse ou sur différents blogs. Il est resté longtemps dans mon cinéma mais je ne sais pas trop pourquoi, je ne suis pas allée le voir. De plus, Pawel Pawlikowski n’est pas pour moi un réalisateur totalement méconnu puisque j’avais vu un de ses longs-métrages, My Summer of Love (avec Natalie Press, Emily Blunt et Paddy Considine), un film qui m’avait déçue et pourtant je le trouvais tout de même intéressant. Son Oscar tout comme l’ultra sévère critique de Chonchon (comme quoi, je ne suis pas la seule à killer les films – soyons solidaires !) m’ont poussée à le découvrir une bonne fois pour toutes. Je ne dirais pas que je suis déçue mais je trouve tout de même certaines critiques excessives. Je n’ai pas vu tous les films nommés dans sa catégorie aux Oscars (bon, j’en ai vu tout de même 3 sur 5), mais oui, j’aurais préféré que Les Nouveaux Sauvages gagne à la place. Cependant, ne tournons pas trop autour du pot : certes, j’ai aimé Ida malgré mes petits reproches, notamment une première partie un peu trop longue à mon goût. Cependant, même si le film ne m’a pas autant bouleversée que j’aurais pu l’imaginer, j’ai tout de même été touchée par l’histoire, notamment sa seconde partie, selon moi plus réussie et qui permet au film de prendre tout son sens. Voir cette jeune fille (Ida / soeur Anna) qui décide de son sort, à prendre en quelque sorte un nouveau départ, est très touchant. Il est également intéressant de voir comment le portrait d’Ida, qui reste le personnage principal, est mis en parallèle avec les personnages secondaires, comme celui de la tante d’Ida et du jeune musicien. D’un côté, Pawel Pawlikowski réussit à montrer les différentes réactions suscitées par l’Histoire. La tante a toujours mal à se relever suite aux souffrances infligées à sa famille juive (ce qui explique son alcoolisme et ses idées sombres) à cause de la Shoah tandis qu’Ida accepte malgré tout ce passé douloureux qui fait partie d’elle et c’est en l’acceptant qu’elle pourra faire les choix et devenir la femme qu’elle devait être. De l’autre, le musicien joue un rôle très important. La musique représente à la fois tout ce qui semble interdit au sein du couvent (elle représente alors un espace de liberté possible) et paradoxalement elle représente aussi une forme de spiritualité et de foi.

Ida : Photo Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska

Nous comprenons alors que les révélations sur les parents d’Ida ne sont qu’un prétexte pour évoquer les choix de chaque individu face à son histoire et cela dépasse bien la question de la religion et de la spiritualité. Cependant, je peux comprendre que certains spectateurs aient pu être frustrés par cette partie du scénario. Il n’est pas faux de dire que les vingt dernières minutes relancent le film. Pour moi, cela serait réducteur de dire que tout l’intérêt du film réside à la fin. Pourtant, cette dernière partie permet effectivement au propos de prendre forme. Quelque part, le scénario est plutôt puissant, pour moi la magie a tout de même opéré et pourtant il est dommage de voir une première partie un peu moins à la hauteur. Au-delà d’une histoire qui peut sembler simple, mais qui est en réalité bien plus complexe, nous ne pouvons pas passer à côté de ce qui touche l’esthétique. Tout d’abord, la mise en scène est très soignée, précise et calculée. J’avais peur que cette forme de minimalisme me rebute mais en fait pas du tout. Le travail qu’a effectué le réalisateur est ambitieux mais n’est jamais pour moi prétentieux. De plus, le noir et blanc est vraiment magnifique, mettant vraiment en relief les personnages et les décors. Effectivement, ce choix rend le film un peu plus froid mais je pense que c’est voulu par le réalisateur, notamment par la présence de la neige, qui renforce cette idée de froideur. Le noir et blanc montre également la grande part d’Histoire qui secoue notre héroïne et les personnages secondaires. Sans dire que ce choix rend ce film sublime, je trouve que le noir et blanc renforce tout de même bien la dualité d’Ida / soeur Anna, à la fois face à un passé sombre et une foi et un destin qui confirme l’envie de vivre sa vie comme elle l’entend. Enfin, Ida est servi par un très bon casting. Agata Trzebuchowska, qui incarne Ida, n’avait jamais joué dans un film avant celui-ci pourtant elle a beaucoup de talent et dégage une quantité d’émotions. Dans un rôle plus secondaire mais tout de même important, j’ai également beaucoup aimé l’interprétation d’Agata Kulesza. qui incarne la troublante Wanda (la tante d’Ida), une femme qui peut sembler dure (en contraste avec l’apparence innocente et fraîche de sa nièce) mais qui est en réalité très fragile.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik

Publicités

22 réflexions au sujet de « Ida »

  1. Bravo, tu le défends extrêmement bien ! Ca m’a fait rire car je me suis dis « P… j’ai dormi ou quoi ? ». En fait, c’est surtout la première partie qui est beaucoup beaucoup beaucoup trop longue selon moi. Etant de nature impatiente, ce genre de réalisation, je ne peux pas…

    J'aime

  2. @ Roggy :
    C’est toujours difficile de te garantir quoi que ce soit, surtout sur ce type de films. Après, tu sais que je suis quand même chiante (je sais que je suis parfois très méchante avec des films, le pire c’est que je ne cherche pas spécialement à l’être) et honnêtement, le film m’a bien plu. En plus, il est quand même court, donc peut-être que tu peux le regarder, juste pour te faire une idée.

    J'aime

  3. Encore un manque à ma culture cinématographique que tu viens titiller par un article plutpot élogieux. Je vois passer le nom de Pawlikowski sans prendre le temps de m’arrêter devant un de ses films. j’enrage, d’autant qu’un vent de films apparemment très bons venus de l’Est semble souffler dans nos salles obscures à l’image du récent Crosswind estonien.

    J'aime

  4. @ Princécranoir :
    A mon avis, Ida devrait te plaire (je sais pas… I feel it !).
    Crosswind a l’air très beau visuellement mais ça a l’air un peu… chiant (désolée mais la bande-annonce m’endort systématiquement).

    J'aime

  5. @ Papilloteblog :
    Oui, c’est ce que je me dis aussi quand j’ai vu ton article dans lequel tu en parles ! Après je ne l’ai vu que très récemment, d’après ce que j’ai compris, tu l’as vu il y a déjà plusieurs mois!

    J'aime

  6. Tu avais vu juste : je suis tombé en pamoison devant « Ida ». C’est tout le cinéma que j’aime : soigné, profond, concis, lumineux et en même temps très intense. Contrairement à ce qu’écrit Ronnie, ce n’est absolument pas académique (est académique ce qui répète une formule sans rien apporter de neuf, or on a bel et bien ici un cinéaste avec un propos et une intention singulière).

    J'aime

  7. @ Princecranoir :
    Je suis super contente que tu aies aimé ce beau film et je suis totalement d’accord avec toi en ce qui concerne la définition même de l’académisme). 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s