The Voices

réalisé par Marjane Satrapi

avec Ryan Reynolds, Gemma Artenton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Ella Smith, Gulliver McGrath, Valerie Koch…

Comédie, thriller américain, allemand. 1h50. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

interdit aux moins de 12 ans

The Voices

Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments…

The Voices : Photo Gemma Arterton, Ryan Reynolds

The Voices, prix du jury et prix du public au dernier festival de Gérardmer, est le quatrième long-métrage de Marjane Satrapi. J’avais beaucoup aimé l’adaptation de sa propre bande-dessinée Persepolis mais je ne savais pas vraiment si on devait la considérer comme une cinéaste ou comme une dessinatrice qui avait réussi à réaliser un bon film basé sur un matériau qu’elle connaissait forcément par coeur. Je n’ai pas vu ses deux réalisations suivantes (Poulet aux prunes et La bande des Jotas) de peur d’être déçue par l’après-Persepolis. Cependant, le synopsis et la bande-annonce de The Voices étaient tout de même foutrement alléchants (pourtant, je ne suis pas une grande fan des films avec des « animaux qui parlent »). Et finalement, Marjane Satrapi s’en tire vraiment derrière la caméra, elle n’est plus simplement la dessinatrice devenue réalisatrice mais bien une réalisatrice tout court. Si The Voices n’évoque jamais ouvertement le nom de la maladie dont est atteint Jerry, le personnage principal, on comprend qu’il s’agit de schizophrénie. Ce n’était pas forcément évidemment de faire quelque chose de neuf avec un sujet qui ne l’est pas car il est souvent traité au cinéma, surtout ces derniers temps. On sent que Satrapi s’est énormément documentée sur ce problème psychiatrique et cela se ressent dans sa mise en scène, très inventive. J’ai notamment aimé le lien que fait la réalisatrice entre l’appartement et l’esprit de Jerry. Je ne suis pas une experte en psychologie, mais je soupçonne même Satrapi d’avoir lu beaucoup de Freud (qui faisait, me semble-t-il, un lien entre la personne et la maison »). Quand Jerry est seul et ne prend pas ses médicaments, son appartement est un lieu propre, soigné et lumineux. Cependant, lorsqu’il n’avale pas ses pilules ou quand un personnage extérieur s’y rend, l’endroit est sombre, sale et terne. Du coup, The Voices n’est pas juste un bon petit film délirant sur le moment, mais un long-métrage profond, même parfois touchant, mais qui parvient à faire rire sur ce sujet aussi sérieux.

The Voices : Photo Ryan Reynolds

Marjane Satrapi revisite plutôt intelligemment les codes de l’horreur en les mêlant à la comédie. Je m’attendais à un film plus hilarant mais j’ai tout de même beaucoup ri alors que l’histoire est tout de même horrible. Même si je m’en doutais avant de le voir, le film n’est pas non plus gore ou réellement choquant d’un point de vue esthétique (même s’il ne faut pas non plus montrer ce film à un public trop jeune). Satrapi trouve selon moi le bon équilibre entre les deux genres alors que le film aurait pu se situer le cul entre deux chaises. En réalité, ces deux genres sont naturellement complémentaires. Par exemple, le rose dominant, qui donne à ce film des allures pop, permet de contraster habilement avec l’horrible réalité. Ce choix de vouloir revisiter à la fois l’horreur et la comédie est cohérent car le film s’intéresse très fortement à la dualité de Jerry. Ainsi, son chien Bosco représente le bien présent en lui tandis que le chat, Mr. Whiskers (en V.F. Monsieur Moustache), symbolise sa part sombre. Présenté comme ça, le film peut sembler très manichéen, cependant, Satrapi ne tombe pas dans ce piège puisque les deux premiers meurtres sont tout de même liés à une forme de hasard. La réalisatrice montre bien que le passage à l’acte et plus globalement la folie sont des choses bien plus complexes et que ce sont les circonstances qui amènent aussi un individu (certes malade ici mais je pense que le propos peut être plus universel) à céder à ses pulsions, ne parvenant plus à distinguer le bien du mal. Dans l’ensemble, The Voices est une jolie réussite, qui a le mérite d’être audacieuse, divertissante et plutôt rythmée, tout en proposant une véritable réflexion derrière. Le film possède un grand nombre de qualités mais la véritable bonne surprise reste Ryan Reynolds. Jusqu’à présent, je le trouvais fade, voire même mauvais, mais là il est excellent, il est pour une fois très expressif. Il réussit à rendre son personnage très attachant et il fait aussi un formidable travail de doublage de voix (surtout pour le chat avec un impressionnant accent écossais). Gemma Artenton, Anna Kendrick et Jacki Weaver sont également excellentes. Enfin, quelle bonne idée de terminer ce film sur Sing A Happy Song (avec la petite chorégraphie bien sympa).

The Voices : Photo Ryan Reynolds

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32 réflexions au sujet de « The Voices »

  1. @ Didynimes :
    C’est barré mais je le trouve tout de même accessible. Honnêtement, si tu peux le voir, tente celui-ci, au moins pour l’excellente performance de Reynolds.

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  2. tout comme les autres internautes, je dois avouer que ta chronique est enthousiaste et donne envie d’aller le voir. Visiblement un petit coup de cœur.

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  3. Une réussite indéniable à l’imagerie intelligente, aux acteurs qui jouent vraiment bien et un film au propos bien moins con qu’il n’y paraît. Une bouffée d’air frais.

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  4. J’avais été déçue par  » Poulet aux prunes » mais là je retrouve le même enthousiasme que pour son Persepolis, j’ai trouvé ce film enthousiasmant, je suis vraiment sortie enchantée du ciné !

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  5. @ Auroreinparis :
    Je n’ai pas vu Poulet aux prunes (visiblement, c’est moyen mais je finirai par y jeter un coup d’oeil). Je préfère tout de même Persepolis mais effectivement ce film m’a tout de même beaucoup plu, il y a quelque chose d’original alors que sur le papier, il ne l’est pas tant que ça, il y a malgré tout beaucoup de fraîcheur et l’ensemble est maîtrisé.

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  6. pas mal en effet mais un peu trop gentillet à mon goût. Reste la très bonne performance de Ryan Reynolds

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  7. @ Eelsoliver :
    Disons que ça aurait pu être plus trash, je suis d’accord, mais j’ai tout de même apprécié le ton trouvé. Après, je ne pense pas que c’était non plus le but et il y a tout de même quelques passages pas très clean 🙂

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  8. Salut Tina. Bof bof bof… pas très emballé, pour ma part, j’ai d’abord trouvé que ça manquait d’unité. Ll’idée de montrer deux réalités (celle du personnage principal et celle de tous les autres) était bonne, mais pas assez exploitée. à mon goût.

    Quant à l’argument premier, je trouve qu’il s’épuise vite. Je me suis vaguement amusé avec les quelques références à Hitchcock, mais ça n’est pas allé plus loin. Petit bénéfice du doute dans la mesure où je n’ai pas pu voir le film en VO, mais bon… c’est une déception pour ma part… alors même que j’aime plutôt le travail de Marjane Satrapi, en général…

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  9. @ Martin :
    Ah mince 😦 Sans crier au chef-d’oeuvre, je trouve les procédés certes simples mais plutôt efficaces.
    Ah mince, c’est dommage de ne pas avoir vu le film en VO, pour moi elle est vraiment importante, au moins pour le travail de Reynolds.

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  10. Un très bon film avec un Ryan Reynolds au top qui confirme le fait qu’il soit un véritable comédien, je l’avais d’ailleurs vu un peu avant dans Sécurité Rapprochée, avec Denzel Washington, ou il était également très bon dans son personnage. Pour en revenir à the Voices, ce que j’ai trouvé finalement autant fascinant que paradoxal, c’est que, malgré les crimes qu’il commets et le fait qu’il soit un cinglé de première, on s’attache véritablement à Jerry.

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  11. @ Titi70 :
    Je n’ai pas vu Sécurité Rapprochée, j’avoue que la bande-annonce m’avait laissée dubitative… 😮 Peut-être l’ai-je mal jugé 😀
    Oui, c’est vraiment ça, Jerry est un personnage attachant mais le film n’excuse jamais ses actes. Finalement, la réplique finale de la psy est très juste : « ne lui faites pas de mal, il est malade », tout est là-dedans.

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  12. Evidemment, Marjane Satrapi s’est documentée, et cela s’en ressent (même si le parallèle avec la « maison » des théories freudienne m’a échappé). Mais je trouve que le film se repose trop sur l’originalité de son concept et sur la qualité des images (on sent la peintre et la graphiste derrière), laissant alors de côté le rythme et l’intensité dramatique.

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  13. @ 2flicsamiami :
    Après, honnêtement, pour la « maison », je n’en suis pas non plus sûre (c’est toujours difficile de s’avancer dans des théories) mais en tout cas, je l’ai ressenti.
    C’est vrai que la fin est un peu moins rythmée par rapport au reste, on a un peu l’impression que Satrapi a plus de mal à la maîtriser (même si cela ne m’a pas non plus gâchée ma séance). Après j’ai aimé ce film mais je te rejoins dans le sens où il a ses imperfections. Cependant, par rapport à ce que j’ai vu depuis le début de l’année, The Voices fait tout de même partie de ceux que je classe dans les bons films, ou du moins, dans ceux qui m’ont le plus enthousiasmé (sans dire que c’est le film de l’année).

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  14. Désolé, je suis de ceux que la chanson de fin agace totalement. Mais le film était plutôt sympa dans son genre. Espérons que Madame Satrapi sera trouver pour son prochain film un sujet encore plus barjot! 🙂

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  15. @ Kapalsky :
    Ah mince pour la chanson 😦
    J’espère bien qu’elle va rester sur cette voie (même si elle peut s’améliorer) car elle a du talent pour le cinéma « live » et barré. 😀

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