La Belle Endormie

réalisé par Marco Bellocchio

avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher, Michele Riondino, Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr…

titre original : La Bella Addormentata

Drame italien, français. 1h50. 2012.

sortie française : 10 avril 2013

La Belle endormie

Le 23 novembre 2008, l’Italie se déchire autour du sort d’Eluana Englaro, une jeune femme plongée dans le coma depuis 17 ans. La justice italienne vient d’autoriser Beppino Englaro, son père, à interrompre l’alimentation artificielle maintenant sa fille en vie. Dans ce tourbillon politique et médiatique les sensibilités s’enflamment, les croyances et les idéologies s’affrontent. Maria, une militante du Mouvement pour la Vie, manifeste devant la clinique dans laquelle est hospitalisée Eluana, alors qu’à Rome, son père sénateur hésite à voter le projet de loi s’opposant à cette décision de justice. Ailleurs, une célèbre actrice croit inlassablement au réveil de sa fille, plongée elle aussi depuis des années dans un coma irréversible. Enfin, Rossa veut mettre fin à ses jours mais un jeune médecin plein d’espoir va s’y opposer de toutes ses forces.

La Belle endormie : photo Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr

Pour construire le scénario de La Belle Endormie, Marco Bellocchio est parti d’un événement qui a secoué l’Italie : la jeune Eluana Englaro fut victime en 1992 d’un accident de voiture qui la laissa dans un coma végétatif. Affirmant qu’elle aurait préféré être débranchée si elle tombait dans un coma, son père Beppino Englaro entreprend à partir de 1999 des démarches pour que son système d’alimentation artificielle soit enfin débranché. Après des années de débats et de manifestations dans tout le pays, le gouvernement italien autorisa finalement l’arrêt de son traitement. Cependant, le réalisateur du Vincere ne parle pas directement de l’histoire des Englaro. Le débat autour de cette mort assistée est bien sûr omniprésente, mais La Belle Endormie est plutôt un film choral, c’est-à-dire les personnages tournent et évoluent autour de ce sujet mais ne sont pas nécessairement impliqués dans la vie des Englaro. En réalité, on peut même dire que l’histoire d’Eluana va servir de fil conducteur entre les différentes histoires et les personnages. Malheureusement, comme dans beaucoup de films dans lesquels se mêlent et se croisent des personnages, le propos se perd un peu dans cette réalisation un peu trop longue et chaque personnage semble avoir du temps à exister. On ne sait pas vraiment pourquoi ils agissent ainsi, ce qu’ils pensent vraiment, on a du mal à avoir de la sympathie ou à les comprendre. Les personnages se trouvent dans des situations dramatiques, profondément difficiles, pourtant l’émotion n’est pas vraiment au rendez-vous. Du coup, on a un petit goût d’inachevé. Mais surtout, en multipliant les personnages, Marco Bellocchio veut montrer les différents points de vue possibles sur cette affaire, et plus généralement sur l’euthanasie, le suicide et plus généralement sur la mort.

La Belle endormie : Photo Toni Servillo

C’est encore une fois intéressant, mais j’ai eu le sentiment que le réalisateur ne voulait pas trop se mouiller alors qu’au bout d’un moment, je n’ai pas réellement eu l’impression qu’il était neutre sur ce sujet. Paradoxalement, l’avis du réalisateur sur l’euthanasie semble apparaître, mais en s’éparpillant, et en réalisant parfois du coup un film brouillon, Bellocchio dit à la fois tout et pas assez. Finalement, qu’a voulu-t-il nous dire s’il ne veut pas totalement défendre son point de vue alors que ce dernier m’a pourtant paru présent ? Il y a aussi des éléments dans l’histoire qui me paraissent un peu naïfs, même si ce n’est pas totalement inintéressant : je pense par exemple à l’histoire du médecin qui veut absolument que la jeune Rossa reste en vie alors qu’elle ne souhaite que mourir. Sur le papier, l’histoire est intéressante car elle est en opposition avec l’histoire d’Eluana (et les autres qui sont similaires) : on imagine bien que cette jeune fille (ainsi que la femme du sénateur et la fille de la grande actrice) voulait rester en vie avant d’être plongés dans un terrible coma. En terminant le long-métrage sur l’histoire de Rossa, Marco Bellocchio essaie de donner une vision optimiste. J’ai pas mal donné d’éléments qui me semblent problématiques, on a l’impression que je n’ai aimé La Belle Endormie, mais pourtant, ce n’est pas le cas : j’ai quand même apprécié le film dans son ensemble et je ne suis pas trop ennuyée. Même s’il n’est pas toujours bien traité, le sujet en lui-même reste suffisamment intéressant car justement, cette histoire n’est pas seulement celle d’Eluana mais aussi celle de nombreuses familles. Que faire quand un membre de sa famille est plongé dans un coma ? Faut-il abréger ses souffrances ou avoir encore de l’espoir ? Malgré un scénario brouillon, Bellocchio parvient à montrer les différents points de vue possible sur l’euthanasie et le rapport qu’ont les gens à la vie et à la mort en mêlant à la fois les histoires intimes, affaires politiques et affaires religieuses. Le film a le mérite d’ouvrir à la réflexion et au débat. Même si le sujet est traité maladroitement, la mise en scène reste convaincante. Enfin, j’ai trouvé le casting très bon.

La Belle endormie : Photo Isabelle Huppert

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Miele

réalisé par Valeria Golino

avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi, Libero De Rienzo…

Drame italien, français. 1h36. 2013.

sortie française : 25 septembre 2013

Miele

Irene vit seule dans une maison au bord de la mer non loin de Rome. Son père et son amant la croient étudiante. En réalité, sous le nom de code Miele, elle aide clandestinement des personnes en phase terminale à mourir dignement en leur administrant un barbiturique puissant. Un jour elle procure une de ces doses mortelles à un nouveau « client », Monsieur Grimaldi. Elle découvre cependant quʼil est en parfaite santé mais quʼil veut mettre fin à ses jours, ayant perdu goût à la vie. Bien décidée à ne pas être responsable de ce suicide, elle va tout faire pour l’en empêcher.

Miele : Photo Jasmine Trinca

Le festival de Cannes a présenté en 2013 dans la catégorie « Un certain regard » le premier long-métrage de la sympathique actrice italienne Valeria Golino. Cette dernière, qui adapte le roman Vi Perdono écrit par Angela Del Fabbro (en réalité Mauro Covacich) s’attaque à un sujet difficile, c’est-à-dire l’euthanasie, un sujet très tabou, tout particulièrement en Italie. On retrouvait d’ailleurs ce même sujet dans un autre film italien sorti cette même année, La Belle Endormie réalisé par Marco Bellocchio (la critique est prévue pour demain – au moins ça sera fait), qui reprenait en guise de trame le cas d’Eluana Englaro. Cependant, les deux films ont des points de vue assez différents, et pour être franche, j’ai largement préféré le film de l’inexpérimentée Golino à celui du réalisateur de Vincere. Pour aborder le sujet, Golina met en scène une jeune femme, qui prend le doux surnom de « Miele » pour pouvoir assurer ses services. Elle tombe dans cette pratique illégale parce qu’elle croit en ce qu’elle fait. La sincérité de l’héroïne est très touchante. Cependant, là où le film devient intéressant, c’est qu’il ne prend pas forcément un parti pris, le propos est au contraire assez nuancé et ne tente pas d’imposer un point de vue aux spectateurs. Golino n’a pas la prétention de vouloir affirmer quelque chose, elle pose simplement des questions, notamment sur notre conscience face à la mort. Ces nuances sont également apportées grâce au personnage de Carlo, qui pète la forme (contrairement aux personnes euthanasiées, qui souffrent de maladies incurables) mais qui veut juste en finir avec la vie.

Miele : Photo Carlo Cecchi, Jasmine Trinca

Golino réussit à traiter d’autres sujets plus universels (le suicide et la solitude) sans tomber dans la facilité. Il est également intéressant de noter le contraste intéressant entre la mort et le comportement de Irene/Miele qui respire la vie. Selon moi, Valeria Golino s’en sort dans l’ensemble plutôt bien en tant que réalisatrice et je suis pour qu’elle repasse derrière la caméra. On voit qu’il y a vraiment des efforts de sa part pour donner de la poésie et de la sensibilité à son film, même si on a parfois l’impression qu’elle filme certaines scènes uniquement dans un but purement esthétique. Il y a quelques maladresses mais on les pardonne assez facilement vu qu’il ne s’agit que d’un premier film et que Golino maîtrise quand même tellement bien son sujet (très casse-gueule). Il me semble aussi qu’il y a un petit problème avec la musique : bien que je partage apparemment les mêmes goûts musicaux de cette chère Valeria, je trouve qu’elle en abuse parfois un peu. Il est vrai que la musique a son importance dans le long-métrage puisque c’est grâce à elle que Miele va pouvoir s’enfermer dans une bulle pour mieux affronter la réalité. Cependant, j’avais vraiment parfois l’impression que l’actrice/réalisatrice mettait les morceaux de sa playlist idéale ! Dans l’ensemble, Miele est une jolie petite réussite, assez maîtrisée, qui a le mérite de poser les bonnes questions sans être prétentieux. Le sujet est traité avec délicatesse, et Valeria Golino évite les scènes larmoyantes. Jasmine Trinca, dans le rôle-titre, ainsi que son partenaire Carlo Cecchi, sont impeccables.

Miele : Photo Jasmine Trinca

Blancanieves

 réalisé par Pablo Berger

avec Maribel Verdu, Macarena Garcia, Sofia Oria, Daniel Gimenez Cacho, Angela Molina, Josep Maria Pou…

Drame espagnol. 1h45. 2012.

sortie française : 23 janvier 2013

Blancanieves

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de « Blancanieves ». C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable…

Blancanieves : photo Macarena García

L’année 2012 a été marqué par le succès mondial de The Artist. Le film de Michel Hazanivicius a prouvé que le public s’intéressait encore aux films muets et en noir et blanc. Blancanieves, un film espagnol tourné dans le même format et sorti en France à peine trois mois après la sortie de The Artist, a eu du mal à échapper à la comparaison. Cependant, au-delà de la forme, ces deux films n’ont rien à voir. Cependant, bien que j’aime énormément The Artist, Blancanieves me paraît encore plus ambitieux et également plus réussi. De plus, Blancanieves est également sorti après les deux dernières versions américaines de Blanche-Neige (la première réalisée par Tarsem Singh avec Julia Roberts et Lily Collins, la seconde par Rupert Sanders avec Kristen Stewart et Chazlize Theron). Mais une fois encore, Pablo Berger (réalisateur de l’étonnant Torremolinos 73) n’a pas eu de mal à affronter ses concurrents. Au final, Blancanieves a cartonné aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en repartant avec dix statuettes amplement méritées ! La réécriture de Blanche-Neige est très originale : en effet, cette histoire se déroule cette fois-ci dans les années 1920 dans l’univers de la corrida. Signer son film en noir et blanc et en muet est toujours un sacré défi. Techniquement, c’est évidemment très réussi : on a vraiment l’impression de voir un vieux film et on apprécie toujours de remarquer de nombreuses références cinématographiques. Le travail technique et esthétique (photographie, lumière…) permet de nous plonger dans cette période cinématographique avec une certaine élégance. C’était également un sacré pari de revoir ce conte qu’on connait tous par coeur. Comment nous surprendre à nouveau ? Pablo Berger a compris qu’il ne s’agissait pas simplement de donner du style et d’être original par rapport aux autres films qui ont déjà été faits sur ce même sujet. Il a réussi à donner énormément de force et d’émotion à son film. Les scènes entre la jeune Blanche-Neige et son père sont par exemple particulièrement touchantes. Il y a peu de « dialogues » mais pourtant on comprend toujours les enjeux de cette histoire. Et même si on connait les péripéties de l’histoire, Berger arrive à insérer dans son film une forme de suspense. Bref, malgré les difficiles exercices du muet, du noir et blanc et de la réécriture, le film m’a surprise et ne m’a pas ennuyée car j’ai trouvé l’ensemble rythmé.

Blancanieves : photo Maribel Verdú

Après avoir lu certaines critiques négatives, je précise une chose : même si la corrida est présente dans le film, il ne faut pas essayer de faire de débat pour ou contre. Je respecte évidemment les avis négatifs et ceux qui sont contre la corrida (j’en fais d’ailleurs partie). C’est mignon de défendre cette cause, je respecte totalement cette opinion, mais je ne pense pas que ce soit le but du film. La corrida, cette sorte de course, est typiquement espagnole et permet à cette réécriture de Blanche-Neige de s’ancrer dans une dimension culturelle, presque nationale. De plus, ici la corrida est un bon moyen pour aborder certains sujets comme l’héritage familial ou le danger. En effet, Blanche-Neige a raté certains moments avec son père lorsqu’elle était enfant mais elle essaie de rattraper ce temps perdu une fois qu’elle est devenue adulte. La corrida, c’est le métier de son père et c’est aussi grâce à cette activité qu’elle va se rapprocher de lui. Même s’il a du mal à bouger, le père arrive encore à vivre en lui transmettant sa passion. Lui transmettre cette passion, c’est en quelque sorte une belle preuve d’amour. De plus, on comprend bien que Carmen/Blanche-Neige a ça dans le sang et c’est grâce à son talent qu’elle va pouvoir en quelque sorte s’émanciper et échapper à sa belle-mère. Elle se met aussi en danger en affrontant cet énorme taureau, mais ne se méfiera pas d’une simple pomme qui est en réalité empoisonnée. Enfin, dans ce type de film, la musique est évidemment primordiale. Ici, le travail d’Alfonso de Villalonga est très réussi car il réussi à nous transmettre les « dialogues manquants » et de renforcer également l’émotion. Et même si elle est omniprésente, elle n’est pas envahissante, dans le sens où elle ne nous lasse à aucun moment. Les acteurs sont également tous excellents car sans prononcer de paroles, ils arrivent également à transmettre de l’émotion et tout ce que ressentent et font les personnages. Ils arrivent à être expressifs mais sans en faire des caisses. Maribul Verdu est géniale dans le rôle de la méchante belle-mère de Blanche-Neige. Ce qui est fabuleux, c’est que même si le film ne parle pas directement de la vieillesse (elle ne dit pas toutes les deux minutes « ohhhh que je suis laiiiide, j’ai la peau qui pendouille », on n’est pas chez les américains), la présence de ce thème reste fort : le maquillage est discret mais pourtant, on voit bien la présence de rides au fur et à mesure qu’on avance dans le film, et Verdu ressemble par moments à une sorte de Lady Gaga/Anna Wintour/Victoria Beckham tout en restant classe et adapté aux années 1920, son look ne parait pas anachronique. J’ai également beaucoup aimé les deux actrices qui jouent Blanche-Neige : la première, la jeune Sofia Oria, est toute mignonne et très touchante; et la deuxième, la très fraîche Macarena Garcia, est une véritable révélation. Daniel Gimenez-Cacho est également très émouvant dans le rôle du mari en deuil et du père qui essaie de se dévouer pour sa jeune fille même s’il est cloué dans son fauteuil roulant et qu’il a du mal à faire face à sa nouvelle femme. J’ai également apprécié la petite apparition d’Angela Molina et les nains toreros sont très attachants (notamment Josefa et le nain amoureux de Blanche-Neige).

Blancanieves : photo Macarena García

Ida

réalisé par Pawel Pawlikowski

avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza, Dawid Ogrodnik, Joanna Kulig…

Drame polonais. 1h22. 2013.

sortie française : 12 février 2014

Ida

Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska

Ida est un film qui semble être sorti de nulle part et finalement, grâce à un étonnant bouche-à-oreilles, ce petit film polonais en noir et blanc a réussi à trouver son public (tout de même 500 000 entrées en France). Il a évidemment remporté un grand nombre de prix (il a notamment tout raflé aux European Film Awards), sa consécration finale étant l’Oscar du meilleur étranger, au passage, une première pour la Pologne. La bande-annonce m’avait déjà intriguée à l’époque et j’avais lu de très bonnes critiques, que ce soit dans la presse ou sur différents blogs. Il est resté longtemps dans mon cinéma mais je ne sais pas trop pourquoi, je ne suis pas allée le voir. De plus, Pawel Pawlikowski n’est pas pour moi un réalisateur totalement méconnu puisque j’avais vu un de ses longs-métrages, My Summer of Love (avec Natalie Press, Emily Blunt et Paddy Considine), un film qui m’avait déçue et pourtant je le trouvais tout de même intéressant. Son Oscar tout comme l’ultra sévère critique de Chonchon (comme quoi, je ne suis pas la seule à killer les films – soyons solidaires !) m’ont poussée à le découvrir une bonne fois pour toutes. Je ne dirais pas que je suis déçue mais je trouve tout de même certaines critiques excessives. Je n’ai pas vu tous les films nommés dans sa catégorie aux Oscars (bon, j’en ai vu tout de même 3 sur 5), mais oui, j’aurais préféré que Les Nouveaux Sauvages gagne à la place. Cependant, ne tournons pas trop autour du pot : certes, j’ai aimé Ida malgré mes petits reproches, notamment une première partie un peu trop longue à mon goût. Cependant, même si le film ne m’a pas autant bouleversée que j’aurais pu l’imaginer, j’ai tout de même été touchée par l’histoire, notamment sa seconde partie, selon moi plus réussie et qui permet au film de prendre tout son sens. Voir cette jeune fille (Ida / soeur Anna) qui décide de son sort, à prendre en quelque sorte un nouveau départ, est très touchant. Il est également intéressant de voir comment le portrait d’Ida, qui reste le personnage principal, est mis en parallèle avec les personnages secondaires, comme celui de la tante d’Ida et du jeune musicien. D’un côté, Pawel Pawlikowski réussit à montrer les différentes réactions suscitées par l’Histoire. La tante a toujours mal à se relever suite aux souffrances infligées à sa famille juive (ce qui explique son alcoolisme et ses idées sombres) à cause de la Shoah tandis qu’Ida accepte malgré tout ce passé douloureux qui fait partie d’elle et c’est en l’acceptant qu’elle pourra faire les choix et devenir la femme qu’elle devait être. De l’autre, le musicien joue un rôle très important. La musique représente à la fois tout ce qui semble interdit au sein du couvent (elle représente alors un espace de liberté possible) et paradoxalement elle représente aussi une forme de spiritualité et de foi.

Ida : Photo Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska

Nous comprenons alors que les révélations sur les parents d’Ida ne sont qu’un prétexte pour évoquer les choix de chaque individu face à son histoire et cela dépasse bien la question de la religion et de la spiritualité. Cependant, je peux comprendre que certains spectateurs aient pu être frustrés par cette partie du scénario. Il n’est pas faux de dire que les vingt dernières minutes relancent le film. Pour moi, cela serait réducteur de dire que tout l’intérêt du film réside à la fin. Pourtant, cette dernière partie permet effectivement au propos de prendre forme. Quelque part, le scénario est plutôt puissant, pour moi la magie a tout de même opéré et pourtant il est dommage de voir une première partie un peu moins à la hauteur. Au-delà d’une histoire qui peut sembler simple, mais qui est en réalité bien plus complexe, nous ne pouvons pas passer à côté de ce qui touche l’esthétique. Tout d’abord, la mise en scène est très soignée, précise et calculée. J’avais peur que cette forme de minimalisme me rebute mais en fait pas du tout. Le travail qu’a effectué le réalisateur est ambitieux mais n’est jamais pour moi prétentieux. De plus, le noir et blanc est vraiment magnifique, mettant vraiment en relief les personnages et les décors. Effectivement, ce choix rend le film un peu plus froid mais je pense que c’est voulu par le réalisateur, notamment par la présence de la neige, qui renforce cette idée de froideur. Le noir et blanc montre également la grande part d’Histoire qui secoue notre héroïne et les personnages secondaires. Sans dire que ce choix rend ce film sublime, je trouve que le noir et blanc renforce tout de même bien la dualité d’Ida / soeur Anna, à la fois face à un passé sombre et une foi et un destin qui confirme l’envie de vivre sa vie comme elle l’entend. Enfin, Ida est servi par un très bon casting. Agata Trzebuchowska, qui incarne Ida, n’avait jamais joué dans un film avant celui-ci pourtant elle a beaucoup de talent et dégage une quantité d’émotions. Dans un rôle plus secondaire mais tout de même important, j’ai également beaucoup aimé l’interprétation d’Agata Kulesza. qui incarne la troublante Wanda (la tante d’Ida), une femme qui peut sembler dure (en contraste avec l’apparence innocente et fraîche de sa nièce) mais qui est en réalité très fragile.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik

Le Passé

réalisé par Asghar Farhadi

avec Bérénice Béjo, Ali Mosaffa, Tahar Rahim, Sabine Ouazini, Pauline Burlet…

Drame français. 2h10. 2013.

sortie française : 17 mai 2013

Le Passé

Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.

Le Passé : Photo Ali Mosaffa

Deux ans après le formidable Une Séparation, Asghar Farhadi signe Le Passé, qui se déroule cette fois-ci en France. Comme dans son précédent long-métrage, Le Passé débute sur une séparation, ou plutôt, pour être plus précis, sur un divorce sur le point d’être officialisé. Un iranien prénommé Ahmad, découvre alors la vie de sa future ex-femme à Paris, qui refait sa vie avec Samir. Elle élève les filles qu’elle a eues, Lucie, une ado perturbée, et Léa, ainsi que son futur beau-fils, Fouad. Le spectateur se sent comme Ahmad, il se met à sa place : quelque chose cloche dans cette famille. Il n’y a que des non-dits et une atmosphère aussi pourrie que la météo parisienne. Et que veut Marie ? A partir de là, petit à petit, on va découvrir le fameux passé du titre. Celui de Marie, de Lucie et de Samir. A l’origine, je trouve que c’est une bonne initiative de découvrir le passé à travers le regard d’Ahmad. Cependant, à cause de ce point de vue adopté, le film a du mal à décoller réellement et du coup, je me suis également beaucoup ennuyée (et pour ne rien arranger, le film est long). Il y a quelque chose qui est plutôt pénible dans le scénario : à chaque nouvelle scène ou à chaque nouvelle intervention d’un personnage, le spectateur a une nouvelle information. Du coup, comme on comprend rapidement le fonctionnement du scénario, on attend à chaque scène une révélation. Et comme on attend et qu’on sait qu’on va avoir un nouvel indice pour mieux comprendre ce passé, on n’arrive même plus à être surpris, ou à ressentir quelque chose. L’histoire de cette famille déstructurée est sur le papier émouvante, mais en réalité, là encore, j’ai eu du mal à être émue, à être prise par des émotions. Peut-être est-ce dû aussi au personnage de Marie, qui n’est pas très sympathique et trop crispée. Le puzzle se construit peu à peu, même si la mécanique ne fonctionne pas autant que dans les précédents films de Farhadi. Personnellement, j’ai eu du mal à rentrer dans cette sorte de spirale silencieuse qui ne souhaite qu’éclater. Peut-être que je ne suis rentrée totalement dans cette histoire parce qu’elle se déroule en France.

Le Passé : Photo Bérénice Bejo

Pourtant, on sent bien les efforts du réalisateur pour s’imprégner de notre culture, et pour une fois, on nous montre des gens assez modestes. Mais je voyais plus cette histoire se dérouler en Iran. En effet, même si ce passé que partagent les personnages semble un peu cruel et immoral par moments (d’où ma critique envers Marie), j’ai eu du mal à être choquée. A l’heure actuelle, sans vouloir révéler l’intrigue du film, même s’il y a beaucoup d’intolérants au sein de notre pays, je pense que la France reste quand même un pays relativement ouvert d’esprit. La société iranienne est bien différente de la nôtre et c’est aussi pourquoi j’avais tant aimé Une Séparation et A Propos d’Elly : dans les précédents métrages du réalisateur, il s’agissait à chaque fois d’une histoire universelle, qui pouvait parler à n’importe quel public, mais il était évident que cette histoire était imprégnée par ce qui se passe chez ce réalisateur, en Iran. On ne peut évidemment pas refaire le film, après tout, le réalisateur avait ses raisons de le faire en France, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on aurait peut-être eu une vision plus enrichissante en Iran qui nous aurait davantage bousculés. Même si je suis déçue par l’ensemble du film, on retrouve quand même la patte du réalisateur, celle qui a fait son succès : une mise en scène intelligente et parfaitement bien calculée, faisant attention aux moindres détails. C’est vraiment dommage de voir un film qui manque de rythme et surtout d’ardeur, alors qu’on voit bien que Farhadi a voulu mettre en scène la complexité des rapports humains. Bérénice Bejo m’a également déçue, je crois qu’elle ne m’a pas aidée à apprécier ce film. J’avoue ne pas comprendre son prix d’interprétation au festival de Cannes. Elle n’est pas forcément mauvaise mais je ne la trouve pas à l’aise dans ce rôle. Je n’ai pas réussi à voir Marie, j’ai vu Bejo en train de jouer Marie. En revanche, ses partenaires masculins sont très bons et c’est grâce à eux s’il y a un peu d’émotion dans ce film. Tahar Rahim est très convaincant dans ce rôle sensible, et j’ai vraiment adoré l’interprétation d’Ali Mosaffa (son absence aux Césars est une honte). Il maîtrise mal la langue française pourtant il arrive à être extrêmement touchant et toujours juste. C’est comme s’il parlait notre langue depuis longtemps, on a l’impression qu’il capte vraiment bien les sons, la mélodie, les accentuations du français au bon moment.

Le Passé : Photo Bérénice Bejo, Tahar Rahim

The Voices

réalisé par Marjane Satrapi

avec Ryan Reynolds, Gemma Artenton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Ella Smith, Gulliver McGrath, Valerie Koch…

Comédie, thriller américain, allemand. 1h50. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

interdit aux moins de 12 ans

The Voices

Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments…

The Voices : Photo Gemma Arterton, Ryan Reynolds

The Voices, prix du jury et prix du public au dernier festival de Gérardmer, est le quatrième long-métrage de Marjane Satrapi. J’avais beaucoup aimé l’adaptation de sa propre bande-dessinée Persepolis mais je ne savais pas vraiment si on devait la considérer comme une cinéaste ou comme une dessinatrice qui avait réussi à réaliser un bon film basé sur un matériau qu’elle connaissait forcément par coeur. Je n’ai pas vu ses deux réalisations suivantes (Poulet aux prunes et La bande des Jotas) de peur d’être déçue par l’après-Persepolis. Cependant, le synopsis et la bande-annonce de The Voices étaient tout de même foutrement alléchants (pourtant, je ne suis pas une grande fan des films avec des « animaux qui parlent »). Et finalement, Marjane Satrapi s’en tire vraiment derrière la caméra, elle n’est plus simplement la dessinatrice devenue réalisatrice mais bien une réalisatrice tout court. Si The Voices n’évoque jamais ouvertement le nom de la maladie dont est atteint Jerry, le personnage principal, on comprend qu’il s’agit de schizophrénie. Ce n’était pas forcément évidemment de faire quelque chose de neuf avec un sujet qui ne l’est pas car il est souvent traité au cinéma, surtout ces derniers temps. On sent que Satrapi s’est énormément documentée sur ce problème psychiatrique et cela se ressent dans sa mise en scène, très inventive. J’ai notamment aimé le lien que fait la réalisatrice entre l’appartement et l’esprit de Jerry. Je ne suis pas une experte en psychologie, mais je soupçonne même Satrapi d’avoir lu beaucoup de Freud (qui faisait, me semble-t-il, un lien entre la personne et la maison »). Quand Jerry est seul et ne prend pas ses médicaments, son appartement est un lieu propre, soigné et lumineux. Cependant, lorsqu’il n’avale pas ses pilules ou quand un personnage extérieur s’y rend, l’endroit est sombre, sale et terne. Du coup, The Voices n’est pas juste un bon petit film délirant sur le moment, mais un long-métrage profond, même parfois touchant, mais qui parvient à faire rire sur ce sujet aussi sérieux.

The Voices : Photo Ryan Reynolds

Marjane Satrapi revisite plutôt intelligemment les codes de l’horreur en les mêlant à la comédie. Je m’attendais à un film plus hilarant mais j’ai tout de même beaucoup ri alors que l’histoire est tout de même horrible. Même si je m’en doutais avant de le voir, le film n’est pas non plus gore ou réellement choquant d’un point de vue esthétique (même s’il ne faut pas non plus montrer ce film à un public trop jeune). Satrapi trouve selon moi le bon équilibre entre les deux genres alors que le film aurait pu se situer le cul entre deux chaises. En réalité, ces deux genres sont naturellement complémentaires. Par exemple, le rose dominant, qui donne à ce film des allures pop, permet de contraster habilement avec l’horrible réalité. Ce choix de vouloir revisiter à la fois l’horreur et la comédie est cohérent car le film s’intéresse très fortement à la dualité de Jerry. Ainsi, son chien Bosco représente le bien présent en lui tandis que le chat, Mr. Whiskers (en V.F. Monsieur Moustache), symbolise sa part sombre. Présenté comme ça, le film peut sembler très manichéen, cependant, Satrapi ne tombe pas dans ce piège puisque les deux premiers meurtres sont tout de même liés à une forme de hasard. La réalisatrice montre bien que le passage à l’acte et plus globalement la folie sont des choses bien plus complexes et que ce sont les circonstances qui amènent aussi un individu (certes malade ici mais je pense que le propos peut être plus universel) à céder à ses pulsions, ne parvenant plus à distinguer le bien du mal. Dans l’ensemble, The Voices est une jolie réussite, qui a le mérite d’être audacieuse, divertissante et plutôt rythmée, tout en proposant une véritable réflexion derrière. Le film possède un grand nombre de qualités mais la véritable bonne surprise reste Ryan Reynolds. Jusqu’à présent, je le trouvais fade, voire même mauvais, mais là il est excellent, il est pour une fois très expressif. Il réussit à rendre son personnage très attachant et il fait aussi un formidable travail de doublage de voix (surtout pour le chat avec un impressionnant accent écossais). Gemma Artenton, Anna Kendrick et Jacki Weaver sont également excellentes. Enfin, quelle bonne idée de terminer ce film sur Sing A Happy Song (avec la petite chorégraphie bien sympa).

The Voices : Photo Ryan Reynolds

The IT Crowd

Créée par Graham Linehan

avec Chris O’Dowd, Richard Ayoade, Katherine Parkinson, Matt Berry, Christopher Morris, Noel Fielding…

Série comique britannique. 4 saisons. 2006-2013.

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Chez Reynolds Industries, les hautes tours de l’entreprise sont remplies de beaux et heureux employés qui ne tarissent pas d’histoires de succès. Sauf ceux qui travaillent dans le sous-sol : le département du support informatique. Alors que leurs collègues évoluent dans un cadre magnifique, Jen, Roy et Moss doivent se contenter d’une cave sombre et horrible, et se battre pour en faire un environnement vivable…

The IT Crowd : Photo Chris O'Dowd, Katherine Parkinson, Richard Ayoade

Après avoir dévoré les trois saisons de Black Books (créée par Dylan Moran et Graham Lineham), je recherchais assidûment une nouvelle sitcom britannique aussi drôle et aussi inventive. Des années se sont écoulées et finalement j’ai fini par me réveiller : Graham Linehan a forcément crée d’autres séries. En parcourant la fiche wiki de ce cher bonhomme, je m’aperçois qu’il est à l’origine de la série The IT Crowd. Je connaissais cette série, réputée pour être drôle et culte, surtout de nom, je savais surtout qu’elle avait révélé Chris O’Dowd (vu après dans les films à succès Good Morning England et Mes Meilleures Amies) et Richard Ayoade (le réalisateur de Submarine). Je n’avais jamais eu l’occasion de la regarder mais la blogueuse Sentinelle, réagissant sur mon billet sur Black Books, m’a encouragée à la découvrir. Depuis je la remercie car The IT Crowd fait partie des meilleures séries comiques que j’ai pu voir jusqu’à présent. Quand on observe bien, The IT Crowd présente un schéma similaire à celui de Black Books : deux garçons asociaux et marginaux (dont un est originaire d’Irlande) et une fille un peu plus sociale mais barrée tout de même, coincés dans un lieu de travail fermé. Cependant, malgré ce même schéma similaire à Black Books, The It Crowd n’a rien d’un Black Books bis, elle parvient à exister avec ses propres personnages et ses propres situations. Cela prouve bien que Graham Lineham est un créateur et scénariste inspiré et qu’il a su se renouveler. Cette série, qui présente des geeks, peut faire penser sur le papier à The Big Bang Theory. Cette dernière a d’ailleurs pu être inspirée par la série britannique histoire de combler l’échec du remake américain (annulé après le pilote) car il faut avouer qu’il y a quelques similitudes (même s’il ne s’agit pas non plus d’une copie). J’aime bien The Big Bang Theory mais dans le même genre (geek + humour pour caricaturer), je préfère laaaargement The IT Crowd !

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Graham Linehan assume totalement l’univers geek de sa série : ici, les braves geeks ne vont pas se taper des mannequins sous prétexte qu’être geek est soi-disant à la mode. Non, ici, les deux personnages, Roy et Maurice Moss sont clairement bizarres, asociaux et ne comprennent pas les gens « normaux ». Pire, leur bizarrerie geek va finir par déteindre sur Jen, leur chef incompétente qui était jusqu’à présent dans la norme. Cependant, il ne s’agit pas d’une moquerie contre ces deux geeks. Au contraire, grâce à un grand nombre de références et toute une multitude de détails (notamment dans les décors), Linehan rend hommage à cette communauté. De plus, cet univers, situé dans un monde bien réel, permet de créer des gags ou situations absurdes (souvent liés à des quiproquos) sans tomber dans la vulgarité ni dans la débilité (un peu comme dans Black Books finalement). Au-delà de ces gags, parfois très surprenants, qui fonctionnent plus que bien, on a également droit à des répliques percutantes comme : « Have you tried turning it off and on again? ou « If you type google in Google, you can break the Internet”. On aurait pu avoir une banale sitcom, mais chaque épisode est très inspiré, inventif et rythmé. Du coup, chaque épisode est vraiment réussi et drôle. Evidemment que chaque spectateur aura ses épisodes préférés mais il n’y a pas d’épisodes ratés, ce qui est rare pour une série. Il faut dire que, comme dans ses précédentes séries, Graham Linehan a limité The IT Crowd à quatre saisons qui comportent six épisodes de 24 minutes et c’est bien mieux ainsi, au moins, la qualité ne fléchit jamais. Beaucoup parlent d’une cinquième saison, en réalité, le tout dernier épisode, « The Internet is coming » (ou pour certains « The Last Byte ») est à part. Il dure 45 minutes et donne une véritable conclusion à cette série afin de combler vraiment tous les fans. Nous saurons alors si nos trois héros resteront à vie les losers du sous-sol.

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Chaque épisode réussit toujours à offrir un moment grandiosement barré et hilarant. Il est impossible d’énumérer tous les épisodes mais je retiens tellement de moments cultes : Roy et Moss qui font croire à Jen qu’Internet se résume à une boîte noire avec un bouton rouge, le délire avec le long numéro à composer pour contacter les urgences, la rencontre de Moss avec un cannibale, le repas entre amis qui vire au cauchemar (tout particulièrement pour Roy qui veut draguer un mannequin défiguré), les parodies de la publicité contre le piratage, des réseaux sociaux ou encore d’Anonymous, la version des Chiffres et des Lettres dans la rue, Roy qui tente de comprendre comment les parents de sa copine ont pu dépérir d’un incendie dans un parc aquatique (?!), Douglas qui tombe amoureux d’un transsexuel, le calendrier geek, Moss qui se fait passer pour le mari de Jen etc… (la liste est loin d’être terminée). Malgré tous ces épisodes merveilleux, qui me font hurler de rire rien que d’y penser, j’ai vraiment eu un coup de coeur pour « Work Outing » (« La Soirée Gay » en VF), premier épisode de la saison 2. Il est difficile de résumer correctement cet épisode, mais pour faire court, Jen (et son rencard), Roy et Moss vont voir une comédie musicale intitulée sobrement « Gay ». Les événements s’enchaînent à une vitesse folle qu’on finit par en pleurer de rire (et je ne plaisante pas, j’étais vraiment en larmes et j’en ai encore mal au ventre) mais jamais l’écriture ne s’embrouille, au contraire elle est même ingénieuse et riche en surprises. Je pense qu’il s’agit vraiment d’un sommet de comédie. Selon moi, ce n’est pas uniquement le meilleur épisode de la série. « Work Outing » fait largement partie du top 5 des meilleurs épisodes de sitcoms tout court. Quand je n’ai pas le moral, je vous assure que ça m’arrive de le revoir !

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Au-delà d’une écriture fabuleuse et d’un humour décapant, les personnages, décalés et parfois à la limite du cartoonesque, font partie des points forts de The IT Crowd et sont interprétés par des acteurs brillants. On s’attache vraiment à tous les personnages, même les plus secondaires. Comme beaucoup, mon personnage préféré est Maurice Moss, interprété par un fabuleux Richard Ayoade (au passage, réalisateur de l’excellent Submarine). Reconnaissable avec son look de nerd (la chemise à manches courtes rentrée dans un pantalon court et les grosses lunettes), il a du mal à s’adapter dans la société et n’en comprend pas toujours ses codes. Cela rend alors ce personnage drôle, atypique et lunaire. Surtout, j’adore son phrasé si particulier (parfois enfantin) et son débit rapide (donc à voir vraiment cette série en VO). J’aime évidemment son ami Roy Trenneman (le génial Chris O’Dowd), un geek cynique, lassé par son travail, qui veut au contraire essayer de s’adapter à la société et finalement se retrouve toujours dans des situations foireuses. Jen Barber, incarnée par une excellente Katherine Parkinson, complète ce trio. Contrairement à ses deux compères, elle est sur le papier « normale ». D’ailleurs, les spectatrices se reconnaîtront dans certaines situations (quand elle est énervée à cause de ses règles ou quand elle veut acheter des chaussures qui lui serrent un peu trop les pieds : nous sommes toutes passées par là). Mais elle se retrouve elle aussi dans des situations bizarres car elle est chef du service informatique alors qu’elle sait à peine envoyer un email et surtout utilise souvent le mensonge qui va tout sauf l’aider ! Même si on ne le voit pas beaucoup, Richmond (Noel Fielding) est également un personnage que j’adore. Ce gothique, réfugié derrière la fameuse porte rouge, est particulièrement drôle quand il veut raconter une histoire (il regarde en l’air dans le vide en prenant une voix mélodramatique et dépressive). Enfin, il faut également parler du gros changement de la série : le boss. En effet, dans la première saison, on s’était vraiment habitué à Deynholm Reynholm (Christopher Morris, le réalisateur de We Are Four Lions), la représentation même du PDG crétin qui utilise des méthodes soi-disant révolutionnaires pour aider les employés à mieux faire leur travail, mais en réalité elles sont stupides. Sa disparition m’a évidemment fait un choc car en une saison ce personnage était déjà culte. Comment remplacer l’irremplaçable ? Finalement, Matt Berry, qui interprète son fils Douglas, est la très bonne surprise de cette série. Berry n’a que onze ans d’écart avec Morris mais il est tellement crédible et hilarant en boss inculte et moqueur, qui n’en fout pas une de la journée, obsédé sexuel et si théâtral (son « Faaaaaaaaather » est magnifique) qu’on oublie très rapidement ce détail.

The IT Crowd : Photo Chris O'Dowd, Richard Ayoade

Birdman

réalisé par Alejandro González Iñárritu

avec Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone, Naomi Watts, Zach Galifianakis, Andrea Riseborough, Amy Ryan, Lindsay Duncan…

Comédie dramatique américaine. 2h. 2014.

sortie française : 28 février 2015

Birdman

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Birdman : Photo Edward Norton, Michael Keaton

J’ai toujours eu du mal avec Alejandro González Iñárritu qui est selon moi un réalisateur surestimé. J’ai déjà un mal fou avec Amours Chiennes et 21 grammes et je n’aime vraiment pas Babel ni Biutiful. Cependant, avec ce Birdman oscarisé et tant aimé par la presse et également apprécié et défendu par mes amis cinéphiles, j’espérais sincèrement me réconcilier avec ce réalisateur. Birdman n’a pas été pour moi le film de la réconciliation. Au contraire, il m’a juste confirmé à quel point je déteste le cinéma d’Iñárritu qui est pour moi une grosse escroquerie. Je suis même sortie de la salle profondément ENERVEE (sincèrement, j’avais même envie de casser quelque chose ou de frapper quelqu’un). En écrivant cette critique, je sais parfaitement ce qui m’attend, certains voudront m’insulter, d’autres me balancer des tomates (pourries évidemment). Au moins, vous êtes prévenus. Comme d’habitude, Iñárritu utilise des procédés techniques juste pour pouvoir camoufler de sérieuses lacunes scénaristiques (surtout qu’il y a quand même eu quatre scénaristes !). A part dans Biutiful, les précédents longs-métrages d’Iñárritu misaient en partie sur un montage déstructuré. Cette fois-ci, le réalisateur mexicain privilégie un pseudo plan-séquence. Je n’ai rien contre cette exercice esthétique, notamment tout le long d’un film mais il faut encore qu’il soit bien fait et qu’il ait surtout une réelle signification. Ce plan-séquence est peut-être une représentation de l’esprit brouillée de cet acteur devenu dingue. Le problème justement, c’est que je n’ai fait que supposer, je n’ai pas vraiment ressenti cette dimension d’intériorité ou d’omniscience. De plus, ce plan-séquence n’est selon moi ni virtuose ni fluide, il est surtout ennuyeux et gerbant. J’ai finalement eu plus l’impression de regarder un exercice de style pénible et pas toujours bien maîtrisé en plus (merci aux cgi et les fondus noirs), qui donne plus le tournis qu’autre chose. Surtout, c’est surtout une belle occasion de camoufler un film creux mais qui va faire croire qu’il est intelligent (d’où l’escroquerie). Pire, Iñárritu se croit malin en mettant en arrière-fond du Carver et en multipliant les sujets.

Birdman : Photo Michael Keaton

La liste des thèmes abordés est très longue : déchéance d’un acteur, critique contre Hollywood qui multiplie les films de super-héros et plus généralement du star-system, les relations père-fille, la toxicomanie, la dénonciation des journalistes qui écrivent des articles sur des pièces qu’ils n’ont même pas vues, les problèmes d’ego, la soif de reconnaissance et envie de se faire aimer, critique de la télé-réalité, la schizophrénie, l’opposition entre acteurs de cinéma et acteurs de théâtre, les réseaux sociaux etc… Bref, rien d’original quand on regarde tout ça de près (même du vu et du revu) et en plus, ce n’est pas la première fois que le réalisateur nous envahit de thèmes. Souvenez-vous du désastreux Biutiful, bousillé par cette surcharge de sujets. Dans Birdman, c’est pour moi la même chose mais en pire. A force de parler de tout, finalement ce film ne parle de rien. On s’aperçoit que derrière un grand nombre d’artifices se cache une effroyable coquille vide. Contrairement à ce qu’on peut croire, je ne veux pas m’acharner contre Iñárritu. Je n’ai pas spécialement cherché à l’enfoncer encore plus. Mais il se trouve que j’avais chez moi depuis un moment le recueil de nouvelles de Raymond Carver, What we talk about when we talk about love (Parlez-moi d’amour) dont on retrouve le texte (qui porte le même titre que l’ouvrage) que Riggan Thomson adapte au théâtre. Pour être honnête, j’espérais même remonter la note de Birdman. Je me suis dit que je trouverai au moins un parallèle intéressant entre le texte de Carver et l’ensemble du film. Encore une fois, je n’ai pas été du tout convaincue par cette mise en abyme. Vous allez me dire : pas besoin de lire la nouvelle en question pour voir qu’il y a une mise en abyme, on la voit dans les scènes dans lesquelles les personnages jouent dans la pièce. Mais j’espérais vraiment avoir des réponses supplémentaires. Honnêtement, là encore, le lien entre la pièce/le texte de Carver et la vie de Thomson/le film d’Iñárritu est superficiel. Hop, une phrase par-ci, un passage par-là, on tente de piquer une réflexion intelligente dans le texte et d’en faire une bouillasse dans le film et basta. On est à la limite du foutage de gueule. De plus, je trouve cela étrange d’utiliser en arrière-fond du Carver alors que ce dernier est réputé pour son style minimaliste et surtout pour avoir dépeint la vie de gens modestes, ce qui ne correspond pas du tout aux ambitions du film ni à la description des protagonistes du film. Certes, Thomson adapte certainement du Carver pour montrer que lui, star d’un film de super-héros, est cultivé et peut créer des oeuvres intelligentes. Le problème, je crois surtout que c’est plutôt Iñárritu qui a choisi du Carver pour faire stylé et intelligent !

Birdman : Photo Michael Keaton

Je reviens sur certains thèmes qui apparaissent dans ce cafouillis de thèmes : Iñárritu semble critiquer le star-system, Hollywood et tout ça. Je n’ai rien contre ce type de critique, cela donne parfois des films au ton grinçant. Cependant, Iñárritu devient ici agressif voire même méprisant, t’as l’impression qu’il se sent au-dessus de tout le monde ! Je ne sais pas si c’est parce que j’étais énervée face à ce film si faux, du coup je ne savais pas du tout comment je devais réagir. Devais-je être triste pour les personnages ? Avoir de la sympathie ? Les trouver tous cons ? Devais-je également rire ? En tout cas, je suis restée vraiment neutre face à cette mascarade. En ce qui concerne d’ailleurs le côté comique, vu que des gens dans la salle se marraient, je reste quand même sceptique. Certes, comme beaucoup, je reconnais la scène avec Keaton pratiquement nu à Times Square réussie (mais bon une seule scène bonne sur deux heures de film, y a pas de quoi crier au génie) mais dans l’ensemble je n’ai pas trouvé les répliques très drôles. Je n’ai rien contre des phrases bourrées de gros mots (je dis moi-même trop de gros mots, j’essaie de me calmer) mais là j’ai senti les dialogues si surécrits qu’ils en deviennent limite vulgaires. La liste des défauts (toujours cette lignée de superficialité) continue, notamment avec cette batterie derrière utilisée derrière tout le long à peu près n’importe comment et n’importe quand, là encore ce son n’a en réalité aucun sens et ne semble être là que pour le style. J’ai évidemment tenté de me raccrocher au casting, plutôt joli sur le papier. Je ne veux pas paraître méchante car j’aime bien Michael Keaton et son comeback est selon moi une bonne nouvelle. Evidemment, comme il sait jouer, Keaton livre plutôt une bonne interprétation. Mais personnellement, sa performance ne m’a pas non plus éblouie (et pour moi, heureusement qu’il n’a pas eu l’Oscar…). Je ne comprends pas non plus les nominations aux Oscars et autres académies d’Emma Stone et d’Edward Norton. D’habitude, j’apprécie plutôt ces deux acteurs mais là je trouve qu’ils surjouent en permanence. Norton est juste bon quand il joue dans la pièce de Carver. Forcément, dans du Carver, il y a de la matière pour pouvoir livrer une bonne interprétation… Les autres seconds rôles (Naomi Watts, Andrea Riseborough, Zach Galifianakis etc…) ne sont pas forcément mauvais mais leurs rôles ne sont pas intéressants, on a l’impression que certains ont juste parfois leurs trois minutes de gloire en faisant leur caca nerveux et basta. Mais là encore, je crois que le problème est lié à un scénario chaotique. Pour conclure, comme vous l’aurez compris (ou alors vous avez lu cette critique les yeux fermés), j’ai détesté Birdman, un film que j’ai trouvé vide, prétentieux et tape-à-l’oeil, qui ne doit que ses récompenses grâce à des votants aussi mégalomanes que les personnages du film…

Birdman : Photo Emma Stone

Une merveilleuse histoire du temps

réalisé par James Marsh

avec Eddie Redmayne, Felicity Jones, David Thewlis, Charlie Cox, Emily Watson, Harry Lloyd, Simon McBurney…

titre original : The Theory of Everything

Biopic, drame britannique. 2h03. 2014.

sortie française : 21 janvier 2015

Une merveilleuse histoire du temps

1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans.
Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable. Jane l’encourage à terminer son doctorat, et alors qu’ils commencent une vie de famille, Stephen, doctorat en poche va s’attaquer aux recherches sur ce qu’il a de plus précieux : le temps.
Alors que son corps se dégrade, son cerveau fait reculer les frontières les plus éloignées de la physique. Ensemble, ils vont révolutionner le monde de la médecine et de la science, pour aller au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer : le vingt et unième siècle.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne, Felicity Jones

Je ne m’intéresse pas spécifiquement à la science (ai-je besoin de rappeler ma note en svt/physique au bac ?), cependant, comme beaucoup de gens, j’ai toujours eu de l’admiration envers Stephen Hawking. Au-delà de son combat contre la maladie et le handicap, il a su vulgariser son travail qui ne parle pas forcément à tous à l’origine. Il est même devenu quelque part une icône de la culture geek. Que Hollywood fasse un film sur lui est alors logique. En 2004, Benedict Cumberbatch interprétait Hawking dans un téléfilm de la BBC (j’ai acheté le dvd d’ailleurs samedi dernier, je verrais bien ce que ça peut donner). Ce biopic, cette fois-ci purement cinématographique, est une adaptation de l’ouvrage de l’épouse du scientifique, Jane Hawking, intitulé Travelling to Infinity: My Life with Stephen. J’étais à la fois curieuse de découvrir un film sur ce personnage emblématique et en même temps je dois avouer que je redoutais le résultat. En effet, je ne suis pas spécialement une fan des biopics et traiter le handicap n’est jamais évident, on peut très vite tomber dans le tire-larmes. La présence de James Marsh derrière la caméra ne me réjouissait également car son précédent long-métrage, Shadow Dancer (avec Clive Owen, Andrea Riseborough et Gillian Anderson), n’était pas mauvais mais était selon moi décevant, notamment au niveau de la mise en scène. Puis, l’affiche française ne m’inspirait pas vraiment (alors que les affiches internationales sont bien plus jolies). De plus, malgré de bonnes notes sur Imdb et Allocine, j’avais tout de même lu des critiques peu sympathiques envers ce film. J’avais besoin d’en avoir le coeur net et de voir si ce cher Eddie Redmayne mérite son Oscar. Une merveilleuse histoire du temps est finalement une agréable bonne surprise. Je m’attendais à un film très larmoyant, mais en réalité je l’ai trouvé très émouvant mais sans jamais avoir eu l’impression qu’on nous tendait un couteau sous la gorge pour qu’on chiale. Il est même subtil et pudique.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne

Ceux qui s’intéressent aux sciences seront évidemment déçus. Nous ne sommes pas dans Interstellar ou dans la série Numbers, cependant ce film ne prétend pas surfer sur cette même vague. De plus, même s’il présente un personnage connu, le résumer à un simple biopic serait un peu réducteur. Il est important de rappeler qu’il ne s’agit d’ailleurs pas à proprement parler d’un portrait de Stephen Hawking mais en réalité de sa relation avec sa femme Jane Wilde. Il y a des moments où on pense à cette expression : « derrière chaque grand homme se cache une femme ». Le long-métrage a été vendu comme une grande romance un peu mielleuse. Pourtant, même si l’amour est évidemment au coeur de ce film, il n’est pas non plus présenté comme quelque chose de tout rose et de mignon. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’un « biopic », les personnages ne sont pas idéalisés. Stephen Hawking est certes présenté comme un génie, c’est clairement un personnage attachant, qui a de l’humour même dans les circonstances les plus difficiles mais il s’est quand même barré avec son infirmière et on peut même dire qu’il a délaissé son épouse pour son amour pour la science. Quant à Jane, elle est clairement attirée par un homme d’église et il y a des moments où on a l’impression de voir un ménage à trois. De plus, l’amour est dès le début présenté comme un combat difficile à gagner sur le long terme à cause du handicap, plutôt bien exploité dans le film (on voit bien l’évolution de la maladie) même si ce n’est pas la première fois qu’on voit ce thème au cinéma. Ainsi, malgré une relation qui va se détériorer, grâce à la force de l’amour, Stephen Hawking, réussit à devenir le grand scientifique qu’il espérait être. Au-delà de l’amour dégagé tout au long du film, il s’agit aussi d’un film sur la quête du bonheur. Ce bonheur, malgré les réels moments de désespoir, a pu exister puisque les personnages ne combattent pas uniquement la maladie mais aussi le temps. Cette question du temps n’a jamais été oubliée par la mise en scène. En apparence, elle est classique (dans le bon sens du terme – et oui, à l’origine, ce n’est pas une insulte) et pourtant James Marsh a réussi à ne pas la rendre plate. Au contraire, discrètement mais efficacement, il joue sans cesse sur des mouvements circulaires, liés avec le thème du temps. Finalement, pour une production de ce genre, Marsh s’en sort bien mieux qu’avec un petit film indé ! J’ai également énormément aimé la bande-originale (que j’écoute sans cesse en ce moment) composée par le musicien islandais Jóhann Jóhannsson, qui a remporté un Golden Globe mérité pour son travail.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Felicity Jones

Enfin, Une merveilleuse histoire du temps est porté par un très beau couple d’acteurs. Jusqu’à présent, Eddie Redmayne était un acteur que je ne trouvais pas forcément mauvais mais il me laissait indifférente. Puis, récemment, quand j’ai vu sa pitoyable prestation dans Jupiter Ascending (vous savez, le film des Wachowski que je déteste tant), je me suis sérieusement inquiétée : je me suis dit (comme beaucoup de gens, j’imagine), « oooh ça y est, on lui file un Oscar parce qu’il joue Hawking, un handicapé » etc… Sur le papier, effectivement, Redmayne avait tout pour être le favori. Mais après avoir vu le film, je comprends parfaitement qu’il ait remporté l’Oscar, cette récompense est selon moi amplement méritée. Sans mauvais jeux de mots, je l’ai trouvé merveilleux. Il ne se contente pas simplement de jouer un homme qui perd peu à peu le contrôle de son corps. Contrairement à beaucoup d’acteurs qui interprètent des personnages connus (en ce qui me concerne, Cotillard dans La Môme), je ne me suis jamais dit que Redmayne était en train d’interpréter Stephen Hawking. C’était pour moi une évidence : j’ai vu Hawking devant moi pendant deux heures. De plus, au-delà d’un incroyable travail corporel et vocal, Redmayne a un regard terriblement expressif. On perçoit chez lui tant de malice et d’humanité, et c’est ce qui rend ce personnage si attachant et cette interprétation si émouvante. Je n’aurais jamais cru que je serais si émue par un regard. Sa partenaire Felicity Jones n’a pas été récompensée par les Oscars et honnêtement cela m’a paru injuste. Certes, je n’ai pas encore vu la performance de Julianne Moore (je suis à la fois heureuse de voir la belle rouquine enfin reconnue mais j’avoue, je redoute Still Alice et jusqu’à présent je soutenais Rosamund Pike pour le prix tant convoité. Mais après vu ce film, c’est Jones qui méritait de repartir avec la statuette. Son rôle est sur le papier moins impressionnant que celui tenu par Redmayne, pourtant il n’est pas non plus facile. Elle réussit ici à montrer une très large palette d’émotions sans jamais en faire des caisses. Maintenant je compte vraiment suivre de près la carrière de ces deux acteurs…

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne

Hungry Hearts

réalisé par Saverio Costanzo

avec Adam Driver, Alba Rohrwacher, Robert Maxwell, Jake Weber…

Drame italien. 1h53. 2014.

sortie française : 25 février 2015

Hungry Hearts

Jude est Américain, Mina Italienne. Ils se rencontrent à New York, tombent fous amoureux et se marient. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.

Hungry Hearts : Photo Alba Rohrwacher

Hungry Hearts, le quatrième long-métrage de Saverio Costanzo (réalisateur de La Solitude des nombres premiers, pas encore vu mais cela ne devrait pas tarder) fait partie de mes coups de coeur de ce début d’année. Je suis ressortie de la séance totalement secouée et bouleversée, j’en avais même les larmes aux yeux. Par contre, je déconseille ce film aux femmes enceintes ou à celles qui comptent fonder une famille. Hungry Hearts est tiré du roman de Marco Franzoso, Il Bambino Indaco (jamais sorti en France d’après ce que j’ai compris). Dans le livre, l’histoire se déroule en Italie mais Costanzo a préféré situer son récit à New York : « Dans mon esprit, il fallait que les personnages évoluent dans une mégalopole violente où ils puissent se perdre et ressentir la solitude, afin que le spectateur comprenne mieux le désarroi de cette mère. Or aucune ville italienne ne correspond à cette définition ». Visiblement, le réalisateur a bien fait d’avoir opté pour cette solution. Le film débute comme une comédie romantique (Jude et Mina se rencontrent dans les toilettes bloquées d’un restaurant asiatique est très drôle), pourtant la suite ne va pas être aussi joyeuse. L’amour entre ces deux personnages sera pourtant toujours fort mais le couple se détériore dès la grossesse de Mina, cette dernière étant persuadée de porter en elle un enfant indigo après avoir consulté une voyante. Mais évidemment, la folie de Mina va surtout se révéler au grand jour après son accouchement à travers son alimentation ainsi que celle de son fils. Ainsi, étant devenue elle-même vegan (oui, je sens que ce film ne va pas faire plaisir à tout le monde), elle donne ce type de nourriture à son bébé. L’enfant en question ne peut pas grandir et Mina maigrit à vue d’oeil et est de plus en plus épuisée. A cause de l’étrange comportement de Mina, la petite famille est de plus en plus isolée. Jude s’inquiète pour son enfant mais au début refuse de voir que ses problèmes de croissance et de santé à venir sont liés au comportement alimentaire de Mina. Et lorsqu’il finit par ouvrir les yeux sur la situation, le film prend alors un autre tournant. Chacun va alors vouloir à nourrir l’enfant à sa manière tout en surveillant le comportement de l’autre, ce qui donnera lieu parfois à des scènes cocasses (par exemple, Jude qui va se réfugier dans une église pour nourrir son fils).

Hungry Hearts : Photo Adam Driver, Alba Rohrwacher

A ce moment-là, Hungry Hearts prend des allures de film d’épouvante. On pensera évidemment à l’excellent Rosemary’s Baby de Roman Polanski à part que les rôles sont ici inversés. Cette fois-ci, c’est bien la mère qui devient inquiète. Le fait qu’elle soit étrangère renforce encore plus (sans jeux de mots) l’étrangeté même de ce personnage. Pourtant, cela serait injuste de la qualifier comme la méchante de l’histoire car elle ne se rend même pas compte du mal qu’elle fait à son propre enfant. En effet, si le spectateur se penchera plus naturellement de son côté, Jude a pourtant sa part de responsabilité, comme le montre notamment la scène de reproduction (pour la qualifier grossièrement). Cependant, même si Mina nous fait flipper et qu’on a sans cesse peur pour son enfant, Hungry Hearts n’est pourtant pas un film manichéen. Quelque part, on a l’impression que ce drame pourrait arriver à n’importe qui. C’est alors ce mélange particulier mais habile entre plusieurs genres qui donnent une puissance folle au long-métrage. Mais il s’agit surtout d’un magnifique film d’amour dans lequel chacun va à la fois aimer et redouter son partenaire. Au-delà d’une réflexion intelligente et de l’émotion, Hungry Hearts bénéficie d’une très bonne mise en scène. Soignée et précise, elle parvient à montrer la détérioration et l’isolement de ce jeune couple face à une ville immense et intemporelle qui semble les écraser. J’ai également aimé le scénario, bien construit, qui alterne les points de vue, du coup cela donne encore plus de rythme au film ainsi que plus de consistance aux personnages. Saverio Costanzo a également travaillé sur tous les moindres détails, que ce soit au niveau de la mise en scène ou du scénario : le début pas si anodin (l’indigestion de Jude annonce les problèmes alimentaires de Mina), la photo de mariage accrochée sur la porte du frigo (le mariage se détruit littéralement encore une fois à cause de la nourriture), le rêve qui annonce le drame final etc… Même si je sais que cela a pu perturber certains spectateurs, pour ma part, j’ai aimé le montage saccadé, renforçant davantage l’atmosphère menaçante. De plus, j’ai adoré la bande-originale de Nicola Piovani (pour ceux qui ne se rappellent pas, il avait été oscarisé pour son travail pour La vie est belle de Roberto Benigni) et j’espère qu’elle sera un jour disponible. Enfin, le film est servi par les magnifiques interprétations d’Adam Driver (l’acteur talentueux de Girls dont la carrière risque de décoller à la sortie du prochain Star Wars) et Alba Rohrwacher (dans la vie, compagne de Costanzo et soeur d’Alice Rohrwacher, la réalisatrice du récent Les Merveilles) qui n’ont pas volé leur Coupe Volpi à la Mostra de Venise.

Hungry Hearts : Photo Adam Driver

Tokyo Fiancée

réalisé par Stefan Liberski

avec Pauline Etienne, Taichi Inoue, Julie Le Breton, Alice de Lencquesaing…

Comédie, romance belge, française, canadienne. 1h40. 2014.

sortie française : 4 mars 2015

Tokyo Fiancée

La tête pleine de rêves, Amélie, 20 ans, revient dans le Japon de son enfance. Elle propose des cours particuliers de français et rencontre Rinri, son premier et unique élève, un jeune Japonais qui devient bientôt son amant. A travers les surprises, bonheurs et déboires de ce choc culturel drôle et poétique, nous découvrons une Amélie toute en spontanéité et tendresse, qui allie la grâce d’un ikebana à l’espièglerie d’un personnage de manga.

Tokyo Fiancée : Photo Pauline Etienne, Taichi Inoue

Comme beaucoup, j’aime énormément les romans de la prolifique et l’adorable Amélie Nothomb (je ne me suis pas encore remise de ma rencontre en novembre dernier – je me calme). On a beau la critiquer mais pour moi, tous ses livres sont pratiquement tous bons. Ni d’Eve ni d’Adam fait pour moi partie de ses meilleurs romans. Hélas, les quelques adaptations cinématographiques de ses oeuvres n’étaient pas du tout à la hauteur. Je n’ai pas vu Hygiène de l’assassin de François Ruggieri (avec Jean Yanne et Barbara Schultz) mais toutes les critiques que j’ai lues jusqu’à présent sont mauvaises. Nothomb a dit récemment qu’elle a été consternée face à cette (apparemment) mauvaise adaptation et qu’elle est même sortie de la salle en pleurant ! Par contre, l’écrivaine belge a aimé l’adaptation de Stupeur et tremblements d’Alain Corneau. Pour ma part, j’avais trouvé ce film correct, l’interprétation de Sylvie Testud vraiment brillante, mais selon moi c’était trop littéraire, un peu plat, ça manquait de piquant. Bref, tout ça pour vous dire que j’étais évidemment curieuse de découvrir cette adaptation de Ni d’Eve ni d’Adam, intitulée donc Tokyo Fiancée même si je redoutais forcément le résultat. J’avais besoin d’en avoir le coeur net et c’est pour cela que je suis allée voir ce film en avant-première la semaine dernière en présence du sympathique réalisateur Stefan Liberski (apparemment plutôt connu en Belgique). C’est pour cela que vous avez droit à cette critique aujourd’hui aussi tôt. Finalement, faire une bonne adaptation des romans de Nothomb semble possible ! Tokyo Fiancée présente avec beaucoup de délicatesse Amélie, cette jeune fille en train de se transformer en femme grâce à sa rencontre avec son élève et amant Rinri et ses retrouvailles au Japon, le pays dans lequel elle a vécu enfant. En retournant au pays du Soleil Levant, elle pense retrouver ses racines : elle est selon elle sans aucun doute Japonaise.

Tokyo Fiancée : Photo Pauline Etienne, Taichi Inoue

Pourtant le choc des cultures a bien lieu et mettra réellement en péril ses idéaux et surtout sa relation avec Rinri. Cette romance est touchante car on sent réellement l’attachement d’Amélie envers ce jeune homme qui lui fait découvrir un Japon qu’elle ne connaît pas tant que ça mais elle ne peut que s’achever à cause du caractère d’Amélie, qui ne correspond pas à la mentalité japonaise. Les scènes oniriques (très réussies esthétiquement) montrent d’ailleurs toutes les angoisses et les désillusions de la jeune femme. Tokyo Fiancée dégage quelque chose de mélancolique, pourtant il n’est jamais déprimant. Au contraire, même si on sait comment l’histoire va se terminer, le film est plutôt léger, poétique et est même drôle. On peut également ajouté qu’il n’est pas plombé par la voix off qui aurait être très lourde. Stefan Liberski n’est pas toujours resté fidèle au texte de Nothomb (notamment en ce qui concerne la fin) mais peu importe, il a su garder l’esprit du roman, tout en y mettant sa propre vision de sa lecture. Le réalisateur parvient à montrer un Tokyo barré comme on peut l’imaginer mais il ne s’agit pas non plus d’une banale carte postale. De plus, les fidèles lecteurs de Nothomb seront évidemment ravis de retrouver des références à ses autres romans (surtout Stupeur et tremblements), cependant les non-connaisseurs ne seront jamais perdus par ces quelques clins d’oeil. J’ai également aimé la bande-originale signée par Casimir Liberski (le fils du réalisateur). Enfin, le casting est très bon. La pétillante Pauline Etienne est excellente, sorte de double d’Amélie Nothomb mais sans non plus la copier bêtement et caricaturalement. Son partenaire, Taichi Inoue, s’en sort également bien, d’autant plus qu’en dehors du film il ne parle pas du tout français.

Tokyo Fiancée : Photo Pauline Etienne, Taichi Inoue

Bilan – février 2015

Cinéma

* Les films sortis cette année au cinéma

Discount (Louis-Julien Petit, 2015) 3/4

L’interview qui tue (Seth Rogen, Evan Goldberg, 2015) 2/4

 It follows (David Robert Mitchell, 2015) 2/4

Jupiter : Le destin de l’univers (Andy et Lana Wachowski, 2015) 0/4

Snow Therapy (Ruben Östlund, 2015) 2/4

Tokyo Fiancée (Stefan Liberski, 2015) 3/4

Cinquante Nuances de Grey (Sam Taylor-Johnson, 2015) 0/4

Hungry Hearts (Saverio Costanzo, 2015) 4/4

Hungry Hearts Tokyo Fiancée Discount

* Rattrapages

Harry dans tous ses états (Woody Allen, 1997) 2/4

La fille du 14 juillet (Antonin Peretjatko, 2013) 3/4

Au revoir les enfants (Louis Malle, 1987) 4/4

Un Tramway nommé Désir (Elia Kazan, 1951) 4/4

Sexe, mensonges et vidéo (Steven Soderbergh, 1989) 2/4

Les Aristos (Charlotte de Turckheim, 2005) 0/4

Les Fraises Sauvages (Ingmar Bergman, 1957) 4/4

Semi-pro (Kent Alterman, 2008) 2/4

Bottle Rocket (Wes Anderson,1996) 0/4

Timbuktu (Abderrahmane Sissako, 2014) 2/4

Détrompez-vous (Bruno Dega, Jeanne Le Guillou, 2006) 1/4

Un Tramway nommé désirau_revoir_les_enfants_ Les Fraises sauvages

* Télévision

Secrets and Lies (saison 1, 2014) 3/4

Chefs (saison 1, 2015) 2/4

* Lectures

La Bête dans la jungle (Henry James, 1903) 3/4

LOL est aussi un palindrome (Mathilde Levesque, 2015) 2/4

Contes de la folie ordinaire (Charles Bukowski, 1972) 2/4

Cinquante Nuances plus sombres (E. L. James, 2012) 0/4