Snow Therapy

réalisé par Ruben Östlund

avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Clara Wettergren, Vincent Wettergren, Kristofer Hivju, Fanni Metelius, Brady Corbet…

titre original : Turist (VO), Force Majeure (titre international)

Comédie dramatique suédoise, danoise, norvégienne, française. 1h58. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

Snow Therapy

Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé. La réaction inattendue de Tomas va les amener à réévaluer leurs rôles et leurs certitudes, un point d’interrogation planant au dessus du père en particulier. Alors que la fin des vacances approche, le mariage de Tomas et d’Ebba est pendu à un fil, et Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche de la famille. Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne.

Snow Therapy : Photo Clara Wettergren, Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Vincent Wettergren

Je n’avais pas forcément prévu d’aller voir Snow Therapy (prix du jury dans la section « Un certain regard » au dernier festival de Cannes), mais les bonnes critiques sur les blogs et sa nomination aux Golden Globes dans la catégorie « meilleur film étranger » m’ont poussée à aller le voir. Je vais d’abord commencer par exposer les points que j’ai trouvés positifs. Tout d’abord, le sujet en lui-même est très intéressant : comment un simple événement peut-il révéler chez un être humain sa nature la plus profonde face à la peur et au danger ? Pour nourrir son scénario, Ruben Östlund s’est inspiré de l’histoire d’un de ses amis : alors qu’il s’est retrouvé face à un homme armé qui a commencé à tirer, cet ami a suivi son instinct et s’est enfui, laissant sa femme seule. Le réalisateur a également écrit son scénario en s’inspirant d’une étude scientifique qui prouverait la théorie suivante : dans une situation de danger, les hommes fuient alors que les femmes protègent les personnes qu’elles peuvent sauver. A partir de ses observations, Ruben Östlund peint un portrait intéressant sur le couple voire même sur la famille. Je dois avouer que certaines fonctionnent plutôt bien, parvenant à la fois à faire rire et à créer le malaise. En fait, c’est le malaise qui provoque le rire. Par exemple, le spectateur (à l’instar de l’homme de ménage de l’hôtel) pourra prendre une certaine forme de plaisir à voir Tomas (le sosie de Mark Wahlberg) humilié par sa femme (sorte de sosie de Marina Hands) devant leurs amis ou encore voir le personnage principal pleurant et hurlant dans le couloir de l’hôtel. On peut également se réjouir de voir cette famille Ikéa avoir des vacances de merde. Dans l’ensemble les deux acteurs principaux, Johannes Bah Kuhnke et Lisa Loven Kongsli, sont plutôt bons. J’ai également apprécié les seconds rôles, tenus par Kristofer Hivju (Tormund Giantsbane dans Game of Thrones) et Fanni Metelius. Ces derniers parviennent à amener une touche d’humour supplémentaire et à compléter la réflexion mise en place. Notons également une jolie photographie, parvenant à mettre en avant de très beaux paysages. Cela est important puisque le décor joue tout de même un rôle important. 

Snow Therapy : Photo Clara Wettergren, Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Vincent Wettergren

Hélas, si je lui reconnais volontiers des qualités, j’avoue ne pas avoir été totalement convaincue (décidément, je choisis mal mes films en ce moment – ne croyez pas que je suis aigrie). Certes, Snow Therapy vacille volontairement sans cesse entre le drame et la comédie. Hélas, je ne trouve pas que ce ton particulier tienne tout le long du film. En effet, il y a des moments où je ne savais plus comment réagir. Finalement c’est l’ennui qui a fini par prendre le dessus. Personnellement, j’ai trouvé le film bien trop long, ça finit par tourner en rond, à enchaîner un lot de scènes inutiles, je n’en voyais plus la fin. Du coup, toute la puissance présente au début finit par se perdre. Il y a d’ailleurs beaucoup d’éléments mis en place qui ne parviennent pas à tenir la longueur. Je pense par exemple à tous ces plans fixes. Au début, cette technique fonctionne, elle crée effectivement un malaise. Le spectateur est notamment témoin du drame qui touche cette famille. Mais encore une fois, je n’ai pas ressenti ce malaise du début jusqu’à la fin. Il y a des moments où j’ai l’impression de voir un débutant qui ne savait pas quoi faire avec sa caméra. Or, Ruben Östlund signe ici son quatrième long-métrage. On est pour moi loin d’un Michael Haneke qui utilise ce même type de mise en scène, même si le travail d’Östlund reste tout à fait honorable. De plus, « L’été » des Quatre saisons de Vivaldi est bien trop utilisée, on finit par haïr cette musique. Là encore, on pourra vite comprendre ce qu’a voulu faire le réalisateur, c’est-à-dire jouer avec les décors froids et montagnards pour pouvoir montrer les failles des personnages. Mais au bout d’un moment, la musique finit par lasser, voire même agacer. D’autres scènes sont également très répétitives : on entend par exemple 150 fois les détonations qui déclenchent les avalanches ou encore on voit un grand nombre de fois ou encore les dameuses en route le soir. J’imagine là encore qu’il s’agit d’un choix assumé du réalisateur (peut-être est-ce aussi un moyen pour dénoncer la routine installée au sein du couple ?) mais cela ne fait que rajouter des longueurs inutiles.

Snow Therapy : Photo Johannes Bah Kuhnke, Kristofer Hivju

Je comprends également le point de départ et la métaphore : cette avalanche n’est qu’un prétexte pour pouvoir aborder un sujet plus profond et psychologique. Elle représente aussi l’avalanche de sentiments qui ressortent chez les personnages. Cependant, je ne comprends pas comment Ruben Östlund a pu faire un film de deux heures sur un fait minime. En réalité, ce qui m’a dérangée, c’est que je n’arrivais pas à savoir si le réalisateur avait conscience de cela. En tout cas, même si c’est le cas, je ne trouve pas qu’il s’en sert réellement pour son film. On voit effectivement l’évolution des personnages (la famille n’est pas si idéale que ça) mais se disputer, voire mettre sa famille en péril pour un simple événement comme celui-là paraît peu crédible. On se doute bien que la famille ne devait pas bien aller avant ce voyage en France. Cependant, je regrette tout de même que le réalisateur n’ait pas plus mis en avant les actions passées des personnages (Tomas évoque notamment une infidélité – mais c’est vraiment trop bref), on aurait mieux compris leurs réactions. De plus, la théorie véhiculée par le réalisateur est intéressante mais à cause d’elle, les personnages finissent par ne plus être attachants. J’ai eu l’impression que Tomas s’en prenait plein la gueule tout le long du film, par contre Ebba semble un peu trop épargnée. Certes, Tomas n’a pas eu un comportement exemplaire mais on ne peut pas s’empêcher de se demander ce qu’on aurait fait à sa place. Ebba, elle, semble trop irréprochable. Même quand Tomas se rattrape avant la scène finale, c’est toujours Ebba qui a le dernier mot (c’est elle qui fait arrêter le bus). Je ne comprends pas trop cette position pseudo « girl power » (confirmée pour moi avec l’amie qui a librement une double vie). Heureusement que les acteurs sont tout de même convaincants, cela sauve un peu cette mauvaise impression. Il y a également des scènes pas toujours crédibles. Enfin, pour finir ma chronique sur ce film que je trouve intéressant mais maladroit, je regrette juste le manque de crédibilité de certaines scènes : il n’y a personne sur les pistes, pas de neige autour de la route, un chauffeur de bus trop abruti…

Snow Therapy : Photo Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli

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20 réflexions au sujet de « Snow Therapy »

  1. La cata en effet, je partage ton impression générale.
    Aucune empathie pour ce couple & leurs 2 rejetons, dix fois trop long pour le peu que ça raconte mal.

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  2. Le sujet est en tout cas original et a l’air intéressant, mais finalement son analyse semble se révéler moins généreuse et moins aboutie d’après ta chronique.

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  3. @ Ronnie :
    Rassurée de voir que tu partages mon avis, je commençais à me sentir seule face à toutes ces bonnes critiques !
    Ah oui j’avais oublié de parler des gosses : INSUPPORTABLES !

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  4. Eh bien, Tina, J’ai plus qu’aimé pour ma part. Haneke, oui, on y pense mais aussi clairement Bunuel (la dernière scène) et Bergman (Scènes de la vie conjugale). C’est un film qui est vraiment perçu en fonction de ses sentiments du moment. J’ai longuement discuté avec un cinéphile que je croise souvent et qui était aussi emballé que moi. J’ai vu d’autres films d’Östlund qui, en revanche, m’ont laissé de marbre. Snow Therapy est un film qui divise et c’est très bien comme cela.

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  5. Edit  » mais se disputer, voire mettre sa famille en péril pour un simple événement comme celui-là paraît peu crédible. » Un manque d’expérience ou la certitude de ne jamais en arrivé là ? C’est un peu brutale comme entrée en matière, mais je ne peux être d’accord avec toi, mais comme le souligne traversay, c’est un film qui divise et je suis d’accord avec lui, c’est très bien comme cela

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  6. @ Traversay :
    Même si cela m’a moins frappée en regardant le film, je suis effectivement d’accord qu’il y a également l’influence de Bergman et Bunuel.
    En tout cas tu ne m’encourages à découvrir la filmo de ce réalisateur.
    Merci pour ton passage, ravie de découvrir un peu l’avis de cinéphiles qui ont aimé ce film 🙂

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  7. @ Fabrice :
    Face à ce genre d’événements, certes, je peux être énervée ou chamboulée mais ça dure max 10 mn. Après je passe à autre chose. Crois-moi, j’ai vécu des choses autant traumatisantes, voire bien plus que ce qui arrive aux personnages, j’ai pas fait chier le monde entier pour autant…

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  8. Nouvelle avalanche de reproches pour un film qui m’intriguait à la base (je ne désespère pas de le voir un de ces quatre tout de même). Alors je ne vois qu’un seul remède pour sortir de cette série de programmations cauchemardesque : entrer dans la « Réalité » de Quentin Dupieux !)

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