La Leçon de piano

réalisé par Jane Campion

avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, Anna Paquin, Genevieve Lemon…

titre original : The Piano

Drame, romance néo-zélandais, australien, français… 2h. 1993.

sortie française : 19 mai 1993

La Leçon de piano

Au siècle dernier en Nouvelle-Zélande, Ada, mère d’une fillette de neuf ans, s’apprête à suivre son nouveau mari au fin fond du bush. Il accepte de transporter tous ses meubles à l’exception d’un piano qui échoue chez un voisin illettré. Ne pouvant supporter cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier. Regagner son piano touche par touche en se soumettant à ses fantaisies.

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Mon bilan de novembre 2014 a pu choquer certains d’entre vous : je n’ai pas accordé une très bonne note à La Leçon de piano, le film phare de la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion. Il a marqué le festival de Cannes 1993 (à noter ici mon année de naissance – j’étais même âgée d’à peu près un mois lors de la remise des prix) : La Leçon de piano a permis à Campion de devenir la première et pour l’instant unique réalisatrice à obtenir la  Palme d’or (cette année-là ex-aequo avec Adieu ma concubine de Chen Kaige). Le jury de Cannes avait également récompensé l’interprétation de Holly Hunter, qui remportera plus tard l’Oscar de la meilleure actrice. Sa partenaire féminine, la toute jeune Anna Paquin à l’époque, avait également décroché l’Oscar en tant que meilleure actrice dans un second rôle. Le film, qui avait réuni 2,6 millions de spectateurs dans les salles françaises, avait également obtenu le César du meilleur film étranger. Bref, il remporta un énorme succès et il est très aimé par mes amis les cinéphiles qui me conseillaient tous ce film. J’ai commencé à découvrir l’univers de Campion au dernier festival de Cannes lorsqu’elle était Présidente du jury. Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre mais Un Ange à ma table m’avait plu, en revanche son Holy Smoke m’avait déçue. Du coup, j’avais encore du mal à cerner l’univers de la réalisatrice. Je savais que regarder La Leçon de piano me permettrait d’être fixée. Hélas, sur ce coup, amis cinéphiles, je ne vous suis pas (je sais que beaucoup voudront m’étrangler après avoir lu ce billet). Attention, je ne dis pas que j’ai trouvé La Leçon de piano mauvais, mais beaucoup d’éléments m’ont gênée et surtout – il faut être réaliste – je suis carrément légèrement insensible au cinéma de Campion.

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Je vais commencer par les points qui m’ont agacée – au moins je pourrai terminer ma chronique sur une touche positive (car, comme Lorie, j’ai la positive attitude). Tout le monde semble s’accorder qu’il s’agit d’un magnifique film d’amour. Honnêtement, à part un peu à la fin du film, la relation entre Ada et Baines est tout sauf sentimentale selon moi. J’ai surtout vu une relation basée sur du désir et du sexe, ce qui n’est pas la même chose. Tout le monde semble oublier qu’Ada pratique une forme de prostitution. Vous trouvez ça beau et romantique, sérieusement ? J’ai également lu beaucoup de critiques qui évoquent un film féministe… Là, j’attends des explications, je n’en suis pas du tout convaincue. Ou alors (ce qui reste une possibilité – vu mon billet sur Top of the Lake) Campion et moi n’avons pas la même vision du féminisme. De plus, je dois avouer que j’ai eu du mal à comprendre les actes et pensées des personnages. Je m’explique. On devine évidemment pourquoi les personnages agissent d’une telle ou telle manière (je ne suis pas complètement conne, merci). Par exemple, on comprend que Flora manque probablement d’un manque affectif et que c’est pour cette raison qu’elle dénonce sa mère. Mais la scène de dénonciation en question est si mal amenée, on a l’impression que la gamine a soudainement envie d’emmerder sa mère ! Je pense également à Alistair Stewart qui a des réactions assez étranges : un coup il laisse sa femme le tromper puis deux minutes – je n’ai pas chronométré faut pas déconner mais pas longtemps après en tout cas – après il pète son câble. Je reviens à la môme. Je ne remets pas en question l’interprétation d’Anna Paquin, plutôt bonne, mais par pitié, pourquoi cette gamine est-elle si insupportable ? Elle n’est jamais attachante ou quoi que ce soit, on a constamment envie de gifler cette petite conne fille.

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Autre véritable problème selon moi : la musique (je m’attaque à l’intouchable – ça y est, vous allez vouloir ma mort). Elle est certes très belle et tout ce qu’on veut mais honnêtement elle ne m’a pas du tout marquée. C’est un peu con pour un film qui s’intitule The Piano... Tous ces éléments réunis (et peut-être que j’en ai oublié d’ailleurs) m’ont tellement gênée qu’au final le film ne m’a pas vraiment émue. Cependant, je n’ai pas trouvé La Leçon de piano pourri de A à Z et je ne dis pas ça parce que j’ai peur de me faire lyncher. Ca m’arrive de reconnaître des qualités et même d’avoir un coeur. Tout d’abord, les scènes de sexe m’ont beaucoup plu. Bon, dit comme ça, ça paraît bizarre voire même tordu. Campion a su filmer des scènes de sexe belles et sensuelles mais pas vulgaires ni gênantes. Même si je ne suis pas une grande fan de La Leçon de piano, c’est tellement rare de voir des scènes de sexe réussies que je suis obligée d’insister sur ce point. Puis, le thème de la communication est plutôt bien traité, malgré parfois quelques métaphores un peu lourdes. La dimension historique est également intéressante puisqu’elle joue un véritable rôle dans l’histoire individuelle des personnages. On notera une très belle reconstitution historique, grâce à de magnifiques costumes et décors ou encore une splendide photographie. Je n’ai forcément adhéré à certains choix, comme je les ai expliqués plus haut, mais je reconnais un travail de mise en scène remarquable. Enfin, La Leçon de piano réunit un excellent casting. Bien que leurs personnages m’ont parfois déroutée, j’ai tout de même apprécié les performances de Harvey Keitel et de Sam Neill. Mais on retiendra surtout l’époustouflante interprétation de Holly Hunter, qui interprète une muette et qui pourtant parvient à transmettre toute une palette d’émotions.

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38 réflexions au sujet de « La Leçon de piano »

  1. Je m’en souviens trop mal pour contre-argumenter, mais j’en garde le souvenir d’un film déroutant, mais qui m’avait tout de même beaucoup plu au final. Il faut dire aussi que je suis un grand fan des films en costumes, en général, comme tu l’as peut-être remarqué.

    Je garde le souvenir de ces premières images sur la plage et du pathétisme de cette femme arrivé sur une nouvelle terre et qui n’a plus guère que son piano (et sa fille ?) pour se raccrocher à la vie. Je crois me rappeler avoir vu là le récit d’une émancipation progressive pour une femme qui, au départ, n’a vraiment pas grand-chose pour revendiquer des droits – et même pas de voix, ce qui me paraît tout sauf anecdotique en la circonstance.

    Bref, je comprends bien que tu n’aies pas adhéré et, si je ne me trompe pas, j’ai eu moi-même des difficultés à entrer dans le film. J’en garde de bonnes choses, cela dit, surtout que ce n’est pas tous les jours que nous parvient une inspiration féminine et néo-zélandaise.

    Parmi les candidats à la Palme 1993, je te recommande aussi « Adieu ma concubine » 😉

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  2. Même si « La leçon de piano » m’avait laissé un grand et beau souvenir, par son histoire, son esthétique et sa musique, je comprends tout à fait qu’on ne puisse pas y accrocher, voire qu’on lui trouve quelques défauts.
    Ce n’est pas un film « facile », comme le souligne Martin…et il peut laisser sur la rive bon nombre de spectateurs. Mais c’est le lot de bien des œuvres. Pas mal de classiques « intouchables » me font autant d’effet qu’un Temesta 😉
    Je ne sortirai donc pas le goudron et les plumes, Tinalakiller, rassure-toi. Continue d’être toi-même et de nous donner ton ressenti (forcément personnel).

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  3. J’avais adoré ce film à l’époque de sa sortie et je compte le revoir prochainement, tout en étant très curieuse de savoir si je vais toujours autant l’aimer. En général, je reste toujours sur ma première impression mais on verra. Pour l’émancipation de la femme, il me semble que cela passait surtout par la découverte du désir et de la sexualité mais je n’en dis pas plus, car c’est vraiment trop lointain. Je crois sans me tromper que j’ai aimé tous les films de Jane Campion, sans exception. J’avais même adoré Holy Smoke (vu au cinéma à sa sortie également), qui est son film le plus mal aimé de sa filmographie.Je compte par ailleurs tous les revoir (ils ne sont pas nombreux).

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  4. Un véritable chef d’oeuvre à la puissance émotionnelle rare et où Jane Campion magnifie ses acteurs et ses paysages. Et puis cette musique elle me trotte toujours dans la tête tellement elle est sublime.

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  5. @ Martin :
    Pourtant je n’ai rien contre les films en costume, mais là je suis restée hermétique.
    L’émancipation féminine est peut-être présente mais la manière dont elle est montrée me gêne. C’est vraiment cette histoire de marchandage érotique qui m’a dérangée, j’ai l’impression que ça casse tout ce dont Campion a réellement envie de défendre.
    Je sais que je dois aussi regarder Adieu ma concubine 😉

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  6. @ Sentinelle :
    Je ne nie pas qu’il y a probablement l’envie de montrer une émancipation féminine. Mais comme je le disais à Martin, je trouve qu’il y a quelque chose de maladroit. Surtout j’ai l’impression qu’on crie au féminisme juste parce qu’il s’agit d’une femme qui développe un désir sexuel (un peu forcé finalement). Je ne trouve pas ce terme très justifié.
    Il me reste pas mal de films de Campion à regarder, genre In the cut (apparemment mal aimé), Portrait de femme ou encore Bright Star mais là j’avoue que je n’ai pas trop envie de les découvrir, j’ai tellement peur de les rejeter.

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  7. @ Borat :
    Il y a des films qui m’ont bien plu émue que La leçon de piano. Personnellement, genre le lendemain, je ne me rappelais même pas de la musique (pourtant j’ai une bonne mémoire musicale en plus). Par contre totalement d’accord pour les acteurs et les paysages.

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  8. Moi aussi mais c’est du haut niveau. Et je le dis franchement me mettant à dos tous les fans de Tarantino et je m’en fous La leçon de piano est le dernier chef d’oeuvre qui a eu la palme d’or. Pour la musique elle est pourtant incontournable avec sa ritournelle au piano.

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  9. @ Borat :
    Pulp Fiction 😦
    Pour moi le dernier chef-d’oeuvre qui a eu la Palme est Amour 😮 Et entre-temps, j’adore Dancer in the dark, La chambre du fils, Le vent se lève, 4 mois 3 semaines 2 jours et The Tree of Life.
    Je te le jure, je ne m’en rappelle vraiment pas. Le grand vide dans ma tête.

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  10. Amour pas envie de le voir. Pas vu une seule palme d’or pouvant être égale à la Leçon de piano même Tree of life. Bah réecoute là elle est sur youtube. Certainement une des bo les plus reconnaissables de l’histoire.

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  11. @ Borat :
    Je ne comprends pas que tu aies pas envie de regarder Amour, il est vraiment magnifique ce film !
    Attends, c’est ton avis Polo 😮 (je parle pour la Palme).
    Bon j’en ai réécouté un morceau, je suis allée me laver, je suis revenue… Ben non je m’en souviens toujours pas. *mémoire de poisson rouge*

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  12. J’ai honte, Tina ! Je me rends compte ultra-tardivement que « Adieu ma concubine » était Palme d’or ex-aequo ! Mais comment ai-je oublier ???

    Je ne rentrerai pas ce soir dans votre débat, à Borat et toi, sur la valeur relative des Palmes d’or distribuées après ces deux-là, mais il y a quand même quelques films que j’aime (un peu ou même beaucoup) dans le lot.

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  13. @ Martin :
    Ah merde, je pensais que tu faisais allusion à la Palme ex-aequo tout à l’heure ! 😀
    Tu veux dire dans mon lot à moi of course ? (allez, donne un peu raison à la superbe Tina 😮 ).

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  14. Oui, il y a effectivement pas mal de palmes d’or post-1993 que nous aimons en commun ! Peut-être que j’expliciterai la chose quand tu auras parlé de « Apocalypse now »… 😀

    Bon, et certainement aussi que je reparlerai de Cannes au mois de mai… reste à savoir comment, mais pour ça, je crois que j’ai encore un peu de temps pour réfléchir.

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  15. @ Martin :
    Maiiiiis tu me fais du chantage là ? Ca fait deux fois Martin, c’est très mal ça ! (surtout que j’ai prévu dans la semaine de parler longuement de It follows et de faire une critique spéciale St Valentin – aucune idée si je prends un film que j’adore ou un film que je déteste juste pour pourrir la journée de tout le monde et cracher mes nerfs).
    En tout cas, ce festival avec les frangins Coen m’emballe ! (marrant, deux jours avant l’annonce, je disais à quelqu’un « ca serait chouette mettre les Coen présidents du jury, mais ça ne se fera jamais, ils sont deux » mouahahaha).

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  16. Bah je ne suis déjà pas fan de Michael Haneke et le sujet ne m’intéresse pas du tout. T’es pas sérieuse? Punaise je viens de le remémoriser à l’instant. Aurais je l’oreille musicale?

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  17. @ Borat :
    Pauvre Haneke 😦 😦 😦
    Ah si si je suis carrément sérieuse. Pourtant je me rappelle facilement des morceaux (je suis même forte pour les blind tests) mais là pffffffffffffffff.

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  18. Bonjour Tina, j’ai vu La leçon de piano plus de 20 fois (!) en salle quand il est sorti (sur une période d’un an en 1993 et 1994). Comme tu t’en doutes, je l’avais adoré mais je ne l’ai pas revu depuis: j’ai peur d’être déçue. En revanche, la musique de Michael Nyman reste sublime. Bon dimanche.

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  19. @ Borat :
    Je sais mais c’est systématique, BO de Titanic = Céliiiine. C’est d’ailleurs un peu dommage que les gens ne retiennent que cette chanson car la musique de Horner est vraiment belle.

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  20. Vu une seule fois mais je me souviens de quelques scènes : l’attente sur la plage, la sauvagerie du mari qui lui coupe le doigt et lorsque Ada met son pied dans la corde. Par-contre je me rappelle bien toute la sensualité que le couple Ada/Baines dégageait et cette gamine qui, moi aussi m’énervait 🙂
    Dans un style tout aussi costumé sur le genre « ‘émancipation des femmes » , j’avais bien aimé « portrait de femme » de Jane Campion

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  21. @ Ideyvonne :
    Ah je ne suis pas la seule à être énervée par cette mioche ! 😮 😮
    Vu que décidément je ne suis pas très copine avec cette Campion, je ne vais pas regarder Portrait de femme tout de suite 😮 😀

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  22. @ Ideyvonne :
    Comme j’aime bien Nicole (parfois) et Malkovich (souvent), je pourrais faire l’effort de le regarder. Après j’ai toujours hésité à lire le bouquin, mais je ne sais pas si c’est une bonne idée de le lire avant ou après le film en ce qui concerne ce cas 🙂

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  23. Je suis désolée que tu n’aimes pas. C’est un de mes films préférés.
    Mais qui t’a dit qu’il s’agissait d’un film romantique ? En effet, ça ne l’est pas du tout, et ce n’est pas le genre de Jane Campion, qui brosse dans ses films le portrait de femmes toujours à l’opposé des clichés. Oui, c’est une histoire de sexe, pas d’amour ; ou bien d’amour, mais basé sur une relation physique. Oui elle se « prostitue », mais elle le fait en toute conscience. En même temps, elle découvre le plaisir, et ça c’est beau !

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  24. @ Chonchon :
    Mais ne t’en excuse pas, je le vis trèèèès bien 😮
    Va faire un tour sur Allo ou Sens Critique, un paquet de gens trouvent ce film romantique 😮
    Certes, elle en a conscience mais ce point de départ (la prostitution, ne mettons pas de guillemets, c’est un fait) m’a vraiment dérangée.

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