Discount

réalisé par Louis-Julien Petit

avec Olivier Barthélémy, Corinne Masiero, Pascal Demolon, Sarah Suco, M’Barek Belkouk, Zabou Breitman…

Comédie française. 1h45. 2013.

sortie française : 21 janvier 2015

Discount

Pour lutter contre la mise en place de caisses automatiques qui menace leurs emplois, les employés d’un Hard Discount créent clandestinement leur propre « Discount alternatif », en récupérant des produits qui auraient dû être gaspillés…

Discount : Photo Corinne Masiero, M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

Lorsque j’ai découvert pour la première fois l’existence même de Discount, je dois avouer que je redoutais le pire. En effet, un (trop) grand nombre de « comédies » françaises ont des titres similaires (en gros, un seul mot parce qu’apparemment, les réalisateurs et/ou producteurs prennent souvent les spectateurs pour des imbéciles incultes). Rappelez-vous de Disco (à quelques lettres près, c’est presque comme Discount ça), Camping, RTT, Safari, Supercondriaque, Fiston, Barbecue et j’en passe (rien que cette courte liste me file des boutons). La bande-annonce ne m’avait pas non plus convaincue des masses. Mais finalement, j’ai fini par aller voir ce film un peu par hasard. Je ne sais pas si c’est parce que je m’attendais à quelque chose d’horrible mais en tout cas Discount est selon moi une agréable bonne surprise. Certes, il ne s’agit certainement pas d’un grand film, ce n’est même pas le film de l’année, mais il est au-dessus des autres comédies françaises actuelles. Selon Télérama (magazine que je n’aime pas forcément), il s’agit d’une « comédie à la Ken Loach ». Discount n’a certainement pas la force, ni une forme de noirceur que possèdent les films du réalisateur britannique. Pourtant, cette comparaison n’est pas autant démesurée que je l’imaginais. En tout cas, il est plus dans la lignée d’un Loach que d’un Onteniente (ce qui est rassurant). Malgré ses maladresses, le premier long-métrage de Louis-Julien Petit déborde de sincérité et d’humanité. Au lieu de nous foutre des stars surpayées et surmédiatisées et un budget colossal (si, si, je vise certaines personnes), le budget de ce film est vraiment « discount » et les acteurs choisis restent plutôt méconnus.

Discount : Photo M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

La mise en scène n’est pas extraordinaire mais elle reste tout de même correcte. Même si cela n’excuse pas tout, je suis souvent bienveillante envers une première réalisation. Le scénario est parfois maladroit (certains points auraient pu être retravaillés ou creusés), pourtant il reste efficace et tient la route. Louis-Julien Petit et son co-scénariste Samuel Doux sont arrivés à donner du relief à leurs personnages en s’intéressant notamment à leurs blessures et c’est pour cela qu’ils sont si attachants. Même la patronne incarnée par Zabou Breitman n’est pas simplement décrite comme une horrible femme sans coeur. Du coup, le film ne tombe jamais dans le manichéisme et parvient à décrire ce système de travail (les patrons qui subissent eux-mêmes des pressions, les vigiles qui prennent un peu trop leurs responsabilités) sans jamais le caricaturer. Au contraire, il y a même une petite touche d’ironie bienvenue. Discount réussit également à pointer du doigt sur des sujets révoltants, comme le chômage qui menace les employés et le gaspillage alimentaire. Mais au-delà de ces sujets franchement pas joyeux, le film est surtout un hymne réussi à la solidarité et à la générosité. Il évite les lourdeurs et, au contraire, il trouve le ton juste entre l’humour et l’émotion. Louis-Julien Petit a également su mettre en avant le décor nordiste. C’est peut-être aussi pour cela que Discount a été comparé aux films de Ken Loach. Enfin, pour finir, Discount est servi par un casting parfait, que ce soit Olivier Barthélémy (très convaincant en leader), la toujours aussi naturelle Corinne Masiero (j’aime toujours autant sa gouaille), le charismatique Pascal Demolon (j’adore également sa voix), la touchante Sarah Suco, le rigolo et tendre M’Barek Belkouk ou encore Zabou Breitman.

Discount : Photo Corinne Masiero

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Cinquante Nuances de Grey

réalisé par Sam Taylor-Johnson

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Jennifer Ehle, Eloise Mumford, Victor Rasuk, Luke Grimes, Marcia Gay Harden, Rita Ora, Callum Keith Rennie, Max Martini, Andrew Airlie…

titre original : Fifty Shades of Grey

Romance, érotique américain. 2h05. 2015.

sortie française : 11 février 2015

interdit aux moins de 12 ans

Cinquante Nuances de Grey

L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Personne n’a pu passer à côté du phénomène « littéraire », Cinquante Nuances de Grey, qui est à l’origine une fanfiction basée sur Twilight. Etant étudiante en lettres un peu fatiguée par certaines lectures parfois cosmiques, je me suis dit que je n’avais rien à perdre, c’est pour cela que j’ai décidé de découvrir la saga de E. L. James. Je peux vous dire à quel point j’en veux énormément à l’époux de cette « romancière » : monsieur James, arrêtez de délaisser votre femme et occupez-vous d’elle. C’est probablement à cause de vous si elle a osé écrire un machin pareil : elle devait être frustrée. Je ne vois que ça comme explication. En clair, Cinquante Nuances de Grey est ce qu’on appelle un torchon. Le sujet est pourtant intéressant, E. L. James aurait pu écrire un livre géant et profond, mais non ce n’est qu’un roman qui ne pourra que satisfaire les pucelles et les femmes de cinquante piges (d’où Cinquante Nuances ?) qui ne se font plus toucher (d’où le terme justifié de « mommy porn »). Il est principalement gâché par une écriture désolante (entre les échanges de mail qui prennent trois tonnes de pages, les répétitions à gogo de « je mouille », « il est sexy Christian », « oh ma déesse intérieure » et j’en passe, et surtout un manque flagrant de vocabulaire, bonjour !). Face à ce carnage navrant et quelque part frustrant, j’en veux aussi profondément aux éditeurs de Vintage Books, qui n’ont pas fait leur boulot. Comment ont-ils pu publier un travail aussi bâclé ? Sérieusement, on a l’impression de lire un brouillon. Bref, vu comme j’avais ri face à tant de bêtises, j’avais quelque part hâte de découvrir son adaptation cinématographique. Je n’attendais pas nécessairement un bon film mais je me suis dit qu’il ne pourrait pas être pire que le livre. Hélas, Sam Taylor-Johnson (photographe, vidéaste, réalisatrice de Nowhere Boy et accessoirement épouse du jeune acteur Aaron Johnson) a réussi cet exploit : le film est encore plus mauvais que le bouquin.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Pour résumer, j’ai ri du début jusqu’à la fin (j’en ai encore mal au ventre). J’avais l’impression de regarder une comédie (et d’ailleurs la salle était pliée en quatre). Au bout d’un moment, j’ai même fini par me demander s’il s’agissait d’une parodie d’une rom com. Finalement, j’ai regardé les choses en face : Cinquante Nuances de Grey se prend très au sérieux et même trop. Il n’y a de quoi fouetter un chat (désolée pour le jeu de mots foireux). Il ne s’agit que d’une comédie romantique avec un peu (mais alors un peu) plus de cul que d’habitude (je reviendrai sur ce point, ne vous en faites pas). Le film accumule tous les clichés et stupidités possibles, comme par exemple les « ooooh bébé », les cadeaux qui coûtent un bras (parce que le bonhomme est un « gentleman »), Ana qui se mordille les lèvres ou rougit comme une idiote ou encore fera n’importe quoi parce qu’elle ne supporte pas l’alcool (même moi bourrée je ne me comporte pas comme ça). Les répliques sont également à mourir de rire et ce n’est pas juste une ou deux comme ça. Les deux « meilleures » dans leur genre restent tout de même pour moi « je ne fais pas l’amour… Je baise. Et très violemment. » (déjà dans le livre, j’étais hilare) et « j’ai… cinquante nuances de folie ! ». Les scènes sont généralement involontairement drôles. Je pense par exemple à celle avec Ana mordillant comme une imbécile son crayon sur lequel le nom Grey est inscrit dessus (ahaha le symbole phallique de la mort !) ou encore à celle avec Ana qui téléphone bourrée à Christian : ce dernier lui répond de ne pas plus boire alors qu’on voit bien le verre de vin posé sur son bureau ! J’avais l’impression de revoir un des sketchs des Inconnus avec Florent Brunel qui parle du tiers-monde alors qu’il y a une grosse bouteille de champagne juste derrière lui ! Quant à la mise en scène, elle est à l’image du décor, c’est-à-dire tape-à-l’oeil et donc en réalité inexistante. De plus, le nombre flagrant de placements de produits finit par agacer.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Cinquante Nuances de Grey n’a même pas réussi à me divertir. Au-delà du rire involontaire omniprésent, il ne se passe tout de même pas grand-chose. Même si j’avais trouvé le roman naze, il m’avait tout de même à peu près amusée dans le sens où on le lit sans problèmes. J’avais au moins l’impression qu’il se passait beaucoup de choses, l’illusion fonctionnait un minimum. Or, malgré pourtant sa fidélité au texte, il ne se passe pratiquement rien dans le film. Je me suis même emmerdée à la fin du film (à peu près quand Ana va rendre visite à sa mère), j’avais même hâte qu’il se termine. La fin est d’ailleurs catastrophique. Déjà, elle était pourrie dans le livre (du genre Ana qui se réveille comme une grosse nouille). Cependant, malgré la nullité effroyable du roman, on avait quelque part envie de découvrir la suite, on a espoir d’en savoir plus sur la personnalité et le passé de Christian. Or, là, non seulement la fin paraît encore plus ridicule, mais en plus on a tout sauf envie de regarder le deuxième épisode. Cela montre bien qu’il n’y a aucune tension dans ce film et surtout la réalisatrice semble se foutre du sort des personnages. De plus, elle ne veut absolument pas approfondir les différents thèmes qui s’imposent comme celui de la domination par exemple (par exemple, qui est finalement le vrai dominant de l’histoire ?). Certes, Sam Taylor-Johnson a eu la lourde tâche d’adapter un roman déjà creux. Cependant, tout en restant fidèle, elle avait largement la possibilité de donner plus de relief à son film. Le thème de la prostitution n’est par exemple jamais exploité. Il y a pourtant cette mini-réflexion dans le roman. C’était maladroit mais E. L. James avait au moins essayé de faire quelque chose. Sam Taylor-Johnson, elle, n’en parle absolument pas. Ana est simplement gênée de recevoir tant de cadeaux mais ne se pose pas plus de questions. Du coup, le message du film est encore plus douteux.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Il est maintenant temps de parler des scènes cruciales, c’est-à-dire les scènes de sexe et de sado-masochisme. Avant d’aller voir ce film, j’avais parfaitement conscience que je n’allais pas aller voir Nymphomaniac : volume III et d’ailleurs quelque part je m’en réjouissais. Je savais qu’il y aurait du sexe relativement soft car il s’agit tout de même d’un film commercial et grand public. Cependant, ne pas trop montrer de sexe pouvait être un challenge intéressant pour la réalisatrice : on peut faire des scènes grandioses avec beaucoup de suggestion et en jouant sur la sensualité et l’imagination. Mais les scènes de sexe sont toutes ratées. Tout d’abord, étant donné qu’elles sont mal réparties, on se rend rapidement compte qu’il n’y en a trop peu par rapport au sujet. Le bouquin est peut-être naze, on pourra détester les scènes de sexe, les trouver vulgaires voire même crétines, mais au moins il y en a beaucoup ! Ces scènes en elles-mêmes ne montrent pas suffisamment qu’il s’agit tout de même à l’origine d’une relation sexuelle anormale ou marginale. Or, sans vouloir passer pour une obsédée, les positions sexuelles restent limitées. La plupart des couples font l’amour en utilisant grosso modo les mêmes pratiques. Ce n’est pas trois tapes sur le cul qui font qu’il s’agit d’une relation sado-masochiste ! De plus, certes, les acteurs sont souvent nus mais honnêtement il n’y a pas de quoi s’émoustiller : on voit vite fait les fesses de Jamie Dornan et de Dakota Johnson (ou plutôt, apparemment, sa doublure), beaucoup les seins de Johnson (sans vouloir m’attaquer au physique, il n’y a franchement rien à voir) et quelques poils pubiens. Les scènes de sexe tournent également vite au ridicule principalement à cause des réactions des personnages. D’un côté, Grey ne semble prendre aucun plaisir (son visage est si monoexpressif) alors que frapper des femmes au pieu est son délire. De l’autre, Ana jouit comme une folle furieuse alors que son partenaire ne la touche même pas !

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan

On remarquera également à quel point le sexe est idéalisé dans ce film notamment lorsque la jeune Ana perd sa virginité en ayant directement un orgasme. En réalité, tout le long du film, tout semble si facile pour elle, on ne voit pas réellement de phase d’initiation. De plus, les scènes de cul sont également gâchées par cette omniprésence musicale (du genre du Beyoncé à fond en plein acte, c’est tout sauf érotique). Je plains au passage le pauvre Danny Elfman qui, selon le générique, aurait composé la bande-originale. Hélas, son travail est noyé dans cette soupe qui fera plaisir aux adolescentes qui écoutent un peu trop du NRJ. Enfin, en oubliant un instant les détails « techniques », il n’y a aucune tension sexuelle et les trop peu de scènes SM sont très aseptisées. Même si je l’avais trouvé moyen, La Secrétaire de Steven Shainberg était déjà plus intéressant et lui aussi restait pourtant accessible. Jamie Dornan et Dakota Johnson sont principalement responsables de ce manque de tension sexuelle. Il n’y a tout simplement pas d’alchimie entre eux. Il faut dire que les deux acteurs jouent très mal. De plus, il n’y a quelque chose qui ne fonctionne pas à cause de leur physique. Dornan est certes très beau mais dans ce film, il ne dégage aucun charisme. Or, son personnage est tout de même un tombeur. Dakota Johnson, elle, est clairement trop âgée pour le rôle. Je vous rappelle qu’Ana est est une jeune étudiante de 21-22 ans (pétard, elle a mon âge quand j’y pense). Or, née en 1989 (faites le calcul bande de matheux), la fille de Melanie Griffith et de Don Johnson fait clairement plus que son âge (j’ai le droit de dire qu’elle est ravagée ?). Du coup, on a encore plus de mal à voir l’éveil sexuel d’une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, elle n’a pas de fraîcheur, on se demande même pourquoi Grey veut absolument coucher avec elle !  Les seconds rôles sont également catastrophiques, comme par exemple la pourtant talentueuse Marcia Gay Harden (mais… qu’a-t-elle fait à sa gueule ?) ou encore (la très mauvaise chanteuse) Rita Ora (avec une coupe de cheveux ridicule), qui réussit à jouer comme un pied alors qu’elle n’apparaît que trente secondes et ne prononce que trois ou quatre courtes phrases. Finalement, le meilleur du casting, c’est le type qui joue le chauffeur de Grey…

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan

Snow Therapy

réalisé par Ruben Östlund

avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Clara Wettergren, Vincent Wettergren, Kristofer Hivju, Fanni Metelius, Brady Corbet…

titre original : Turist (VO), Force Majeure (titre international)

Comédie dramatique suédoise, danoise, norvégienne, française. 1h58. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

Snow Therapy

Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé. La réaction inattendue de Tomas va les amener à réévaluer leurs rôles et leurs certitudes, un point d’interrogation planant au dessus du père en particulier. Alors que la fin des vacances approche, le mariage de Tomas et d’Ebba est pendu à un fil, et Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche de la famille. Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne.

Snow Therapy : Photo Clara Wettergren, Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Vincent Wettergren

Je n’avais pas forcément prévu d’aller voir Snow Therapy (prix du jury dans la section « Un certain regard » au dernier festival de Cannes), mais les bonnes critiques sur les blogs et sa nomination aux Golden Globes dans la catégorie « meilleur film étranger » m’ont poussée à aller le voir. Je vais d’abord commencer par exposer les points que j’ai trouvés positifs. Tout d’abord, le sujet en lui-même est très intéressant : comment un simple événement peut-il révéler chez un être humain sa nature la plus profonde face à la peur et au danger ? Pour nourrir son scénario, Ruben Östlund s’est inspiré de l’histoire d’un de ses amis : alors qu’il s’est retrouvé face à un homme armé qui a commencé à tirer, cet ami a suivi son instinct et s’est enfui, laissant sa femme seule. Le réalisateur a également écrit son scénario en s’inspirant d’une étude scientifique qui prouverait la théorie suivante : dans une situation de danger, les hommes fuient alors que les femmes protègent les personnes qu’elles peuvent sauver. A partir de ses observations, Ruben Östlund peint un portrait intéressant sur le couple voire même sur la famille. Je dois avouer que certaines fonctionnent plutôt bien, parvenant à la fois à faire rire et à créer le malaise. En fait, c’est le malaise qui provoque le rire. Par exemple, le spectateur (à l’instar de l’homme de ménage de l’hôtel) pourra prendre une certaine forme de plaisir à voir Tomas (le sosie de Mark Wahlberg) humilié par sa femme (sorte de sosie de Marina Hands) devant leurs amis ou encore voir le personnage principal pleurant et hurlant dans le couloir de l’hôtel. On peut également se réjouir de voir cette famille Ikéa avoir des vacances de merde. Dans l’ensemble les deux acteurs principaux, Johannes Bah Kuhnke et Lisa Loven Kongsli, sont plutôt bons. J’ai également apprécié les seconds rôles, tenus par Kristofer Hivju (Tormund Giantsbane dans Game of Thrones) et Fanni Metelius. Ces derniers parviennent à amener une touche d’humour supplémentaire et à compléter la réflexion mise en place. Notons également une jolie photographie, parvenant à mettre en avant de très beaux paysages. Cela est important puisque le décor joue tout de même un rôle important. 

Snow Therapy : Photo Clara Wettergren, Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Vincent Wettergren

Hélas, si je lui reconnais volontiers des qualités, j’avoue ne pas avoir été totalement convaincue (décidément, je choisis mal mes films en ce moment – ne croyez pas que je suis aigrie). Certes, Snow Therapy vacille volontairement sans cesse entre le drame et la comédie. Hélas, je ne trouve pas que ce ton particulier tienne tout le long du film. En effet, il y a des moments où je ne savais plus comment réagir. Finalement c’est l’ennui qui a fini par prendre le dessus. Personnellement, j’ai trouvé le film bien trop long, ça finit par tourner en rond, à enchaîner un lot de scènes inutiles, je n’en voyais plus la fin. Du coup, toute la puissance présente au début finit par se perdre. Il y a d’ailleurs beaucoup d’éléments mis en place qui ne parviennent pas à tenir la longueur. Je pense par exemple à tous ces plans fixes. Au début, cette technique fonctionne, elle crée effectivement un malaise. Le spectateur est notamment témoin du drame qui touche cette famille. Mais encore une fois, je n’ai pas ressenti ce malaise du début jusqu’à la fin. Il y a des moments où j’ai l’impression de voir un débutant qui ne savait pas quoi faire avec sa caméra. Or, Ruben Östlund signe ici son quatrième long-métrage. On est pour moi loin d’un Michael Haneke qui utilise ce même type de mise en scène, même si le travail d’Östlund reste tout à fait honorable. De plus, « L’été » des Quatre saisons de Vivaldi est bien trop utilisée, on finit par haïr cette musique. Là encore, on pourra vite comprendre ce qu’a voulu faire le réalisateur, c’est-à-dire jouer avec les décors froids et montagnards pour pouvoir montrer les failles des personnages. Mais au bout d’un moment, la musique finit par lasser, voire même agacer. D’autres scènes sont également très répétitives : on entend par exemple 150 fois les détonations qui déclenchent les avalanches ou encore on voit un grand nombre de fois ou encore les dameuses en route le soir. J’imagine là encore qu’il s’agit d’un choix assumé du réalisateur (peut-être est-ce aussi un moyen pour dénoncer la routine installée au sein du couple ?) mais cela ne fait que rajouter des longueurs inutiles.

Snow Therapy : Photo Johannes Bah Kuhnke, Kristofer Hivju

Je comprends également le point de départ et la métaphore : cette avalanche n’est qu’un prétexte pour pouvoir aborder un sujet plus profond et psychologique. Elle représente aussi l’avalanche de sentiments qui ressortent chez les personnages. Cependant, je ne comprends pas comment Ruben Östlund a pu faire un film de deux heures sur un fait minime. En réalité, ce qui m’a dérangée, c’est que je n’arrivais pas à savoir si le réalisateur avait conscience de cela. En tout cas, même si c’est le cas, je ne trouve pas qu’il s’en sert réellement pour son film. On voit effectivement l’évolution des personnages (la famille n’est pas si idéale que ça) mais se disputer, voire mettre sa famille en péril pour un simple événement comme celui-là paraît peu crédible. On se doute bien que la famille ne devait pas bien aller avant ce voyage en France. Cependant, je regrette tout de même que le réalisateur n’ait pas plus mis en avant les actions passées des personnages (Tomas évoque notamment une infidélité – mais c’est vraiment trop bref), on aurait mieux compris leurs réactions. De plus, la théorie véhiculée par le réalisateur est intéressante mais à cause d’elle, les personnages finissent par ne plus être attachants. J’ai eu l’impression que Tomas s’en prenait plein la gueule tout le long du film, par contre Ebba semble un peu trop épargnée. Certes, Tomas n’a pas eu un comportement exemplaire mais on ne peut pas s’empêcher de se demander ce qu’on aurait fait à sa place. Ebba, elle, semble trop irréprochable. Même quand Tomas se rattrape avant la scène finale, c’est toujours Ebba qui a le dernier mot (c’est elle qui fait arrêter le bus). Je ne comprends pas trop cette position pseudo « girl power » (confirmée pour moi avec l’amie qui a librement une double vie). Heureusement que les acteurs sont tout de même convaincants, cela sauve un peu cette mauvaise impression. Il y a également des scènes pas toujours crédibles. Enfin, pour finir ma chronique sur ce film que je trouve intéressant mais maladroit, je regrette juste le manque de crédibilité de certaines scènes : il n’y a personne sur les pistes, pas de neige autour de la route, un chauffeur de bus trop abruti…

Snow Therapy : Photo Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli

Timbuktu

réalisé par Abderrahmane Sissako

avec Ibrahim Ahmed, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara, Hichem Yacoubi, Layla Walet Mohamed…

Drame mauritanien, français. 1h37. 2014.

sortie française : 10 décembre 2014

Timbuktu

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans.
En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques.
Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée.
Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

Timbuktu : Photo

Je souhaitais découvrir Timbuktu, visiblement l’un des grands oubliés du palmarès cannois, à sa sortie en décembre et les choses ont fait que je ne suis finalement pas allée le voir. Vendredi dernier, à moins de vivre dans une grotte, vous savez que ce long-métrage, qui représente la Mauritanie aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger », a triomphé aux Césars en remportant sept trophées, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Heureusement, l’un de mes cinémas d’art et essai l’a rediffusé et a visiblement bien fait puisque la salle était vraiment pleine (l’effet Césars devrait fonctionner). Tout d’abord, je suis désolée si vous me trouvez aigrie ou connasse, enfin, peu importe comment on me voit. Visiblement depuis pratiquement deux mois, à part Les Nouveaux Sauvages, j’enchaîne les films que je juge moyens (vous le verrez encore cette semaine – surprise) voire même mauvais (remember Jupiter Ascending). Si ça peut vous rassurer, cela m’inquiète. Je me dis soit je ne sais pas choisir mes films soit je suis vraiment devenue une killer. Le pire, c’est que ça me fait chier de ne pas avoir été emballée par ce film, non pas à cause des Césars (au fond, on s’en cogne) mais plus par le sujet en lui-même. On ne peut pas être insensible à l’histoire, tant qu’elle fait terriblement écho à l’actualité. Timbuktu est certainement un film sincère, courageux et nécessaire, qui mérite d’être vu rien que pour son message et je pense que l’académie des Césars a été sensible (peut-être trop ?) par rapport à cette actualité brûlante. Mais malheureusement j’ai quand même été déçue par le résultat. C’est peut-être ça le problème (enfin pour moi évidemment) de ce film : c’est le sujet qui finit par prendre le dessus sur le reste.

Timbuktu : Photo

Je vais y aller directement : je me suis fait chier. C’est pas très poli de dire ça mais c’est vraiment ce que je me suis dit tout le long du film (en plus, je ne peux plus prendre ma montre au ciné, vu qu’elle ne fait que sonner toutes les heures, bref le drame). En allant au ciné, je n’avais pas vérifié la durée. A la fin de la séance, j’étais persuadée que le film durait deux bonnes heures : j’ai été alors très surprise de découvrir qu’il ne durait qu’une heure et demie. Cependant, je crois que c’est important que je puisse comprendre pourquoi j’ai trouvé ce temps long. Pour moi, Timbuktu manque de force. Attention, je ne m’attendais pas à voir Rambo débarquer au Mali mais je pensais que le résultat serait plus puissant, surtout par rapport au sujet. Je ne dis pas que je n’ai pas été touchée par certaines scènes – voir des gens se faire lapider reste toujours éprouvant – mais j’avoue que je suis restée indifférente au sort des personnages, pas assez attachants. Il faut dire que le scénario ne m’a pas aidée à m’intéresser davantage aux personnages. C’est d’ailleurs le prix que je conteste le plus aux Césars. C’est pour moi le vrai point faible du film. Je ne dirais pas qu’il n’y a pas de scénario mais il manque selon moi une véritable construction narrative. Heureusement, j’ai tout de même retenu des points positifs. En effet, même si je n’ai pas tout le temps adhérer à ce choix (cela rend parfois le film un peu simpliste), j’ai apprécié les moments de poésie que nous offre Timbuktu. Je pense notamment la scène avec les gamins qui jouent au football sans ballon. Enfin, le film reste intéressant techniquement. La mise en scène mérite d’être saluée, les décors naturels sont époustouflants, mis en avant par une sublime photographie et la lumière ou encore la musique d’Amine Bouhafa, qui joue beaucoup sur des sons traditionnels tout en mélangeant un son classique, est également remarquable.

Timbuktu : Photo

Apocalypse Now

réalisé par Francis Ford Coppola

avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Laurence Fishburne, Dennis Hopper, Frederic Forrest, Sam Bottoms, Albert Hall, Harrison Ford, Scott Glenn…

Film de guerre américain. 2h21 / 3h14 (Redux). 1979.

sortie française : 26 septembre 1979

Apocalypse Now

Cloîtré dans une chambre d’hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d’alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l’état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne.

Apocalypse Now : Photo

Apocalypse Now, Palme d’or au festival de Cannes en 1979, (ex-aequo avec Le Tambour) a longtemps fait partie de ces chefs-d’oeuvre que je n’avais pas encore vu (ce qui est assez honteux quand on est cinéphile). Je n’ai pas vu toute la filmo de Francis Ford Coppola mais dans l’ensemble j’aime beaucoup ce réalisateur. Cependant j’ai longtemps bloqué sur Apocalypse Now (connu également pour son tournage chaotique). Je n’ai rien contre les films de guerre, pourtant ce n’est pas le genre de films qui m’attire spécialement, il faut un peu me forcer pour que je puisse m’y intéresser. La longueur reste aussi pour moi un obstacle : j’ai du mal à regarder des films en plusieurs fois et regarder un long film demande aussi une certaine forme d’énergie. Puis, entre-temps, j’ai lu le court roman qui a inspiré ce film, pour rappel Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. Je pensais qu’il me pousserait à découvrir son adaptation cinématographique, mais au contraire j’ai encore moins envie de le voir. Je ne déteste pas le livre mais j’ai du mal à entrer dans l’histoire. Pourtant je n’ai rien contre Conrad (je vous conseille au passage les méconnues nouvelles Amy Foster et Un avant-poste du progrès). Bref, finalement, un de ces jours, sans raison particulière, je me suis dit « Bordel, Tina, ça serait bien que tu regardes Apocalypse Now« . Bref, et juste après j’ai relu le livre de Conrad, puis je l’ai encore relu (en même temps, là je suis un peu obligée pour le boulot) et je me dis « hum il est bien quand même ». Bref, voici un long paragraphe proche de 36 15 ma life pour vous dire à quel point j’ai été conne bête d’être passée à côté d’un tel monument du cinéma et à quel point je fais des efforts pour être à la hauteur (non, je ne vous chanterai pas la chanson de la comédie musicale Le Roi Soleil). Je précise que j’ai vu directement la version Redux : bah ouais, comme j’ai mis une plombe à regarder ce film, j’ai mis le paquet (en fait, j’ai juste piqué le dvd qu’avait mon père, je ne me suis pas trop embêtée). Je me suis tout de même renseignée sur les différences entre les deux versions.

brando

Je ne vais pas vous mentir : cette version Redux est quand même un peu longue et il faudrait un de ces jours que je regarde la première version (histoire de ne pas mourir bête). Mais bon, je ne vais pas non plus me plaindre puisque je ne me suis pas du tout ennuyée, je faisais simplement un constat. Au contraire, Apocalypse Now m’a même scotchée. Le résultat est exceptionnel : la mise en scène est absolument époustouflante, les décors grandioses, la photographie sublime, les choix musicaux fantastiques . Toute cette démesure est cohérente pour dénoncer une guerre absurde et pour montrer la noirceur de l’être humain. Puis, le travail d’adaptation est vraiment judicieux. En effet, le film est très éloigné du bouquin : l’histoire est beaucoup plus développée dans le film (il n’y a qu’à voir la longueur) ou encore le contexte historique et géographique est différent. Pourtant Coppola a pour moi parfaitement compris l’esprit du texte de Conrad. Grâce à une atmosphère envoûtante, voire même onirique, le réalisateur a su retranscrire ce voyage intérieur de plus en plus infernal et cauchemardesque, mis en parallèle avec la remontée fluviale au coeur de la jungle. Coppola ne nous propose pas un grand nombre de scènes de bataille (en tout cas, pas autant que je l’imaginais), ce qui peut surprendre dans un film de guerre. Pourtant, c’est en se concentrant sur la psychologie des personnages que le réalisateur réussit à dénoncer les désastres de la guerre du Vietnam ainsi que la folie et la barbarie humaine. Enfin, le film est servi par un casting brillant. Tout d’abord, j’ai énormément aimé Martin Sheen. Son interprétation peut paraître sobre et pourtant Sheen parvient à montrer la complexité même de son personnage, assez difficile à cerner et qui est constamment dans un monologue intérieur. On se souvient évidemment tous de l’hallucinante performance du monstrueux Marlon Brando, qui n’apparaît pourtant qu’à la fin du film et qui est pourtant inoubliable. Robert Duvall en colonel fou fan de surf et de napalm ou encore Dennis Hopper en photo-journaliste frappé sont également excellents.

Apocalypse Now : Photo Dennis Hopper, Francis Ford Coppola

L’interview qui tue !

réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg

avec Seth Rogen, James Franco, Lizzy Caplan, Randall Park, Diana Bang…

titre original : The Interview

Comédie américaine. 1h52. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

L’ Interview qui tue !

Un animateur de talk show et son producteur se retrouvent impliqués dans un complot meurtrier à l’échelle internationale.

L’ Interview qui tue ! : Photo James Franco, Seth Rogen

A l’origine, The Interview (je vais l’appeler par son titre original tout le long de ma critique car le titre français m’exaspère) ne m’intéressait pas plus ça car je ne suis pas plus fan que ça de l’humour à la Seth Rogen (en gros un humour franchement pas fin et trop souvent en dessous de la ceinture) bien que je trouve le bonhomme toujours aussi sympathique. Mais personne n’a pas échappé aux polémiques autour de ce film. Tout d’abord, comme on s’en doutait un peu, le long-métrage n’a pas vraiment plu au véritable Kim Jong-un, qui n’a pas hésité à menacer ouvertement les Etats-Unis de représailles. Puis, Sony Pictures Entertainment a été victime d’un colossal piratage. Ainsi, beaucoup d’informations ont été révélées publiquement (dont des mails à caractère raciste) et la patronne Amy Pascal (entre nous, une conne) a annoncé récemment sa démission. La Corée du Nord a évidemment été accusée d’avoir provoqué ce gigantesque piratage même si rien ne le prouve jusqu’à présent (je n’aime pas voir des complots de partout mais cela ne me semble toujours pas impossible que ce soit l’équipe du film qui ait fait le coup…). Face à des menaces terroristes visant les cinémas américains, Sony a refusé de sortir The Interview en salles dans un premier temps puis est sorti en VOD aux Etats-Unis et dans quelques cinémas américains le jour de Noël. Finalement, il a eu également droit à sa sortie dans les cinémas français. Bref, j’étais curieuse de découvrir LE film qui a foutu un sacré merdier, au point de créer un incident diplomatique. Comme je n’en attendais rien, je ne peux pas dire que j’ai été déçue. En revanche, voir qu’une petite comédie potache assez oubliable ait pu créer autant de problèmes fout quand même un peu les boules. Je ne vais pas pour autant le démonter entièrement. Dans l’ensemble, The Interview est selon moi un peu trop long mais il reste divertissant et propose tout de même pas mal de scènes drôles (en tout cas, elles m’ont fait rire). Rien que les premières minutes du film, avec Eminem qui avoue publiquement (et à plusieurs reprises) qu’il est gay alors qu’il est réputé pour son homophobie et Rob Lowe chauve sont réussies. J’ai également bien adhéré au gros délire autour de Fireworks de Katy Perry.

L’ Interview qui tue ! : Photo Randall Park

Hélas, comme je m’en doutais avant de le découvrir, The Interview n’échappe pas à des gags assez lourds voire même assez vulgaires. Je pense par exemple à la scène de sexe furtive entre Seth Rogen et Diana Bang (honnêtement, cela n’a aucun intérêt de voir la queue relevée de Rogen dans son pantalon, on a compris qu’il était en chaleur) ou encore à une vague scène de pénétration anale, qui n’est franchement pas drôle. Je tenais également à partager une de mes réflexions, même si j’ai conscience qu’elle pourra déranger certains parmi vous, surtout que je proclame régulièrement défendre la liberté d’expression. Mais je dois avouer que cela m’a embarrassée de voir cette comédie ancrée dans un univers réel mettant en scène un dictateur qui existe toujours actuellement. Je pense pourtant qu’on peut rire de tout et je précise évidemment que je ne défends en aucun cas Kim Jong-un. Cependant, quand je vois tout le foin qu’il y a eu autour de ce film et quand je vois le résultat, je ne trouve pas que ça valait le coup de rester aussi proche de la réalité et à prendre tous ces risques. Je n’aime pas forcément réécrire les scénarios, on doit prendre les films tels qu’ils sont mais j’ai l’impression qu’un univers fictif aurait eu plus sa place (surtout avec un humour si potache). En fait, je crois que je n’ai pas surtout pas apprécié de voir un buzz gratuit. Après, peut-être que je n’aurais pas eu ce type de réflexion face à un film bien plus réussi. De plus, le Kim Jong-un est, à part à la fin du film, relativement sympathique (et j’ai trouvé Randall Park plutôt bon). Effectivement, on voit comment Rogen et Goldberg ont voulu dénoncer cette dictature, notamment en grossissant absolument tous les traits de la personnalité coréenne. Mais pour moi, ils passent un peu à côté de la critique de la dictature. En revanche, celle des médias m’a paru davantage pertinente, principalement grâce à James Franco. Cet acteur a beau m’agacer, je dois avouer qu’il s’en sort parfaitement bien dans ce rôle de journaliste crétin. Pour conclure, The Interview n’est pas la comédie qui tue (désolée pour la vanne vraiment naze) et peut décevoir par rapport à sa surmédiatisation (je comprends certaines critiques assassines) mais il a réussi à me divertir, même à me faire rire de temps en temps. Disons que je ne l’ai pas trouvé pire que les autres comédies grasses venues tout droit des Etats-Unis.

L’ Interview qui tue ! : Photo James Franco, Randall Park

La Vie d’Adèle – chapitres 1 et 2

réalisé par Abdellatif Kechiche

avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Salim Kechiouche, Jérémie Laheurte, Catherine Salée, Aurélien Recoing, Mona Walravens, Fanny Maurin, Alma Jodorowsky, Benjamin Siksou, Sandor Funtek, Baya Rehaz, Anne Loiret, Benoit Pilot, Karim Saidi, Camille Rutherford…

Drame, romance français. 3h. 2013.

sortie française : 9 octobre 2013

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve…

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 : Photo

Aujourd’hui, vu comme c’est la Saint-Valentin, cette abominable fête à laquelle personne ne semble échapper (même les célibataires endurci(e)s), j’ai décidé de faire la critique d’un film en rapport avec la guerre l’amour. J’avoue que j’ai eu du mal à choisir le film d’aujourd’hui. Devais-je choisir une de mes comédies romantiques préférées ? Ou au contraire démonter une rom com insupportable ? Comme la Saint-Valentin me casse les c….. me gonfle, je voulais taper sur quelqu’un mais pas nécessairement m’en prendre au monde entier (j’ai conscience que s’attaquer à des couples qui aspirent au bonheur ne m’amènera à rien). La sortie de Fifty Shades of Grey (pas encore vu mais ça ne devrait pas tarder) m’a finalement inspirée cette chronique (si, si). Et oui, La Vie d’Adèle est une histoire d’amour et de sexe. Et puis surtout, c’était l’occasion de régler mes comptes avec Abdellatif Kechiche : je crois que la Terre entière sait que je n’aime pas ce type, pourtant j’aime énormément La Graine et le Mulet. Petit rappel : le long-métrage, librement adapté de la bande-dessinée de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude (décidément, il faut que je la découvre, je suis lamentable), avait remporté la Palme d’or au festival de Cannes en 2013, présidé cette année-là par Steven Spielberg. Son jury a associé exceptionnellement ce prix aux deux actrices principales, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. On se rappelle également des diverses polémiques avant la sortie du film (les conditions de tournage déplorables, les plaintes de Léa Seydoux, puis les réactions de Kechiche etc…). J’ai vu La Vie d’Adèle la première fois un mois après sa sortie en salles. Je n’avais pas adoré, beaucoup d’éléments m’avaient déjà gênée mais j’avais relativement aimé le film. C’est au fil des mois que je me suis aperçue que j’avais surtout retenu les éléments négatifs. C’est pour cette raison que j’ai revu courageusement le film il y a deux jours. Il fallait que j’ai un avis définitif. Hélas, c’est officiel, La Vie d’Adèle n’est pas un film qui m’emballe plus que ça, je trouve qu’il a énormément de défauts. Il n’est pas mauvais mais sa Palme d’or attribuée me paraît vraiment exagéré (et bravo, maintenant j’ai une petite dent contre Spielby).

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 : Photo Adèle Exarchopoulos

Je vais commencer par évoquer les points positifs. Tout d’abord, je crois que tout le monde est à peu près d’accord, j’ai été éblouie par la performance d’Adèle Exarchopoulos. Pourtant, en dehors de ce film, la demoiselle a tendance à m’agacer (je la trouve assez vulgaire et inintelligente) et pour être honnête, je ne sais pas si elle pourra faire mieux plus tard dans sa carrière. Elle a un peu trop la bouche ouverte (s’il y en a un qui sort un truc vulgaire, je vous assure qu’il se souviendra de ma réponse jusqu’à ses cinquante piges), elle ressemble un peu à un castor. Mais elle séduit par son bagou, son naturel, sa spontanéité et sa fraîcheur. Son César du meilleur espoir féminin est amplement mérité. J’ai également bien aimé l’interprétation de Léa Seydoux, mieux que d’habitude, même si j’ai eu du mal à comprendre pourquoi Adèle avait envie de se masturber après l’avoir croiser dans la rue. Je n’aime pas m’attaquer au physique des gens, surtout que je ne suis pas trop compliquée mais honnêtement, sans dire qu’elle est laide, elle n’est pas ici très attirante. Après, c’est un détail et un ressenti strictement personnel mais je tenais à le dire et cela n’enlève rien au jeu de Seydoux. Cependant, je trouve l’actrice assez fausse dans certaines scènes, je pense notamment à celle où elle parle de Sartre ou encore quand elle traite Adèle de « petite traînée ». Puis, Kechiche a le mérite d’avoir réalisé un film qui dépasse la question de l’identité sexuelle. Certes, il rappelle ce que subissent les jeunes homosexuels : je pense là à la scène, très réaliste et assez terrible, qui se déroule devant le lycée d’Adèle, où une des « amies » s’attaque à l’héroïne après avoir vu Emma. Mais finalement on oublie vite qu’il s’agit d’un film sur un couple de lesbiennes. Il s’agit avant tout d’un film d’amour. Surtout, malgré cette piqûre de rappel sur une homophobie encore bien présente en France, le vrai drame de notre société est le fossé entre les différentes classes sociales. Adèle, issue d’un milieu populaire, ne peut pas aimer Emma la bourgeoise. Adèle, ne se sentant pas à sa place face à Emma et ses amis intellectuels, commettra une erreur fatale à son couple. Enfin, il y a également des jeux de lumière et de couleurs assez remarquable même s’ils ne sautent pas tout de suite aux yeux.

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 : Photo Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux

La Vie d’Adèle possède certainement d’autres bonnes intentions mais elles deviennent rapidement des éléments négatifs en ce qui me concerne. Tout d’abord, cette abondance de gros plans permet effectivement d’être plus près des personnages et au coeur de l’action. Cependant, cet effet réaliste finit surtout par agacer, voire même écoeurer (depuis quelques chroniques, on a l’impression que je vomis partout, je suis désolée). Puis, Kechiche n’est pas le type le plus subtil du monde. Il filme de près la bouche d’Adèle, qui mange comme une porcasse (j’ai tout sauf envie de me faire une bouffe avec elle), il nous fait également des métaphores très lourdingues sur la bouffe (déjà que je déteste les huîtres, là je ne peux plus me les voir et je n’ai plus envie de manger des pâtes bolo, j’suis écoeurée) et à l’image du titre complet du film, le réalisateur fait un grand nombre de scènes qui apparaissent en double : les scènes de manif’, la première scène de sexe lesbien en parallèle avec la scène de sexe hétéro, les scènes chez les parents, les scènes d’engueulade etc… J’ai parfois l’impression que Kechiche prenait ses spectateurs pour des imbéciles. Du coup, il allonge inutilement son film. Oui, trois heures de film, c’est vraiment trop long. Certes, on voit pratiquement dix ans de la vie d’Adèle, c’est sûr qu’on ne pouvait pas faire un film trop court. Mais là c’est inutilement trop long, on finit le film dans la douleur, dans l’agonie, on a hâte qu’il se termine bordel ! Justement, comme je viens d’évoquer le titre, je trouve cela dommage de ne pas avoir appuyer davantage sur les chapitres en question – alors que Kechiche préfère insister sur des images en manquant de subtilité. Evidemment que le spectateur n’est pas idiot, il va bien voir au bout d’un moment qu’il y a d’un côté le début d’un amour naissant, de l’autre la rupture. Cependant, je regrette tout de même de ne pas voir ces chapitres en question clairement annoncés. Pourquoi le réalisateur n’est-il pas allé au bout de ses idées ? Certes, peut-être qu’il n’a pas souhaité valoriser la place des chapitres de peur d’enlever le côté réaliste ou de couper le récit. Mais l’ellipse entre la première partie et la seconde est vraiment trop brutale, et même en connaissant déjà le film. On ne voit d’ailleurs pas tout de suite qu’il s’est déroulé pratiquement dix ans entre ces deux chapitres, les indices étant peu visibles (les personnages n’ont pas trop changé physiquement). Maintenant, je vais vous parler des célèbres scènes de sexe, qui m’ont vraiment agacée. C’est principalement à cause d’elles que je suis fâchée contre Kechiche.

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 : Photo

Tout d’abord, je ne comprends absolument pas pourquoi La Vie d’Adèle n’a qu’une interdiction au moins de 12 ans. Je suis persuadée que des lecteurs réguliers de ce blog doivent me trouver énervante, voire même pro-Christine Boutin, je tiens à remettre les pendules à l’heure : le sexe au cinéma ne me dérange pas s’il a une utilité artistique et narrative. Or, je trouve qu’il est souvent inutile ou filmé de manière dérangeante. Certains réalisateurs sont pour moi clairement des sexistes et/ou des pervers et Kechiche en fait partie. Il veut filmer la passion, au final il réalise des scènes pornographiques et je n’exagère absolument pas. YouPorn/La Vie d’Adèle : même combat. A l’origine, je ne suis pas contre mettre des scènes de sexe puisque c’est un film sur la découverte de l’amour et du désir. Mais là c’est juste du sexe vulgaire et gratuit. Pour moi, Kechiche n’est qu’un voyeur qui a bien profité du tournage pour se rincer l’oeil. Surtout, alors qu’elles pouvaient avoir un intérêt, ici elles deviennent inutiles et énervantes. Mais il va falloir m’expliquer des choses : à quoi ça sert de voir un pénis en érection, des cunnis à tout va, des poings dans l’anus ou encore de la sodomie nasale ? A quoi ça sert de nous montrer quatre ou cinq scènes de sexe plus qu’explicites, dont une dure tout de même sept minutes ? Qu’a voulu faire Kechiche ? Se prendre pour le Marc Dorcel du cinéma d’auteur ? Revisiter le Kama-Sutra ? Kechiche nous offre en plus des scènes inutilement répétitives puisqu’il n’y a réellement d’évolution entre elles. Le réalisateur prétend avoir voulu filmer la passion de près, mais au final, en présentant des scènes bestiales qui tournent rapidement à la vulgarité, je trouve qu’il détruit même le propos universel de son film. Pourtant, même s’il étend du coup son film jusqu’à l’épuisement, Kechiche parvient pourtant à montrer de jolis moments de la rencontre. De plus, on finit par se demander où est réellement l’amour là-dedans. L’une des dernières scènes, qui se déroule dans un café, est selon moi assez révélatrice. Adèle dit à Emma : « Ca me manque qu’on ne se touche plus, qu’on ne se voit plus, qu’on ne se respire plus ». On remarquera le verbe « toucher » avant se « voir », cela en dit long sur les relations entre les jeunes filles. La suite de la scène dans laquelle Adèle lèche la main d’Emma goulûment en plein café (on finit par plaindre le peu de clients qui assistent à cette scène) confirme cette impression. Puis, j’ai trouvé ces scènes de sexe très idéalisées alors que Kechiche prône un regard réaliste. On a l’impression qu’Adèle a une expérience sexuelle de folie. Or, personne n’est Clara Morgane lors de sa première fois, que ce soit avec un mec ou une fille. Loin d’être le chef-d’oeuvre annoncé, La Vie d’Adèle a des qualités non négligeables mais il est principalement gâché par ses longueurs inutiles et des scènes obscènes.

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 : Photo Adèle Exarchopoulos

Jupiter : Le destin de l’Univers

réalisé par Andy et Lana Wachowski

avec Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean, Eddie Redmayne, Douglas Booth, Tuppence Middleton, Gugu Mbatha-Raw, Doona Bae, Tim Pigott-Smith, James d’Arcy, Terry Gilliam, Maria Doyle Kennedy…

titre original : Jupiter Ascending

Film de science-fiction, aventure américain. 2h07. 2015.

sortie française : 4 février 2015

Jupiter : Le destin de l'Univers

Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Mila Kunis

J’avoue ne pas avoir vu tous les films des Wachowski mais même si je n’ai pas forcément aimé ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, j’ai toujours respecté leur travail. J’avais bien aimé le premier Matrix, par contre je n’avais pas compris grand-chose aux deux autres volets de la trilogie. Puis, j’avais été agréablement surprise par Cloud Atlas, une oeuvre complexe mais paradoxalement accessible, longue mais captivante. C’est suite à ce bon souvenir que j’ai voulu aller voir Jupiter : Le destin de l’univers. J’avais même envie de voir ou de revoir (tout dépend du cas) toute leur filmographie. Hélas, je reporte ce projet à plus tard. Je ne m’attendais pas nécessairement à un chef-d’oeuvre mais je souhaitais au moins regarder un film à peu près divertissant et qui tient la route. On en en est très loin. Je vais vous le dire d’entrée, au moins ça sera fait : ce n’est pas un bon divertissement. Aïe aïe aïe. Beaucoup disent que le film est trop court. J’espère qu’ils plaisantent. Honnêtement j’avais hâte que ce machin se termine. Je me suis demandée comment ils avaient pu écrire une crétinerie pareille. J’ai eu l’impression de revoir un vieil épisode de Charmed, avec les mêmes dialogues pourris et des méchants bien nazes. L’histoire est franchement débile mais les Wachowski réussissent paradoxalement à rendre cette ânerie compliquée. Dans l’histoire, je n’ai toujours pas compris pourquoi Jupiter est si particulière que ça. Le film a également des difficultés à creuser les thèmes présents. De plus, on comprend qu’il y a un rapport avec l’immigration et la famille, pourtant les réalisateurs ne se servent pas vraiment des origines russes de l’héroïne ni de la mort du père de Jones. On a juste droit à une série de clichés sur les russes et le décès du paternel juste là à nous émouvoir très très très rapidement. Pour ne rien arranger (ce qui peut expliquer l’impression de revoir les aventures des soeurs Halliwell sur grand écran), on nous sert une histoire d’amour pourrie et dégoulinante. Mais en plus d’être complètement niaise, cette romance est ratée puisqu’il n’y a aucune alchimie entre Mila Cunni Kunis et Shining Channing Tatum.

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Bean

Jupiter Ascending est également le fourre-tout des pires clichés du cinéma américain comme des dialogues interminables alors le méchant a le temps de buter 140 fois la personne en face d’elle, la cérémonie de mariage qui s’interrompt pile poil quand il le faut ou encore une psychologie de comptoir (les méchants nous font tout un foin avec leur mère). Entre-temps, on ne sait pas trop pourquoi, les Wachowski nous livre une interminable scène qui se déroule au sein de l’administration galaxique. J’ai juste envie de dire : pourquoi ??? Les Wachowski auraient-ils des problèmes avec l’administration ? Bordel, tout le monde en a, ce n’est pas pour ça qu’on fait chier tout le monde ! En plus, la scène n’est franchement pas drôle (d’ailleurs, tous les gags tombent à plat). Je ne vous parle de la fin, assez naze dans son genre : Jupiter est très heureuse de récurer des chiottes déjà propres et de se lever à quatre heures du mat’ pour faire du café à sa maman et tous les autres membres de sa famille. Oui, il a fallu se taper plus de deux heures de film interminables pour nous dire que la famille, c’est chouette, et qu’il faut se contenter de ce qu’on a. Wooow. Hélas, face à tant de bêtises scénaristiques, on ne peut même pas se raccrocher au spectacle. J’ai trouvé le résultat indigeste car il y en a trop : trop tape à l’oeil, trop d’effets spéciaux, trop de créatures abominables avec des oreilles laides, trop d’action (j’ai vu le film en 2D et c’est parfois à même lisible, je n’ose même pas imaginer le résultat en 3D), trop de musique envahissante, trop de costumes kitsch (non ce n’est même plus beau au bout d’un moment). Je crois que je suis même devenue épileptique. Enfin, le casting est lamentable. Mila Kunis, probablement présente pour son physique (il faut bien faire plaisir aux messieurs surtout avant cette foutue St-Valentin à la con) est totalement inintéressante. Il faut dire qu’elle n’est pas aidée par le scénario vraiment creux qui ne la valorise absolument pas alors que c’est elle la Jupiter du titre. Elle n’en fout pas une, j’ai rarement vu une héroïne passive. D’habitude, je n’ai rien contre Channing Tatum et Sean Bean mais là ils sont existants. Mais les deux pires sont certainement Eddie Redmayne et Douglas Booth, vraiment ridicules. A chaque fois que Redmayne apparaissait à l’écran, j’avais envie d’exploser de rire. Il y a de quoi : le gars tente de parler comme dans une pièce de Shakespeare (enfin très vaguement – en gros il a la voix perchée) mais avec le nez bouché. Quant à Booth (remember, un des mômes insupportables dans Noé), je me demande vraiment ce qu’on lui trouve, il a autant de talent qu’une endive…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Eddie Redmayne

It follows

réalisé par David Robert Mitchell

avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary, Olivia Luccardi, Lili Sepe…

Film d’épouvante-horreur américain. 1h40. 2014.

sortie française : 4 février 2015

Interdit aux moins de 12 ans

It Follows

Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et  l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

It Follows : Photo Maika Monroe

It follows, le second long-métrage de David Robert Mitchell, présenté à la Semaine Internationale de la Critique au dernier festival de Cannes, et récompensé à Gérardmer et Deauville, a conquis la presse. Il n’y a qu’à voir tous les compliments qui bouffent l’affiche du film. Cet enthousiasme m’a évidemment encouragé à aller voir ce film. Hélas, cet emballement est vraiment exagéré. Je ne dirais pas avoir trouvé It follows mauvais mais il comporte pour moi un grand nombre de défauts. J’ai essayé de ne pas trop en révéler mais il y a quand même quelques spoilers. Tout d’abord, j’ai envie de frapper quelqu’un bondir quand je lis qu’il s’agit d’un film terrifiant. Certes, on retrouve une ambiance, on sent qu’il se passe quelque chose, j’ai envie de dire qu’on sent cette présence. Mais ça s’arrête là. Je suis une fille très peureuse (je suis capable de gueuler comme Naomi Watts dans The Ring pour un truc minime) mais là je dois avouer que ma séance s’est très bien déroulée et j’ai également très dormi la nuit après cette séance sans avoir de pied de biche sous le lit. Je n’aime pas forcément m’attaquer aux critiques des uns et des autres, chacun a le droit d’avoir son avis, son propre ressenti mais excusez-moi, quand je lis qu’il s’agit d’un film trèèèèès flippant, sans vouloir être méprisante ou méchante, je me demande si les personnes qui affirment cela ont réellement vu des films d’horreur ou effrayants auparavant. Je crois que ce problème est principalement lié au montage. Commencer le film par la fin n’était pas nécessairement une bonne nuit : certes, j’imagine que le réalisateur a dû penser que cette scène créerait un sentiment de peur chez le spectateur. Le problème selon moi, c’est que cette scène ne donne absolument pas envie de regarder la suite, elle tue complètement le suspense ! De plus, on a dès le début aucun doute sur cette présence : elle existe. Cela est dommage de ne pas jouer davantage avec la paranoïa et l’imagination.

It Follows : Photo Maika Monroe

La fin est également bancale : certes, j’imagine que Mitchell a peut-être voulu montrer que même les sentiments ne peuvent plus exister puisque l’acte sexuel a des conséquences dramatiques. Or, j’ai eu surtout l’impression que le réalisateur n’avait aucune idée de la manière de terminer son film ! En évoquant cette fin, on comprend d’ailleurs rapidement que cette présence qui suit Jay et d’autres victimes est une métaphore des conséquences du sexe. On capte très vite qu’il s’agit probablement d’une représentation des MST. Mais quelque chose m’a frappée : aucun personnage n’évoque une seule fois la question de la contraception. Certes, certains jeunes sont irresponsables mais normalement la plupart des ados se posent cette question avant ou après un rapport sexuel. Surtout, ne pas en parler est contraignant pour un film qui a pour thème principal le sexe. Il est également clair que cette présence apparaît suite à des relations sexuelles hors mariage. Or, je ne comprends pas la position du réalisateur : condamne-t-il ces jeunes en question (les scènes de sexe sont très froides d’ailleurs, même en dehors de la présence surnaturelle) ou cette Amérique puritaine qui fait culpabiliser les ados ? Puis, vu comme cette chose a l’air si terrifiante, pourquoi tous les mecs veulent absolument coucher avec Jay alors qu’ils savent qu’ils vont avoir à leur tour le même problème ? Honnêtement, je n’aurais aucune envie de coucher avec elle ! De plus, sans crier au sexisme, j’ai trouvé cela gênant, voire même ridicule de voir les personnages féminins constamment dénudées. Certes, les trois filles ne sont pas du tout vulgaires et chacun s’habille comme il veut dans la vie mais là on voit clairement que le film se déroule en automne, les gens n’ont pas l’air de crever de chaud et on voit ces pauvres meufs pratiquement sans rien alors que les mecs sont plutôt couverts et ont l’air de se les geler !

It Follows : Photo Maika Monroe

Je note également une incohérence, du moins quelque chose qui n’est absolument pas net dans le scénario. Normalement, pour se débarrasser de cette malédiction, on doit coucher avec quelqu’un. Rappelez-vous de la scène avec Hugh qui parle avec Jay et ses amis. Il dit de rester prudent évidemment (là on sent Mitchell en tant que scénariste un peu confus dans ses idées, comme s’il voulait ici justifier des possibles problèmes scénaristiques) et leur demande s’il voit une fille marcher : les autres le lui confirment. Cela veut bien dire que pour l’instant il ne voit plus cette présence puisqu’il a refilé cette chose à Jay. Or, Jay continue à voir cette chose alors qu’elle l’a refilée à Greg. Je vais peut-être m’attaquer à des détails mais pourquoi cette chose n’apparaît-elle jamais lorsque les personnages se retrouvent (souvent) à l’hôpital ? Ce choix est-il volontaire ? Après tout, sur le principe, rien n’empêche cette présence de venir à cet endroit. D’ailleurs, cette présence est vraiment à la ramasse. Je pense à la scène d’accident de voiture (Jay prend vite sa voiture pour fuir cette chose qui la suit). On voit bien qu’il y a peu de distance entre la plage et le lieu de l’accident. La chose a largement le temps de venir s’attaquer à Jay. En parlant de la scène de la plage, la présence prend l’apparence d’une des amies de Jay :  cette scène avait de quoi être intéressante. Or, on ne s’interroge pas sur l’état des véritables personnages qui ont servi de modèle physique à la présence. Je sais que j’ai l’air de m’attaquer parfois à des détails, mais je ne les relève pas pour faire ma chieuse, ce sont des points que j’ai immédiatement remarqué durant ma séance et qui font que It follows n’est pas le grand film annoncé, loin de là. En ce qui me concerne, il s’agit même d’une grosse déception.

It Follows : Photo Maika Monroe

Le film est bourré de bonnes idées, cela aurait pu déboucher sur une véritable réflexion autour de la sexualité adolescente mais Mitchell ne sait pas du tout quoi en faire. Pire, son film devient limite douteux selon notre perception. Cependant, malgré ce grand déballage, encore une fois je n’ai pas trouvé le film si mauvais. Malgré ses énormes maladresses,  It follows a tout de même plus d’ambition que les productions hollywoodiennes du même genre. Le film est plutôt lent pourtant je ne me suis pas ennuyée car il possède une ambiance qui nous absorbe du début jusqu’à la fin Il ne s’agit pas d’une honte absolue (il reste quand même mieux que certaines daubes dans la même catégorie) mais je tenais à pointer des éléments qu’on ne pouvait pas laisser passer. Certes, je n’ai pas trouvé la réalisation de Mitchell si exceptionnelle que ça mais il y a tout de même du travail, surtout de la part d’un jeune réalisateur. On sent évidemment qu’il tente de trouver ses marques (le film croule sous les références) et il reprend parfois un peu trop de vieilles techniques pour tenter de nous effrayer mais certaines scènes fonctionnent bien (la scène de la piscine à la fin est vraiment réussie) et le réalisateur propose un univers intéressant. Le scénario a beau être inabouti, on voit bien que Mitchell s’est attaché à des détails techniques ou esthétiques. Même si Mitchell a du mal à l’accorder avec son propos, il a su filmer l’environnement dans lequel se trouvent les personnages.  Le film est également sauvé par sa musique, signée par Disasterpeace. Certes, ce n’est pas forcément ce que j’ai entendu de plus original (elle rappelle énormément la musique de John Carpenter) mais elle fonctionne parfaitement dans le film et c’est réellement elle qui crée une certaine tension. Enfin, It follows est servi par un bon casting.

It Follows : Photo Maika Monroe

La Leçon de piano

réalisé par Jane Campion

avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, Anna Paquin, Genevieve Lemon…

titre original : The Piano

Drame, romance néo-zélandais, australien, français… 2h. 1993.

sortie française : 19 mai 1993

La Leçon de piano

Au siècle dernier en Nouvelle-Zélande, Ada, mère d’une fillette de neuf ans, s’apprête à suivre son nouveau mari au fin fond du bush. Il accepte de transporter tous ses meubles à l’exception d’un piano qui échoue chez un voisin illettré. Ne pouvant supporter cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier. Regagner son piano touche par touche en se soumettant à ses fantaisies.

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Mon bilan de novembre 2014 a pu choquer certains d’entre vous : je n’ai pas accordé une très bonne note à La Leçon de piano, le film phare de la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion. Il a marqué le festival de Cannes 1993 (à noter ici mon année de naissance – j’étais même âgée d’à peu près un mois lors de la remise des prix) : La Leçon de piano a permis à Campion de devenir la première et pour l’instant unique réalisatrice à obtenir la  Palme d’or (cette année-là ex-aequo avec Adieu ma concubine de Chen Kaige). Le jury de Cannes avait également récompensé l’interprétation de Holly Hunter, qui remportera plus tard l’Oscar de la meilleure actrice. Sa partenaire féminine, la toute jeune Anna Paquin à l’époque, avait également décroché l’Oscar en tant que meilleure actrice dans un second rôle. Le film, qui avait réuni 2,6 millions de spectateurs dans les salles françaises, avait également obtenu le César du meilleur film étranger. Bref, il remporta un énorme succès et il est très aimé par mes amis les cinéphiles qui me conseillaient tous ce film. J’ai commencé à découvrir l’univers de Campion au dernier festival de Cannes lorsqu’elle était Présidente du jury. Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre mais Un Ange à ma table m’avait plu, en revanche son Holy Smoke m’avait déçue. Du coup, j’avais encore du mal à cerner l’univers de la réalisatrice. Je savais que regarder La Leçon de piano me permettrait d’être fixée. Hélas, sur ce coup, amis cinéphiles, je ne vous suis pas (je sais que beaucoup voudront m’étrangler après avoir lu ce billet). Attention, je ne dis pas que j’ai trouvé La Leçon de piano mauvais, mais beaucoup d’éléments m’ont gênée et surtout – il faut être réaliste – je suis carrément légèrement insensible au cinéma de Campion.

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Je vais commencer par les points qui m’ont agacée – au moins je pourrai terminer ma chronique sur une touche positive (car, comme Lorie, j’ai la positive attitude). Tout le monde semble s’accorder qu’il s’agit d’un magnifique film d’amour. Honnêtement, à part un peu à la fin du film, la relation entre Ada et Baines est tout sauf sentimentale selon moi. J’ai surtout vu une relation basée sur du désir et du sexe, ce qui n’est pas la même chose. Tout le monde semble oublier qu’Ada pratique une forme de prostitution. Vous trouvez ça beau et romantique, sérieusement ? J’ai également lu beaucoup de critiques qui évoquent un film féministe… Là, j’attends des explications, je n’en suis pas du tout convaincue. Ou alors (ce qui reste une possibilité – vu mon billet sur Top of the Lake) Campion et moi n’avons pas la même vision du féminisme. De plus, je dois avouer que j’ai eu du mal à comprendre les actes et pensées des personnages. Je m’explique. On devine évidemment pourquoi les personnages agissent d’une telle ou telle manière (je ne suis pas complètement conne, merci). Par exemple, on comprend que Flora manque probablement d’un manque affectif et que c’est pour cette raison qu’elle dénonce sa mère. Mais la scène de dénonciation en question est si mal amenée, on a l’impression que la gamine a soudainement envie d’emmerder sa mère ! Je pense également à Alistair Stewart qui a des réactions assez étranges : un coup il laisse sa femme le tromper puis deux minutes – je n’ai pas chronométré faut pas déconner mais pas longtemps après en tout cas – après il pète son câble. Je reviens à la môme. Je ne remets pas en question l’interprétation d’Anna Paquin, plutôt bonne, mais par pitié, pourquoi cette gamine est-elle si insupportable ? Elle n’est jamais attachante ou quoi que ce soit, on a constamment envie de gifler cette petite conne fille.

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Autre véritable problème selon moi : la musique (je m’attaque à l’intouchable – ça y est, vous allez vouloir ma mort). Elle est certes très belle et tout ce qu’on veut mais honnêtement elle ne m’a pas du tout marquée. C’est un peu con pour un film qui s’intitule The Piano... Tous ces éléments réunis (et peut-être que j’en ai oublié d’ailleurs) m’ont tellement gênée qu’au final le film ne m’a pas vraiment émue. Cependant, je n’ai pas trouvé La Leçon de piano pourri de A à Z et je ne dis pas ça parce que j’ai peur de me faire lyncher. Ca m’arrive de reconnaître des qualités et même d’avoir un coeur. Tout d’abord, les scènes de sexe m’ont beaucoup plu. Bon, dit comme ça, ça paraît bizarre voire même tordu. Campion a su filmer des scènes de sexe belles et sensuelles mais pas vulgaires ni gênantes. Même si je ne suis pas une grande fan de La Leçon de piano, c’est tellement rare de voir des scènes de sexe réussies que je suis obligée d’insister sur ce point. Puis, le thème de la communication est plutôt bien traité, malgré parfois quelques métaphores un peu lourdes. La dimension historique est également intéressante puisqu’elle joue un véritable rôle dans l’histoire individuelle des personnages. On notera une très belle reconstitution historique, grâce à de magnifiques costumes et décors ou encore une splendide photographie. Je n’ai forcément adhéré à certains choix, comme je les ai expliqués plus haut, mais je reconnais un travail de mise en scène remarquable. Enfin, La Leçon de piano réunit un excellent casting. Bien que leurs personnages m’ont parfois déroutée, j’ai tout de même apprécié les performances de Harvey Keitel et de Sam Neill. Mais on retiendra surtout l’époustouflante interprétation de Holly Hunter, qui interprète une muette et qui pourtant parvient à transmettre toute une palette d’émotions.

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Top of the Lake (saison 1)

Créée par Jane Campion et Gerard Lee

avec Elisabeth Moss, Peter Mullan, David Wenham, Thomas M. Wright, Holly Hunter, Jacqueline Joe, Robyn Nevin, Lucy Lawless…

Série dramatique néo-zélandaise,australienne, américaine, britannique. 2013. 

Tui, une jeune fille âgée de 12 ans et enceinte de 5 mois, disparaît après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d’un lac du coin. Chargée de l’enquête, la détective Robin Griffin se heurte très rapidement à Matt Mitcham, le père de la jeune disparue qui se trouve être aussi un baron de la drogue mais aussi à G.J., une gourou agissant dans un camp pour femmes. Très délicate, l’affaire finit par avoir des incidences personnelles sur Robin Griffin, testant sans cesse ses limites et ses émotions…

Photo David Wenham, Elisabeth Moss

Steven Spielberg, Martin Scorsese, David Fincher… Depuis quelques années, les grands noms du cinéma s’essaient aux séries télévisées. La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, unique femme à avoir remporté la Palme d’or (pour La leçon de piano), a rejoint cette liste qui s’agrandit petit à petit pour co-créer sa propre série, avec un certain Gerard Lee (scénariste de Sweetie, premier long-métrage de Campion). La presse et même les spectateurs semblent avoir adoré cette série. Sans être une fan absolue de Campion (j’ai bien aimé Un ange à ma table mais je n’ai pas trop aimé La leçon de piano, ni Holy Smoke), j’étais tout de même curieuse de voir ce que cela pouvait donner, surtout que cette saison est courte (six épisodes sur Arte, sept sur Sundance Channel), ce qui est un avantage pour découvrir en peu de temps une série. Hélas, pour moi Top of the Lake est une très mauvaise série, et finalement c’est peut-être une des pires que j’ai pu voir. Je ne comprends pas absolument pas cet enthousiasme général, j’ai l’impression de ne pas avoir regardé la même chose. Je ne vise personne, bien sûr que vous avez le droit d’aimer Top of the Lake, mais j’ai quand même ce sentiment de voir cette série encensée uniquement parce que c’est Jane Campion qui en est à l’origine. Mon jugement peut paraître sévère mais j’estime que le but premier d’une série est de donner envie aux spectateurs de regarder chaque épisode. Or, Campion se plante en beauté en passant à côté de cet objectif indispensable. J’ai même failli arrêter de regarder cette saison afin la fin. En réalité, ce n’est pas Top of the Lake mais plutôt Au top de l’ennui.

Photo Elisabeth Moss, Jacqueline Joe

Les paysages sont évidemment magnifiques mais si je veux voir de belles images, je regarde National Geographic. C’est déjà difficile pour un film de tenir entièrement sur du contemplatif mais pour une série, cela me semble carrément impossible. Il y a un moment où il faut un scénario. Une série comme Twin Peaks (je cite celle-là car on sent l’influence de Lynch) joue beaucoup sur l’atmosphère et les lieux mais Lynch nous une histoire très complexe et on a envie d’en savoir plus à la fin de chaque épisode. J’hésite alors entre deux options: soit les images sont juste là pour dissimuler une histoire qui n’a strictement rien à dire, soit Campion et Lee sont tellement obsédés par leurs foutues belles images (oui, c’est joli la Nouvelle-Zélande) et une soi-disant ambiance bizarroïde (car j’ai envie de dire quelle ambiance ? Baiser dans une forêt – qu’est-ce que c’est prévisible – j’appelle pas ça de l’ambiance) qu’ils laissent totalement de côté le scénario à mon plus grand regret. Et oui, de beaux paysages, des personnages tordus et consanguins et trois scènes de cul à la noix ne font pas forcément une bonne série. En réalité, je ne comprends même pas l’intérêt des six/sept épisodes. Un film aurait largement suffi ! Sérieusement, était-ce vraiment nécessaire d’avoir tous ces épisodes pour nous dire que c’est mal de violer, surtout des enfants ? L’histoire aurait pu être intéressante (surtout que j’apprécie les histoires individuelles qui se mélangent à une histoire collective) mais elle devient rapidement une perte de temps et on le comprend dès le premier épisode. Or, le peu de scénario présent (visiblement quelques lignes paresseuses) est raté. Les quelques rebondissements ne fonctionnent pas car ils sont prévisibles à trois mille kilomètres (mais on est censé être sur le cul, mon oeil…). De plus, je comprends bien que la série ne tourne pas autour de Tui, cette enfant disparue, mais le scénario la délaisse tellement au profit de l’histoire personnelle de Robin qu’on finit par se foutre royalement de son sort ! Campion tente de se justifier en disant qu’il s’agit d’une série féministe. Elle a une vision du monde très limitée voire même douteuse. En gros, les femmes sont toutes complètement fêlées et dépressives (elles te dégoûtent à elles seules du féminisme), sous prétexte qu’elles sont fragiles (à cause de la vie, des hommes et tout ça) et les hommes ne sont évidemment que des brutes, des violeurs, des pédophiles, des lâches et j’en passe.

Photo Peter Mullan

A l’image de la vision de Campion sur les hommes et les femmes (elle devrait sérieusement réécouter le discours d’Emma Watson pour la campagne HeForShe – ça, c’est du féminisme), ce maigre scénario continue à accumuler des éléments très lourdingues. A force de vouloir créer une communauté étrange et inquiétante, Campion et Lee nous fatiguent sérieusement. Je n’ai rien contre des personnages tordus mais il y en a tellement au bout d’un moment qu’on ne croit même plus à l’univers qu’on nous propose. Surtout, ils n’ont aucune nuance. De plus, les dialogues sont également très mal écrits. J’ai l’impression de voir certains de mes amis sur Facebook qui lâchent des pseudos phrases philosophiques à deux heures du matin ! Enfin, je n’ai même pas pu me raccrocher au casting. Peter Mullan est pour moi au-dessus mais il m’a tout de même déçu. Pourtant, je précise que j’adoooooore ce gars mais je ne l’ai pas trouvé ici très inspiré. Il faut qu’il n’est pas servi par son personnage caricatural. Le reste de la distribution est par contre réellement décevante, à commencer par Elisabeth Moss (Robin Griffin), qui est autant expressive qu’une huître. Je veux bien croire qu’elle joue les jeunes femmes brisées et que son personnage intériorise ses sentiments mais elle ne transmet aucune émotion, même quand elle raconte les pires horreurs vécues durant son adolescence. De plus, je n’ai pas cru une seule seconde qu’elle puisse jouer le rôle d’une flic, Moss manque de charisme et de présence pour jouer un tel rôle (par contre, pour jouer les ados attardées, elle serait parfaite). Je n’ai pas non été plus convaincue que ça par les interprétations de David Wenham (trop plat alors que son rôle est très ambigu) et de Thomas M. Wright (j’avais envie de le frapper à chacune de ses apparitions). Mais la pire reste pour moi Holly Hunter. Pourtant, j’aime bien cette actrice mais là elle est lamentable. Dire qu’elle est caricaturale en gourou (sorte de clone de Jane Campion) serait un euphémisme. Comme vous l’aurez compris, je ne compte pas regarder la saison 2 (annoncée il y a quelques jours).

Photo Jacqueline Joe

Bilan – janvier 2015

Cinéma

* Les films sortis cette année au cinéma

Les Nouveaux Sauvages (Damian Szifron, 2015) 4/4

Foxcatcher (Bennett Miller, 2015) 2/4

Les Nouveaux sauvages Foxcatcher

* Rattrapages

A Most Violent Year (J.C. Chandor, 2014) 2/4

Boulevard du Crépuscule (Billy Wilder, 1950) 4/4

Comme un chef (Daniel Cohen, 2011) 1/4

Whiplash (Damien Chazelle, 2014) 4/4

Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) 4/4

Le crime farpait (Alex de la Iglesia, 2004) 4/4

Crimes à Oxford (Alex de la Iglesia, 2008) 2/4

Amours chiennes (Alejandro Gonzalez Inarritu, 2000) 2/4

Salo ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975) 2/4

Taken (Pierre Morel, 2008) 0/4

Pas son genre (Lucas Belvaux, 2014) 2/4

Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier, 2012) 3/4

Apocalypse NowBoulevard du crépuscule Le Crime farpait

Télévision

The IT Crowd (saison 3, 2008) 4/4

The IT Crowd (saison 4, 2010) 4/4

Accusé (saison 1, 2015) 3/4

Castle (saison 6, 2014) 4/4

Top of the Lake (saison 1, 2013) 0/4

 

Lectures

Constellation (Adrien Bosc, 2014) 2/4