Pas son genre

réalisé par Lucas Belvaux

avec Emilie Dequenne, Loïc Corbery, Sandra Nkake, Charlotte Talpaert, Anne Coesens, Didier Sandre, Martine Chevallier, Annelise Hesme, Amira Casar, Philippe Le Guay, Philippe Vilain…

Comédie dramatique, romance française. 1h50. 2013.

sortie française : 30 avril 2014

Pas son genre

Clément, jeune professeur de philosophie parisien est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre. C’est alors qu’il rencontre Jennifer, jolie coiffeuse, qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines « people » et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne, Loïc Corbery

Tiré du roman éponyme de Philippe Vilain (publié en 2011), Pas son genre raconte l’histoire d’amour entre Clément, un prof de philosophie parisien et Jennifer, mère célibataire et coiffeuse à Arras. Sur le papier, cela ressemble à une sympathie rom-com à l’américaine. Mais au lieu de nous servir une habituelle comédie romantique mignonne comme tout, Belvaux privilégie le discours social assez pessimiste (faut pas se leurrer, cette relation est vouée à l’échec dès le début), appuyé par la philosophie kantienne. Puis, sans vouloir trop en révéler, la fin, très surprenante, m’a également plu et je ne pense pas qu’elle soit aussi simple qu’elle en a l’air. Sans vouloir trop en révéler, elle reste pour moi cohérente par rapport à la dimension sociale véhiculée tout le long du film et dans un sens, même si ma formulation pourra sembler maladroite (j’espère que ceux qui ont vu le film comprendront ce que je veux dire – au pire on en reparlera par messages codés dans les commentaires), je trouve cette fin plutôt optimiste, même si les images montrent, au premier abord, le contraire. Enfin, les acteurs sont excellents. Emilie Dequenne crève l’écran (et elle mériterait de remporter le César), son partenaire Loïc Corbery a également du mérite car il ne se fait pas écraser par sa partenaire exubérante.

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne

Cependant, Pas son genre ne m’a pas totalement convaincue, à commencer par sa mise en scène, correcte (je reconnais que Belvaux a fait attention à certains détails) mais pas non plus transcendante. En fait, c’est comme un cours de philo : c’est intéressant mais chiant. Le film a du mal à décoller, comme s’il était prisonnier d’un bon synopsis mais qu’il ne parvenait pas à avoir réellement un bon scénario. Le spectateur n’est pas idiot, il observe rapidement l’opposition entre Clément et Jennifer. Puis les deux personnages mettent vraiment du temps à nouer du lien (j’ai presque réclamé la scène de cul tellement que c’est long !) et une fois qu’ils sont ensemble, ils ne se passent pas non plus grand chose. Oui, ils bavardent, ils philosophent (enfin surtout Clément, soyons honnêtes), mais on n’est pas con : on voit rapidement que cette relation ne peut pas marcher. Et là on attend un clash entre les deux (parce qu’au bout d’un moment, ça devient trop beau pour être vrai) qui va apparaître mais un peu trop brièvement (alors qu’il est important). De plus, même s’ils passent tout de même pas si mal que ça, le film accumule tout de même un grand nombre de clichés. Elle s’appelle Jennifer (avec l’accent anglais please), son fils s’appelle Dylan (avec l’accent anglais please, bis) elle aime forcément Jennifer Aniston et Anna Gavalda et elle fait du karaoké, lui c’est Clément, prof de philo parisien bobo qui va à l’opéra avec ses parents.

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne

Pas son genre n’est également pas toujours très réaliste, je pense qu’il a dû faire rire les profs. Déjà, depuis quand un jeune prof, qui vient tout juste de débarquer dans une nouvelle ville, est accueilli à la gare par l’équipe enseignante ? Puis, la classe de Clément est étrangement calme, même quand il parle de masturbation intellectuelle (le truc typique pour faire ricaner des ados de 15 ans en chaleur et qui écoutent un mot sur trois). Bon, je reconnais que je m’attarde sur un détail, mais ça m’a gonflée, j’avais besoin de le dire. Surtout (revenons aux choses sérieuses), avant de terminer ce billet, j’ai trouvé le point de vue abordé maladroit. Belvaux dit qu’il a voulu « rééquilibrer les points de vue, afin de regarder les personnages à la même distance, de les traiter de la même façon […] » (source : Allocine). Certes, il y a bien un équilibre dans la construction du scénario, mais la manière de mettre en scène les personnages bouleverse cette harmonie. Personnellement, je trouve que Jennifer est bien plus mise en avant que Clément, il n’y a qu’à voir les interminables scènes de karaoké (certes, on voit les émotions de la jeune femme mais on n’était pas obligé d’avoir l’intégralité de la chanson) où on a l’impression que Belvaux veut absolument que son spectateur soit amoureux d’elle. Enfin, honnêtement, faut quand même dire les choses : Clément nous gave avec sa philo. Du genre, la fille lui dit « je t’aime » et il répond « c’est quoi l’amour ? » : ce type est fatigant, on ne comprend pas pourquoi elle reste avec lui…

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne, Loïc Corbery

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16 réflexions au sujet de « Pas son genre »

  1. Je suis globalement d’accord avec toi, Tina. Je me souviens d’être allé voir ce film pour Emilie Dequenne… et je n’ai pas été déçu (oui pour le César ! Elle était déjà géniale dans le très dur « À perdre la raison »).

    En revanche, je t’avoue que j’ai un peu oublié la fin du film… message codé en vue ? 😀

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  2. @ Chonchon :
    Si ça peut te donner une idée, ça ressemble à une romcom mais cela n’en est pas vraiment une. Dur à expliquer sans trop en dévoiler. J’espère que tu le verras et que tu en feras une critique, je ne sais pas du tout si tu vas aimer ou pas !

    Aimé par 1 personne

  3. @ Dasola :
    Si Emilie est récompensée (petite pensée également à Adèle Haenel), ça m’ira 😮 (du moment que je ne vois pas la gueule de Cotillard (certes très bien dans Deux jours, une nuit – mais toujours aux chevilles gonflées) à la place, j

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  4. « En fait, c’est comme un cours de philo : c’est intéressant mais chiant.  » Ahah ! J’ai eu un peu le même ressenti, je crois l’avoir trouvé relativement original dans son angle de vue, mais trop redondant et bavard en effet.

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