Les Nouveaux Sauvages

réalisé par Damian Szifron

avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia, Erica Rivas, Dario Grandinetti, Julieta Zylberberg, Rita Cortese, Walter Donado, Maria Marull…

titre original : Relatos salvajes

Comédie argentine, espagnole. 2h. 2014.

sortie française : 14 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Les Nouveaux sauvages est un film sur eux.
Vulnérables face à une réalité qui soudain change et devient imprévisible, les héros des Nouveaux sauvages franchissent l’étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison amour, le retour d’un passé refoulé, la violence enfermée dans un détail quotidien, sont autant de prétextes qui les entraînent dans un vertige où ils perdent les pédales et éprouve l’indéniable plaisir du pétage de plombs.

Les Nouveaux sauvages : Photo Rita Cortese

Actuellement dans la course aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger », le film argentin Les Nouveaux Sauvages avait été présenté en compétition au dernier festival de Cannes mais le jury présidé par la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion ne l’a pas récompensé. Cette absence au palmarès est regrettable car il avait largement sa place. Produit en grande partie par les frères Almodovar, ce film est une véritable pépite et j’espère qu’il parviendra à trouver son public en France. A l’origine, je ne suis pas forcément adepte des films à sketches, la plupart d’entre eux sont souvent pour moi inégaux. Or, ici, on a droit à six très bons sketchs qui sont bien reliés entre eux. La transition à chaque nouvelle histoire se fait naturellement et l’ordre même de chaque récit semble logique. Cela crée une cohérence qui me semble capitale dans ce type de projet cinématographique. L’excellent montage (fait en grande partie par le réalisateur) et le scénario visiblement très inspiré permettent en grande partie de créer cette homogénéité indispensable. Cependant, il ne faut pas non plus oublier de prendre en compte la qualité même de la mise en scène, tout comme d’autres éléments qui participent à l’esthétique même du film. Les cinq premières minutes sont surprenantes et parviennent à donner le ton. On va rapidement comprendre que les histoires présentées sont cruelles. Les pétages de plombs vont alors se dérouler dans différents endroits : dans un avion (« Pasternak »), dans un petit restaurant au bord d’une autoroute (« Las ratas »), sur la route (« El más fuerte »), à la fourrière (« Bombita »), dans une maison bourgeoise (« La Propuesta ») ou encore durant un mariage (« Hasta que la muerte nos separe »).

Les Nouveaux sauvages : Photo Erica Rivas

Ces histoires rappellent celles qui sont parfois racontées dans la colonne des faits divers dans les journaux. Elles ont beau être déjantées, il y a même parfois un aspect cartoonesque, pourtant elles restent crédibles car on a pu croiser certains personnages dans notre vie quotidienne. Cependant, le risque était bien présent car on aurait pu avoir une succession de récits assez plats. Or, Damian Szifron trouve un équilibre parfait entre la vraisemblance et l’absurde et parvient à montrer ce qui a poussé certains individus, de sexe ou d’âge différents, à ne plus être eux-mêmes et à perdre le contrôle. La fin du tout dernier sketch donne également du sens à cette méchanceté. Certes, bien qu’on puisse comprendre comment elle arrive, cette violence reste gratuite (pour notre plus grand plaisir). Mais la fin de « Hasta que la muerte nos separe », qui reste pourtant dans la bestialité, semble confirmer que la destruction est parfois utile pour pouvoir mieux se reconstruire. Au-delà de révéler la part animale de chaque individu (confirmée par le très beau générique au début du film) à la recherche d’une certaine liberté, Szifron n’hésite pas non plus à égratigner la société argentine. A part le sketch d’ouverture, nous remarquons que cette folie, cette envie d’aller tout foutre en l’air, est toujours liée à l’argent (mafia, corruption, apparences, lois qui font tout pour pomper le fric de simples individus). Pour conclure, Les Nouveaux Sauvages est une belle réussite, férocement drôle, jouissive et surprenante. De plus, ce film est servi par une belle brochette d’acteurs (Ricardo Darin étant le plus connu d’entre eux) ainsi que par la bonne bande-originale assez western de Gustavo Santaolalla (oscarisé pour Brokeback Mountain et Babel).

Les Nouveaux sauvages : Photo Ricardo Darín

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28 réflexions au sujet de « Les Nouveaux Sauvages »

  1. Cela peut être un film intéressant. L’argentine est passé par des périodes très dures dont elle ne s’est pas encore relevé. Intéressant de voir un film sur ses conditions sociales.

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  2. Hum… un ami m’a proposé d’aller le voir, mais je suis moyennement chaud. Il faut dire que je n’ai jamais été pleinement convaincu par les films à sketchs, même si tu dis qu’ici, cet aspect du film est plutôt bien géré. Ta chronique m’amènera peut-être à me laisser tenter. Mais j’avoue que j’ai d’autres priorités cinéma…

    On verra bien ! 🙂

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  3. @ Martin :
    Moi non plus, je ne suis vraiment pas fan des films à sketchs mais pour moi il s’agit d’une belle réussite. *voix aigue* Tu aurais dû écouter ton ami 🙂
    C’est vrai qu’il y a beaucoup de films à voir (on ne s’en sort plus) mais honnêtement ce film mérite d’être vu. Après, tu pourras éventuellement te rattraper en dvd ou téléchargement 😉

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  4. Bonjour Tina. De Ricardo Darin, je conseille surtout Les neuf reines et Carancho. Quant à Les nouveaux sauvages, je l’ai vu au Festival du film latino-américain de Biarritz de septembre. Une vraie bombe cathartique !

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  5. Bonjour Tina,

    Ce film ne sortira chez nous qu’à partir de mercredi, je n’ai donc pas trop lu ton billet mais je compte bien aller le voir prochainement. Je reviendrai te lire alors plus consciencieusement 😉

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  6. Bonjour tina, malgré que j’ai vu ce film il y a 4 mois en avant-première, j’en garde un souvenir très précis: le sketch du prégénérique est marquant. Sinon, j’ai beaucoup aimé celui avec Ricardo Darin: le côté kafkaïen de l’administration est bien rendu (on sent le vécu) et j’ai aussi beaucoup apprécié la « proposition » « propuesta »: du vitriol. Bonne après-midi.

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  7. @ Dasola :
    Je crois qu’on a été marqué par le tout premier sketch, court mais surprenant. J’ai également beaucoup aimé le sketch avec Darin (excellent au passage) très réaliste et explosif (ahaha à mon avis effectivement le réa règle ses comptes !). « La Proposition » n’est pas le plus drôle mais il est d’une cruauté rare. Bonne après-midi également 🙂

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  8. J’ai découvert la bande annonce dans Télématin, et ces Nouveaux Sauvages m’ont tout de suite rappelé le cinéma De La Iglesia, dont le Crime Farpait venait tout juste de les précéder dans l’enchainement des billets sur ton blog.

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  9. @ 2flicsamiami :
    C’est vrai que ça rappelle un peu l’univers De La Iglesia (en tout cas il aurait pu réaliser ce film !), c’est peut-être pour ça que Les Nouveaux Sauvages m’a autant plu !

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  10. Quel plaisir ! Un film qui affiche ses ambitions et les tiens ! Le traitements des ‘victimes’ est complexe et ils finiront pour certains par être de beaux salauds. Le nawak des deux conducteurs est totalement disproportionnés et pourtant loi d’être irréaliste comme tu le dis si bien. Le final de Bombita en écho au début est assez touchant bien qu’amoral. Le point d’orgue est cette géniale conclusion au mariage, on en rêve et elle arrive toute en puissance sans un regard vers les conventions. Du grand art avec une réalisation maîtrisée !

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  11. @ Amandine :
    Je suis contente que tu aies aimé ce film qui mérite vraiment d’être vu ! En tout cas il fait partie pour l’instant de mon top 3 de l’année !

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