Pas son genre

réalisé par Lucas Belvaux

avec Emilie Dequenne, Loïc Corbery, Sandra Nkake, Charlotte Talpaert, Anne Coesens, Didier Sandre, Martine Chevallier, Annelise Hesme, Amira Casar, Philippe Le Guay, Philippe Vilain…

Comédie dramatique, romance française. 1h50. 2013.

sortie française : 30 avril 2014

Pas son genre

Clément, jeune professeur de philosophie parisien est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre. C’est alors qu’il rencontre Jennifer, jolie coiffeuse, qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines « people » et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne, Loïc Corbery

Tiré du roman éponyme de Philippe Vilain (publié en 2011), Pas son genre raconte l’histoire d’amour entre Clément, un prof de philosophie parisien et Jennifer, mère célibataire et coiffeuse à Arras. Sur le papier, cela ressemble à une sympathie rom-com à l’américaine. Mais au lieu de nous servir une habituelle comédie romantique mignonne comme tout, Belvaux privilégie le discours social assez pessimiste (faut pas se leurrer, cette relation est vouée à l’échec dès le début), appuyé par la philosophie kantienne. Puis, sans vouloir trop en révéler, la fin, très surprenante, m’a également plu et je ne pense pas qu’elle soit aussi simple qu’elle en a l’air. Sans vouloir trop en révéler, elle reste pour moi cohérente par rapport à la dimension sociale véhiculée tout le long du film et dans un sens, même si ma formulation pourra sembler maladroite (j’espère que ceux qui ont vu le film comprendront ce que je veux dire – au pire on en reparlera par messages codés dans les commentaires), je trouve cette fin plutôt optimiste, même si les images montrent, au premier abord, le contraire. Enfin, les acteurs sont excellents. Emilie Dequenne crève l’écran (et elle mériterait de remporter le César), son partenaire Loïc Corbery a également du mérite car il ne se fait pas écraser par sa partenaire exubérante.

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne

Cependant, Pas son genre ne m’a pas totalement convaincue, à commencer par sa mise en scène, correcte (je reconnais que Belvaux a fait attention à certains détails) mais pas non plus transcendante. En fait, c’est comme un cours de philo : c’est intéressant mais chiant. Le film a du mal à décoller, comme s’il était prisonnier d’un bon synopsis mais qu’il ne parvenait pas à avoir réellement un bon scénario. Le spectateur n’est pas idiot, il observe rapidement l’opposition entre Clément et Jennifer. Puis les deux personnages mettent vraiment du temps à nouer du lien (j’ai presque réclamé la scène de cul tellement que c’est long !) et une fois qu’ils sont ensemble, ils ne se passent pas non plus grand chose. Oui, ils bavardent, ils philosophent (enfin surtout Clément, soyons honnêtes), mais on n’est pas con : on voit rapidement que cette relation ne peut pas marcher. Et là on attend un clash entre les deux (parce qu’au bout d’un moment, ça devient trop beau pour être vrai) qui va apparaître mais un peu trop brièvement (alors qu’il est important). De plus, même s’ils passent tout de même pas si mal que ça, le film accumule tout de même un grand nombre de clichés. Elle s’appelle Jennifer (avec l’accent anglais please), son fils s’appelle Dylan (avec l’accent anglais please, bis) elle aime forcément Jennifer Aniston et Anna Gavalda et elle fait du karaoké, lui c’est Clément, prof de philo parisien bobo qui va à l’opéra avec ses parents.

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne

Pas son genre n’est également pas toujours très réaliste, je pense qu’il a dû faire rire les profs. Déjà, depuis quand un jeune prof, qui vient tout juste de débarquer dans une nouvelle ville, est accueilli à la gare par l’équipe enseignante ? Puis, la classe de Clément est étrangement calme, même quand il parle de masturbation intellectuelle (le truc typique pour faire ricaner des ados de 15 ans en chaleur et qui écoutent un mot sur trois). Bon, je reconnais que je m’attarde sur un détail, mais ça m’a gonflée, j’avais besoin de le dire. Surtout (revenons aux choses sérieuses), avant de terminer ce billet, j’ai trouvé le point de vue abordé maladroit. Belvaux dit qu’il a voulu « rééquilibrer les points de vue, afin de regarder les personnages à la même distance, de les traiter de la même façon […] » (source : Allocine). Certes, il y a bien un équilibre dans la construction du scénario, mais la manière de mettre en scène les personnages bouleverse cette harmonie. Personnellement, je trouve que Jennifer est bien plus mise en avant que Clément, il n’y a qu’à voir les interminables scènes de karaoké (certes, on voit les émotions de la jeune femme mais on n’était pas obligé d’avoir l’intégralité de la chanson) où on a l’impression que Belvaux veut absolument que son spectateur soit amoureux d’elle. Enfin, honnêtement, faut quand même dire les choses : Clément nous gave avec sa philo. Du genre, la fille lui dit « je t’aime » et il répond « c’est quoi l’amour ? » : ce type est fatigant, on ne comprend pas pourquoi elle reste avec lui…

Pas son genre : Photo Emilie Dequenne, Loïc Corbery

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Taken

réalisé par Pierre Morel

avec Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen, Xander Berkeley, Katie Cassidy, Olivier Rabourdin, Leland Orser, Jon Gries, David Warshofsky, Holly Valance, Camille Japy, Nicolas Giraud…

Film d’action français, américain. 1h25. 2008.

sortie française : 27 février 2008

interdit aux moins de 12 ans

Taken

Que peut-on imaginer de pire pour un père que d’assister impuissant à l’enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C’est le cauchemar vécu par Bryan, ancien agent des services secrets américains, qui n’a que quelques heures pour arracher Kim des mains d’un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vient de se faire enlever à Paris.

Taken : Photo Liam Neeson, Pierre Morel

Alors que le troisième volet de Taken est sorti il y a quelques jours au cinéma, j’ai décidé de m’intéresser enfin à cette saga en commençant par le commencement (logique). Réalisé par un certain Pierre Morel (hum, je n’ai pas vu Banlieue 13 ni From Paris with Love, mais je ne pense pas rater grand chose…) et scénarisé par Luc Besson (hum magnifique association), ce premier Taken est une véritable catastrophe (et apparemment c’est le meilleur de la saga, je n’ose pas imaginer ce que peuvent donner ses suites). Je comprends que certains puissent apprécier ce film, je ne peux pas dire que je me suis ennuyée. Cependant, un peu comme dans Lucy, le film accumule tellement d’âneries (je ne sais pas si je vais pouvoir toutes les énumérer) que j’ai eu du mal à le prendre comme un simple divertissement sans prise de tête. Certes, comme le réclamaient probablement les spectateurs, les scènes d’action sont omniprésentes : ça explose et ça tire dans tous les sens. Si ça peut être efficace sur certains spectateurs (et tant mieux pour eux), je dois avouer que je suis restée hermétique face à cette violence inutile qui cache de nombreux défauts. Le plus gros défaut reste le scénario, il bousille à lui seul le film. Un scénario simple ne me dérange pas du moment qu’il reste correct et efficace. Mais là Besson a fait un travail de cochon. En fait, on a presque envie de se demander : « Mais quel scénario ? ». Le scénario se résume à un papa ancien agent de la CIA qui va botter le cul à des méchants Albanais qui ont kidnappé sa fifille. Le film aurait pu profiter pour sensibiliser les spectateurs à la traite, mais non il préfère être bourrin et accumuler des idées effrayantes : le monde entier va mal et est dangereux (vaut mieux rester chez toi), U2 c’est le mal aussi, les femmes sont faibles (Kim et Amanda sont kidnappées, la popstar a failli se faire agresser à la sortie d’un concert et l’ex-femme de Bryan ne fait que chialer), les étrangers sont filmés avec les pires clichés, on américanise même certains Français car les Américains sont les meilleurs (n’est-ce pas Peter le français ?) faut écouter son papounet forever. 

Taken : Photo Maggie Grace, Pierre Morel

Le scénario accumule également un grand nombre d’absurdités. Il n’y a qu’à voir la désormais célèbre scène dans laquelle Bryan dit à sa fille au téléphone, cachée sous le lit (quelle idée, franchement…), qu’elle va être kidnappée. Il lui dit les horreurs qu’elle risque de subir avec une froideur inimaginable. D’accord, Bryan est un ancien agent de la CIA mais il s’agit aussi d’un père. Il fait tout pour sa fille (en quelques jours, il a tué je ne sais plus combien de personnes pour elle) mais il est présenté comme une brute sans coeur ! D’ailleurs, on a l’impression que son ancien métier justifie à peu près tout. Certes, Bryan est sûrement sportif mais il a tout de même une bonne cinquantaine d’années, voire même soixante ans. Il fout des taquets dans la gueule de petits jeunots bien plus en forme que lui sans trop souffrir, ce n’est pas très crédible. Cela fait également de la peine de voir ce gars qui tape à peu près tout le monde juste pour sauver sa gamine insupportable (je ne dis pas que c’est chouette de la voir kidnappée mais bon, on a envie de lui filer deux claques). Oui, je dis bien une gamine. On se fiche pas mal de l’autre pétasse fille (la copine de Kim – cette inconsciente qui baise partout et ne se rend pas compte que Peter le français… AHAHAHA ça me fait rire pardon... bref que Peter le français est très très méchant) qui crève rapidement dans la plus grande indifférence (visiblement, même sa propre famille s’en cogne). Maggie Grace (qui joue toujours comme une patate), 25 ans incarne Kim, 17 ans (déjà il y a un souci – nous ne sommes plus à une connerie près), qui se comporte comme une gamine de 12 ans pourrie gâtée (vous suivez ?) : le cheval à son anniversaire (ça aurait été mieux un poney), coiffée et habillée comme une gosse (vous comprenez, elle est prude, le sexe, ça aussi c’est mal), elle court comme une dératée… (ooooh je suis méchante). Voir le brave Liam Neeson dans ce merdier est désolant…

Taken : Photo Maggie Grace, Pierre Morel

Foxcatcher

réalisé par Bennett Miller

avec Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo, Sienna Miller, Vanessa Redgrave, Anthony Michael Hall…

Drame, biopic américain. 2h14. 2014.

sortie française : 21 janvier 2015

Foxcatcher

L’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire excentrique, John du Pont, et deux champions de lutte.

Foxcatcher : Photo Steve Carell

Je n’ai toujours pas vu Le Stratège (apparemment je devrais le regarder), en revanche j’avais adoré le premier long-métrage de Bennett Miller, Truman Capote. C’est en partie pour cela que j’ai voulu découvrir son dernier film, Foxcatcher, qui a remporté au dernier festival de Cannes le prix de la mise en scène et qui est actuellement nommé à cinq reprises aux Oscars. Hélas, ce film, tiré d’une histoire vraie, est pour moi une énorme déception. Je suis ressortie de la salle énervée (je n’avais pourtant pas mes règles), j’ai eu un sentiment de gâchis. Pour commencer, ce film n’avait pas besoin de durer pratiquement 2h15. Je n’ai rien contre les longueurs, elles peuvent être nécessaires pour présenter la situation et faire monter la tension mais là c’est vraiment trop long et du coup le film manque cruellement de rythme. Je vais être franche : la première heure m’a vraiment ennuyée. Je trouve cela très malpoli de regarder l’heure sur mon portable durant une séance mais là je n’ai pas pu m’empêcher de regarder l’heure toutes les cinq minutes. Il y a pour moi un grand nombre de scènes inutiles, créant parfois un effet répétitif (à croire que les spectateurs sont trop bêtes pour retenir des infos), cela devient rapidement lassant. Non seulement, le scénario n’est pas ce que j’ai vu de plus intéressant et le montage n’est pas très réussi, mais en plus, je ne suis pas totalement convaincue par la mise en scène. Certes, le travail de Miller n’a rien de honteux, on voit toujours son talent et son implication. Mais justement, le problème de Miller serait de trop mettre en scène (je parle surtout dans la première partie du film). On voit où il veut en venir mais il finit par fatiguer à force de tout surligner. Je comprends également qu’il a voulu créer une ambiance froide, et je dois avouer que cela fonctionne par moments (surtout dans la seconde partie), mais elle est parfois tellement froide qu’on ne croit pas toujours aux réactions des personnages.

Foxcatcher : Photo Channing Tatum, Steve Carell

Heureusement, la seconde partie est meilleure, et relève le niveau du film. Nous commençons enfin à voir le drame venir et le propos devient plus clair. John Du Pont, qui comprend qu’il ne pourra jamais devenir un mentor malgré tout l’argent qu’il possède et son ambition colossale, devient de plus en plus effrayant, Mark Schultz est de plus en plus fragilisé et écrasé par la folie du Du Pont et le passé triomphant de son frère et Dave Schultz est un personnage de plus en plus ambigu. Les personnages prennent ainsi plus de consistance tout comme les relations qu’ils entretiennent. L’argent, la jalousie ou encore la solitude sont au coeur de ce trio complexe et surtout c’est cet ensemble qui va pousser John Du Pont à commettre l’irréparable. Même si Miller ne se mouille pas trop, il y a également une tension homosexuelle omniprésente et je dois avouer que les scènes de lutte sont très réussies. Elles m’ont rappelé le court-métrage islandais Wrestling de Grimur Hakonarson (je vous incite à le regarder si vous en avez l’occasion). C’est là où on réalise à quel point Miller aurait dû couper une bonne partie de sa première partie. Le film est également sauvé par des acteurs fantastiques, formant un trio convaincant, qui parviennent à donner du relief à des personnages qui auraient pu être monoexpressifs sur le papier face à tous ces silences parfois plombants. Steve Carell surprend car nous n’avons pas forcément l’habitude de le voir dans un rôle aussi sombre. Je redoutais de voir une performance cachée par la magie du maquillage (bien foutu au passage) mais heureusement, ce n’est pas le cas. J’ai également été bluffée par Channing Tatum, qui confirme ici tout son talent. Enfin Mark Ruffalo, qui a pourtant un rôle secondaire par rapport à ses deux partenaires, nous livre ici une de ses meilleures interprétations.

Foxcatcher : Photo Channing Tatum, Mark Ruffalo

Calvary

réalisé par John Michael McDonagh

avec Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly, Aidan Gillen, Dylan Moran, Isaach de Bankolé, Marie-Josée Croze, M. Emmet Walsh, Domhnall Gleeson, David Wilmot, Pat Short…

Comédie dramatique irlandaise, britannique. 1h45. 2014.

sortie française : 26 novembre 2014

Calvary

La vie du père James est brusquement bouleversée par la confession d’un mystérieux membre de sa paroisse, qui menace de le tuer. Alors qu’il s’efforce de continuer à s’occuper de sa fille et d’aider ses paroissiens à résoudre leurs problèmes, le prêtre sent l’étau se refermer inexorablement sur lui, sans savoir s’il aura le courage d’affronter le calvaire très personnel qui l’attend…

Calvary : Photo Brendan Gleeson, Chris O'Dowd

Etant donné que j’avais beaucoup aimé son premier long-métrage L’Irlandais (avec déjà Brendan Gleeson au casting), j’avais logiquement envie de découvrir le second long-métrage du réalisateur John Michael McDonagh, Calvary. Hélas, Calvary m’a énormément déçue, on ne retrouve clairement pas l’étincelle présente dans L’Irlandais. McDonagh tente de reprendre l’univers présenté dans son premier film. Hélas, il finit surtout par surfabriquer l’absurde. On a du mal à adhérer totalement aux situations surécrites ou aux personnages un peu trop caricaturaux, pourtant interprétés par des acteurs talentueux. Du coup, ce qui aurait pu nous faire rire ou amuser finit surtout par nous faire bâiller. Autre point qui m’a vraiment interpellée : j’ai trouvé au bout d’une minute, montre en main, l’identité du type qui compte assassiner le père James. Quand je dis « trouver », ce n’est pas deviner vaguement : en regardant le film en VO, j’ai réellement reconnu la voix de l’acteur. Je sais que le but n’est pas de trouver le coupable, il ne s’agit pas concrètement d’un film policier. Tout ceci n’est qu’un prétexte pour livrer d’autres réflexions. Cependant, je me suis tout de même demandée si le père James avait reconnu cette voix. Le film n’est pas très clair là-dessus. J’espère qu’il fait semblant de ne pas reconnaître, sinon il est vraiment idiot et sourd ! De plus, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar, le film aurait pu développer un peu plus cette intrigue : le film aurait été plus intéressant et rythmé. Je dois avouer que j’ai eu du mal à aimer ce film, sans vilain de jeu de mots, c’était parfois un calvaire…

Calvary : Photo Dylan Moran, Kelly Reilly

Cependant, certaines scènes ont su m’interpeller et le recul m’a permis d’apprécier davantage ce film qui possède d’indéniables qualités. Je n’aime pas forcément juger un film que sur de la réflexion (il y a des films intelligents que je n’aime pas) mais ici j’ai vraiment été sensible au propos. Pour moi, il ne s’agit simplement d’un type X abusé par des prêtres mais plutôt d’une représentation d’une Irlande abusée par cette Eglise catholique qui tente de tourner la page. La construction du film est également intéressante : en effet, John Michael McDonagh se serait basé sur la théorie du deuil (selon la psychiatre suisse Elisabeth Kübler-Ross). Il reprend alors les cinq étapes pour constituer les parties de son film : le déni (même si cela ne répond pas à mon interrogation sur l’identification de la voix), la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. De plus, malgré un scénario très faible, la mise en scène reste tout de même bonne. Même si le film m’a en grande partie ennuyée, McDonagh a pour moi réussi à jouer sur les deux significations du mot « calvaire ». Je trouve qu’on voit tout de même bien le tiraillement du père James entre sa responsabilité d’homme d’Eglise et ses interrogations en tant qu’individu. La fin du film, qui traite avec émotion et pudeur la question du pardon, sauve également une grande partie du film. Enfin, j’ai énormément aimé l’interprétation de Brendan Gleeson. On ne le dit pas assez mais c’est pour moi un grand acteur et il prouve ici son immense talent.

Calvary : Photo Aidan Gillen, Brendan Gleeson

Salo ou les 120 journées de Sodome

réalisé par Pier Paolo Pasolini

avec Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Umberto P. Quintavalle, Aldo Valletti, Hélène Surgère…

Drame italien. 1h57. 1975.

sortie française : 19 mai 1976

interdit aux moins de 16 ans

Salo ou les 120 journées de Sodome

En 1943, dans la république fasciste fantoche de Salò, quatre riches notables enlèvent neuf jeunes garçons et neuf jeunes filles de la région pour les emprisonner dans un somptueux palais. Dans ce décor luxueux, les adolescents seront soumis aux plaisirs de leurs geôliers, à leur jouissance sadique de pouvoir exercer une domination totale sur ces jeunes corps, de décider de leurs souffrances, de leur survie ou de leur mort…

Salo ou les 120 journées de Sodome : Photo

Salo ou les 120 Journées de Sodome est le dernier film de Pier Paolo Pasolini, assassiné quelques mois avant sa sortie (malgré la condamnation d’un certain Giuseppe Pelosi, les circonstances de sa mort restent encore floues). Il s’agit d’une livre adaptation des Cent Vingt Journées de Sodome du marquis de Sade, dont l’action se déroulait à la fin du règne de Louis XIV. Pasolini a transporté son récit dans l’Italie fasciste de 1943. Salo ou les 120 Journées de Sodome est réputé par sa violence extrême. Mais qu’est-ce qui m’a pris de regarder un film susceptible de me choquer ? Olivier me parle de ce film depuis plusieurs années et je lui ai toujours promis de le regarder. Le film de Pasolini est découpé en quatre parties, et plus précisément en cercles : « Antiferno » (« Le vestibule de l’enfer »), « Girone delle manie » (« Cercle des passions »), « Girone della merda » (« Cercle de la merde ») et « Girone del sangue » (« Cercle du sang »). Rien que les titres nous font comprendre que les victimes (et aussi les spectateurs) ne vont pas pouvoir s’en tirer face à cette violence qui s’amplifie au fil des chapitres. Je n’ai pas forcément l’habitude de voir des films ultra-violents (en même temps, je suis un peu une chochotte), c’est difficile de dire si Salo est le film le plus violent de l’histoire du cinéma mais en tout cas c’est ce que j’ai vu de plus choquant jusqu’à présent. Pourtant, à part les dernières minutes du film qui sont vraiment insupportables (mais grâce à la magie des spoilers, j’ai réussi à zapper juste avant un acte choquant – désolée je ne supporte rien qui touche aux yeux, c’est presque une phobie), visuellement – j’insiste bien sur le terme – je m’attendais à bien pire. Disons que j’ai réussi à regarder pratiquement le film en entier : c’est un miracle.

Salo ou les 120 journées de Sodome : Photo

On ne va pas se mentir : le film reste éprouvant à regarder. Mais Pasolini prend tout de même certaines précautions. Pour être franche, je m’attendais à un film plus cru en ce qui concerne les scènes de sexe. Or, malgré le contenu assez dégueulasse – disons les choses telles qu’elles sont – la mise en scène est paradoxalement élégante. Je connais mal l’oeuvre de Pasolini – avant Salo, je n’avais vu que Mamma Roma – pourtant rien que cette forme de suggestion confirme à quel point Pasolini était un cinéaste brillant et surtout j’ai senti qu’il n’était pas détraqué, ni malsain, il a su poser une certaine limite à ce film qui pourtant va tout de même loin dans l’horreur. En réalité, même si le film ne nous montre pas forcément les horreurs en gros plans, c’est le contexte qui est choquant. Voir des bourreaux tarés et sans humanité, des victimes qui sont de plus en plus animalisées, qui sont violées sans cesse et qui sont condamnées à mourir, c’est ça qui choque. Pour reformuler mon idée, ce n’est pas le fait de voir mais le fait de savoir qui choque. Bizarrement, les scènes scatophiles ne m’ont pas autant écoeurées que ça. Pour une fois, mon cerveau a percuté qu’il ne s’agissait que de cinéma. Répéter toute la journée « ce n’est que du chocolat et de la mandarine » avant de regarder le film le soir m’a sûrement aidé à surmonter cette épreuve. Du coup, j’avais conscience à quel point les scènes étaient dégoûtantes mais elles ne m’ont pas fait vomir. En revanche, voir cette répétition de viols m’a tout de même répugnée au bout d’un moment, j’avais vraiment envie de gerber (ce n’est pas une expression ici). C’est pour cela que j’ai dû couper le film, le temps de reprendre mon souffle et mes esprits.

Salo ou les 120 journées de Sodome : Photo

Je dois avouer que j’ai eu du mal à noter ce film et c’est pour cela que j’ai tenu à rédiger ce billet. Ce n’est pas le genre de film qui mérite à être vulgairement noté. Un film aussi extrême que Salo veut clairement ouvrir le débat. Sur mon blog, j’ai tenu à le « catégoriser » histoire d’éviter un beau bordel (je ne suis pourtant pas maniaque) mais j’ai parfaitement conscience que lui attribuer simplement la moyenne peut paraître sévère. Pour moi, il s’agit ici d’un compromis. Tout d’abord, même si le film dérange, Pasolini a le mérite d’aller au bout de sa démarche. En allant au bout de ses idées, on comprend clairement où Pasolini veut en venir. Le réalisateur italien critique le pouvoir absolu et dénonce la bourgeoisie qui voit la sexualité comme une marchandise dans le but d’assouvir les pulsions les plus malsaines. La référence à la Divine Comédie de Dante, à travers les cercles de la perversité, s’avère pertinente. Je ne vais pas faire une critique détaillée de « L’Enfer », car l’oeuvre de Dante est vraiment complexe, mais pour faire un bref résumé, le pire péché selon Dante est celui qui touche à la collectivité, qu’on peut relier au concept de pouvoir. La perception de Pasolini m’a semblé pertinente puisque les représentants eux-mêmes du pouvoir (le Duc, l’Evêque, le Juge et le Président) détruisent cette collectivité par leurs actes sordides. Grâce à ces fortes références littéraires (et il y en a d’autres d’après le générique d’ouverture), Pasolini a su livrer un portrait redoutable sur le summum du mal. Cependant, il faut tout de même être honnête : je n’ai pris aucun plaisir à regarder ce film. Certes, j’ai parfaitement conscience que ce n’était pas le but de ce film mais cet écoeurement provoqué est forcément à double-tranchant. De plus, personnellement, j’ai trouvé qu’il y avait une petite baisse de rythme à la moitié du film. Après encore une fois, ma petite pause et la répétition de scènes gerbantes peuvent sûrement expliquer cette impression. Pour conclure, même s’il est difficile d’apprécier ce film, je pense qu’il faut tout de même regarder une fois Salo (je précise que je ne compte pas le revoir une seconde fois, faut pas déconner non plus) même s’il faut avoir le coeur bien accroché.

Salo ou les 120 journées de Sodome : Photo

Whiplash

réalisé par Damien Chazelle

avec Miles Teller, J.K. Simmons, Paul Reiser, Melissa Benoist…

Comédie dramatique musicale. 1h47. 2014.

sortie française : 24 décembre 2014

Whiplash

Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…

Whiplash : Photo Miles Teller

Whiplash, qui était à l’origine un court-métrage, n’a pas eu la chance de faire partie de mon top 10 de l’année 2014. Sorti en fin décembre, je n’ai pu le voir qu’au début de ce mois de janvier. Or, histoire de mieux passer en 2015, j’avais décidé de boucler mon bilan de l’année le 31 décembre 2014. C’est pour cela que ce film n’a pas eu l’honneur d’y apparaître. Je n’ai pas envie de modifier mon bilan car ça serait un bordel sans nom mais je préfère prévenir d’entrée : Whiplash avait largement sa place dans le top 10. J’ai toujours aimé et défendu le cinéma indépendant américain mais ces dernières années j’avais l’impression qu’il nous servait toujours la même soupe. Or, ayant bien plus d’ambitions que les actuels films indé US du moment, Whiplash sort clairement du lot. Le résultat est d’autant plus impressionnant puisqu’il ne s’agit que du deuxième long-métrage de son réalisateur, Damien Chazelle, un nom à retenir. Si le film sonne aussi juste, c’est parce que Chazelle a été lui-même été batteur et tyrannisé par son professeur. A travers la batterie, instrument qui reste encore méconnu et pas souvent représenté au cinéma (d’ailleurs de tête, je ne pourrais pas citer des films en particulier), Chazelle filme la musique comme un sport extrêmement physique qui fera transpirer voire même saigner Andrew dans le but de devenir le meilleur. Andrew est plus qu’un musicien : il est un soldat. La musique arrive à trouver sa place dans le long-métrage, elle devient même un personnage à part. Contrairement à un grand nombre de longs-métrages musicaux, on n’a pas l’impression de regarder un clip musical. Chaque séquence musicale a un réel intérêt scénaristique. La toute dernière séquence, vraiment impressionnante et scotchante malgré sa longueur, prouve à quel point la musique est un langage comme un autre. De plus, sans être amatrice de jazz, la manière de filmer les séquences musicales permet de comprendre d’où est venue la passion d’Andrew pour la musique.

Whiplash : Photo J.K. Simmons, Miles Teller

La mise en scène, très maîtrisée pour un jeune réalisateur, et l’excellent montage, rythment merveilleusement bien le film à l’image du jazz, un genre musical particulièrement rythmé et vivant, et parviennent à rendre le duel entre l’élève et le prof plus intense. Cependant, Chazelle est parvenu à signer un film bien plus universel. Comment devenir le meilleur dans sa discipline ? Jusqu’où doit-on aller pour pouvoir réaliser ses rêves ? Que signifie travailler dur ? Enfin, la grande réussite du film réside dans le duel entre le professeur et l’élève. Andrew n’est pas forcément un personnage sympathique, pourtant le voir s’acharner pour pouvoir réussir a quelque chose de très touchant. On a mal pour lui, on transpire avec lui et on a vraiment envie de le voir remporter cette bataille. Son interprète, Miles Teller, qui joue réellement de la batterie dans les trois quarts du film, dégage vraiment quelque chose d’intéressant. On sent chez lui à la fois une force et une vulnérabilité. De plus, il ne se fait jamais bouffer par son partenaire, J.K. Simmons, époustouflant dans le rôle du prof odieux. Son personnage a évidemment des réactions excessives, pourtant certaines scènes permettent de lui donner une nuance nécessaire et surtout d’éviter un possible manichéisme dans son traitement. De plus, même si on ne peut pas approuver son comportement violent ni sa manière d’humilier ses élèves ni ses propos racistes et homophobes (disons les choses telles qu’elles sont : ce gars est taré), je suis pourtant arrivée à comprendre les motivations du personnage, en tout cas il y a une cohérence dans son comportement par rapport aux interrogations du film.

Whiplash : Photo

Les Nouveaux Sauvages

réalisé par Damian Szifron

avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia, Erica Rivas, Dario Grandinetti, Julieta Zylberberg, Rita Cortese, Walter Donado, Maria Marull…

titre original : Relatos salvajes

Comédie argentine, espagnole. 2h. 2014.

sortie française : 14 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Les Nouveaux sauvages est un film sur eux.
Vulnérables face à une réalité qui soudain change et devient imprévisible, les héros des Nouveaux sauvages franchissent l’étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison amour, le retour d’un passé refoulé, la violence enfermée dans un détail quotidien, sont autant de prétextes qui les entraînent dans un vertige où ils perdent les pédales et éprouve l’indéniable plaisir du pétage de plombs.

Les Nouveaux sauvages : Photo Rita Cortese

Actuellement dans la course aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger », le film argentin Les Nouveaux Sauvages avait été présenté en compétition au dernier festival de Cannes mais le jury présidé par la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion ne l’a pas récompensé. Cette absence au palmarès est regrettable car il avait largement sa place. Produit en grande partie par les frères Almodovar, ce film est une véritable pépite et j’espère qu’il parviendra à trouver son public en France. A l’origine, je ne suis pas forcément adepte des films à sketches, la plupart d’entre eux sont souvent pour moi inégaux. Or, ici, on a droit à six très bons sketchs qui sont bien reliés entre eux. La transition à chaque nouvelle histoire se fait naturellement et l’ordre même de chaque récit semble logique. Cela crée une cohérence qui me semble capitale dans ce type de projet cinématographique. L’excellent montage (fait en grande partie par le réalisateur) et le scénario visiblement très inspiré permettent en grande partie de créer cette homogénéité indispensable. Cependant, il ne faut pas non plus oublier de prendre en compte la qualité même de la mise en scène, tout comme d’autres éléments qui participent à l’esthétique même du film. Les cinq premières minutes sont surprenantes et parviennent à donner le ton. On va rapidement comprendre que les histoires présentées sont cruelles. Les pétages de plombs vont alors se dérouler dans différents endroits : dans un avion (« Pasternak »), dans un petit restaurant au bord d’une autoroute (« Las ratas »), sur la route (« El más fuerte »), à la fourrière (« Bombita »), dans une maison bourgeoise (« La Propuesta ») ou encore durant un mariage (« Hasta que la muerte nos separe »).

Les Nouveaux sauvages : Photo Erica Rivas

Ces histoires rappellent celles qui sont parfois racontées dans la colonne des faits divers dans les journaux. Elles ont beau être déjantées, il y a même parfois un aspect cartoonesque, pourtant elles restent crédibles car on a pu croiser certains personnages dans notre vie quotidienne. Cependant, le risque était bien présent car on aurait pu avoir une succession de récits assez plats. Or, Damian Szifron trouve un équilibre parfait entre la vraisemblance et l’absurde et parvient à montrer ce qui a poussé certains individus, de sexe ou d’âge différents, à ne plus être eux-mêmes et à perdre le contrôle. La fin du tout dernier sketch donne également du sens à cette méchanceté. Certes, bien qu’on puisse comprendre comment elle arrive, cette violence reste gratuite (pour notre plus grand plaisir). Mais la fin de « Hasta que la muerte nos separe », qui reste pourtant dans la bestialité, semble confirmer que la destruction est parfois utile pour pouvoir mieux se reconstruire. Au-delà de révéler la part animale de chaque individu (confirmée par le très beau générique au début du film) à la recherche d’une certaine liberté, Szifron n’hésite pas non plus à égratigner la société argentine. A part le sketch d’ouverture, nous remarquons que cette folie, cette envie d’aller tout foutre en l’air, est toujours liée à l’argent (mafia, corruption, apparences, lois qui font tout pour pomper le fric de simples individus). Pour conclure, Les Nouveaux Sauvages est une belle réussite, férocement drôle, jouissive et surprenante. De plus, ce film est servi par une belle brochette d’acteurs (Ricardo Darin étant le plus connu d’entre eux) ainsi que par la bonne bande-originale assez western de Gustavo Santaolalla (oscarisé pour Brokeback Mountain et Babel).

Les Nouveaux sauvages : Photo Ricardo Darín

Le Crime Farpait

réalisé par Alex de la Iglesia

avec Guillermo Toledo, Monica Cervera, Luis Varela, Enrique Villén, Kira Miro…

titre original : Crimen Ferpecto

Comédie espagnole, française, italienne. 1h44. 2004.

sortie française : 11 mai 2005

Le Crime farpait

Le vendeur le plus séduisant d’un grand magasin tue un collègue rival par accident. Une des vendeuses du rayon parfumerie est témoin de la scène et en profite pour lui faire un perfide chantage sexuel.

Le Crime farpait : photo Álex de la Iglesia, Guillermo Toledo, Monica Cervera

Bien que je n’ai pas encore vu tous ses films (à l’heure actuelle, j’ai découvert la moitié de sa filmographie), j’ai toujours accroché à l’univers délirant du réalisateur espagnol Alex de la Iglesia. De ce que j’ai vu, Le Crime Farpait, titre qui fait à la fois référence à Hitchcock et à Obélix (« Farpaitement ! »), est son meilleur film avec Le Jour de la Bête. Cette comédie noire et cynique sur l’arrivisme parvient à dénoncer cette société du paraître dans laquelle on ferait pourtant tout pour y être accepté. Comme souvent chez Alex de la Iglesia, le résultat est jubilatoire, le film comportant de nombreuses scènes hilarantes. Rien que le début avec Rafael, qui s’adresse directement aux spectateurs, est énorme : il est beau, toutes les employées du magasin veulent coucher avec lui, il est compétent dans son domaine (la vente), bref, sa vie est parfaite. D’autres scènes m’ont également fait rire, comme celle du découpage du cadavre ou la scène de sexe très sauvage (avec des bruits de félins) entre ce pauvre Rafael et Lourdes qui compte montrer ce qu’elle vaut au pieu. Mais la réunion de famille est la scène qui m’a fait hurler de rire, elle est tellement hilarante que j’en ai encore mal au ventre. Ainsi, Rafael va découvrir avec stupéfaction la famille de Lourdes, à savoir sa petite soeur de huit ans mythomane qui balance qu’elle a été violée par son instit’ et qu’elle est enceinte de lui, sa mère hystérique (on comprend mieux le comportement de Lourdes) et son père narcoleptique (pour oublier l’hystérie de sa femme ?). Le film joue sans cesse sur ces traits très grossis et des situations vraiment exagérées. L’univers d’Alex de la Iglesia est parfois tellement excessif qu’il peut finir par fatiguer les spectateurs. Cependant, je trouve qu’il réussit ici à trouver le bon ton sans faire de concessions.

Le Crime farpait : photo Álex de la Iglesia, Guillermo Toledo

Heureusement, le film ne se contente pas d’aligner une succession de scènes odieusement drôles. Le scénario est très bien écrit et bien construit. Certes, on se doute bien que Rafael et Lourdes vont vouloir s’entretuer mais on ne connait pas l’issue finale jusqu’au bout. Beaucoup diront que la fin est moralisatrice, je ne l’ai pas vue de cette manière-là. Cette fin assez surprenante, qui annonce déjà plus ou moins Balada Triste de Trompeta, permet d’appuyer encore plus le propos du film : cette société du paraître, qui a un impact sur la réussite sociale des personnages, est littéralement une farce. Le titre, déjà compréhensible par tout ce qu’on a vu jusqu’à présent, prend encore plus de sens et appuie davantage la puissance du discours. Quant à la mise en scène, elle s’avère efficace, dynamique et surtout inventive. De plus, les décors, les costumes ou encore la photographie parviennent à retranscrire cet univers luxueux et superficiel mais sans tomber dans le kitsch. Enfin, j’ai également beaucoup aimé les deux personnages principaux, interprétés par les fantastiques Guillermo Toledo et Monica Cervera. Ils auraient pu être caricaturaux mais qui sont en réalité plus nuancés qu’ils en ont l’air. Certes, Rafael et Lourdes sont deux personnages abominables, tous les deux feraient n’importe quoi pour grimper les échelons. Cependant, même s’ils ont des tendances meurtrières, ces personnages, très intelligents (encore une fois, la fin va nous le confirmer), restent humains et surtout attachants. D’un côté, Rafael a certes tué accidentellement son collègue de travail, il est aussi peut-être lâche mais il n’est pas sanguinaire pour autant et on va surtout le plaindre tout le long ! Quant à Lourdes, elle est vraiment folle et son chantage sexuel est condamnable, cependant elle réussit à prendre sa revanche sur la vie.

Le Crime farpait : photo Álex de la Iglesia, Guillermo Toledo, Monica Cervera

A Most Violent Year

réalisé par J.C. Chandor

avec Oscar Isaac, Jessica Chastain, David Oyelowo, Albert Brooks, Alessandro Nivola, Elyes Gabel, Catalina Sandino Moreno…

Drame, thriller américain. 2h05. 2014.

sortie française : 31 décembre 2014

A Most Violent Year

New York – 1981. L’année la plus violente qu’ait connu la ville. Le destin d’un immigré qui tente de se faire une place dans le business du pétrole. Son ambition se heurte à la corruption, la violence galopante et à la dépravation de l’époque qui menacent de détruire tout ce que lui et sa famille ont construit.

A Most Violent Year : Photo Jessica Chastain, Oscar Isaac

J.C. Chandor n’a réalisé que trois longs-métrages mais il est déjà respecté par la profession et de nombreux cinéphiles. Je ne peux pas juger All is lost puisque je ne l’ai pas vu mais en revanche j’ai vu Margin Call qui était, dans mes souvenirs, pénible, lent, compliqué et même un peu caricatural. Mais je n’avais pas envie de me fâcher contre Chandor, j’avais envie de lui laisser sa chance. Après tout, A Most Violent Year proposait un sujet intéressant et un casting alléchant. De plus, les critiques étaient pour la plupart enthousiastes. Histoire de vous rassurer, j’ai trouvé A Most Violent Year meilleur que Margin Call : je n’ai pas totalement une dent contre J.C. Chandor. Cependant, il ne m’a pas non plus emballée des masses. Tout d’abord, décidément, Chandor décide de garder son rythme d’escargot. A Most Violent Year est un peu plus actif que Margin Call mais ce n’est encore ça. De plus, un peu comme dans son premier film, même si j’ai tout de même réussi à suivre l’intrigue, je trouve qu’il y a des choses dans le scénario qui m’ont paru faussement compliquées. Le scénario est d’ailleurs pour moi le point faible de ce film pourtant ambitieux. On sent que Chandor a voulu jouer avec la subtilité mais à force de ne rien dire (au final, on suppose plus qu’autre chose, à force ça gave), le réalisateur-scénariste ne raconte qu’une histoire autour du fioul peu intéressante ni sans grande consistance.

A Most Violent Year : Photo Oscar Isaac

Cependant, bien qu’elle reste plutôt classique, la mise en scène reste maîtrisée et le propos est suffisamment intéressant pour susciter mon intérêt. Esthétiquement, A Most Violent Year est également très réussi. Chandor et son équipe sont parvenus à reconstituer avec à la fois élégance et froideur le New York du début des années 1980, notamment grâce à une très belle photographie, un remarquable travail sur la lumière ou encore un soin apporté aux décors et costumes. J’ai également apprécié la bande-originale d’Alex Ebert, qui est discrète mais reste étouffante, correspondant ainsi à l’atmosphère pesante du long-métrage. Enfin, A Most Violent Year est porté par une excellente distribution, incarnant des personnages complexes. Oscar Isaac, toujours aussi charismatique, est excellent dans le rôle d’Abel Morales, un personnage difficile à cerner : un type qui veut réussir dans un milieu pourri tout en restant intègre. Quant à la toujours très classe Jessica Chastain, malgré un look abominable (ses cheveux sont affreux et on a l’impression qu’elle vient de subir un lifting), elle est – comme d’habitude – excellente. Elle parvient à marquer les esprits dans le rôle de cette femme qui sait tenir tête mais sans jamais voler la vedette à Isaac. Les seconds rôles, comme ceux tenus par Albert Brooks ou David Oyelowo, sont également convaincants.

A Most Violent Year : Photo Jessica Chastain

Je suis Charlie

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai été bouleversée par les événements qui ont eu lieu hier. Je savais que je devais réagir mais je ne savais pas comment. Je crois que j’en étais même incapable. Seuls les mots « Je suis Charlie » parvenaient à retranscrire mes sentiments face à une tel drame. « The horror, the horror » dans Heart of Darkness de Conrad pourraient également traduire la situation.

jesuischarlie

Je ne sais pas si la nuit m’a porté conseil, mais ce matin j’ai compris énormément de choses. Face à certains événements qui ont eu lieu dans ma vie, j’ai souvent été mutique. Sans rentrer dans certains détails, je l’ai même été pratiquement durant trois ans. Mais, au nom de la liberté d’expression, je ne peux pas me taire aujourd’hui.

Ce matin, j’avais l’impression d’être un roman de Virginia Woolf mais placé dans le contexte des Lumières. Depuis hier, je suis sans cesse dans un monologue intérieur dans lequel je me demande comment cet acte de barbarie a pu arriver au XXIe siècle. Là, depuis tout à l’heure, j’observe absolument tout ce qui se passe autour de moi. J’ai également analysé tous mes gestes. Tout ce que j’ai fait ce matin était d’une banalité sans nom. Je me réveille, j’ouvre les volets, je vois qu’il fait beau, les oiseaux chantent, je mange, je me brosse les dents, je me coiffe, je m’habille, je me maquille, je m’occupe de la paperasse, je range mon bordel. Pourtant, je sais qu’à partir de ce jour, quelque chose a changé. Et j’ai compris que je ne devais pas garder ça pour moi, que je ne devais pas réagir comme l’enfant que j’étais il y a quelques années. J’ai compris pourquoi je suis devenue blogueuse, pourquoi actuellement j’ai absolument besoin de l’ouvrir sur tout et n’importe quoi, même sur des choses qui peuvent paraître insignifiantes, pourquoi j’aime tant le cinéma et la littérature. C’est pour cela que j’écris ce modeste message : nous devons être solidaires et apporter quelque chose, même si notre acte peut sembler minime.

Je ne sais vraiment pas dessiner mais pour rendre un dernier hommage à ceux qui ont défendu la liberté d’expression par l’art, je me permets de publier le dessin de Plantu, posté sur Twitter après cette tragédie.

Fusillade Charlie Hebdo 7 janvier 2015

New York Melody

réalisé par John Carney

avec Keira Knightley, Mark Ruffalo, James Corden, Hailee Steinfeld, Yasiin Bey, Adam Levine, Catherine Keener, Cee-Lo Green…

titre original : Begin Again

Comédie dramatique musicale. 1h44. 2014.

sortie française : 30 juillet 2014

New York Melody

Gretta et son petit ami viennent de débarquer à NYC. La ville est d’autant plus magique pour les deux anglais qu’on leur propose de venir y vivre pleinement leur passion : la musique. Le rêve va se briser et l’idylle voler en éclat quand, aveuglé par la gloire naissante, il va la plaquer pour une carrière solo et… une attachée de presse.
Ses valises prêtes et son billet de retour pour Londres en poche, elle décide de passer une dernière nuit à New York avec son meilleur pote. Ce dernier l’emmène dans un pub, la pousse sur scène et la force à chanter. Dans la salle un producteur s’adonne à sa plus dangereuse passion : l’alcool. Revenu de tout, du succès et de sa gloire passée, amer, rancunier, il a perdu le fil de sa vie,… Et soudain il entend cette voix, découvre cette grâce, ce talent brut et authentique… Une rencontre enchantée qui pourrait finir en chansons…

New York Melody : Photo Keira Knightley, Mark Ruffalo

Après le magnifique Once, l’ancien bassiste du groupe irlandais The Frames John Carney, quitte les rues de Dublin et pose sa caméra à New York. Il troque également des acteurs méconnus contre des reconnus voire même des stars. Cependant, malgré un budget plus conséquent et une exposition médiatique plus importante, il n’oublie pas son principal objectif : la musique. Malgré son titre français complètement niais (et oui en France, on traduit un titre anglais, logique), New York Melody n’est pas la comédie romantique sirupeuse attendue. Certes, l’amour (et ses déceptions) est au coeur des chansons et c’est lui qui va permettre à Gretta et Dan de se rencontrer. Mais le véritable amour qui réside dans le film est celui qu’ont les personnages pour la musique. Je suis heureuse de voir que son passage en Amérique n’a pas empêcher Carney de filmer sa première passion et qu’il n’est pas tombé dans les pièges hollywoodiens. Par exemple, les personnages sont tous blessés : Dan est alcoolique, sa fille s’habille vulgairement pour attirer l’attention, Gretta est trompée par Dave. Heureusement, le réalisateur n’en fait pas non plus des caisses. Carney propose un film grand public à la fois pétillant et touchant sur l’authenticité de la musique, qui parvient à exister grâce à la solidarité et à l’amitié, mais sans jamais être prétentieux ou faussement « arty ». Pourtant, New York Melody a tout de même ses quelques défauts, notamment dans la première partie, faussement laborieuse. Je comprends pourtant où le réalisateur veut en venir.

New York Melody : Photo Adam Levine

Carney a voulu saisir tous les aspects d’un hasard qui va amener Dan à avoir un coup de foudre musical. Je trouve également qu’on voit bien ce que ressent Dan en écoutant Gretta, c’est-à-dire comment à partir d’une chanson assez banale il réussit à entendre dans sa tête les possibles arrangements. Cependant, montrer à trois reprises la même scène, même avec un angle différent, peut sembler répétitif au bout d’un moment. Mine de rien, cela prend tout de même les quarante-cinq premières minutes du film. Heureusement pour moi, même à cause de ce problème, je ne me suis pas ennuyée mais je pense qu’on aurait pu avoir davantage de scènes musicales à la place, surtout que le concept même de l’album de Gretta est enthousiasmant : enregistrer un album dans les quatre coins de New York. Autre petit hic que j’ai également relevé : le film critique, à juste titre, la musique commerciale sans âme. Cependant, je dois avouer (oui, faisons des confessions, là, tout de suite) que j’ai une préférence pour la version de Lost Stars d’Adam Levine (soit la version commerciale = le mal absolu mais qui te reste toute ta foutue journée en tête) que pour celle de Keira Knightley (une version plus douce et confidentielle). Heureusement, au-delà de la fraîcheur que ce film dégage, la très bonne bande-originale ainsi l’excellent casting, dont en tête Mark Ruffalo et Keira Knightley (qui a en plus une jolie voix), incarnant des personnages attachants, humains et qui ont des convictions louables, effacent ces quelques petits défauts.

New York Melody : Photo James Corden, Keira Knightley

Bilan – décembre 2014

Cinéma

 

* Les films sortis cette année au cinéma

Magic in the moonlight (Woody Allen, 2014) 3/4

Sous les jupes des filles (Audrey Dana, 2014) 2/4

New York Melody (John Carney, 2014) 3/4

La Belle et la Bête (Christophe Gans, 2014) 2/4

Les Opportunistes (Paolo Virzi, 2014) 4/4

Calvary (John Michael McDonagh, 2014) 2/4

La French (Cédric Jimenez, 2014) 3/4

Les opportunistes Magic in the Moonlight La French

* Rattrapages

Eraserhead (David Lynch, 1977) 4/4

L’Empire des sens (Nagisa Oshima, 1976) 2/4

Flight (Robert Zemeckis, 2012) 3/4

Les enfants loups, Ame et Yuki (Mamoru Hosoda, 2012) 4/4

– Star Wars : épisode II – L’attaque des clones (George Lucas, 2002) 2/4

Star Wars : épisode III – La revanche des Sith (George Lucas, 2005) 4/4

Maniac (Franck Khalfoun, 2012) 3/4

What Richard Did (Lenny Abrahamson, 2012) 0/4

Manhattan (Woody Allen, 1979) 4/4

Carnage (Roman Polanski, 2011) 3/4

Sacco et Vanzetti (Giuliano Montaldo, 1971) 4/4

Un jour de chance (Alex de la Iglesia, 2011) 3/4

Le Hobbit : la Désolation de Smaug (Peter Jackson, 2013) 3/4

Sacco et Vanzetti Les Enfants Loups, Ame & Yuki Manhattan

Séries 

Fais pas ci, fais pas ça (saison 7, 2014) 3/4

The IT Crowd (saison 1, 2006) 4/4

The IT Crowd (saison 2, 2007) 4/4

True Detective (saison 1, 2014) 4/4

Lectures

Pygmalion (George Bernard Shaw, 1914) 3/4

Snuff (Chuck Palahniuk, 2008) 2/4