Polisse

réalisé par Maïwenn

avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Maïwenn, Karole Rocher, Jérémie Elkaïm, Emmanuelle Bercot, Frédéric Pierrot, Naidra Ayadi, Arnaud Henriet, Riccardo Scamarcio, Sandrine Kiberlain, Wladimir Yordanoff, Louis-Do de Lencquesaing, Alice de Lencquesaing, Audrey Lamy, Malonn Lévana, Lou Doillon, Carole Franck, Sophie Cattani, Anthony Delon…

Drame français. 2h. 2011.

sortie française : 19 octobre 2011

Polisse

Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.

Polisse : photo Karin Viard, Maïwenn

Avant de réaliser Polisse, l’actrice Maïwenn était déjà passée deux fois derrière la caméra, avec Pardonnez-moi et Le bal des actrices. Je n’ai pas eu l’occasion de voir les films que je viens de citer mais Maïwenn a eu raison de persévérer en tant que réalisatrice. Il faut tout d’abord rappeler que le film a séduit le jury du festival de Cannes (présidé cette année-là par Robert De Niro) en remportant le prix du jury. Il avait également récolté dix nominations aux Césars (et en avait remporté deux : meilleur espoir féminin pour Naidra Ayadi et meilleur montage). Puis plus de deux millions de spectateurs se sont déplacés dans les salles malgré un sujet pas destiné pour le grand public. Le public était de nouveau présent lorsque la chaîne l’a diffusé dimanche dernier, réunissant ainsi 2 655 000 téléspectateurs (soit 10, 1% de PDA). Je comprends totalement son succès puisque le film m’a également énormément plu. Certes, il n’est pas parfait, il a ses maladresses. Par exemple, le personnage de Maïwenn, Mélissa la photographe, ne sert pas à grand chose et vu comme le film nous présente directement en immersion, je ne pense pas que le film avait besoin d’une personne extérieure de la Brigade de Protection des Mineurs. Cependant, même si cela me paraissait nécessaire de relever ce défaut, il ne m’a pas non plus gâché le film, qui reste pour moi une belle réussite. Attention, dans la suite de ma critique, je vais révéler des scènes importantes du film, ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas connaître ces détails.

Polisse : Photo JoeyStarr, Maïwenn, Nicolas Duvauchelle

Polisse nous présente une multitude de personnages (flics, victimes, coupables) ainsi qu’un grand nombre d’histoires. Tout ce désordre aurait pu être désagréable pourtant Maïwenn a un véritable talent pour filmer ce bordel. Grâce à un style proche du documentaire et à un rythme effréné, le spectateur se retrouve en immersion dans la Brigade de Protection des Mineurs. Ce film coup de poing, bien documenté, montre les difficultés que rencontre ces flics au quotidien. Ils sont éprouvés psychologiquement (à force d’écouter des récits épouvantables au quotidien, leur vie privée en prend aussi un coup) et doivent se confronter à leur hiérarchie qui leur donne trop peu de moyens pour faire leur travail dans les meilleures conditions possibles. On peut comprendre ce que peuvent ressentir les membres de cette brigade car les récits (dont beaucoup sont tristement vrais) font froids dans le dos : une mère qui, en plus de secouer violemment son enfant pour le calmer, le « branle » et lui fait même des fellations pour qu’il s’endorme sans se rendre compte de la gravité de ses actes, le père qui viole sa fille mais qui se croit protégé à cause de ses relations, la gamine qui s’expose nue sur Internet ou une autre qui taille des pipes juste pour récupérer un portable…  Quant à la scène avec le petit abandonné par sa mère, elle est particulièrement émouvante et criante de vérité, j’en ai même tremblé.

Polisse : Photo Arnaud Henriet, Jérémie Elkaïm, JoeyStarr, Maïwenn, Naidra Ayadi

Les personnages les plus mis en avant sont Nadine (Karine Viard), Iris (Marina Foïs) et Fred (Joey Starr), cependant les autres rôles, même les plus petits, parviennent à trouver leur place, on devine même une partie de leur histoire. C’est pour cela qu’on arrive à s’attacher à la plupart des policiers présentés à l’écran. Iris est pour moi le personnage le plus intéressant car son histoire est la percutante. Selon mon interprétation (je préfère être prudente même si je ne pense pas me tromper), elle serait une ancienne enfant violée. En effet, elle semble rejeter les hommes, n’arrive pas à tomber enceinte, souffre d’anorexie et ne s’aime pas (la scène où elle donne son propre prénom au bébé mort est assez révélatrice sur sa souffrance). Le parallèle final avec le jeune Solal serait aussi un indice supplémentaire à ce qu’Iris a pu vivre enfant. La métaphore est peut-être très appuyée, pourtant elle fonctionne parfaitement bien. Solal retombe sur ses pieds car il a pu parler de son histoire, même s’il ne se rend pas forcément compte de la gravité des faits. On ne sait pas ce que deviendra ce môme, on a envie de croire qu’il va pouvoir grandir sereinement même si on n’en est jamais sûr. Contrairement à Solal, Iris ne pourra littéralement pas retomber sur ses pieds car elle n’a jamais parlé de ce qui s’est passé et se sent de plus en plus seule (compagnon qui la lâche, copine qui se fâche, promotion qui va l’isoler de ses camarades de travail). Son boulot permet de traquer les criminels mais pourra-t-on réellement panser tous les maux des enfants battus ou violés ? Pour moi, Iris est en quelque sorte une représentation du futur possible de toutes ces petites victimes qu’on a vu à l’écran. Pour finir, le casting est parfait. On retiendra en particulier un Joey Starr surprenant, une Marina Foïs bouleversante et une Karin Viard qui nous livre une de ses meilleures interprétations.

Polisse : photo Maïwenn

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16 réflexions au sujet de « Polisse »

  1. J’avais bien aimé ce film, comme son précèdent d’ailleurs, Le bal des actrices. Mais ce qui me fait toujours sourire (gentiment) avec la réalisatrice, c’est sa caméra énamourée de l’acteur Joey Starr, c’est vraiment trop flagrant. Mais du coup il est bon.

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  2. Un documenteur ou pas efficace et fonctionnant aussi bien dans l’émotion et l’humour. Par contre la romance à deux balles merde quoi.

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  3. @ Chez Sentinelle :
    Je n’ai pas vu Le bal des actrices, j’avoue qu’il ne me tente pas des masses mais peut-être que je devrais le voir histoire de me faire mon idée.
    Ahahah ah ouais on sent la Maïwenn totalement in loooove !

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  4. Un film sincère et parfois bouleversant. Pareil, je rejoins ton avis (mais j’aurais mis 3 étoiles) et j’ai totalement adhéré à ce drame

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  5. @ Oliver :
    J’avoue que j’ai hésité entre les 3 ou 4 étoiles, d’ailleurs j’ai attendu un peu avant de le noter et faire ma critique, je voulais avoir un certain recul. Mais l’ensemble m’a vraiment plu, je ne pensais pas que ce film allait autant me bouleverser, je ne suis pas arrivée à mettre moins, tout simplement.

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  6. Coucou, je ne pense pas que j’aurai donné 4 étoiles à ce film sur lequel je reste tout de même mitigée…Il faudrait peut-être que je le revoie (merci arte !!) 😉

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  7. @ Yuko :
    Encore une fois j’ai hésité. Objectivement parlant, pas sûre qu’il méritait autant mais mon coeur a parlé cette fois-ci – oh c’est beau cette poésie – (il est jusqu’à ce soir en replay – go go go).

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  8. Pas le temps en ce moment mais je ne désespère pas… J’ai revu des extraits, ce qui me gène un peu c’est cette façon d’utiliser le documentaire sans que ça en soit réellement un…

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  9. @ Yuko :
    D’après ce que j’ai compris, Maïwenn a fait tous ses films avec cet angle docu.
    J’aime bien ce côté docu justement, disons que je comprends pourquoi Maïwenn a utilisé ce style.

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  10. Je vais rarement au cinéma mais lorsque j’y suis allée pour polisse c’était à la limite de l’expérience. La fameuse scène de la fille qui suce pour pas grand chose, dans la salle on se regardait tous un peu gênée au début et puis finalement éclat de rire, vécu comme un soulagement. L’histoire d’Isis bouleversante, Joey Starr m’a énormément étonné, quelle force ! Polisse réussit l’exploit de ne pas être voyeuriste, elle parvient toujours à maintenir une certaine distance pour que ce soit suffisamment bouleversant sans être trop glauque. Le casting des agresseurs est juste impeccable. Louis-Do de Lenquesaing effrayant au possible et Sophie Cattani en mère paumé qui abandonné son enfant est un des moments les plus touchants que j’ai pu voir. Bien sûr le film a ses défauts mais le reste est si exceptionnel ! Maïwenn a su donner de l’épaisseur à chaque cas, pourtant nombreux, chose assez rare pour être soulignée.

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  11. @ AmandineDismoimedia :
    Je suis contente de lire ton commentaire car le fond rejoint le mien. Comme tu le dis, il a ses maladresses et pourtant il fonctionne parfaitement bien d’un point de vue émotionnel.

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