Naissance des pieuvres

réalisé par Céline Sciamma

avec Pauline Acquart, Adèle Haenel, Louise Blachère, Warren Jacquin…

Drame français. 1h25. 2007.

sortie française : 15 août 2007

Naissance des pieuvres

L’été quand on a 15 ans. Rien à faire si ce n’est regarder le plafond. Elles sont trois : Marie, Anne, Floriane. Dans le secret des vestiaires leurs destins se croisent et le désir surgit. Si les premières fois sont inoubliables c’est parce qu’elles n’ont pas de lois.

Naissance des pieuvres : Photo Adèle Haenel, Louise Blachère, Pauline Acquart

Naissance de pieuvres est le premier long-métrage de Céline Sciamma, également réalisatrice du très bon Tomboy ou de Bande de filles (que je n’ai pas aimé, comme vous avez pu le voir récemment sur ce blog). Sciamma s’intéresse ici à l’adolescence et à la découverte du désir à partir de trois personnages féminins. Le titre suggère d’ailleurs ces thèmes : la pieuvre est vue dans certaines civilisations comme un symbole sexuel. Plus généralement, Naissance des pieuvres assimile à la fois la naissance du désir et la souffrance liée par les sentiments. Le sujet n’est pas nouveau sur le papier mais la vision de la jeune réalisatrice a quelque chose d’original. J’imagine aussi que le décor – autour d’une piscine et de la natation synchronisée – ajoute probablement un petit plus au film. Les personnages féminins permettent de montrer trois points de vue différents sur l’adolescence et la découverte de la sexualité. La première, Marie (Pauline Acquart), est très attirée par Floriane (le film ne s’attarde pas des heures sur l’homosexualité de Marie, même si dans mon interprétation, elle est pour moi totalement lesbienne). La Floriane en question (Adèle Haenel) se fait passer pour une fille ayant déjà une expérience sexuelle sauf qu’elle est toujours vierge : est-ce qu’elle n’est tout simplement pas prête ou est-ce qu’elle ne connaît pas encore son bord sexuel ? Enfin, Anne (Louise Blachère), une amie de Marie, est très complexée par son poids et est attirée par le petit ami de Floriane. Elle arrivera à perdre sa virginité mais ce passage à l’acte sera brutal. Sur le papier, on pourrait avoir l’impression qu’il y a une catégorisation des personnages, mais Sciamma réussit à ne pas tomber dans les clichés.

Naissance des pieuvres : Photo Adèle Haenel, Louise Blachère, Pauline Acquart

Sciamma réussit également à filmer les corps sans vulgarité, mais au contraire avec pudeur et simplicité (et dieu merci, ça fait plaisir de voir des corps comme l’ont beaucoup de filles, surtout à l’heure où Hollywood nous montre que des bombasses d’1m80 qui ne mangent pas et avec des seins parfaits). La symbole de l’eau est particulièrement bien utilisée (notamment dans la scène finale). J’ai également apprécié la musique de Para One, qui contribue beaucoup à l’ambiance sensuelle du film. Enfin, les trois actrices principales, Pauline Acquart, Adèle Haenel et Louise Blachère (les deux dernières avaient été nommées aux César dans la catégorie « meilleur espoir féminin ») sont excellentes. Cependant, je trouve que le film a ses maladresses. Tout d’abord, j’ai trouvé les adolescentes un peu trop froides, même quand elles sont proches des unes et des autres. Normalement, la plupart des adolescentes sont assez bruyantes, se chamaillent et jacassent. Du coup, je trouve que le film n’est pas totalement réaliste ni représentatif de la jeunesse. Puis, comme dans Bande de filles d’ailleurs (même si je ne l’avais relevé dans ma critique), je trouve le jugement envers la gente masculine inutilement sévère (on a l’impression que tous les garçons sont des obsédés brutaux débiles) et on ne fait également jamais connaissance avec les parents de ces jeunes filles (Tomboy me semble le plus intéressant des films de Sciamma car justement la réalisatrice les implique davantage dans son scénario). J’ai l’air de chipoter alors qu’en plus je vois où Céline Sciamma veut en venir, c’est-à-dire se concentrer principalement sur ses personnages féminins seules face à la découverte de leurs corps. De plus, pour moi, il manque le petit quelque chose qui en fait un grand film. Cependant, Céline Sciamma signe tout de même un bon premier film qui mérite d’être vu. 

Naissance des pieuvres : Photo Adèle Haenel, Louise Blachère, Pauline Acquart

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36 réflexions au sujet de « Naissance des pieuvres »

  1. Hum ! Grâce à Adèle Haenel et à ce titre plutôt notable, il est entré dans mes radars et je pense que je le verrai. Quand ? That is the question. Je veux voir les trois Sciamma, d’ailleurs, et donc ça pourrait être judicieux de les voir dans l’ordre de sortie si je peux.

    Le fait que tu en dises du bien aurait plutôt tendance à renforcer mon envie 🙂

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  2. Quelques réserves sur le cinéma de Céline Sciamma si je comprends bien. De mon côté, je trouve au contraire ses films parmi les plus intéressants de ceux que le cinéma français donne à voir en ce moment. Ce premier volet d’un triptyque que je considère sans faute (y compris « bande de filles » même si je comprends tes réserves) est parfaitement écrit, extrêmement soigné dans sa mise en scène, et remarquablement dirigé, avec une Adèle Haenel dont le tempérament ne cesse de me ravir. Très récemment, à l’occasion de l’expo Truffaut, Axel Ropert a réuni un certain nombres de jeunes actrices et acteurs de notre temps pour leur demander s’ils étaient truffaldiens. Dans cet exercice très prétentieux de confession à la caméra, elle était la seule à être vraiment naturelle, cash et farouche. Superbe.

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  3. @ Martin :
    Comme j’avais déjà vu, il y a quelques mois Tomboy, et que je suis allée voir récemment Bande de filles, j’ai réussi à choper le dvd du premier film de Sciamma à la médiathèque, comme ça je suis à jour 🙂

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  4. @ Princécranoir :
    Je reconnais à Sciamma un talent certain mais je n’ai pas encore eu le coup de coeur, il y a à chaque fois des choix artistiques qui font que je n’arrive pas à être totalement emballée même lorsque ses films sont bons (et j’ai vraiment détesté son Bande de filles – pourtant je n’avais pas envie d’être sévère). Par contre, j’adore toujours Adèle Haenel, comme tu dis, si spontanée !

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  5. Certainement un des films qui se rapproche plus du ton d’un John Hughes malgré que l’on va parfois dans des thèmes plus graves. Et surtout qui n’a pas peur des mots ou des images. Le genre de films français que personne ne regarde alors qu’il signe un certain renouveau dans le cinéma.

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  6. @ Borat :
    Je préfère le cinéma de John Hughes, plus tendre avec ses personnages, et ses films sont plus divertissants. Personnellement, je pense plus à du Sofia Coppola (en plus profond et plus réussi). J’aime bien Sciamma, une cinéaste importante (bien que son dernier m’a réellement énervée) mais pour l’instant je n’arrive pas à adorer son cinéma.

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  7. J’ai du mal voir le John Hughes qui sommeille chez Sciamma, un peu plus l’aspect Coppola pour l’attrait du personnage féminin mais sans le côté arty. Par contre, le portrait de Marieme dans « bande de filles » m’a rappelé celui filmé par Andrea Arnold dans « fish tank » que j’avais beaucoup aimé.

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  8. Je n’ai vu aucun des films de cette réal pourtant j’en connais les titres et les synopsis, son cinéma ne m’attire pas … Mais avec la lecture de ton article  » Naissance des pieuvres » peut aoir un interet certain, et nous rappeler nos 15 ans …

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  9. @ Auroreinparis :
    Je pense qu’on peut toutes se reconnaître un peu dans les personnages ou avoir connu des filles comme les personnages du film. Encore une fois, la seule chose que je reproche est un certain manque de réalisme dans les relations entre ados, en réalité les adolescentes ne sont pas calmes comme ça…

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  10. Peut être époque Virgin suicides mais pas pour le reste donc plus John Hughes pour moi. Quant à la filiation, j’évoque le fait que Hughes mettait en valeur ce que l’on pourrait qualifier de freaks, les exclus, ce qui est plus ou moins le cas ici.

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  11. @ Borat :
    Je trouve tout de même l’univers de Sciamma proche de Coppola, même pour ses autres films (effectivement, on pensera surtout à Virgin Suicides, je te l’accorde). Peut-être que cela me frappe parce que les deux mettent en scène des personnages féminins, ce qui est moins le cas de Hughes. Mais je trouve aussi les musiques des films de Sciamma proches de celles utilisées par Coppola, et il y a même une ambiance proche au fond. Sur la forme, les films de Hughes me semblent différents.
    Après le fond, évidemment qu’il y a quelque chose de proche de Hughes, mais je pense que la plupart des films qui mettent en scène des ados abordent tous cette idée d’exclusion et de différence.

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  12. Tu as tout à fait raison Tina, les films sur les ados tournent un peu toujours autour des mêmes questions, et on pourrait ranger les premiers films de Sciamma au côté de Sophia Coppola aussi bien que de Claude Pinoteau par exemple (l’héroïne de « bande de filles » ne se fait pas appeler Vic pour rien).

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  13. Ce film me rappelle beaucoup de souvenirs. Ce fut ma première AVP « en présence » et ce fut la découverte d’une jeune cinéaste (Sciamma) et d’une jeune actrice (Haenel). Un beau film sur lequel j’avais du écrire un papier un peu naze à l’époque. Merci de le remettre en avant 🙂

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  14. J’ai détesté ce film, que j’ai trouvé vain, creux, vide et les gamines pas attachantes. J’étais même très remontée après Ciamma. Et puis j’ai vu Tomboy, que j’ai adoré ! Comme quoi, nous avions une artiste en devenir, dont je vais désormais suivre avec intérêt la carrière.

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  15. @ тном ряи :
    Vu que j’ai fait la critique de Bande de filles, je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée d’écrire des billets sur les deux autres films de Sciamma (la critique de Tomboy devrait apparaître bientôt). Ahhh quelle belle première avant-première « en présence », mémorable (de toutes façons, une avant-première reste toujours un bon moment, du moment que l’équipe est présente).

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  16. @ Chonchon :
    Je comprends que tu aies détesté. Dans l’ensemble j’ai aimé ce film mais je n’ai pas adhéré à certains choix de la réalisatrice qui pourraient, me semble-t-il, expliquer ton rejet total.

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  17. Il faut tout de même rappeler que Molly Ringwald est l’actrice la mieux mise en valeur de son univers. C’est elle qui fut sa première hèroïne. Oui assez électro Hughes faisait plus dans la pop.

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  18. @ Borat :
    Certes, elle était mise en avant mais Hughes mettait aussi en scène des garçons. Or, Sciamma exclut totalement les garçons de son univers – pire, elle les fait passer pour d’immondes salauds.

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  19. Mais en même temps, je pense qu’un film avec des filles et non des mecs ne fait vraiment pas de mal dans le teen movie. Preuve en est Virgin suicides était raconté du point de vue des garçons pas des filles.

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  20. @ Borat :
    Le problème n’est pas juste d’exclure les mecs. Dans Naissance des pieuvres, les mecs sont soit des débiles soit des brutes qui ne pensent qu’à baiser. C’est un peu pareil dans Bande de filles, on a l’impression que tous les mecs sont méchants…

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  21. J’ai récemment vu Tomboy et je constate que ce n’est du tout un bon film, franchement. Mais je crois quand même que les films de Céline Sciamma sont meilleurs par rapport aux autres, je parle ici de cinéma français. J’aimerais bien avoir l’occasion de voir les autres films. Vous m’en direz plus sur cela.

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