Bande de filles

réalisé par Céline Sciamma

avec Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh, Mariétou Touré…

Drame français. 1h52. 2014.

sortie française : 22 octobre 2014

Bande de filles

Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.

Bande de filles : Photo

Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Céline Sciamma signe son troisième long-métrage, Bande de filles, présenté en Ouverture à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2014. Je n’ai toujours pas vu Naissance des pieuvres (je le regarderai bientôt – normalement ce mois-ci) mais j’avais beaucoup aimé Tomboy. J’étais alors assez curieuse de découvrir Bande de filles. Je vous préviens : j’ai souffert tout le long de la séance. Apparemment, j’aurais même gémis un « putain, ça devient Bande de nazes » (je ne me rappelle pas l’avoir dit mais ça me ressemble). Ma note peut paraître très vache mais en relisant ma critique avant de la publier, je me suis aperçue que je n’avais vraiment rien aimé : mettre plus m’aurait paru hypocrite et incohérent. J’ai juste voulu être honnête avec moi-même. Sciamma va s’en prendre plein la gueule mais je n’ai pourtant rien contre elle. Dès les premières cinq minutes, j’ai senti un premier malaise. Le film débute sur des filles qui jouent au football américain, un sport pas très répandu en France (là déjà niveau crédibilité, c’est zéro). Sciamma a voulu rendre hommage à la série Friday Night Lights. Je n’ai rien contre cette série puisque je ne l’ai jamais regardée, mais honnêtement, on a du mal à comprendre cet hommage, on est déjà dans un premier hors-sujet. Cependant j’ai rapidement compris à quoi j’avais à faire : faire un film stylé sur un sujet lourd mais au final c’est creux. Et oui, mes craintes étaient fondées : tout le long du film, Sciamma s’enfonce dans ses délires pseudo-cinématographiques qui n’apporteront rien à son film si ce n’est de la superficialité. J’avais l’impression de revoir tout ce qui m’insupporte chez Sofia Coppola. Je n’ai rien contre l’esthétique mais il faut encore qu’elle ait du sens. Beaucoup diront qu’elle permet de montrer que même ces filles de banlieue peuvent briller comme des diamants (qui aurait cru qu’une chanson de Rihanna pourrait être l’objet de remarques intellectuelles ?) mais j’ai surtout l’impression qu’elle cache les énormes faiblesses de ce film.

Bande de filles : Photo

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes dans les banlieues, je sais qu’ils sont réels mais là, Sciamma ne fait qu’accumuler une série de clichés qu’on voit dans des séries pourries ou dans des reportages comme dans Zone Interdite. Cette surenchère d’esthétique et ces stéréotypes font que Bande de filles sonne faux. Il parait que Sciamma a vécu en banlieue : je la crois mais quand on voit son film, on a l’impression que c’est une bobo qui débarque dans un autre univers et qui nous dit – presque naïvement – « regardez, la banlieue c’est moche, tout est noir » (ne voyez ici aucun jeu de mots pourri). En gros, rien de bien nouveau par rapport à ce qu’on sait déjà et le scénario ultra prévisible nous confirmera que Sciamma n’était visiblement pas très inspirée par son sujet. Ce qui est également dérangeant, c’est que le film s’intitule Bande de filles mais finalement on a plus droit à un portrait de Mariame (là encore, on est – presque – dans du hors-sujet). Que Mariame soit mis en avant n’était pas forcément une mauvaise idée : en effet, il fallait bien voir comment s’opèrent les changements chez elle (comment elle devient comme ses futures amies) et le spectateur a droit à un regard extérieur au début sur ce genre de filles qu’on peut rencontrer tous les jours. Cependant, le film oublie un peu trop cette idée de « bande » qui me semble importante car c’est cette idée de groupe qui permet à Mariame de se construire en tant qu’individu. De plus, ses amies, Lady, Adiatou et Fily, sont tellement secondaires qu’on ne sait rien d’elles. Pour écrire le scénario, Sciamma avoue qu’elle s’est inspirée de ce qu’elle a vu dans la rue ou encore de ce qu’elle a vu dans les reportages (comme quoi, comparer ce film à un doc de Zone Interdite me parait assez juste). Ces filles sont trop agaçantes pour qu’on ait envie de s’intéresser à elles : finalement elles ne restent que les clichés qu’on a l’habitude de voir. Je ne voulais pas forcément avoir de la sympathie pour elles, mais je pense qu’avec plus de profondeur dans leur traitement, ces filles m’auraient moins insupportée.

Bande de filles : Photo Assa Sylla, Karidja Touré, Lindsay Karamoh, Mariétou Touré

On a beaucoup entendu parler de ce film à cause de la scène où les jeunes filles chantent et dansent sur la chanson Diamonds de Rihanna (j’en parlais un peu plus haut). Encore une fois, cette scène veut sûrement littéralement montrer que ces jeunes filles de banlieue aspirent à autre chose, qu’elles aussi peuvent briller. C’est aussi probablement une scène qui veut montrer l’insouciance de la jeunesse. Mais on en fait des caisses de cette scène qui ressemble surtout à un clip. Surtout, pourquoi tout ce bleu, qui ne trouve ici aucune signification ? Encore une fois, Sciamma est noyée dans ses délires esthétiques inutiles et superficiels. Vu qu’on parle de musique (enfin pour Rihanna, je ne sais pas si on peut parler de musique – oooh je suis méchante), elle n’est pas forcément bien utilisée et m’a surtout vite saoulée (en rentrant chez moi, je me suis sentie obligée d’écouter ma playlist histoire de me nettoyer les oreilles). Pour ne rien arranger, le film est trop long. En tout cas, il m’a semblé trop long, même interminable (bon, ça, je crois que vous l’aviez vaguement compris dès le début de cette critique), j’avais vraiment hâte qu’il se termine. En plus, la réalisatrice m’a donné de faux espoirs à plusieurs reprises : j’ai cru voir – à tort – à quatre reprises le générique de fin (j’espère que vous ressentez là mon désespoir et ma fatigue). Enfin, beaucoup ont également loué les interprétations des actrices, surtout celle de Karidja Touré, qui incarne Marieme/Vic. Je ne dis pas qu’elles jouent comme des pieds, on croit tout de même un minimum en leurs personnages, et on apprécie parfois leur spontanéité. Mais honnêtement elles ne m’ont pas éblouie et dans certaines scènes, j’ai trouvé qu’elles avaient un jeu limité. Je crois aussi que je n’ai pas totalement pu apprécier leurs prestations car leurs dialogues sont tellement édulcorés par rapport à la situation sociale des personnages qu’elles interprètent. Au fond, je trouve le ratage de ce film assez regrettable. Les seuls propos intéressants, comme la domination des garçons sur les filles, la question de l’identité et de l’affirmation de soi (notamment par les prénoms), l’envie de liberté ou encore l’émancipation féminine sont complètement noyés dans ce ramassis de clichés et de superficialité.

Bande de filles : Photo

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28 réflexions au sujet de « Bande de filles »

  1. J’ai bien aimé Tomboy nettement plus que naissance des pieuvres… Je trouve ça bien qu’une fille de ce milieu s’intéresse à ce type de problématique. Il me tente bien, on en reparlera peut-être ^^

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  2. @ Yuko :
    Pour Naissance des pieuvres, une fois vu, j’essaierai d’en faire une critique.
    Je n’ai rien contre cette problématique, au contraire, mais j’ai trouvé l’ensemble tellement mauvais, je me suis trop lamentée. Mais après à mon avis, la double critique de Première (d’un côté une à 4 étoiles, une autre à zéro) est très représentative : je crois que soit on aime beaucoup ce film, soit on le déteste. Hâte de voir ton avis 🙂

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  3. Pas pu le voir malheureusement. Mais je le verrais en DVD Sciamma étant ma réalisatrice favorite dans le cinéma français et ses deux premiers films sont excellents.

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  4. @
    Il ne passe pas chez toi ?
    Pas un peu excessif de dire qu’elle est ta réa préférée dans le cinoche français alors qu’elle n’a fait que 3 films (tout en sachant que tu n’en as vu que 2) ? 😮

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  5. Bonjour Tina, tu écris un bien long article pour un film que tu n’aimes pas mais c’est intéressant de lire tes arguments. Personnellement, je n’ai aucun avis, je n’ai pas l’intention d’aller voir ce film. Bonne journée.

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  6. @ Borat :
    Ah merde, effectivement ça sera le dvd pour toi. J’espère que tu l’apprécieras plus que moi 🙂
    En même temps, il n’y a pas de tonnes de réalisatrices, que ce soit en France ou ailleurs.

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  7. Parmi les réalisatrices que je connais et hors France il y a Kathryn Bigelow, Jane Campion, Patty Jenkins (Monster), Hélène Cattet (Amer), Andrea Arnold (Fish Tank), Antonia Bird (Vorace), Sam Taylor Wood (50 nuances de Grey), Susanne Bier (Brothers), Brenda Chapman (Le prince d’Egypte), Sofia Coppola, Jennifer Lynch (Surveillance), Gia Coppola (Palo Alto), Anne Fletcher, Nora Ephron, Karyn Kusama (Jennifer’s body), Jennifer Lee (La reine des neiges), Penny Marshall (Big), Yolande Moreau, Julia Leigh (Sleeping beauty), Alexandra Cassavetes (Kiss of the damned), Rebecca Miller (Pippa Lee), Jodie Foster, Julie Taymor (Across the universe), Mimi Leder (Deep impact), Mary Lambert (Simetierre)

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  8. @ Borat :
    Ohhhhhhhhh t’as vraiment relevé le défi ! 😀
    Pour être honnête, il y en a certaines de ta liste que je ne connais pas du tout (Cattet, Cassavetes ou Kusama). Et d’autres que je n’oserais pas qualifier de réalisatrice (Mimi Leder, et son Deep Impact que je foutrais à la poubelle, ou Jodie Foster/Yolande Moreau, qui restent pour moi avant tout des actrices).
    J’avoue, j’aurais eu du mal en 5 mn de sortir autant de noms (et pourtant je connais la plupart de ces femmes).

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  9. @ Chonchon :
    J’ai finalement vu Naissance des pieuvres hier soir. J’ai bien aimé mais je préfère Tom Boy (même si je n’ai mis que « 3 étoiles » à ces deux films, je les aime bien mais je n’arrive pas non plus à être totalement emballée).

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  10. Mais leurs films correspondent à leur personnalité. La différence de la Jolie qui veut surtout se faire bien voir.

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  11. Disons que son premier film reste tout à fait regardable même bon, mais on sent qu’elle veut trop en faire et sort trop les violons. Le film de Michel Hazanavicius aurait semble t-il le même problème.

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  12. Ah ah t’es dure ! Toi quand tu n’aimes pas tu le dis ! 🙂
    Je ne suis pas allée le voir, justement parce que je suis persuadée que j’aurais eu à peu près le même avis que toi !

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  13. @ Auroreinparis :
    Et oui, cela fait partie de la règle numéro 1 de mon blog : être franche.
    Après, il y a des gens qui ont énormément aimé ce film. Je crois que c’est un peu à double tranchant.

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  14. Je reviens sur ce billet, après avoir lu celui sur Naissance des pieuvres. Grâce à Tomboy, je le regarderai dès que j’en aurai l’occasion, mais je crains fort d’être déçue, d’autant que nous avons souvent la même perception des films.

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