Polisse

réalisé par Maïwenn

avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Maïwenn, Karole Rocher, Jérémie Elkaïm, Emmanuelle Bercot, Frédéric Pierrot, Naidra Ayadi, Arnaud Henriet, Riccardo Scamarcio, Sandrine Kiberlain, Wladimir Yordanoff, Louis-Do de Lencquesaing, Alice de Lencquesaing, Audrey Lamy, Malonn Lévana, Lou Doillon, Carole Franck, Sophie Cattani, Anthony Delon…

Drame français. 2h. 2011.

sortie française : 19 octobre 2011

Polisse

Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.

Polisse : photo Karin Viard, Maïwenn

Avant de réaliser Polisse, l’actrice Maïwenn était déjà passée deux fois derrière la caméra, avec Pardonnez-moi et Le bal des actrices. Je n’ai pas eu l’occasion de voir les films que je viens de citer mais Maïwenn a eu raison de persévérer en tant que réalisatrice. Il faut tout d’abord rappeler que le film a séduit le jury du festival de Cannes (présidé cette année-là par Robert De Niro) en remportant le prix du jury. Il avait également récolté dix nominations aux Césars (et en avait remporté deux : meilleur espoir féminin pour Naidra Ayadi et meilleur montage). Puis plus de deux millions de spectateurs se sont déplacés dans les salles malgré un sujet pas destiné pour le grand public. Le public était de nouveau présent lorsque la chaîne l’a diffusé dimanche dernier, réunissant ainsi 2 655 000 téléspectateurs (soit 10, 1% de PDA). Je comprends totalement son succès puisque le film m’a également énormément plu. Certes, il n’est pas parfait, il a ses maladresses. Par exemple, le personnage de Maïwenn, Mélissa la photographe, ne sert pas à grand chose et vu comme le film nous présente directement en immersion, je ne pense pas que le film avait besoin d’une personne extérieure de la Brigade de Protection des Mineurs. Cependant, même si cela me paraissait nécessaire de relever ce défaut, il ne m’a pas non plus gâché le film, qui reste pour moi une belle réussite. Attention, dans la suite de ma critique, je vais révéler des scènes importantes du film, ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas connaître ces détails.

Polisse : Photo JoeyStarr, Maïwenn, Nicolas Duvauchelle

Polisse nous présente une multitude de personnages (flics, victimes, coupables) ainsi qu’un grand nombre d’histoires. Tout ce désordre aurait pu être désagréable pourtant Maïwenn a un véritable talent pour filmer ce bordel. Grâce à un style proche du documentaire et à un rythme effréné, le spectateur se retrouve en immersion dans la Brigade de Protection des Mineurs. Ce film coup de poing, bien documenté, montre les difficultés que rencontre ces flics au quotidien. Ils sont éprouvés psychologiquement (à force d’écouter des récits épouvantables au quotidien, leur vie privée en prend aussi un coup) et doivent se confronter à leur hiérarchie qui leur donne trop peu de moyens pour faire leur travail dans les meilleures conditions possibles. On peut comprendre ce que peuvent ressentir les membres de cette brigade car les récits (dont beaucoup sont tristement vrais) font froids dans le dos : une mère qui, en plus de secouer violemment son enfant pour le calmer, le « branle » et lui fait même des fellations pour qu’il s’endorme sans se rendre compte de la gravité de ses actes, le père qui viole sa fille mais qui se croit protégé à cause de ses relations, la gamine qui s’expose nue sur Internet ou une autre qui taille des pipes juste pour récupérer un portable…  Quant à la scène avec le petit abandonné par sa mère, elle est particulièrement émouvante et criante de vérité, j’en ai même tremblé.

Polisse : Photo Arnaud Henriet, Jérémie Elkaïm, JoeyStarr, Maïwenn, Naidra Ayadi

Les personnages les plus mis en avant sont Nadine (Karine Viard), Iris (Marina Foïs) et Fred (Joey Starr), cependant les autres rôles, même les plus petits, parviennent à trouver leur place, on devine même une partie de leur histoire. C’est pour cela qu’on arrive à s’attacher à la plupart des policiers présentés à l’écran. Iris est pour moi le personnage le plus intéressant car son histoire est la percutante. Selon mon interprétation (je préfère être prudente même si je ne pense pas me tromper), elle serait une ancienne enfant violée. En effet, elle semble rejeter les hommes, n’arrive pas à tomber enceinte, souffre d’anorexie et ne s’aime pas (la scène où elle donne son propre prénom au bébé mort est assez révélatrice sur sa souffrance). Le parallèle final avec le jeune Solal serait aussi un indice supplémentaire à ce qu’Iris a pu vivre enfant. La métaphore est peut-être très appuyée, pourtant elle fonctionne parfaitement bien. Solal retombe sur ses pieds car il a pu parler de son histoire, même s’il ne se rend pas forcément compte de la gravité des faits. On ne sait pas ce que deviendra ce môme, on a envie de croire qu’il va pouvoir grandir sereinement même si on n’en est jamais sûr. Contrairement à Solal, Iris ne pourra littéralement pas retomber sur ses pieds car elle n’a jamais parlé de ce qui s’est passé et se sent de plus en plus seule (compagnon qui la lâche, copine qui se fâche, promotion qui va l’isoler de ses camarades de travail). Son boulot permet de traquer les criminels mais pourra-t-on réellement panser tous les maux des enfants battus ou violés ? Pour moi, Iris est en quelque sorte une représentation du futur possible de toutes ces petites victimes qu’on a vu à l’écran. Pour finir, le casting est parfait. On retiendra en particulier un Joey Starr surprenant, une Marina Foïs bouleversante et une Karin Viard qui nous livre une de ses meilleures interprétations.

Polisse : photo Maïwenn

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Tomboy

réalisé par Céline Sciamma

avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson, Sophie Cattani, Mathieu Demy…

Drame français. 1h22. 2011.

sortie française : 20 avril 2011

Tomboy

Laure a 10 ans. Laure est un garçon manqué. Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa et sa bande qu’elle est un garçon. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient Michael, un garçon comme les autres… suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son troublant secret.

Tomboy : Photo Jeanne Disson, Zoé Héran

Tomboy est le deuxième long-métrage de Céline Sciamma, ex-élève de la Fémis issue des lettres modernes. Depuis sa sortie, il est au coeur d’une polémique. Récemment, lors sa diffusion sur Arte, Civitas, tristement connue pour être une association catholique intégriste, a protesté contre la chaîne car Tomboy qui « fait du prosélytisme en faveur de l’idéologie du genre » n’aurait « sa place ni à l’école ni à la télévision » (source ici). Mais grâce à cette énième polémique, Arte a tout de même réussi à réunir 1,3 million de téléspectateurs, un très beau score pour la chaîne. J’avais plutôt aimé son précédent film, Naissance de pieuvres, même si je n’avais pas adhéré à certains choix. Je n’ai pas non plus adoré Tomboy (le film ne comporte pas pourtant de défauts particuliers, c’est juste un ressenti personnel) mais pour l’instant il s’agit du meilleur film de la réalisatrice (en même temps, elle n’en a pas fait des tonnes). Son absence de nominations aux Césars est tout simplement une honte. Le film joue beaucoup sur la simplicité, que ce soit dans les grandes lignes de l’histoire ou encore dans sa mise en scène, et c’est sûrement ce qui en fait sa force. En effet, le scénario ne comporte pas beaucoup de rebondissements (le seul étant « est-ce qu’on va découvrir le secret de Michael/Laure ? »). Cependant, dans un décor très naturel, Céline Sciamma a su filmer à la fois l’émerveillement et la difficulté du passage de l’enfance à l’adolescence. Le sujet est lourd et pourtant le résultat est malgré tout rafraîchissant.

Tomboy : Photo Jeanne Disson, Zoé Héran

Selon moi, le film ne dit pas clairement si Laure est née dans le mauvais corps ou si ce curiosité sexuelle lui passera dans quelques temps : en tout cas, même si j’ai tendance à opter pour la première option, je ne pense pas que Tomboy affirme clairement ce qui se passe dans la tête de cette jeune fille. Le film aurait pu être un peu plus affirmer sa position, je me lance peut-être aussi dans un faux débat mais selon mon interprétation, la réalisatrice n’a peut-être pas cherché à catégoriser Laure. Tomboy suit pour moi quelques jours d’été d’une future adolescente qui se cherche : même si elles le font différemment, toutes les adolescentes passent par cette étape. Le spectateur est capable de deviner le malaise intérieur de la jeune Laure, qui joue sans cesse avec son apparence physique (coupe de cheveux, vêtements, corps pas développé, sexe en pâte à modeler etc…) et qui va finir par s’embourber dans son mensonge, vis-à-vis de sa famille ou encore de son amie Lisa. Pour finir, les interprètes sont tous très bons. Sophie Cattani et Mathieu Demy sont très convaincants dans le rôle des parents du personnage principal, Jeanne Disson s’en sort également très bien dans le rôle de la jeune Lisa. Mais j’ai surtout été impressionnée par Zoé Héran (Laure/Michael), tout simplement bluffante, ainsi que par la petite Malonn Lévana (qui incarne la soeur toute fifille Jeanne) qui surprend par sa spontanéité.

Tomboy : Photo Malonn Lévana, Zoé Héran

L’inconnu du lac

réalisé par Alain Guiraudie

avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou, Patrick d’Assumçao, Mathieu Vervisch, Jérôme Chappatte…

Drame, policier français. 1h37. 2012.

sortie française : 12 juin 2013

interdit aux moins de 16 ans

L'inconnu du lac

L’été. Un lieu de drague pour hommes, caché au bord d’un lac. Franck tombe amoureux de Michel. Un homme beau, puissant et mortellement dangereux. Franck le sait, mais il veut vivre cette passion.

L'inconnu du lac : Photo Christophe Paou, Pierre Deladonchamps

Présenté au festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard », L’inconnu du lac a emballé la critique. Sans vouloir insulter ceux qui ont aimé ce film, j’avoue que je ne comprends absolument pas cet enthousiasme. Quand je lis les critiques de la presse, et même les intentions du réalisateur, je n’ai pas eu l’impression de voir le même film ! Je ne comprends pas non plus comment le film a pu éviter une interdiction aux moins de 18 ans. Pour moi, sans exagérer, les scènes ne sont pas érotiques, mais pornographiques. Je ne vais pas jouer les sainte-nitouche : je savais que le film comportait quelques scènes olé-olé, mais je ne pensais pas que les scènes étaient autant explicites. Alain Guiraudie dit qu’il a voulu filmer « l’amour passion », du « désir ». Mais je n’ai pas trouvé qu’il arrivait à transmettre ces idées à l’image. Pour moi, c’est juste obscène. Et le réalisateur n’y va pas de main morte. Il n’y aurait que cinq minutes de galipettes, ça serait peut-être passé, mais là j’ai eu l’impression de voir une heure de scènes de sexe explicite (c’est un euphémisme) sur 1h30 ! Mais surtout, selon moi, toutes ces scènes essaient de choquer le spectateur au détriment d’un scénario totalement vide. Il ne se passe quand même pas grand chose, et le peu d’action présente est au final peu intéressante, alors qu’elle aurait pu l’être. Après, effectivement, on peut voir où veut en venir le réalisateur (et qui expliquerait – un peu – les scènes hot) : le danger et la mort sont liés à la sexualité.

L'inconnu du lac : Photo Christophe Paou, Pierre Deladonchamps

Cependant, personnellement, j’ai eu du mal à comprendre les réactions du personnage principal (qui a des airs de James Blunt), c’est-à-dire celui qui est tombé amoureux d’un meurtrier (le sosie de Tom Selleck), probablement un tueur en série : en effet, à force de ne pas vouloir le dénoncer, il se retrouve quand même comme un con car il a (enfin) peur à la fin du film. L’intrigue policière n’est pas peut-être pas à l’origine l’intérêt principal de ce long-métrage mais il aurait mérité d’être un petit plus développé. Là, on a juste l’impression que c’est un prétexte pour voir des coucheries. La fin m’a également déçue : c’est un peu le seul moment où il y a de l’action mais j’ai eu l’impression que le réalisateur ne savait pas comment terminer son film, j’ai trouvé du coup cette fin bâclée. Le flic est également un personnage exaspérant : il est aussi actif que Navarro, est toujours habillé pareil et qu’en plus il ne transpire absolument pas, il n’a même pas une seule auréole alors que ça se passe l’été dans le Sud de la France (et sans passer pour une grosse dégueulasse qui dégouline partout, je sais de quoi je parle). Je n’ai pas non plus spécialement aimé la mise en scène que j’ai trouvée parfois plate, ou alors très lourde lorsqu’elle tente d’appuyer la place des décors et du climat qui change petit à petit dans le film. Enfin, je n’ai également pas été convaincue par les interprètes (si, si, malgré toutes les scènes X, ça leur arrive de jouer normalement).

L'inconnu du lac : Photo Patrick d'Assumçao, Pierre Deladonchamps

Naissance des pieuvres

réalisé par Céline Sciamma

avec Pauline Acquart, Adèle Haenel, Louise Blachère, Warren Jacquin…

Drame français. 1h25. 2007.

sortie française : 15 août 2007

Naissance des pieuvres

L’été quand on a 15 ans. Rien à faire si ce n’est regarder le plafond. Elles sont trois : Marie, Anne, Floriane. Dans le secret des vestiaires leurs destins se croisent et le désir surgit. Si les premières fois sont inoubliables c’est parce qu’elles n’ont pas de lois.

Naissance des pieuvres : Photo Adèle Haenel, Louise Blachère, Pauline Acquart

Naissance de pieuvres est le premier long-métrage de Céline Sciamma, également réalisatrice du très bon Tomboy ou de Bande de filles (que je n’ai pas aimé, comme vous avez pu le voir récemment sur ce blog). Sciamma s’intéresse ici à l’adolescence et à la découverte du désir à partir de trois personnages féminins. Le titre suggère d’ailleurs ces thèmes : la pieuvre est vue dans certaines civilisations comme un symbole sexuel. Plus généralement, Naissance des pieuvres assimile à la fois la naissance du désir et la souffrance liée par les sentiments. Le sujet n’est pas nouveau sur le papier mais la vision de la jeune réalisatrice a quelque chose d’original. J’imagine aussi que le décor – autour d’une piscine et de la natation synchronisée – ajoute probablement un petit plus au film. Les personnages féminins permettent de montrer trois points de vue différents sur l’adolescence et la découverte de la sexualité. La première, Marie (Pauline Acquart), est très attirée par Floriane (le film ne s’attarde pas des heures sur l’homosexualité de Marie, même si dans mon interprétation, elle est pour moi totalement lesbienne). La Floriane en question (Adèle Haenel) se fait passer pour une fille ayant déjà une expérience sexuelle sauf qu’elle est toujours vierge : est-ce qu’elle n’est tout simplement pas prête ou est-ce qu’elle ne connaît pas encore son bord sexuel ? Enfin, Anne (Louise Blachère), une amie de Marie, est très complexée par son poids et est attirée par le petit ami de Floriane. Elle arrivera à perdre sa virginité mais ce passage à l’acte sera brutal. Sur le papier, on pourrait avoir l’impression qu’il y a une catégorisation des personnages, mais Sciamma réussit à ne pas tomber dans les clichés.

Naissance des pieuvres : Photo Adèle Haenel, Louise Blachère, Pauline Acquart

Sciamma réussit également à filmer les corps sans vulgarité, mais au contraire avec pudeur et simplicité (et dieu merci, ça fait plaisir de voir des corps comme l’ont beaucoup de filles, surtout à l’heure où Hollywood nous montre que des bombasses d’1m80 qui ne mangent pas et avec des seins parfaits). La symbole de l’eau est particulièrement bien utilisée (notamment dans la scène finale). J’ai également apprécié la musique de Para One, qui contribue beaucoup à l’ambiance sensuelle du film. Enfin, les trois actrices principales, Pauline Acquart, Adèle Haenel et Louise Blachère (les deux dernières avaient été nommées aux César dans la catégorie « meilleur espoir féminin ») sont excellentes. Cependant, je trouve que le film a ses maladresses. Tout d’abord, j’ai trouvé les adolescentes un peu trop froides, même quand elles sont proches des unes et des autres. Normalement, la plupart des adolescentes sont assez bruyantes, se chamaillent et jacassent. Du coup, je trouve que le film n’est pas totalement réaliste ni représentatif de la jeunesse. Puis, comme dans Bande de filles d’ailleurs (même si je ne l’avais relevé dans ma critique), je trouve le jugement envers la gente masculine inutilement sévère (on a l’impression que tous les garçons sont des obsédés brutaux débiles) et on ne fait également jamais connaissance avec les parents de ces jeunes filles (Tomboy me semble le plus intéressant des films de Sciamma car justement la réalisatrice les implique davantage dans son scénario). J’ai l’air de chipoter alors qu’en plus je vois où Céline Sciamma veut en venir, c’est-à-dire se concentrer principalement sur ses personnages féminins seules face à la découverte de leurs corps. De plus, pour moi, il manque le petit quelque chose qui en fait un grand film. Cependant, Céline Sciamma signe tout de même un bon premier film qui mérite d’être vu. 

Naissance des pieuvres : Photo Adèle Haenel, Louise Blachère, Pauline Acquart

’71

réalisé par Yann Demange

avec Jack O’Connell, Paul Anderson, Richard Dormer, Sean Harris, Martin McCann, Charlie Murphy, Barry Keoghan, Sam Reid, David Wilnot, Corey McKinley…

Drame, thriller, guerre britannique. 1h40. 2013.

sortie française : 5 novembre 2014

interdit aux moins de 12 ans

'71

Belfast, 1971.
Tandis que le conflit dégénère en guerre civile, Gary, jeune recrue anglaise, est envoyé sur le front.
La ville est dans une situation confuse, divisée entre protestants et catholiques.
Lors d’une patrouille dans un quartier en résistance, son unité est prise en embuscade. Gary se retrouve seul, pris au piège en territoire ennemi.
Il va devoir se battre jusqu’au bout pour essayer de revenir sain et sauf à sa base.

'71 : Photo Jack O'Connell (II)

On aurait pu penser que le cinéma avait déjà trop exploité le sujet du conflit nord-irlandais, mais ’71 prouve qu’il y a encore des choses à dire et à faire. Yann Demange, réalisateur français expatrié en Grande-Bretagne, signe un premier long-métrage brillant. Certes, en regardant le film, on pourra penser aux excellents Bloody Sunday de Paul Greengrass, Omagh de Pete Travis ou même Au nom du père de Jim Sheridan. Cependant, ces quelques inspirations ne sont pas gênantes car le film possède sa propre personnalité et a largement les épaules pour devenir une référence sur le sujet. Le point de vue que Demange utilise permet également à ’71 de ne pas tomber dans la redite. Surtout, la mise en scène est parfaite, parvenant à installer une véritable tension, pratiquement présente du début jusqu’à la fin du film. Certaines scènes sont particulièrement éprouvantes. Malgré une violence omniprésente, le film n’est jamais écoeurant. On doit également constater à quel point Demange possède un incroyable sens du rythme et du mouvement. De plus, la caméra est sans cesse en mouvement afin que le spectateur se trouve au plus près de l’action, il se passe également beaucoup de choses à l’écran au sein d’une même scène (je pense notamment à la scène de l’émeute, très marquante), pourtant on voit et comprend tout ce qui se passe à l’écran. Ces éléments permettent au spectateur de ne pas s’ennuyer, de plus on remarquera également que le film n’est pas trop long, préférant aller à l’essentiel.

'71 : Photo Jack O'Connell (II)

’71 est plus qu’un film sur une période historique et un conflit : le thriller et le drame se combinent logiquement. Il réussit à dépasser le point historique précis, sa dimension universelle s’imposant naturellement. La caméra suit Gary Hook, un jeune et banal soldat (mais jamais insipide, au contraire) qui va se retrouver au coeur d’un conflit qui le dépasse et surtout au centre d’une véritable chasse à l’homme bien malgré lui. Non seulement Gary est devenue une bête, mais en plus, personne n’est à l’abri, même les enfants ne sont pas épargnés de ce terrible conflit. Alors que Gary se retrouve dans ce conflit absurde, il sera parfois étonnamment aidé, prouvant qu’une part d’humanité existe encore durant cette nuit. L’humanité de Gary touche également : il n’est qu’un homme victime des événements. Certains veulent le voir mourir, pourtant Gary lutte sans cesse pour vivre. La bande-son est également très bonne. Elle est importante car elle permet d’accentuer la tension déjà omniprésente, mais elle n’est pas non plus envahissante. De plus, elle est intéressante puisqu’elle joue beaucoup sur des sons de rue ou liés à la violence de la guerre. Enfin, les acteurs, la plupart inconnus du grand public, sont également tous très bons, notamment en tête Jack O’Connell (vu cette année dans Les Poings contre les murs), qui possède une véritable présence et qui parvient à rendre son personnage très attachant.

'71 : Photo

A Girl at my door

réalisé par July Jung

avec Doona Bae, Kim Sae-Ron, Song Bae-Byeok…

Drame sud-coréen. 2h. 2014.

sortie française : 5 novembre 2014

A girl at my door

Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

A girl at my door : Photo

Présenté au festival de Cannes 2014 dans la section « Un section regard » et co-produit par Lee Chang-Dong (le réalisateur des magnifiques Secret Sunshine et Poetry), A girl at my door est dans l’ensemble une belle surprise venue de Corée du Sud. Pour son premier long-métrage, July Jung n’a pas choisi la facilité. En effet, elle traite à la fois de la maltraitance infantile, l’homosexualité (un sujet pratiquement pas traité dans le cinéma coréen), l’alcoolisme, l’isolement rural, la pédophilie (même si ce n’est pas non plus réellement au coeur du film, ceux qui ont vu le film comprendront ce que je veux dire) et les sans-papiers (que des sujets très joyeux !). La réalisatrice aurait pu s’éparpiller ou trop survoler ces sujets mais en réalité ce n’est pas le cas. Mieux, grâce à une mise en scène ingénieuse et un scénario malin (même s’il n’est pas toujours surprenant) elle arrive à les insérer intelligemment, comme si un sujet en amenait un autre : l’effet d’engrenage fonctionne plutôt bien. Finalement, ce choix est assez cohérent puisque la violence entraîne les personnages dans une spirale infernale dont les personnages ne seront pas certains d’en sortir. La violence est au coeur de ce film, on voit à plusieurs reprises des actes de violence. Cependant, le film n’est pas violent. Au contraire, on trouve même beaucoup de pudeur et de délicatesse. Finalement, ce sera la critique de cette Corée homophobe et corrompue qui sera réellement violente.

A girl at my door : Photo

Doona Bae (Sympathy for Mr Vengeance, The Host, Cloud Atlas) est excellente dans le rôle de cette policière victime d’homophobie, qui se prendra d’affection pour Dohee. Elle a une attitude plutôt froide, par son statut de chef et par son identité sexuelle qui la rend distante avec les gens pourtant son comportement maternel rend ce personnage touchant. Quant à Kim Sae-Ron (Une vie toute neuve, The man from nowhere), qui incarne la gamine battue par son père, elle est étonnante. Elle arrive à garder une certaine fraîcheur (les scènes où elle danse montrent qu’elle est encore une enfant malgré tout ce qu’elle a vécu) et en même temps elle réussit à être troublante (étant victime de violence, devra-t-elle à son tour en quelque sorte un monstre ?). On regrettera cependant quelques longueurs. En effet, l’intrigue aurait pu être plus resserrée, du coup on aurait pu avoir des émotions encore plus intenses. Cependant, je ne me suis pas non plus ennuyée. Pour conclure, le film possède quelques maladresses mais dans l’ensemble il s’agit tout de même d’un bon film qui n’est pas tendre avec la société coréenne et qui arrive à être plus universel en évoquant la maltraitance sur mineur. Pour un premier long-métrage, July Jung s’en tire plutôt bien et je compte suivre sa carrière de près.

A girl at my door : Photo

Fiston

réalisé par Pascal Bourdiaux

avec Kev Adams, Franck Dubosc, Valérie Benguigui, Nora Arnezeder, Alice Isaaz, Héléna Noguerra, Laurent Bateau…

Comédie française. 1h28. 2013.

sortie française : 12 mars 2014

Fiston

Depuis qu’il a 7 ans, Alex n’a qu’une obsession : séduire Sandra Valenti, la plus jolie fille d’Aix-en-Provence et, à ses yeux, la plus jolie fille du monde. Aujourd’hui, il lui faut un plan infaillible pour pouvoir enfin l’aborder. Il décide de s’adjoindre les services d’Antoine Chamoine qui presque 20 ans auparavant, a séduit Monica, la mère de Sandra.

Fiston : Photo Kev Adams

Fiston, le deuxième long-métrage de Pascal Bourdiaux n’est franchement pas une réussite. Je ne m’attendais pas à voir quelque chose de bon (plutôt à quelque chose de vaguement sympathique et sans prétention) mais je ne pensais pas que ça serait aussi catastrophique. Il y a tellement de choses qui m’ont sidérée ! Pour commencer, la réalisation et même l’histoire en elle-même sont tellement médiocres qu’on a l’impression que regarder un très mauvais téléfilm. Attention, je ne m’attendais pas à regarder du Kubrick, mais on aurait pu avoir un résultat à peu près correct. Puis, on a évidemment toujours droit aux mêmes conneries clichés sur la gente féminine qui commence sérieusement à me fatiguer (« alors les moches tu peux les pécho car elles sont désespérées », « faut te faire une belle fille, tu fais ça » et blablabla). Le scénario, qui a du mal à être crédible, tente vaguement de faire un « twist », avec un message mielleux sur l’amour sauf qu’il est prévisible à 3 000 km. Le personnage d’Alex est également insupportable. Alors, quand il aime bien une fille, il décide de la harceler : par exemple il s’introduit chez Sandra et fait des selfies pendant qu’elle dort. Le pire est la réaction de Sandra : elle n’a pas l’air plus choquée que ça en découvrant les photos chez Alex et veut lui rouler une pelle ! En plus, il est complètement nul en géographie. Il habite à Aix-en-Provence mais sa mère veut déménager à Marseille. Le drame ! (Comment va-t-il faire pour harceler la belle Sandra ?). Vu sa réaction, on a l’impression qu’il va aller vivre à l’autre bout de la France !

Fiston : Photo Franck Dubosc

Mais surtout, le vrai problème de ce film est qu’il n’est pas drôle ! On ne rit jamais devant les situations, ni aux dialogues vraiment à chier (apparemment, « Ta gueule » est une réplique drôle, bon…). Les acteurs sont également très décevants et y sont pour quelque chose à la médiocrité de ce film (ça me fait mal d’écrire « film » pour qualifier ce truc). Je précise quelque chose : je n’ai rien contre Kev Adams. Je ne dis pas que j’irai le voir pendant 1h en spectacle mais certains de ses sketchs sont plaisants et avec le temps j’ai su apprécier au fil du temps sa série Soda (même si ce sont surtout les seconds rôles qui me font marrer). Mais faire du cinéma reste un exercice différent de celui de la télé ou de celui de la scène. Hélas, pour l’instant, Adams n’est clairement pas un bon acteur, surtout pour tenir un premier rôle. Surtout, en choisissant deux acteurs connus pour être comiques, on voudrait un minimum rire et s’éclater. Or, l’explosion comique (que de grands mots) n’arrive jamais. Il faut dire que d’un côté on a le Kev Adams show, la star préférée des ados qui fait des blagues qui ne feront rire que les moins de quinze ans, de l’autre côté on a ce pauvre Dubosc qui s’emmerde comme jamais. Nora Arnezeder a sûrement été choisie à cause de son physique avantageux. Hélas, elle n’est pas non plus très convaincante et n’est terriblement pas expressive. La regrettée Valérie Benguigui est une des seules du casting à être réellement casting mais sans être vulgaire, ça me fait chier qu’elle ait terminé sa carrière dans un machin pareil.

Fiston : Photo Nora Arnezeder

Babysitting

réalisé par Philippe Lacheau et Nicolas Benamou

avec Philippe Lacheau, Alice David, Gérard Jugnot, Clotilde Courau, Enzo Tomasini, Vincent Desagnat, Tarek Boudali, Grégoire Ludig, Julien Arruti, David Marsais, Philippe Duquesne, Charlotte Gabris…

Comédie française. 1h25. 2013.

sortie française : 16 avril 2014

Babysitting

Faute de baby-sitter pour le week-end, Marc Schaudel confie son fils Remy à Franck, son employé, « un type sérieux » selon lui. Sauf que Franck a 30 ans ce soir et que Rémy est un sale gosse capricieux. Au petit matin, Marc et sa femme Claire sont réveillés par un appel de la police. Rémy et Franck ont disparu ! Au milieu de leur maison saccagée, la police a retrouvé une caméra. Marc et Claire découvrent hallucinés les images tournées pendant la soirée.

Babysitting : Photo Alice David, Philippe Lacheau, Tarek Boudali, Vincent Desagnat

Babysitting est l’un des succès surprises français de 2014. Le film, qui a remporté le prix spécial du jury et le prix du public au festival de l’Alpe d’Huez, a réuni plus de deux millions de spectateurs dans les salles françaises. Décidément cette année, les comédies françaises  (par exemple, Situation amoureuse : c’est compliqué ou Les Gazelles) se sont inspirées des films américains. Babysitting reprend les ingrédients à l’origine des derniers succès américains qui séduisent un jeune public : le found-footage et la beuverie. Le film n’a rien d’original puisqu’il s’agit d’un croisement entre Very Bad Trip (que s’est-il passé après une fête trop alcoolisée ?) et Projet X (une fiesta qui part – vraiment – dans tous les sens, filmée en caméra amateur), même si Philippe Lacheau (réalisateur et interprète principal) s’en défend. Cependant, même s’il n’est pas inoubliable, Babysitting est une sympathique comédie divertissante. Si l’ensemble reste moyen et qu’une certaine presse l’a légèrement surestimé, le film n’a rien de honteux par rapport aux habituelles comédies françaises proposées récemment. Le film est principalement bien rythmé grâce à des alternances entre le présent et le passé : d’un côté, on voit ce qui s’est passé la veille, c’est-à-dire l’anniversaire de Franck qui dégénère, de l’autre, on a droit à la réaction des parents de Rémy, accompagnés de la police, qui découvrent avec stupeur les images de la vidéo, tentant de trouver des réponses à leurs questions (pourquoi la maison est saccagé et où est passé leur fils).

Babysitting : Photo Enzo Tomasini, Philippe Lacheau

L’humour est un peu trop destiné à un jeune public (t’as dépassé 30 ans, t’es mort)et est parfois lourd, voire un peu vulgaire. Par exemple, la scène avec la strip-teaseuse par exemple ne m’a pas fait rire malgré le buzz qu’elle a pu susciter. Cependant le film propose quelques bons moments de rigolade. Par exemple, les scènes qui font références à Mario Kart et Là-Haut m’ont bien fait marrer. Les dernières minutes du film sombrent dans la niaiserie : d’un côté on a droit aux amourettes de Franck et Sonia, de l’autre, malgré son insolence (ce gamin a besoin d’une bonne paire de claques), Rémy n’est juste qu’un gosse qui veut avoir un papa plus présent et qu’avec cette bande de dégénérés, il a passé le meilleur anniversaire de sa vie. Je n’adhère pas totalement à ce choix et en même temps je le comprends. Il est vrai que le film s’assagit un peu trop, mais au moins on a l’impression que le film n’est pas bêtement et gratuitement trash. Contrairement aux films français du même style sortis cette année, cités au début de ce billet, ce côté sage fonctionne malgré tout. Dans l’ensemble, à part Gérard Jugnot qui en fait des caisses, ce qui a tendance à énerver, le casting est plutôt convaincant, tout particulièrement Philippe Lacheau, plutôt attachant dans ce rôle du gars dépassé par les événements.

Babysitting : Photo David Marsais, Grégoire Ludig

Les Amours Imaginaires

réalisé par Xavier Dolan

avec Monia Chokri, Niels Schneider, Xavier Dolan, Anne Dorval…

Comédie dramatique canadienne. 1h35. 2010.

sortie française : 29 septembre 2010

Les Amours Imaginaires

Francis et Marie, deux amis, tombent amoureux de la même personne. Leur trio va rapidement se transformer en relation malsaine où chacun va tenter d’interpréter à sa manière les mots et gestes de celui qu’il aime…

Les Amours Imaginaires : Photo Xavier Dolan

Les Amours Imaginaires est le second film de Xavier Dolan et a été, en ce qui me concerne, le film qui a permis de découvrir l’univers du jeune réalisateur canadien. Depuis que j’ai vu Mommy, je me suis réconciliée avec Dolan. Il m’a permis d’oublier ce très sale et douloureux souvenir des Amours Imaginaires. Si le bonhomme semble s’être calmé (peut-être a-t-il compris que cela ne servait à rien de se la péter pour se faire aimer), sa prétention d’autrefois ressort dans toutes les scènes et finalement le film est à son image. On sent que le réalisateur se la pète derrière la caméra, il semble crier au monde entier « Je suis un putain de génie » mais au final il signe un film détestable et vide. Avoir des ambitions artistiques, c’est une chose, avoir le melon, c’en est une autre. D’un point de vue esthétique, le film est effectivement réussi, mais il y a plusieurs choses qui me gênent. Certes, il y a certains effets, comme les ralentis, qui soulignent le désir émanent des personnages. Mais j’ai parfois eu l’impression qu’il y avait un côté « joli » juste pour faire « joli ». Dolan semble également se prendre pour un sous-Wong Kar Wai. Je n’ai rien contre les inspirations, au contraire, cela peut être nécessaire pour construire son propre univers, mais là Dolan en abuse. Du coup, son film est effectivement beau esthétiquement, c’est indéniable, mais ça reste superficiel et sans charme.

Les Amours Imaginaires : Photo Xavier Dolan

Ce qui est également regrettable, c’est que les thèmes abordés (le désir, le fantasme, l’impossibilité de la relation amoureuse) sont intéressants et pourraient parler à tous (notamment le fait de mettre en scène une femme hétérosexuelle et un homme homosexuel) mais Dolan gâche le potentiel de son propre film à cause de scènes ridicules ou chiantes, ou à cause de ses personnages. Par exemple, alors que le reste du film est soigné et qu’on commençait un peu à rentrer enfin dans l’histoire, en plein milieu, BOUM, il y a des gens qui parlent de leur vie (tu ne sais pas ce que ça fout là, mais bon tu subis), en s’exprimant avec le pire accent et en utilisant les expressions les plus redoutables du Québec et la caméra fait des zooms improbables. On a aussi droit à cette pitoyable scène de masturbation (Dolan – parce qu’il joue aussi – fait ça en sentant les vêtements du gars qu’il aime), qui réussit à mettre mal à l’aise non pas à cause de l’acte en lui-même mais parce que la scène en elle-même est ridicule et très mal jouée. Le film ne dure qu’une heure et demi mais on a l’impression qu’il en fait le double car en réalité on se fout de l’histoire qu’on nous raconte. Si on s’en fout à ce point, c’est principalement à cause des personnages. L’histoire en elle-même est universelle mais encore une fois Dolan passe à côté en proposant des personnages antipathiques, sorte de « hipsters », de bobos. On ne peut pas s’identifier à cette bande de petits cons à eux. Pour ne rien arranger, c’est en plus très mal interprété (la Palme revient à Monia Chokri).

Les Amours Imaginaires : Photo Xavier Dolan

Bande de filles

réalisé par Céline Sciamma

avec Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh, Mariétou Touré…

Drame français. 1h52. 2014.

sortie française : 22 octobre 2014

Bande de filles

Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.

Bande de filles : Photo

Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Céline Sciamma signe son troisième long-métrage, Bande de filles, présenté en Ouverture à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2014. Je n’ai toujours pas vu Naissance des pieuvres (je le regarderai bientôt – normalement ce mois-ci) mais j’avais beaucoup aimé Tomboy. J’étais alors assez curieuse de découvrir Bande de filles. Je vous préviens : j’ai souffert tout le long de la séance. Apparemment, j’aurais même gémis un « putain, ça devient Bande de nazes » (je ne me rappelle pas l’avoir dit mais ça me ressemble). Ma note peut paraître très vache mais en relisant ma critique avant de la publier, je me suis aperçue que je n’avais vraiment rien aimé : mettre plus m’aurait paru hypocrite et incohérent. J’ai juste voulu être honnête avec moi-même. Sciamma va s’en prendre plein la gueule mais je n’ai pourtant rien contre elle. Dès les premières cinq minutes, j’ai senti un premier malaise. Le film débute sur des filles qui jouent au football américain, un sport pas très répandu en France (là déjà niveau crédibilité, c’est zéro). Sciamma a voulu rendre hommage à la série Friday Night Lights. Je n’ai rien contre cette série puisque je ne l’ai jamais regardée, mais honnêtement, on a du mal à comprendre cet hommage, on est déjà dans un premier hors-sujet. Cependant j’ai rapidement compris à quoi j’avais à faire : faire un film stylé sur un sujet lourd mais au final c’est creux. Et oui, mes craintes étaient fondées : tout le long du film, Sciamma s’enfonce dans ses délires pseudo-cinématographiques qui n’apporteront rien à son film si ce n’est de la superficialité. J’avais l’impression de revoir tout ce qui m’insupporte chez Sofia Coppola. Je n’ai rien contre l’esthétique mais il faut encore qu’elle ait du sens. Beaucoup diront qu’elle permet de montrer que même ces filles de banlieue peuvent briller comme des diamants (qui aurait cru qu’une chanson de Rihanna pourrait être l’objet de remarques intellectuelles ?) mais j’ai surtout l’impression qu’elle cache les énormes faiblesses de ce film.

Bande de filles : Photo

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes dans les banlieues, je sais qu’ils sont réels mais là, Sciamma ne fait qu’accumuler une série de clichés qu’on voit dans des séries pourries ou dans des reportages comme dans Zone Interdite. Cette surenchère d’esthétique et ces stéréotypes font que Bande de filles sonne faux. Il parait que Sciamma a vécu en banlieue : je la crois mais quand on voit son film, on a l’impression que c’est une bobo qui débarque dans un autre univers et qui nous dit – presque naïvement – « regardez, la banlieue c’est moche, tout est noir » (ne voyez ici aucun jeu de mots pourri). En gros, rien de bien nouveau par rapport à ce qu’on sait déjà et le scénario ultra prévisible nous confirmera que Sciamma n’était visiblement pas très inspirée par son sujet. Ce qui est également dérangeant, c’est que le film s’intitule Bande de filles mais finalement on a plus droit à un portrait de Mariame (là encore, on est – presque – dans du hors-sujet). Que Mariame soit mis en avant n’était pas forcément une mauvaise idée : en effet, il fallait bien voir comment s’opèrent les changements chez elle (comment elle devient comme ses futures amies) et le spectateur a droit à un regard extérieur au début sur ce genre de filles qu’on peut rencontrer tous les jours. Cependant, le film oublie un peu trop cette idée de « bande » qui me semble importante car c’est cette idée de groupe qui permet à Mariame de se construire en tant qu’individu. De plus, ses amies, Lady, Adiatou et Fily, sont tellement secondaires qu’on ne sait rien d’elles. Pour écrire le scénario, Sciamma avoue qu’elle s’est inspirée de ce qu’elle a vu dans la rue ou encore de ce qu’elle a vu dans les reportages (comme quoi, comparer ce film à un doc de Zone Interdite me parait assez juste). Ces filles sont trop agaçantes pour qu’on ait envie de s’intéresser à elles : finalement elles ne restent que les clichés qu’on a l’habitude de voir. Je ne voulais pas forcément avoir de la sympathie pour elles, mais je pense qu’avec plus de profondeur dans leur traitement, ces filles m’auraient moins insupportée.

Bande de filles : Photo Assa Sylla, Karidja Touré, Lindsay Karamoh, Mariétou Touré

On a beaucoup entendu parler de ce film à cause de la scène où les jeunes filles chantent et dansent sur la chanson Diamonds de Rihanna (j’en parlais un peu plus haut). Encore une fois, cette scène veut sûrement littéralement montrer que ces jeunes filles de banlieue aspirent à autre chose, qu’elles aussi peuvent briller. C’est aussi probablement une scène qui veut montrer l’insouciance de la jeunesse. Mais on en fait des caisses de cette scène qui ressemble surtout à un clip. Surtout, pourquoi tout ce bleu, qui ne trouve ici aucune signification ? Encore une fois, Sciamma est noyée dans ses délires esthétiques inutiles et superficiels. Vu qu’on parle de musique (enfin pour Rihanna, je ne sais pas si on peut parler de musique – oooh je suis méchante), elle n’est pas forcément bien utilisée et m’a surtout vite saoulée (en rentrant chez moi, je me suis sentie obligée d’écouter ma playlist histoire de me nettoyer les oreilles). Pour ne rien arranger, le film est trop long. En tout cas, il m’a semblé trop long, même interminable (bon, ça, je crois que vous l’aviez vaguement compris dès le début de cette critique), j’avais vraiment hâte qu’il se termine. En plus, la réalisatrice m’a donné de faux espoirs à plusieurs reprises : j’ai cru voir – à tort – à quatre reprises le générique de fin (j’espère que vous ressentez là mon désespoir et ma fatigue). Enfin, beaucoup ont également loué les interprétations des actrices, surtout celle de Karidja Touré, qui incarne Marieme/Vic. Je ne dis pas qu’elles jouent comme des pieds, on croit tout de même un minimum en leurs personnages, et on apprécie parfois leur spontanéité. Mais honnêtement elles ne m’ont pas éblouie et dans certaines scènes, j’ai trouvé qu’elles avaient un jeu limité. Je crois aussi que je n’ai pas totalement pu apprécier leurs prestations car leurs dialogues sont tellement édulcorés par rapport à la situation sociale des personnages qu’elles interprètent. Au fond, je trouve le ratage de ce film assez regrettable. Les seuls propos intéressants, comme la domination des garçons sur les filles, la question de l’identité et de l’affirmation de soi (notamment par les prénoms), l’envie de liberté ou encore l’émancipation féminine sont complètement noyés dans ce ramassis de clichés et de superficialité.

Bande de filles : Photo

Black Books

Créée par Dylan Moran et Graham Linehan

avec Dylan Moran, Bill Bailey, Tamsin Greig…

Série comique britannique. 3 saisons. 2000-2004.

Black Books est une librairie londonienne de seconde zone, tenue par un irlandais alcoolique répondant au doux nom de Bernard Black. Ce dernier ne fait aucun effort pour vendre ses livres ou s’habiller, il déteste ses clients et ne connaît rien à la comptabilité…

Black Books : Photo Bill Bailey (II), Dylan Moran, Tamsin Greig

Ce cher Bernard Black est devenu ma photo de profil de ce blog (je trouve ce personnage tellement agréable, sympathique, accueillant même), je devais bien lui rendre hommage à travers ce billet. Bernard Black est le héros (ou plutôt anti-héros) de ma série préférée (avec Twin Peaks – oui, rien à voir), Black Books, qui reste trop peu connue en France, bien qu’elle ait été diffusée (il y a maintenant quelques années) sur Canal +, Comédie ou encore France 4. C’est sur la chaîne de France Télévisions que j’ai découvert par hasard Black Books. Je n’avais vu qu’un épisode vite fait un matin malade (je ne me rappelle pas forcément de l’épisode en question, je sais juste que ça m’avait fait marrer), et quelques années plus tard, j’ai finalement décidé de regarder l’intégralité de la série (cela n’a pas été long vu qu’il n’y a que 18 épisodes, qui dure chacun 24 minutes). Je précise qu’il faut absolument la regarder en VO. Cette série a été créée par deux Irlandais. Le premier est Dylan Moran (qui incarne le fameux Bernard Black), roi du stand-up dans son pays et vu dans Shaun of the dead (le sosie d’Harry Potter, c’était lui) et meilleur ami de Simon Pegg dans Cours toujours Dennis. Le second est Graham Linehan, créateur d’une autre série culte : The IT Crowd. Cette série, étalée sur trois saisons, ne comporte que dix-huit épisodes, mais j’ai envie de dire : que de putains d’épisodes !

Black Books : Photo Bill Bailey (II)

On accroche dès le premier épisode qui nous présente d’entrée le ton noir de cette série : Bernard Black est sûrement le pire libraire de la planète (son interprète et créateur se serait inspiré d’un véritable libraire dublinois). Ce libraire irlandais installé à Londres a un vrai problème avec l’alcool, fume comme un pompier, déteste profondément ses clients (en fait, les gens tout court), n’hésite pas à les foutre dehors et n’aime pas vendre des livres parce que ça le fait chier de commander des livres ! Ses deux seules amies sont la boisson et Fran, une alcoolique (d’où son nom de famille, Katzenjammer, qui signifie « gueule de bois » en allemand) qui occupe la boutique d’à côté (même si elle ne sait pas trop ce qu’elle vend). Bernard est clairement un solitaire, voire même un misanthrope. Cependant, n’étant absolument pas doué pour la comptabilité (son cahier de comptabilité est rempli de dessins), il engage Manny, un comptable croisé par un drôle de concours de circonstances. Ces trois losers vont apporter beaucoup à cette série hilarante et bien écrite. A part dans le tout dernier épisode où il dévoile un peu son humanité, Bernard Black est clairement un connard dans tous les autres épisodes et cela en devient jouissif ! L’opposition entre Bernard et Manny (marquée par les noms de famille Black/Bianco) est également très drôle (même si les deux deviennent très vite copains dès qu’il s’agit de beuverie). En gros, Manny fait le boulot que Bernard ne fait pas. Il est cool, gentil avec les clients, fait vendre des livres etc… Fran est aussi un personnage intéressant car elle est la seule qui va évoluer (alors que Bernard reste odieux et Manny démissionne pour revenir très vite auprès de Black). Elle va quitter sa boutique et enchaîner divers boulots, notamment dans un bureau où elle ne saura pas quoi faire et sera particulièrement marquée par, selon elle, une grosse, un boutonneux et un mec qui se gratte tout le temps les couilles. Cet épisode est vraiment merveilleux et il y en a tellement d’autres qui le sont !

Black Books : Photo Dylan Moran

C’est difficile de citer tous ces épisodes en question mais, croyez-moi, beaucoup m’ont fait hurler de rire, grâce à des histoires proposées barrées et des répliques particulièrement cinglantes. Entre Bernard qui se retrouve à la rue et qui finit par bosser quelques minutes dans un fast food (juste éviter la pluie !), Bernard et Manny qui cuisinent (Gordon Ramsay a de la concurrence) ou encore toujours les deux compères qui se vident des bouteilles de vin de luxe, les épisodes sont riches et surtout loufoques. Mais l’épisode qui vaut vraiment le détour et qui ne me lassera jamais reste pour moi le deuxième épisode de la saison 3, « Elephants and Hens », dans lequel d’un côté, Bernard et Manny vont écrire un livre pour enfants (un pur chef-d’oeuvre de la littérature), de l’autre Fran qui retrouve ses anciennes copines (et resteront… des anciennes copines). A l’image du nom de la série, de la librairie et du personnage principal, l’humour est assez noir, principalement grâce à la misanthropie et au nihilisme de Bernard. Cet humour noir arrive parfaitement à s’intégrer à un univers très délirant (il faut avouer qu’il se passe beaucoup de choses autour de cette librairie !), qui parodie (un peu comme dans Spaced, mais à mon sens de façon plus « subtile ») volontiers des thèmes souvent exploités dans les séries ou au cinéma : l’apocalypse (le film que Bernard compte aller voir au cinéma ou les livres vendus pendant une canicule), la mafia (avec un mafieux analphabète), la survie (Manny qui bouffe des abeilles), l’exploitation féminine (Manny tombe dans les filets d’un photographe séduit par sa barbe !), la culture bio (Fran qui crève la dalle) etc…

Black Books : Photo Bill Bailey (II), Dylan Moran, Tamsin Greig

Les situations sont clairement absurdes mais elles paraissent également crédibles grâce à leurs interprètes qui n’en font jamais des caisses, pour ne pas en surajouter. Dylan Moran est excellent dans le rôle de Bernard Black, ce personnage qui est une véritable ordure avec les gens et son employé Manny (on peut le dire : il l’exploite) mais son cynisme le rend attachant malgré tout. En réalité, on adore le voir odieux avec tout le monde ! J’adore également Bill Bailey, avec son air de Bisounours, malmené par Bernard mais qui devient vite ami avec lui dès qu’il s’agit de boire (même s’il n’est pas alcoolique, contrairement à ses deux compères) ou de faire des conneries ensemble. Enfin, Tamsin Greig complète parfaitement bien ce trio de choc, en alcoolique qui a du mal à se trouver un mec (soit elle sort avec un gay soit elle fantasme sur Howeeeell, un gars qui a une voix tellement grave qu’elle en a des orgasmes !), qui se retrouve également toujours dans des situations improbables, mais contrairement à Bernard, elle est sociable. Les apparitions de guest stars sont également amusantes : Simon Pegg en libraire concurrent psychorigide, Nick Frost en installateur d’alarme qui zozote (et évidemment, Black se fout ouvertement de sa gueule), Jessica Hynes (oui, le casting de Spaced se tape l’incruste) en adepte de yoga complètement timbrée, Martin Freeman en toubib ou même Graham Linehan en client qui porte un t-shirt « I love books ». Je me suis beaucoup attardée sur les personnages, mais en définitive, le vrai personnage central de cette série est cette librairie. Parfois tout le temps « closed » selon sa pancarte, ou même « clopened », crade, (c’est un euphémisme), mal rangé (les livres sont balancés n’importe comment – c’est l’anarchie), avec des bêtes (pas vraiment identifiées) venues y faire un tour, cette librairie, qui est également l’appartement de Bernard et Manny, est un lieu réaliste (qui contraste avec l’univers loufoque) où se déclenchent toutes les intrigues. Bref, si vous ne connaissez toujours pas cette série, je vous invite à la découvrir (si je ne dis pas de bêtises, les épisodes – uniquement en V.O. – sont sur YouTube) et si vous avez envie de vous faire une petite idée, un (petit) best of ICI.

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Bilan – octobre 2014

Cinéma

 

* Les films sortis cette année au cinéma

Horns (Alexandre Aja, 2014) 3/4

Samba (Eric Toledano, Olivier Nakache, 2014) 2/4

Gone Girl (David Fincher, 2014) 4/4

Le Labyrinthe (Wes Ball, 2014) 2/4

Mommy (Xavier Dolan, 2014) 4/4

Mommy Gone GirlHorns

* Rattrapages

Fight Club (David Fincher, 1999) 4/4

T’aime (Patrick Sébastien, 1999) 0/4

Seven (David Fincher, 1995) 4/4

Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore, 1988) 2/4

Ghost (Jerry Zucker, 1990) 2/4

Supergrave (Greg Mottola, 2007) 2/4

Nuits blanches à Seattle (Nora Ephron, 1993) 2/4

Made in Britain (Alan Clarke, 1982) 3/4

La dernière tentation du Christ (Martin Scorsese, 1988) 2/4

Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) 3/4

The Crow (Alex Proyas, 1994) 3/4

Seven Fight ClubMassacre à la tronçonneuse

Séries

Game of Thrones (saison 4, 2014) 4/4

The Following (saison 2, 2014) 4/4

Lectures

La promesse de l’aube (Romain Gary, 1960) 4/4

C’est comment l’Amérique ? (Frank McCourt, 1999) 4/4

Teacher Man (Frank McCourt, 2005) 4/4

Il faut qu’on parle de Kevin (Lionel Shriver, 2003) 4/4

Cinquante nuances de Grey (E.L. James, 2012) 1/4

Mrs Dalloway (Virginia Woolf, 1925) 1/4