Mommy

réalisé par Xavier Dolan

avec Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément, Patrick Huard…

Drame canadien. 2h20. 2014.

sortie française : 8 octobre 2014

Mommy

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Mommy : Photo Anne Dorval

Avant de voir Mommy, je n’avais pas forcément une bonne image de Xavier Dolan. Pourtant, avant de m’attaquer à sa filmo, j’avais beaucoup aimé le clip polémique qu’il avait signé pour le groupe Indochine, College Boy (avec le héros de Mommy, Antoine Olivier Pilon). Puis, j’ai découvert Les amours imaginaires (je publierai ma critique en novembre) sur Arte, et là catastrophe : malgré un talent esthétique, je n’aime pratiquement rien dans ce film mal joué, prétentieux et d’un ennui à mourir. Ensuite, j’ai suivi le festival de Cannes cette année et j’ai pratiquement regardé toutes les conférences sur presse. Alors que je m’attendais de nouveau à revoir le petit con qui avait tendance à m’énerve, je vois un jeune homme plus calme, beaucoup moins prétentieux, qui défend avec conviction son dernier bébé. Puis, sa réaction lorsqu’il a reçu le prix du jury – peut-être un peu exubérante – m’a beaucoup touchée, j’ai enfin vu sa sincérité. Je dois également avouer que j’étais curieuse de découvrir Anne Dorval, que je connais surtout pour la série Le coeur a ses raisons, dans un registre dramatique. Malgré l’emballement de la presse, j’avais toujours en tête ma très mauvaise expérience des Amours imaginaires en tête et puis je suis toujours un peu méfiante quand un film est à ce point aimé par tous. Je ne suis pas allée voir le film tout de suite mais finalement je me suis dis que je devais le voir histoire de me faire ma petite idée.

Mommy : Photo Antoine-Olivier Pilon

Finalement, j’ai bien fait d’avoir donné une seconde chance à Dolan. Je n’ai pas seulement aimé Mommy, j’ai adoré. Dolan a réussi à me plonger dans un tourbillon d’émotions. Le film m’a bien confirmé que le bonhomme était devenu plus mature. Il est soigné esthétiquement, mais cette fois-ci le but n’est pas pour Dolan d’étendre toutes ses connaissances techniques. Le format carré 1:1 (déjà utilisé pour le clip d’Indochine) met en valeur les personnages et en même temps les emprisonne : l’atmosphère est étouffante, on sait que le jeune Steve risque de péter un câble d’un moment à l’autre et surtout la séparation, causée par une loi imaginaire dans le Canada de 2015, semble inévitable. Les seuls moments où ce format disparaît sont ceux où les personnages respirent durant un instant le bonheur. Le film dure 2h20 mais il passe vraiment vite car il est rythmé et le scénario bien construit. Malgré sa longue durée, honnêtement, je ne vois pas ce que Dolan aurait pu couper. Chaque scène, même chaque plan, semble nécessaire et signifie quelque chose, par rapport à la construction de l’histoire ou à l’approche des personnages. La mise en scène est soignée, très maîtrisée pour un jeune réalisateur et surtout, par rapport aux Amours Imaginaires (oui, j’en fais une obsession), ne paraît pas superficielle et ceci pour une simple raison : le film respire la sincérité. Mommy est un film ambitieux mais je n’ai pas senti que Dolan avait fait ce film pour se la péter. A l’image des personnages, cette histoire sort de ses tripes. On sait tous que sa relation avec sa mère joue un rôle important dans son travail et il a dit lui-même Steve lui ressemble. Malgré cette influence autobiographique, Dolan a signé un film très universel.

Mommy : Photo Anne Dorval

Dolan a signé un film fort émotionnellement et plusieurs scènes resteront gravées. La bande-originale (Céline Dion, Lana Del Rey, Dido, Counting Crows, Oasis, Eiffel ’65, Andrea Bocelli…) est également sympa. Je craignais que Dolan ait de nouveau mis sa playlist idéale et qu’elle soit trop envahissante, surtout les premières minutes du film, mais en réalité, elle trouve sa place dans le film : la scène avec les trois personnages qui chantent du Céline Dion ou encore celle dans le karaoké sont assez significatives. Enfin, les acteurs sont impeccables. Anne Dorval est fabuleuse dans le rôle de cette mère qui semble se comporter comme une adolescente avec son look très 90s mais qui fait vraiment tout pour que son fils sorte de cette spirale infernale. Dans le rôle du fils en question, Antoine Olivier Pilon est également excellent. Il a beau être violent, insultant envers sa mère, le personnage qu’il incarne est très attachant (peut-être l’est-il parce qu’il n’a pas toujours été ainsi ?). Dans cette relation mère-fils, Suzanne Clément, qui incarne la voisine bègue, parvient à trouver sa place. Même si elle s’ouvre dans quelques scènes, ce personnage est plus dans la retenue. Ce qui est émouvant, c’est que le spectateur comprend pourquoi elle est devenue bègue et pourquoi elle s’attache autant à cette famille, mais jamais son personnage Kyla n’en parlera. La maturité de Dolan, que j’évoquais un peu plus haut, apparaît aussi dans le traitement des personnages, surtout les féminins. Pour conclure, Mommy est un magnifique film, à la fois d’une immense tendresse et d’une insolence étonnante. Je vais rejoindre la critique de Positif : on peut très bien détester les autres films de Dolan et adorer Mommy.

Mommy : Photo Suzanne Clément

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16 réflexions au sujet de « Mommy »

  1. Je suis comme toi pour le cinéma de Xavier Dolan, je le trouve souvent nombriliste et plutôt prétentieux…cela dit, j’espère quand même voir son dernier film (surtout après ce que tu en dis ^^)

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  2. Pas envie de revoir un film du petit prétentieux. On l’a encore vu en interview où il n’a pas arrêté de se la péter en parlant de tout et de rien.

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  3. Bon bon bon… il faut que j’y aille, c’est sûr, et j’espère que ce sera bientôt. J’ai un peu de temps devant moi, encore, mais pas tant que ça ! Ah, en ce moment, j’ai juste plein de choses à faire en même temps…

    Je suis étonné que tu dises d’un film qui dure 2h20 qu’il est long. C’est la longueur de beaucoup de films américains blockbuster, j’ai l’impression, et qui me paraissent plus étiré que certains films d’auteur aussi longs ou plus longs encore. En fonction de ce qu’on voit, 2h20, ça peut très bien passer comme une lettre à la Poste.

    Bref… je ne vais pas conclure définitivement dans un sens ou dans un autre: il faut que je le voie. Et tant pis si Xavier Dolan est un peu prétentieux. A priori, il peut un peu se le permettre 😉 Et c’est peut-être aussi une façade pour en imposer face à un monde du cinéma qui ne l’attend pas forcément tout le temps avec des pétales de rose… 😀

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  4. @ Borat :
    Je comprends, d’ailleurs dans la salle j’étais entourée que de hipsters et j’étais sceptique, mais finalement le film m’a vraiment emballée. Ca ne peut être aussi prétentieux que Les Amours Imaginaires…

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  5. @ Martin :
    Objectivement, pour moi quand on dépasse 2h, c’est déjà long (alors 2h20 pour moi c’est très long). Et d’ailleurs, j’ai de plus en plus de mal avec les blockbusters justement car je les trouve trop long (et parfois inutilement). Pire, même les comédies deviennent longues (du coup beaucoup perdent en rythme, du coup c’est aussi moins drôle).
    Après tout dépend de la manière dont c’est fait, là les 2h20 sont passées vite mais il y a des films de 1h30 qui me gonflent !

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  6. Bon, c’est vrai aussi que j’ai un vrai faible pour les longues fresques de cinéma, et pas seulement les plus récentes type « Seigneur des Anneaux », etc…

    Pour moi, la longueur d’un film n’est presque jamais un critère pour l’apprécier. Comme ta dernière remarque le dit justement, je connais des films de 1h30 absolument gonflants. Et à côté de ça, je vais vraiment m’extasier devant un « Lawrence d’Arabie » de 3h36… 😀

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  7. @ Martin :
    Attention, je mets les fresques comme Le seigneur des anneaux, Lawrence d’Arabie etc… à part : ces films sont faits pour durer longtemps et généralement réussissent à passer vite.
    Pour moi la durée du film est liée au rythme, au montage, à la nécessité ou non de certaines scènes… ça fait partie d’un tout.

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  8. Ah il faut absolument que tu voies Lawrence Anyways justement car par rapport à la critique de Positif j’aurais tendance à la nuancer en disant qu’on peut très bien detester les deux premiers films de Dolan et adorer Mommy, mais par contre le parrallèle entre Lawrence Anyways et Mommy est assez évident même si Mommy est un poil plus accessible et universel…comme toi j’avais détesté les amours imaginaires j’étais meme pas été jusqu’au bout à la TV, totalement agacé par ce coté tape à l’oeil et boursouflé du …mais je l’ai vu juste après Lawrence Anyways qui m’avait bouleversé donc je savais déjà que le cinéma de Dolan pouvait me prendre aux tripes… après j’ai longuement glosé sur le blog sur la pédanterie réelle ou supposée du cinéaste ( qui ma d’ailleurs insulté sur twitter:o) mais je trouve aussi qu’il s’est assagi dans son discours… il faut pas oublier que le type n’a que 25 balais et que je connais des types de 25 balais qui se la raconte tout autant et qui n’ont pas le 100ème du talent du prodige québécois…cqfd :o)

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  9. @ Filou :
    Je vais tout faire pour regarder Laurence Anyways le plus rapidement possible (par contre pas encore prête pour Tom à la ferme et J’ai tué ma mère).
    Quand il a réalisé Les Amours Imaginaires, il avait quoi… 20, 21 ans ? Je crois qu’il a voulu faire quelque chose de grandiose sauf qu’il manquait de maturité et avait trop le melon (parce qu’au fond Les Amours Imaginaires aurait pu être un très beau film sans tous ces machins tape-à-l’oeil comme tu le dis !). Je l’ai vu jusqu’au bout mais avec difficulté (heureusement que je l’ai vu en replay, je pouvais faire des pauses). Exactement il n’a que 25 ans et ce qu’il a fait dans Mommy est énorme. Comme je suis jeune (un peu plus jeune que lui), j’avoue que le travail qu’il a fourni m’impressionne forcément.
    Ah ouiiiiiiii je m’en rappelle de cette histoire sur twitter !!

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  10. ça me fait une belle jambe! Franchement ce film ne m’intéresse pas dans son sujet (j’ai l’impression d’avoir déjà vu des films avec le même sujet) et Dolan j’ai juste envie de lui dire « parle de ton film! Arrête de nous faire chier avec tes éloges à la con et les sujets hors sujets! Tu gâche la promo de ton film avec de pareilles conneries ».

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  11. @ Borat :
    Le sujet – les relations mère-fils – n’est pas forcément nouveau mais j’ai envie de dire que la plupart des films alors ne sont pas nouveaux. Mais Dolan arrive très bien à apporter quelque chose sur ce sujet et franchement son film m’a vraiment émue. Et puis on aime ou on n’aime pas ce film mais tout le monde est d’accord : le casting est impeccable.

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