Big Bad Wolves

réalisé par Navot Papushado et Aharon Keshales

avec Lior Ashkenazi, Rotem Keinan, Tzahi Grad, Dov Glickman…

Thriller, drame, comédie israélienne. 1h50. 2013.

sortie française : 2 juillet 2014

interdiction aux moins de 16 ans

Big Bad Wolves

Une série de meurtres d’une rare violence bouleverse la vie de trois hommes : le père de la dernière victime qui rêve de vengeance ; un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi ; et le principal suspect – un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police. Forcément, ça ne peut pas donner une enquête classique…

Big Bad Wolves : Photo Lior Ashkenazi, Rotem Keinan

Après Rabies, Navot Papushado et Aharon Keshales réalisent seulement leur deuxième long-métrage, Big Bad Wolves, actuellement lauréat de 7 Israeli Film Academy (l’équivalent des Oscars ou des Césars en Israel). Selon Quentin Tarantino, il s’agirait du meilleur film sorti en 2013 (oui, en France, on est toujours à la ramasse). Les paroles du réalisateur de Pulp Fiction ne sont pas sacrées mais cette fois-ci je me range de son côté ! J’ai vu de très bons films cette année mais je n’avais pas encore eu MA claque. Là je l’ai enfin eu (dit comme ça, ça fait sado mais passons). Elle a été encore plus grande car j’ai découvert ce film un peu par hasard. Sur le principe, il n’y a rien d’exceptionnel dans Big Bad Wolves. En effet, l’histoire est assez classique, ressortant des questions déjà posées : un père veut venger sa fille et devient alors autant sadique que l’assassin de la jeune victime. Même si on peut comprendre les agissements de ce père endeuillé, peut-il faire justice lui-même ? Peut-il se permettre de se déchaîner avec une telle violence ? Au final, la violence engendre la violence. Mais pourtant, j’ai été captivée du début (rien que le générique, qui reprendre clairement Le Petit Chaperon Rouge, comme le suggère le titre du film, est époustouflant) jusqu’à la dernière seconde.

Big Bad Wolves : Photo

Pour des réalisateurs plutôt débutants, Papushado et Keshales ont fait un boulot sensationnel, notamment avec une mise en scène soignée et précise et un scénario très cohérent et surtout on sent que le duo a pensé à tout. Le film, remarquable sur le plan esthétique, fonctionne également grâce au son et à la musique signée par Frank Ilfman (d’ailleurs, je sens que je vais m’acheter la bande-originale). Mêler les genres peut parfois faire des films bancals, qui ne savent pas où aller, mais ce n’est pas le cas de Big Bad Wolves, au contraire, c’est même sa force. En effet, on est au début dans un film policier (une petite fille violée et tuée, on cherche le coupable), puis on est dans un torture porn (ongles coupés, corps brûlé avec un chalumeau…) coupée par des scènes de comédie (les grands-parents de la petite fille tuée qui interviennent pendant les scènes de torture, l’apparition de l’arabe et surtout le cynisme et l’absurde sont omniprésents). Enfin, la fin reprend le genre policier et plus généralement le drame. Rien qu’à travers cette brève description, le placement des différents genres est structuré. J’avais peur de voir autant de violence, surtout dans une salle de cinéma. Certes, l’interdiction aux moins de 16 ans est justifiée car les scènes sont tout de même très violentes. Mais justement, grâce à cet équilibre dans les genres et surtout grâce à une profondeur, ces scènes passent parfaitement bien. Papushado et Aharon Keshales ont également trouvé un équilibre dans la manière d’exposer leurs « trois méchants loups », c’est-à-dire qu’aucun ne vole la vedette à un autre.

Big Bad Wolves : Photo

Tout d’abord, on a Miki (Lior Ashkenazi, vu dans Tu marcheras sur l’eau d’Eytan Fox et Footnote de Joseph Cedar), un flic qui veut faire justice lui-même, en oubliant les lois : en effet, après l’avoir frappé, lui et ses coéquipiers sont obligés de lâcher et de s’excuser auprès du principal suspect. Le problème, un gamin a filmé la scène d’interrogatoire. A cause de cela, Miki doit se faire oublier un petit moment. Pour que la police puisse se sortir de ce pétrin, il faut obtenir les aveux du suspect. Pour cela, on conseille à Miki de redevenir un simple « citoyen » car il pourra faire ce qu’il veut à condition de ne pas se faire prendre. Puis, il y a aussi Gidi (Tzahi Grad, vu dans Tu n’aimeras point de Haim Tabakman et Off White Lies de Maya Kenig), le père de la jeune victime, qui compte faire justice lui-même. Il veut obtenir des aveux pour pouvoir retrouver la tête de sa fille. Sa règle ? Il reprend certains mêmes procédés abominables que le tueur a fait subir à sa fille (et à d’autres victimes). Au milieu, il y a évidemment le suspect, Dror, un professeur en théologie. Ce personnage est ambigu : il ne compte rien dire car selon ses propos, il n’a rien fait. D’un côté, certains éléments de sa vie pourraient être des indices de sa culpabilité (par exemple, il travaille avec des enfants), de l’autre, on a l’impression qu’il ne pourrait pas toucher à une mouche. Grâce à ce personnage, le film prend une nouvelle dimension dramatique et surtout s’installe du suspense : est-il coupable ou non ? Pour conclure, malgré ses airs simples et des thèmes déjà exploités par d’autres longs-métrages, Navot Papushado et Aharon Keshales livrent un film innovant et différent, notamment grâce à une réalisation particulièrement efficace et une véritable profondeur à travers le traitement des personnages. Personnellement, je ne suis pas prête d’oublier ce film à la fois tragique, cruel, mordant et intense.

Big Bad Wolves : Photo

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